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Le programme de nuit, îlot de culture dans France (in)Culture    Page 98 sur 99

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Le programme de nuit, îlot de culture dans France (in)Culture - le Sam 29 Aoû 2009, 13:05

Rappel du premier message :

Rubrique créée à la rentrée de septembre 2009, selon une formule qui s'était montrée utile aux auditeurs de la nuit depuis quelques années. Le post d'introduction que vous lisez en ce moment est périodiquement remis à jour.

Résumons les épisodes précédents : les Nuits de France Culture, jadis voulues par Jacques Fayet puis organisées avec soin par Geneviève Ladouès, furent  le lieu d'un savant équilibre entre les émissions d'archives (puisées dans le fonds jusqu'à l'année 1944 !!) et les rediffusions récentes (par exemple les Bon Plaisir y étaient systématiquement re-proposés à quelques semaines d'écart). Les émissions des 40's aux 60's, et dans une moindre mesure celles des 70's, ont souvent quelque chose de suranné, d'historique, de passionnant, d'instructif, bref c'est de la mémoire sonore, et leur écoute est une activité intellectuelle comparable à une promenade dans une bibliothèque pleine de volumes inconnus ou connus seulement de nom : on y retrouve Alain Trutat, Jean Amrouche, Roger Grenier, Pierre Schaeffer, José Pivin, Robert Mallet, Pierre Sipriot, Georges Charbonnier, Paul Guimard, Roger Pillaudin et nombre d'autres. Ces noms peut-être ne vous disent rien, mais ils apparaitront çà et là  sur ce forum et surtout  dans ce fil.  

Parmi ces émissions anciennes, on trouve aussi des séries initiées dans les dernières décennies (disons de 1975 à 1999), qui sont pour beaucoup d'entre nous des exemples de l'art radiophonique idéal. Elles sont soigneusement captées et stockées par des passionnés qui veillent ou disposent d'un bon équipement, puis refilées à d'autres passionnés qui ont été trahis par leur timer ou se sont endormis trop tôt. Pour la piste des échanges, je signale cette ressource  : La liste ANPR (clickez ici pour lire la description - et pour l'accès direct, voir notre menu de Liens en haut d'écran)

Pendant un intermède qui dura de 1999 à 2011, dans nos Nuits de FC les émissions anciennes et les rediffusions des meilleures années se sont retrouvées progressivement cantonnées à la portion congrue, de 90' en semaine et 5h en week-end. Le reste de la nuit était dévolu aux multidiffusions, càd des émissions de la semaine en cours. Ce principe a été abandonné à la rentrée de septembre 2011, au grand soulagement des auditeurs de la Nuit (public exigeant, à en croire Philippe Garbit himself) qui sont reconnaissants et heureux de retrouver le principe initial des Nuits de France Culture, telles qu'elles étaient voulues par Jacques Fayet et Geneviève Ladouès : représenter la mémoire de France Culture.

Jusqu'au printemps 2015 j'ai donné chaque vendredi dans le présent fil le programme des 8 nuits à venir. Ce programme était donc publié ici fréquemment avant celui que France Culture met à disposition sur son site avec quelques jours de retard dans la plupart des cas. En outre, ce programme était accessible directement en un seul click, alors que celui de France Culture demande autant de changements de page qu'il y a de journées à consulter. On dit couramment que des professionnels non motivés font moins bien que les amateurs motivés même médiocres. Mais quand les professionnels sont eux-mêmes aussi médiocres que des fonctionnaires calquant leur conduite sur le théâtre de Nicolas Gogol, alors on ne se demande même plus si  les amateurs sont médiocres, inspirés, obsédés, passionnés ou affairés. Le résultat parle de lui-même.

Nessie


PS  : Depuis la rentrée de septembre 2014 le programme des Nuits de FC  est disponible en podcast & écoute à la demande, selon les mêmes modalités que le programme de jour. Cette nouveauté rend moins utile la parution du programme, qui jusque là permettait aux auditeurs de planifier leurs enregistrements. On peut donc réorienter ce fil vers une critique du programme des nuits. Par ailleurs, étant donné la quantité d'erreurs ou de disparitions dans la livraison podcast, on y assure maintenant comme service minimum la fourniture des liens vers les émissions qui, non accessibles en podcast, demandent une longue recherche sur le site de France Culture dont l'ergonomie est un peu plus malcommode à chaque nouvelle refonte.

