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L'esprit public - Philippe Meyer - Bonjour    Page 16 sur 18

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L'esprit public - Philippe Meyer - Bonjour - le Jeu 12 Nov 2009, 17:00

Rappel du premier message :

Ouvrons ce fil sur une double question, et tant pis pour le risque de confusion entre le sujet de fond et l'incident polémique de ces jours-ci (patience, j’y viens...).

L'Esprit Public, c’est une des émissions à la fois les mieux faites de toute la grille, et une des moins culturelles. Celle pour laquelle un ratio qualité radiophonique/contenu culturel serait le plus costaud. L’émission-type comme j’en cherchais sur BFM il y a 15 ans de ça, quand j’étais lecteur du Nouvel Escronomiste. Depuis, mes goûts ont changé : à ma radio je demande de la culture, et dans l’Esprit public, de la culture ben j’en entends pas lourd. Pourtant elle est là, ça ne fait pas de doute : dans l’art radiophonique de Philippe Meyer et dans le ciboulot des participants, et puis parfois quand même dans l’ultime séquence des brèves, mais c’est bien le seul moment où on l’entend, la culture. Pour le reste, c’est la version radio des discutes de jadis entre Ockrent, July, Alexandre. Et d’ailleurs pourquoi pas ? Si la formule est bonne, autant la reprendre. C’est ce qu’a fait récemment l’Economie en question : 4 invités, 2 sujets, une séquence de brèves. Ca nous fait maintenant 2 émissions instructives et ... aussi peu culturelles que possible.

C’est bien dommage, car Philippe Meyer est certainement une des meilleures pointures de toute la chaine. En témoignent son expérience de sociologue devenu journaliste, sa vaste culture, son souci de la langue sans jamais la moindre trace de purisme lourdaud (ça c’est vraiment rare), son recul et son humour vialatto-british, son art de maintenir le débat dans un cadre audible en réglant les tours de parole et en évitant ces chevauchements et interruptions qui à FC caviardent toutes les émissions de débat avec des passages plus ou moins longs de bouillie radio. Toutes choses en quoi nombre de producteurs de la station gagneraient à lorgner un peu du côté du dimanche à 11h et à s’inspirer de l’esprit de l’Esprit public.

Mais du côté des débatteurs invités, franchement, ça marque le pas. Les capacités d’analyse de Jean-François Revel et de Jean Claude Casanova n’ont pas été remplacées. Certes, Bruno Frappat vient de temps à autres jouer le rôle du sage, mais c’est pas bien souvent et ça aussi c’est dommage. Certes chacune des synthèses lues par Meyer (lecture intelligente, au fait, on n’est pas à la limite du déchiffrage comme chez Goumarre ou chez Baddou hein) est un modèle, comme le montre la réaction des intervenants ponctuels, ceux qu’on invite pour une émission thématique sur leur spécialité : pour la plupart ils saluent la justesse de l’analyse. Pour le reste, hormis les commentaires du même, mon impression générale est que les participants sont franchement usés. On se souvient qu’Emmanuel Todd n’était pas resté longtemps dans l’émission. Dans ses réponses à la question « Peut-on encore débattre en France », il avait dit sa difficulté d’avoir des opinions sur tout. Les actuels réguliers de l’Esprit Public ne semblent pas avoir sa réserve.
- Max Gallo tartine ses banalités comme si c’étaient des découvertes inédites et des vérités profondes.
- Michaud ricane tant qu’il peut. Il faut mettre à son crédit qu’il est aussi imprévisible que démagogique, ce qui est en soi un exploit. Enfin il est... I Mean : « il était » (cf plus loin, j’explique)
- Labarde et Olivennes font leurs petits effets de manche pour balancer des mini-coups de gueule et des paradoxes un peu faciles. On se dit qu’ils doivent être assez bons dans une discute de café ou dans une réunion de cadres. Seulement leur habileté d’orateurs n’est jamais bien relayée par quelque référence à la réalité empirique (sauciale). Quand on vérifie on se rend compte qu’ils fantasment du sophisme plutôt qu’ils n’étayent leur baratin pour marcher avec l’auditeur vers un peu plus de vérité et de clarté
- Bourlanges quant à lui il bourlangise tout-le-temps, c’est à dire que chaque semaine il nous fait 2 ou 3 fois un petit grand oral, en commençant par une belle astuce finement préparée et en achevant par une formule bien trouvée. Il cite Durkheim ou mieux Tonnies ou mieux Le Play ou mieux Saint-Simon à chaque fois on se demande jusqu’où il va remonter comme ça.