Quant à l'organisation du programme de nuit, en janvier 2015 elle est la suivante :
- pour les 4 premiers soirs de la semaine, la tranche d'archives s'étend de 0h à 4h, suivie d'un "Sur les docks" en multidiffusion, et de L'Eloge du savoir.
- de vendredi à samedi, la tranche de nuit entièrement nourrie d'archives dure de 0h à 6h15, pour laisser la place au Magazine de la rédaction traitant d'un sujet toujours très judicieusement choisi.
- dans la nuit de samedi à dimanche, le programme de 0h à 6h30 intitulé "Nuit rêvée de ..."  est composé sur les suggestions d'un invité qui co-présente ou accompagne, commente, et dialogue avec un des producteurs de la nuit.
- la nuit de dimanche à lundi s'étend de 0h à 5h.

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NOTA BENE : Fils de commentaires en lien avec le présent fil : Matinée des autres ; Nuits magnétiques ; Pour saluer Pierre Descargues.
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Verdun 1/2 - le Mar 31 Mai 2016, 04:52

A l’occasion de la journée de commémoration du centenaire de la bataille de Verdun (dimanche 29 mai 2016), revenons encore une fois (car déjà abordé dans ce fil) sur ces émissions d’envergure que sont les deux volets de La der des der, et plus particulièrement sur la deuxième moitié, diffusée pour la première fois le 25 août 1985 : La der des der (1914-1918) 2/2.

Suivant le fil de la réflexion proposée par Georges Mettra alternant témoignages d’anciens combattants et histoire de la bataille (en gras), je me propose de transcrire ci-dessous quelques paroles extraites des 35 premières minutes sur les 4h40 que compte l’émission.

Après un discours du Maréchal Pétain, prononcé lors de l’inauguration de l’ossuaire de Douaumont le 18 septembre 1927, Georges Mettra commence :

En 1916, c’est Verdun qui a été choisi par le généralissime allemand Falkenhayn pour être le lieu de la percée allemande. Pour le meilleur et pour le pire, le nom de Pétain est lié à la bataille de Verdun. On disait la victoire de Verdun, on a dit la bataille. Il suffisait aujourd’hui de dire Verdun. Et l’effroi tient en un chiffre : un million de morts, soit environ 500 000 Français, 500 000 Allemands sur 20 km2.

Passé le témoignage de monsieur Vincent, Mettra continue : Le 21 février à l’aube, le canon allemand tonne sur Verdun. La bataille commence. C’est là que le général Falkenhayn a décidé de percer le front, à l’assaut d’une forteresse qu’il encercle déjà pour les deux tiers et dont presque tous les forts ont été désarmés pour suppléer au manque d’artillerie de campagne de l’armée française. C’est un bombardement sans précédent qui s’abat sur les premières lignes qui défendent la citadelle au nord. Un feu roulant qui va écraser les malheureux défenseurs et surprendre l’Etat Major qui croit longtemps encoe à une diversion préliminaire à une attaque en Champagne. Douaumont le plus puissant des forts est prise sans résistance. Il n’a plus ni canons, ni artilleurs. 60 000 Français soldats tués en une semaine vont être le prix de cette négligence.

M. Leroy, interrogé en 1965 par Pierre Sipriot, ancien officier sous les ordres du lieutenant-colonel Emile Driant, relate avec force précision l’attaque des 21 et 22 février 1916 attendue depuis une dizaine de jours. Les premiers instants de l'attaque allemande :