Le hic, c’est que le programme n’est toujours pas culturel. Ca serait d’ailleurs idiot de le réclamer tel : de même qu’on ne fera pas boire un âne qui n’a pas soif, on n’entendra jamais beaucoup de culture dans une émission d’actu politique. Oui tout ça c’est bien dommage pour Philippe Meyer, que j’aurais bien vu et qu'encore je verrais bien en directeur des programmes, mais enfin son émission aurait plus sa place sur France info, comme ça j'écouterais France Info.

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Reflexions - le Dim 27 Jan 2013, 15:33

à M. philippe Meyer
J'écoute assidument votre émission dominicale. Je vous demande un renseignement:
Combien de fois les élèves de la dernière promotion de l'ENA ont été invités à réfléchir sur les implications de la démocratie.
Pour ma part je constate que la France est actuellement dirigée par la première strate socio-économique de la nation. Est-ce une bonne chose?
- Platon décrit les mésaventures d'un bateau dont le commandant a été enchainé au mât de misaine. Les membres les moins compétents de l'équipage dirige le bateau. Vous connaissez la conclusion de ce petit théâtre.
-Dans les années 90 The Journal of Economics critiquait la régionalisation française. Nous en éprouvons le bien fondé.
Je n'attends pas de réponse: on ne répond pas à un provincial et "on ne crache pas dans la soupe". Je le" regrette, j'aurais aimé discuté de ce thème avec ceux qui prétendent être les critiques(au sens du criticisme kantien) de notre gouvernance.

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Thierry Pech ne se sent plus pisser. - le Dim 24 Mar 2013, 12:11

Thierry Pech ne se sent plus pisser.

Surtout ce matin. Est-ce parce dans ce numéro de l'Esprit public il n'y a hormis Meyer aucun capitalo-fasciste de droite pour lui jeter un regard au sourcil froncé ? Le co-directeur de La République des idées vient de s'auto-bombarder arbitre des élégances et juge suprême du nouveau Pape : "je suis prêt à lui pardonner.... s'il fait ceci, s'il fait cela". Ah bon. C'est à Pech de juger le Pape. Première nouvelle. Euh, lui pardonner quoi, déjà ? D'être Pape ? Et au prix de quelle pénitence, au fait ? Ah oui : si le Pape veut être sauvé (de la vengeance du justicier masqué Thierry Pech) il lui faudra prendre position pour les damnés de la terre, dans notre monde pourri par le matérialisme. Oui j'ai l'air de caricaturer comme ça, ça ferait de la caricature au carré, mais non je caricature pas, car ce sont bien là les mots qu'il emploie. C'est sans en changer l'esprit que je résume cette sortie qui dure environ une minute et demie, et qui atteint sans mal le plafond Kronlundien avec en moins le ton moqueur car Pech est sérieux comme un pape quand il lâche cette caricature de commentaire d'actualité. Pech n'a pas peur des clichés. Pech ne nous apprend rien, sinon l'évidence de cette micro-nouvelle pipole : chargé par lui-même de punir ou d'absoudre le Pape, Pech ne se sent plus pisser.

Thierry Pech est en train de s'installer au fil des mois sur l'antenne de FC, de Grain à Moudre en Grande table où récemment il lançait l'offensive contre les riches, entendez : les super-riches, car lui-même placé dans les 10% des français aux revenus les plus élevés, n'est aucunement un riche, et ça n'est certainement pas à lui de partager son niveau de vie. On connait ces gens toujours près à forcer au partage ceux qui ont plus qu'eux.

Et tout ça se fait sur un ton de prof assénant de haut ses évidences morales : détestation éconophobe, haine des riches, diabolisation du profit, disqualification du capitalisme, ouvriérisme neu-neu. Sauf que l'analyse économique est digne d'un militant débutant, et qu'il ne démontre ni n'étaye jamais rien. Par contre il passe rudement bien au micro, grace à des formules sinon choc, du moins juste assez fortes pour impressionner. Un exemple : sur un ton épuisé d'agacement il envoie au tiroir l'idée que le chômage serait dû à un marché du travail trop rigide. Il le fait sans argumenter, notez bien : il prend son ton fatigué (le ton qui lui sert à dénigrer une idée quand il n'a rien de consistant à lui opposer) et il lâche un "c'est la 'rengaine qu'on entend interminablement.. ". Et tout est dit. Il suffit d'un mot, c'est beaucoup plus fort qu'une dénonciation explicite : l'argument de la flexibilité du marché du travail ne vaut rien parce qu'on l'entend trop fréquemment (surtout quand on n'a rien à objecter). La moitié de la rhétorique de Pech repose sur de tels effets. L'autre moitié, ce sont les scies du gauchisme ordinaire, cette caricature manichéenne de la pensée de gauche.

Au moment des brèves, le voila qui lâche une bourde énorme sur Robert Castel qui "n'était d'aucune chapelle puisqu'il a travaillé avec Raymond Aron et avec Pierre Bourdieu". Pas surprenant que Pech ait choisi comme brève de rendre hommage au sociologue disparu, devenu une icône de l'ouvriérisme renaissant. Mais pourquoi cette bévue, sinon par malhonnêteté rhétorique ? Je dis bévue et je dis malhonnêteté car Pech ne peut ignorer que Castel ne fut pas plus  Aronien que Bourdieu lui-même, c'est à dire juste le temps de gagner quelque galon avant d'aller planter ses choux ailleurs, exactement dans la cour en face. Castel était un sociologue engagé, plutôt parmi les plus honnêtes d'ailleurs, contrairement à Bourdieu dont il avait su se tenir à raisonnable distance. Il a été salué pitoyablement dans les colonnes du Monde par un papier indigent signé Julie Clarini. Et pour lui rendre hommage, une Grande Table a été dressée mardi dernier, organisée et présentée par  Raphael Bourgois qui ignore jusqu'à la définition du mot 'sociologie'. Vu l'imprégnation des invités ce jour-là, il aurait fallu aux commandes au moins un Vincent Lemerre, seul capable de remettre le débat sur les rails sans se faire agonir par les invités tous occupés à gravement confondre sociologie et militance. Mais c'est un autre sujet.

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Re: L'esprit public - Philippe Meyer - Bonjour - le Jeu 04 Avr 2013, 08:54

La plus grande partie du dernier numéro portait sur l'intervention télé de François Hollande, jeudi dernier. A la 26e minute de l'émission, Philippe Meyer prend la parole comme ça lui arrive rarement, pour critiquer sur un ton exaspéré la forme de l'émission de FR2.
Cliquer ici pour écouter cette philippique : [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2013/03/s13/RF_8E139F72-0B69-48F7-A338-6718C60B1A22_GENE.MP3" debut="25:30" fin="27:15"]

Voila un signal d'alarme médiatique, d'ailleurs bien en phase avec certaines de ses chroniques du matin dont environ 10% portent sur l'un ou l'autre des ridicules du monde médiatique. N'ayant ni téléviseur, ni intérêt pour ce genre d'émission, je ne sais pas si le jugement de Meyer est sévère ou justement pesé. Mais je remarque que nous ne sommes pas les seuls dans ce forum à nous arrêter sur la forme et à juger qu'elle mérite qu'on s'y arrête, que ce soit pour s'en féliciter ou pour la critiquer.