Un peu avant 7 heures, le colonel Driant qui avait le pressentiment que l'attaque des Allemands que nous attendions déjà depuis une dizaine de jours serait déclenchée ce jour-là. Vers 7 heures, je venais comme officier pionnier de mettre en route tout un peloton de travailleurs pour le renforcement des réseaux devant la ligne de résistance, lorsque j'aperçus le lieutenant-colonel Driant en inspection dans le Bois des Caures. Il vint vers moi, me donna quelques conseils pour activer les travaux. Quand tout à coup, quatre coups de cadron (?) furent tirés par les Allemands. C'était un signal. Aussitôt, un déluge d'obus de tous calibres s'abattaient sur le Bois en entier. Le bombardement était effrayant, c'était un enfer. Bientôt des abris furent écroulés. C'est ainsi que mes travailleurs qui s'étaient réfugiés dans un abri avec le sous-lieutenant Brouillard furent complètement écrasés en plein bombardement. Nous assurâmes le sauvetage avec l'aide du sergent Kaplan. Le P.C. du colonel Driant - un P.C. bétonné cependant - fut atteint par un obus et en plein fouet démolissant son aile gauche où se trouvaient les officiers de liaison. Le lieutenant Petitcollot adjoint du colonel fut tué à côté de moi. Et d'autres blessés. Le bombardement dura jusqu'à 17 heures. Puis les Allemands allongèrent le tir et se ruèrent vers nos tranchées de premières lignes. Mais à leur grande surprise, les chasseurs survivants les reçurent à coups de grenade. Malgré tout, ils prirent pied dans nos tranchées de première ligne. Toutefois, les garnisons de soutien contre-attaquèrent et dans la nuit, presque toutes les tranchées de première ligne furent reprises. À 7 heures du matin, le lendemain, 22 février, le bombardement reprit avec une intensité peut-être plus violente que la vieille. À midi, mais cette-fois-ci, les Allemands nous attaquèrent en très grand nombre : 6000 hommes étaient engagés devant les débris du 56è et 57è bataillon de chasseurs. Les premières lignes furent vite prises, bien que nos chasseurs se défendirent comme des lions. Ils se bâtirent à coups de baïonnettes, de couteaux, tous leurs fusils étant détruits par les bombardements. Presque tous les officiers tombèrent, tués ou grièvement blessés. Bientôt, les Allemands se portèrent sur la ligne de résistance, tenue par la 8è compagnie du lieutenant Simon. Ensuite le P.C. du colonel Driant fut organisé défensivement. C'est là où j'ai vu le colonel Driant faire le coup de feu lui-même. Mais la situation était tragique car les Allemands ne pouvant nous prendre de front firent un mouvement d'encerclement, et à ce moment, nous devions périr sur place ou être prisonnier.

Être prisonnier. Tant pis, nous tenterons la percée. Des petites colonnes se formèrent à la tête desquelles se mirent chacun un officier. À ce moment, le colonel me donna l'ordre de porter l'ordre de repli à un capitaine-commandant à une compagnie du 65è venu en renfort pendant la nuit. J'exécutais l'ordre avec un chasseur lorsque je revins seul, malheureusement les Allemands avaient formé le cercle. Caché dans un trou d'obus, je les vis tirer sur mes pauvres camarades rampant sur la pente de Douaumont. C'est à ce moment que le colonel Driant sautant dans un trou d'obus fut atteint d'une balle à la tête. Il se retourna, cria : « Oh là mon Dieu ! » et tomba mortellement atteint. Peu de temps après, le commandant Renoir de 59è, était lui-même mortellement atteint.

J'ai pu regagner à la nuit Vacherauville, et avec l'aide du lieutenant Simon, nous avons rassemblé 43 chasseurs. Du 56è, le capitaine Vincent, commandant de bataillon, atteint de deux blessures put rejoindre avec trois officiers et 60 chasseurs du 59è trois officiers et 43 chasseurs. C'est tout ce qui restait de 1200 combattants.


Mettra : Lorsque le général Pétain, nommé responsable du secteur arrive une semaine plus tard à Verdun, il se trouve devant un désastre, un front à demi enfoncé. Douaumont tombé, réarmé par l’ennemi, tourne ses canons vers la ville. 25 000 Français sont tombés dans la fournaise, la ville est à bout de munition, d’hommes et de matériel. Et l’unique voie d’accès qui va de Bar-le-Duc à Verdun est sous le feu de l’ennemi. La riposte va s’organiser rapidement.