Le hic, c'est que la plupart des défauts énoncés par Meyer dans ce coup de gueule, on les trouve en cours d'installation ou déjà installés sur France Culture : la temporalité hachée, la frime, l'interruption systématique, le détournement du média au profit des présentateurs, car finalement de plus en plus nous avons une radio faite pour la brillance de ceux qui la font, plutôt que pour ceux qu'on y invite ou pour servir à ceux qui l'écoutent. Certes le tableau n'est pas si noir, car la situation ici décrite est loin d'être générale. Toutefois la tendance est à l'oeuvre et la mutation est en route. Les auditeurs remarquent un peu plus chaque année que leur radio s'aligne sur les tours de la télé : présentation du journal en tandem mixte, rires forcés pour pimenter d'eau tiède les talk-shows, hachis temporel de plus en plus finement découpé. Les sceptiques sont invités à se faire un avis en écoutant Les Matins, le rENdEZ-vOUS, la dispute ; et à examiner rien qu'en passant la vanité narcissique de Marie Richeux, de bébé-Matthieu, de Martin Quénéhen, jeunes loups immatures tout occupés à se la jouer parce qu'ils se prennent déjà pour des stars du micro (et non du microphone comme dit Achille Talon).

Difficile de dire dans quelle mesure Philippe Meyer est conscient que ces défauts irriguent même la matinale où il intervient mais qu'il ne fréquente pas, et on peut parier qu'il ne l'écoute pas non plus. C'est d'ailleurs un des drames de cette radio, que d'être faite par des gens qui ne l'écoutent pas. Et probablement même, pour la plupart ne se réécoutent même jamais, car dans le cas contraire comment expliquer la persistance de défauts criards même chez les plus motivés (je pense à Voinchet, Deligeorges, Bourmeau, Sylvain Kahn) et leur constance délibérée à reproduire les mêmes défauts.

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C'était il y a 2 ans, sous Rome naissait Sparte, Pépère ne perçait pas encore sous Malaparte - le Jeu 04 Avr 2013, 16:17

Ah tiens, je vois que Meyer s'était déjà intéressé à la question, à l'occasion d'interviews télé de Sarkozy et d'Obama.

Chronique du 11 février 2011, théoriquement sortie du délai de réécoute mais toujours disponible : [son mp3="http://download.od.tv-radio.com/france_culture_ondemand/sites/default/files/sons/2011/02/s06/Chronique_de_Philippe_Meyer--11_fevrier_2011--NET_c8e82dac-aa7f-433a-8320-dff7c57ca5e6_FC.mp3" debut="00:00" fin="03:15"]

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Thierry Pêche, ou Thierry-pèche, de la peste au choléra - le Dim 13 Oct 2013, 11:50

Thierry Pech, intolérable aujourd'hui encore.
A l'instant, Bourlange ne le lui envoie pas dire.
Un jour ils vont se balancer des gifles ?

Plus sérieusement, je me demande ce qu'apporte Pech à France Culture en général et à l'Esprit public en particulier. Quoi d'autre qu'une comédie de la bien-pensance éconophobe, de la rhétorique facile, des biais de raisonnement ? Les discussions de l'Esprit public gagneraient  à remplacer cet idéologue clôné, par un homme de gauche intelligent et à la pensée originale. On dirait qu'il est là uniquement pour discréditer son camp. Eventuellement, il permet à tous les allergiques au gauchisme niais (qui n'est pas la pensée de gauche), d'inventorier les tricks de la manipulation verbale, et de préparer des réponses. C'est bien maigre comme bénéfice pour l'auditeur qui, pestant déjà de voir la culture remplacée dans le programme par l'actu, passe au stade cholérique en constant qu'avec des types pareils l'actu est envahie par un commentaire tissé de préchi-précha.

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Gérald Bronner - le Dim 05 Jan 2014, 12:12

Gérald Bronner est l' invité du dernier numéro thématique à l'occasion de la période des 12 jours. C'est un sociologue pro-libéral et un idéologue rationaliste, qui se voudrait un élève de Boudon mais il en est un peu loin, ce qui veut dire qu'il est à la fois nettement moins rigoureux et beaucoup plus intéressant à lire. En se voulant Weberien, il verse le plus souvent dans une psychologie plutôt mécaniste, non sans raison car il y a bien des automatismes dans la pensée humaine et dans l'action. Mais peut-être pas ceux qu'il croit. Philippe Meyer introduit l'émission par une présentation du dernier ouvrage de l'invité : "La démocratie des crédules", qui est sorti voici presque une année et pour lequel Bronner avait été le 7 mars dernier dans la matinale de France Culture.

Bronner m'est sympathique parce qu'il a choisi le camp minoritaire, celui qui est dominé quantitativement en sociologie : la visée scientifique, non militante sauf en faveur de la rationalité et de la méthode. Ce qui en fait un ennemi déclaré des vices de la sociologie radicale : le relativisme, la soupçonnite, les prises de position engagées un coup pour le principe de précaution, un coup en faveur des classes dominées. Car une des ironies de la sociologie est qu'aujourd'hui, les sociologues qui font leurs choux gras sur la domination sont ceux qui dominent quantitativement (non sans terrorisme idéologique) le marché de la socio, probablement parce que l'idéologie est un meilleur produit que le savoir construit avec méthode. Cela dit, qui jette un oeil sur le monde académique peut y constater que le rapport de forces est inverse : la sociologie de la domination ne bénéficie d'aucun crédit dans le sérail des revues scientifiques.

Les livres de Bronner toutefois ne sont pas exempts de défauts : l'imprécision du style fait tiquer le lecteur au moins une fois par page ; on trouve ici et là de la généralisation souvent hâtive, et aussi hélas des raccourcis dont on peut craindre qu'ils soient fort peu étayés ou même, pas du tout. Ainsi quand Bronner raisonne comme si l'internet était à la fois constitutif et constituant déterminant de l'opinion publique, il commet une erreur semblable à celles dont Xavier Delaporte est coutumier. Bronner qui traque les biais cognitifs au point d'en faire une ficelle principale de sa recherche (ou de sa rhétorique ?) se soumet ici de lui-même à une illusion cognitive qui sans aller jusqu'à invalider son travail, nécessite d'y introduire de sérieuses réserves.

Cela dit, ce débat ne va pas vraiment beaucoup plus loin que quand Bronner se retrouve face à Voinchet, mais au moins ce dimanche midi, il coupe -et nous avec- à la voinchignollerie matinale . Gallo voudrait bien parler Histoire mais Bronner n'y connait rien. Bourlange tente de modérer l'invité alors qu'il en partage globalement les idées. Et puis on devine que Thierry Pech a identifié l'ennemi idéologique, et en plus assez faiblard en économie. Alors il enfile la blouse de l'instituteur et il fait la leçon à l'essayiste, avec une voix onctueuse de président de jury, ce qui doit bien faire marrer Bronner qui a lui-même présidé pas mal de jurys.  Le normalien qui a identifié l'être inférieur n'ayant passé aucun concours, balance à l'essayiste : "les solutions  que vous proposez ne sont pas à la hauteur". Aneffet on imagine mal Pech donner son aval à une solution qui ne serait pas issue d'une décision d'Etat ou d'un conseil de Terra Nova ou des deux. Et comme Bronner s'est déclaré Popperien, Pech torpille implicitement le popperisme en appelant d'autres critères de démarcation. C'est habile. Sauf que, comme la plupart des non-popperiens, en la matière il n'a rien à proposer. Pendant quelques instants le dialogue pourrait se gâter : en bon pragmatique post-positiviste et confiant dans le progrès par la raison, Bronner qui a bien compris où il est en train de se faire entrainer rappelle les règles de la publication scientifique et là le militant Pech devrait normalement se sentir dans ses petits souliers. Il reprendra un peu plus tard son ton de prof avec une de ses scies habituelles "le problème est là". Sous-entendu "en vérité je vous le dis, le problème est là où je vous dis qu'il est". Heureusement qu'on a un Thierry Pech pour se pencher sur la géographie des problèmes et du doigt précis pointer l'endroit où le brave con d'essayiste et avec lui ses braves cons de lecteurs, n'a pas assez posé le bout du pif.  Par ailleurs Pech est une âme noble qui plutôt que de délivrer le "peut mieux faire" un peu méprisant, décerne au sociologue un généreux encouragement : "vous irez beaucoup plus loin, je vous y encourage". Il doit être vachement content Gérald Bronner membre de l'Institut, de se voir encouragé par Thierry Pech, qui hormis ses médailles en chocolat et sa caquette de militant professionnel, n'est rien du tout.