M. Vincent, agent de liaison en 1916 : Verdun, ça absorbait au moins 80 à 90 000 hommes par semaine. Que ça bouffait. Et de 80 à 100 000 tonnes de camelote : ravitaillement, obus, munitions, et tout. (…) Et Pétain, quand il est arrivé, au bout de 24h qu’il était là, il a inventé la « Voie Sacrée ». C’est comme ça qu’elle s’est appelée. Parce que cette route-là, qui était une petite route, hé bien, il a lancé quand même avec le capitaine Doumenc de l’époque - qui a pris ça en main, le commandement - avec 3700 camions, qui faisait la noria Bar-le-Duc - Verdun, Bar-le-Duc - Verdun, et puis qui tournait, qui tournait, qui tournait. Alors, la route en l’espace de quelques jours : foutue ! Pétain a fait installer des carrières, à Balincourt, tout le long de la route de Bar-le-Duc, il y avait des forçats qui étaient là-dedans, des punis de travaux publics avec les grandes casquettes, tout ça, pour extraire la pierre. Alors, ils ont fait des petites voies ferrées, ils avaient fait des chargements, des silos à pierre, ils venaient avec les wagonnets, ils versaient le silo et quand les camions arrivaient, ils se mettaient en dessous, on ouvrait le silo, et ils allaient mettre ça sur la route. Ils ont rélargi la route en même temps qu’ils la réparaient. Et alors, uniquement les camions qui avaient le droit. Les piétons, il fallait marcher sur les champs, à côté, dans la merde (…).

Pendant 18 jours, j’ai fait Vaux-Chapitre – Soully, tous les matins. Je partais à 2 heures du matin – j’étais content parce que je me barrais de l’enfer – hé bien, ce qu’il y avait de démoralisant (…), c’est qu’il fallait repartir : porter des ordres, porter des plis. Même quand on était stable, il y avait des plis à porter à l’arrière. Il fallait traverser tout le zinzin. Et à Verdun, c’étaient les trous d’obus, avec la flotte, la mêlasse, les bourricots crevés, les cadavres des pauvres soldats qui étaient là. Des cadavres partout. Alors la nuit, quand il faut faire ça - parce qu’on le faisait surtout la nuit, parce que le jour on était foutu en l’air – vous ne voyez pas clair, alors, on se foutait la gueule dans les trous d’obus, on s’en sortait comme on pouvait. Avec la nuit, vous aviez tout d’un coup une lumière formidable, il y avait une fusée qui éclatait : on voyait tout. Et puis tout d’un coup, hop : le noir. Ça re-bombardait : on se jetait dans un trou. Deux, trois cadavres là-dedans, ça puait, ça schlinguait, c’était infernal. Et puis alors, quand vous arriviez et vous vous couchiez à côté dans le tas, vous aviez cinquante rats qui vous tombaient dessus. C’était infernal, infernal, infernal. Des fois, je suis peut-être resté deux heures dans un trou sans pouvoir bouger avec la trouille, le machin, ne sachant plus où aller, je savais même plus de quel côté j’étais… Tandis que en compagnie, on était toujours avec des copains quand même. Ce n’était pas pareil. D’être tout seul abandonné dans des trous d’obus, avec des macchabées comme ça, je peux dire que des fois, j’ai eu peur. (…) Il vous tombait un obus à deux, trois mètres, vous étiez dans le trou, on ne risquait rien. Mais vous aviez deux mètres cube de terre qui vous arrivaient sur la gueule. Alors, il fallait se dégager, sortir de là-dedans. (…) Il valait mieux ça que de glisser dans un trou avec de l’eau parce que là, on ne s’en sortait pas si on n’avait pas un copain pour vous sortir. Moi, j’ai gueulé deux, trois fois, j’ai hurlé à des gars qui passaient pour venir me sortir. (…) C’était la boue, gluante, qui vous accrochait. C’étaient des ventouses quoi.

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Verdun 2/2 - le Mar 31 Mai 2016, 05:06

Mettra : Pétain avait dit : « A verdun, il me faut 100 000 hommes par semaine. » Il les aura. Par roulements, et subissant des pertes épouvantables, presque toutes les unités de l’armée française monteront vers l’enfer en 1916. 9 avril, code 304, M. Camilloret (?), au micro de Pierre Sipriot, en 1966.