A part ça, malgré ses efforts pour éviter le biais d'attribution, Bronner semble parfois y céder. A la moitié de l'émission, Meyer qui en tant que sociologue est plus proche que lui de Boudon ou en tous cas l'a été plus longtemps,se voit dans la position de rectifier non pas la visée de Bronner, mais une de ses formulations qui trahissent sa pensée : les journalistes ne sont pas ceci ou cela, et les journalistes français pas plus que les autres. Bronner en bon Weberien abonde dans son sens, le contraire aurait été surprenant. Meyer en profite pour forcer une assez longue parenthèse sur la responsabilité de la presse, et pose le souhait d'une auto-régulation de la profession. Mais Bronner s'intéresse moins aux médias qu'aux lecteurs. Donc pour cette parenthèse de la mi-parcours, ils en resteront là.

Pour finir sur un sourire, je signale une anecdote savoureuse racontée par Philippe Meyer quelques instants avant cette parenthèse, donc vers la 30eme minute : alors que le débat tournait depuis quelques minutes autour des superstitions, Meyer qui raconte comment des candidats au bachot croient (ou en tous cas au moins un) que les ex-voto de la cathédrale de son quartier ont été posés là en remerciement pour avoir obtenu le baccalauréat. La scène a été relevée par Meyer le jour de la bénédiction donnée lors de la messe annuelle précédant l'examen. Quant aux ex-votos, ils sont là depuis 14-18 (!).

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Re: L'esprit public - Philippe Meyer - Bonjour - le Dim 06 Avr 2014, 11:55

Aujourd'hui nous sommes allégés de Max Gallo mais l'auditeur va le payer quelque peu car premièrement Philippe Meyer a acheté cette absence en lui consacrant sa brève et deuxièmement pour le parler-creux nous avons Thierry Pech qui redouble aujourd'hui de pèchitude : le ton du petit prof qui alternativement fronce le sourcil quand ses camarades parlent, puis quand vient son tour, un coup les tance, un coup leur décerne ici et là un mini brevet et un os de satisfecit, mais c'est toujours orné de sa première personne :
Je fais mon mea culpa
Je ne vous entends pas dire que
Je me félicite de
Je crois que vous faites semblant de ne pas comprendre
Je l'ai dit dès le début
Je souscris

C'est d'autant plus marrant que Pech n'a aucune existence en tant qu'intellectuel, aucune production notable en tant qu'essayiste, mais tout au plus de bonnes ressources comme militant professionnel : toute sa puissance de feu lui vient outre de son culot monstre, avant tout de sa position de récipiendaire privilégié des travaux d'un think tank qui excelle surtout à forger de l'argumentaire. Car pour l'économie politique Terra Nova inspire un parti de gouvernement devinez-donc lequel vous qui êtes si malins. De ce parti et aussi du gouvernement, Thierry Pech se pose comme une sorte de porte-parole officieux, s'interdisant par là de voir que main dans la main, les deux travaillent activement à leur propre déroute.  Résultat Pech est bien le seul à se trouver pris à froid quand ses  développements de sapeur Camember sont retoqués par la vision pratique d'Eric Le Boucher. Pour un type qui n'existe pas c'est à dire à qui seules ses ambitions donnent quelque épaisseur, Thierry Pech parvient tout de même à un résultat pas dégueulasse : il a antenne ouverte sur la radio du PS et jusque dans une émission ouvertement hostile au PS, et tout ça pour ne jamais colporter autre chose que les idées reçues dont il se fait le VRP. Pas mal comme résultat quand même, pas mal du tout, même ! Et tout à fait dans la note générale de Terra Nova.

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Re: L'esprit public - Philippe Meyer - Bonjour - le Dim 03 Aoû 2014, 12:41

Les 2 émissions thématiques que j'ai écoutées, celle sur l'Afrique avec Lionel Zinsou et celle sur le Chiisme (le thème annoncé est la confrontation entre les Sunnites et les Chiites mais l'émission est plutôt tournée vers ces derniers) avec Joseph Maïla, sont de très bonne qualité.
C'est très factuel, raisonnablement dense, fluide et les perspectives sont larges.
Le ton change radicalement de l'agréable ronron des émissions habituelles, bravo à Philippe Meyer de savoir se renouveler.

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Pendant le Carême protestant - le Mar 09 Sep 2014, 08:39

Voici un message du gros phi-phi, envoyé à ses 4 999 contacts facebook et répercutés en direction de leurs ceintures de satellites :

<< A tous ceux qui se sont inquiétés :
L'Esprit public reprend dimanche 14 septembre (en direct et en public de la maison de la Radio).
La chronique du toutologue a été supprimée par le directeur de France Culture. Je n'y suis pour rien (c'est une litote).
Le ciel ne vous en tienne pas moins en joie. >>

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Re: L'esprit public - Philippe Meyer - Bonjour - le Dim 28 Sep 2014, 18:59

Horreur et affliction !

Depuis trois semaines, le cacochyme résident de l'Esprit Public, j'ai nommé M. Max Gallo, de l'Acââdémie Française, manque à l'appel, remplacé qu'il est par des Zinssou de recontre ou des ambassadeurs retraités et podagres, voire par des Wiegel attirées par on ne sait quelle promesse de fût de Sekt mis en perce à France Culture.

Mais Max, où es-tu donc, alors même que ton héros, Notre-Seigneur annonce sa Pentecôte aux fidèles éberlués ? Si tu es décédé, je t'en prie, que tes proches envoient un faire-part, j'ai une bouteille de crémant (pas de champagne, il ne faut pas exagérer non plus) au frais pour cette occasion. Si tu t'es brouillé avec Phiphi et Bourly, dis-le nous de même, le trio burlesque des trois notaires de Nantua n'a pas la même saveur avec Thierry Pech. Si tu comptes revenir...eh bien ne dis rien, on l'apprendra toujours bien assez tôt.

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Re: L'esprit public - Philippe Meyer - Bonjour - le Dim 28 Sep 2014, 22:40

Suite à excès de vénerie et de quenelles de brochets (sauce Nantua) à notre table, Monsieur Max est actuellement en cure à La Bourboule.
Le matin, il joue au bridge, en paire avec Monsieur Phiphi (d’où la disparition de la chronique matinale). L’après-midi, la dextre glissée dans
l’échancrure du peignoir, il savoure l’été indien en baguenaudant d’une fontaine à l’autre. Après le diner, il arrive que Monsieur Phiphi lui
fasse discrètement passer une bouteille de Gentiane qu’il sirote avec Monsieur Clovis, jardinier en chef avec lequel il a noué une franche
et érudite amitié, scellée à la trinquette sur les concordances entre la potée et le bonapartisme.
Vous espérant rassuré,
Henri Racouchot.

L'esprit public - Philippe Meyer - Bonjour     Page 16 sur 18

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