M. Camilloret : (…) Nous avons eu les pires difficultés pour essayer d’éviter les ventouses de la boue. Pendant tout le temps que le bataillon est resté en ligne, on peut dire qu’il n’a pas cessé de pleuvoir. Il était presque impossible de se déplacer d’une façon normale. Tant et si bien que j’ai l’impression encore, qu’à ce moment-là, aucune attaque de part et d’autre n’était possible. Nous étions dans la boue et l’eau ruisselait dans les tranchées. Nous occupions avec mes camarades un petit abri recouvert d’une taule ondulée sous laquelle nous avions installé un poste téléphonique. Et pendant tout le temps que nous avons passé là, on peut dire que virtuellement la ligne n’a pas marché tant le bombardement était intense.  Il y a eu environ une centaine de chasseurs tués, 5 ou 6 sous-officiers tués, et un adjudant tué. Et je ne compte pas les nombreux blessés qui avaient tant de mal à se faire évacuer. (…)

Monsieur Fessler (?), le 22 juin 1916 : (…) Et j’étais dans un trou d’obus - on avait un trou qui était rond, donc on l’avait mis à peu près au carré. Et j’étais avec le sous-lieutenant, un nommé Gratadoux – je peux en parler maintenant puisque sa femme est morte, il n’y a plus de danger – et nos deux ordonnances. [une ordonnance est un soldat attaché à un officier] J’ai eu la veine dans mon malheur d’être le flan droit le long de la paroi du côté de Douaumont – du côté de l’ennemi. À côté de moi, j’avais mon ordonnance, j’avais l’ordonnance du lieutenant Gratadoux, et lui était en face, la poitrine face à Douaumont. Des obus sont arrivés, il est arrivé un gros 280, qui a balayé, renversé le bord de la tranchée. J’ai été blessé au pied, à la jambe et enseveli en même temps. Et mon camarade, le lieutenant a reçu l’obus en plein corps et a éclaté. Une bouillie. Quand je l’ai ramassé, quand j’ai réussi à me dégager, il n’y a plus rien à faire évidemment, c’était un… Je l’ai mis dans une toile de tente, j’ai noué les 4 coins, on ne pouvait pas l’évacuer sur Fleury qui était à 200 mètres derrière nous, avant la nuit. Je suis resté toute la journée. Et alors, mon ordonnance avait un œil arraché qui pendait. Il a réussi à sauter sur le parapet, il est parti, il a réussi à passer à travers tout, il est allé jusqu’à Fleury. Quant à l’autre ordonnance, il était enseveli aussi, - j’essaye de le dégager - et puis il me dit : « Oh mon lieutenant, vous me faites mal au pied. J’ai mal au pied, oh, vous me faites mal. » J’allais tout doucement, je le dégage. Il n’avait plus de pied. Son pied était 50 cm plus loin. Alors j’ai fait un garrot. Et puis il a fallu attendre la nuit tombante pour pouvoir l’envoyer sur Fleury.

Georges Duhamel chirurgien à Verdun en 1916, interrogé par Pierre Sipriot en 1965 :

Nous étions arrivés jusqu’à Glorieux, nous pensions aller à Verdun et à la citadelle où nous savions qu’il y avait de grandes réserves de places dans les couloirs et les souterrains. Mais non, du tout, on nous a fait traverser la voie et nous arrêter à Glorieux où il y avait quelques baraques en matériaux légers où il y avait 400 blessés qui étaient là, des blessés graves et des morts – les blessés sans soin depuis plusieurs jours. Immédiatement, nous nous sommes mis au travail. (…) Nous avons reçu tous les jours, tous les jours, sans arrêt, des blessés. Comme les troupes qui montaient en ligne s’arrêtaient, étaient débarquées en général des camions qui montaient en face de nous au faubourg de Glorieux, il y avait partout des « saucisses », partout des ballons d’observation, les Allemands s’en sont aperçus, ils ont commencé à taper sur Glorieux, et c’est nous qui recevions les coups le plus souvent. Comme nos baraques étaient extrêmement légères, il nous arrivait quelquefois de perdre tous les hommes d’une baraque, tous les blessés que nous avions opérés un temps infini pour les sauver, nous entendions un bruit épouvantable, tout tremblait autour de nous, nous allions en courant voir. Le résultat a été le suivant : c’est qu’après deux ou trois semaines de ce travail affreux, quand nos morts étaient déterrés du cimetière provisoire que nous avions fait là, on nous a donné l’ordre de nous retirer de quelques kilomètres, très peu, deux ou trois, même distance du front, mais à la lisière du bois des Sartelles, là également au bord de la route et au bord de la voie ferrée. (…)

Presque toutes les nuits, j’avais quelques raisons d’être de service ou d’aller aider les camarades qui étaient de service et le matin, quand avait passé toute la nuit avec une lampe à acétylène à opérer, à opérer, à faire des urgences, à lier des vaisseaux, à amputer des plaies, quand je voyais la poubelle, les deux ou trois poubelles qu’il y avait à la porte de la salle d’opération : comme des bouquets de bras et de jambes - n’est-ce pas, on avait mis là-dedans tout ce qu’on avait dû faire tomber - hé bien, je m’en allais manger un morceau – oui manger, parce qu’il fallait quand même se restaurer - manger un morceau et faire mon choix dans les blessés qui attendaient. Ils attendaient dans une espèce de grande baraque où on les avait placés là, au ras du sol et quand je passais, ils me saisissaient par les jambes - par les leggings - ils me suppliaient avec des larmes de m’occuper d'eux. Et je leur disais : « je vais m’occuper de toi tout de suite, un peu de patience ». Mais en réalité, mon choix était dirigé par des choses très fortes. Je faisais passer d’abord ceux qu’on avait quelque chance de sauver. Et ceux qu’on ne pouvait pas sauver, ben, mon Dieu, mon Dieu, je m’excuse, mais je les laissais mourir. Il n’y avait pas à faire autrement. Et alors, là, je retournais tout de suite, après avoir avalé un morceau, je retournais dans la salle d’opération, et je recommençais.

Ce que je peux dire, c’est que beaucoup des blessés que j’opérais qui étaient agonisants me disaient : « Non, soyez tranquille, soyez sûr, c’est sauvé, ils ne passeront plus ». Ce sont les hommes de la troupe qui, à mon avis, sont véritablement les vainqueurs de Verdun. C’est à eux que je veux décerner ce beau titre : « Il y a certains moments que nous avons endurés dans la douleur. Mais auxquels il nous arrive de penser plus tard, longtemps plus tard, avec une sorte de tendresse et même de nostalgie. Ils nous paraissent dans l’éloignement, colorés de poésie en dépit de la tristesse.  Mais jamais, jamais, ce miracle indulgent ne s’est produit en moi pour tout ce qui touche à ce Verdun de l’année 16. Non, non, non, pas d’oubli. Pas d’indulgence transfiguratrice pour l’enfer. »
[extrait de La pesée des âmes, (Lumières sur ma vie IV), éd. Mercure de France, 1926]

Sur le site de France Culture, seul un lien vers cet excellent blog associé à France Culture (et déjà mentionné par Philaunet) est exposé : 14-18 : La conversation des absents.

Par ailleurs, une émission de La fabrique de l'histoire intitulée Vive les auditeurs 1/4 (7 mars 2016) m'a permis de découvrir un site exclusivement consacré à la guerre 14-18 (présentation très intéressante dans le dernier quart d'heure de l'émission).

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Re: Le programme de nuit, îlot de culture dans France (in)Culture - le Mer 01 Juin 2016, 08:03

Grand merci à Jean-Luuc pour son énorme travail dans les deux posts précédents. Ce précieux suivi de l'émission La der des der est particulièrement bienvenu et permet, outre de "lire la radio", de mettre en perspective la discussion autour de la commémoration de la bataille de Verdun.

Discussion lancée dans le fil de la Presse française à partir du post 45 et que je me suis permis de continuer, en français, dans le fil SWR2 radio culturelle allemande, Verdun/Douaumont, une scénographie réussie .

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Lecture et commentaire du Feu d'Henri Barbusse (diff.1976) - le Sam 11 Juin 2016, 09:36

Le producteur des Nuits, Philippe Garbit, et son équipe ont opportunément diffusé dans la nuit du 3 juin dernier Relecture - Henri Barbusse et Marcel Martinet (1ère diffusion : 07/01/1976) 1H 30 min Par Hubert Juin.

1976, Hubert Juin, toute une époque ! Était-ce donc mieux "avant" ? Écouter 1976 avec les oreilles de 2016 habituées (?) aux Broué, Gardette, Garrigou-Lagrange, c'est en tout cas le dépaysement garanti.

La première partie de la discussion se concentre sur l’œuvre littéraire d'Henri Barbusse, il y est largement question de son roman Le Feu dont  des extraits sont lus avec art (le nom du lecteur n'est ni dit,ni écrit).

Une archive qui sera peut-être utilisée dans les cours d'histoire au collège et au lycée ? Ici le deuxième extrait ponctuant la conversation entre les invités* :  [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13915-03.06.2016-ITEMA_21001061-2.mp3" debut="20:58" fin="26:06"]
À rapprocher avec La Der des der (voir fil 1914-1918, des regards de contributeurs)

* La page de France Culture indique "Avec Jacques Le Glou, Jacques Cellard et Jean-Michel Goutier". Ces trois noms ne correspondent pas aux noms des invités donnés en début et fin d'émission par Hubert Juin. Les quatre intervenants sont donc Henri Mitterand, Pierre Paraf, Nicole Racine et André Wurmser. En plus des lectures sont diffusées les voix d'Henri Barbusse, d'Emmanuel Berl et de Roland Dorgelès.

Pour en savoir plus sur les quatre invités :

Henri Mitterand (ses deux dernières interventions à France Culture en 2011)

Pierre Paraf

Nicole Racine

André Wurmser

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Claude Rich lit Peter Pan - le Sam 09 Juil 2016, 23:53

Trois minutes de Claude Rich vous dédommagent d'une année du tandem Podalydès-Bonnafé, c'est ici cette nuit : Le feuilleton - Peter Pan 1/10 (1ère diffusion : 20/12/1993).

Philippe Garbit doit être la personne qui connaît le mieux France Culture (après Nessie, of course, dont on espère qu'il n'a pas pris sa retraite d'auditeur) et c'est toujours un bonheur de le savoir vigie nocturne (ou diurne pour les podcasteurs).

Il faut saluer la direction de France Culture qui continue à diffuser les archives (qui jettent une ombre sur le programme de jour), car rien n'est jamais acquis. Nous pourrions aussi avoir un programme musical (la bande son de grève, par exemple) ou, pire, une rediffusion des programmes du jour (Broué, Kronlund, Richeux, Serrell, Mosna-Savoye, Charon, la fine équipe féminine...).

Réjouissons-nous donc.

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Chantal Akerman : 6 juin 1950 - 05 octobre 2015 - le Jeu 21 Juil 2016, 21:57

21 septembre 1991 : Le bon plaisir, de Jean Daive avec Chantal Akerman. 39’37’’ :

Jean Daive : Qu’est-ce que vous pensez d’une grande émission comme ça ? Le bon plaisir, sur vous ? Comment est-ce que vous la voyez ?
Chantal Akerman : Ce que je voudrais qui passe de moi ? Vous savez – là, on parle tout doucement, tranquillement mais – les gens, ils ont l’impression que je suis quelqu’un d’agressif. Et, j’aime pas qu’on pense ça de moi. Parce que souvent, je fais des raccourcis. Je passe une phrase, et je dis la suivante. Et donc, la suivante a l’air très brutale. (…) Et je déteste cette idée de moi. J’aimerais un peu que ce soit autre chose qui passe que ça.

En 1991, Chantal Akerman a 41 ans et déjà quelques signes des accents inquiétants qui caractériseront sa voix grave et cassée à la fin de sa vie : un léger tremblement, un débit presque rompu par un souffle court, une parole à fleur de peau.

Le spectateur de cinéma peut bien souvent apprécier les qualités d’un film sans recourir pour cela à la biographie du/de la cinéaste. Dans le cas de Chantal Akerman, faire cette impasse constituerait un manque, pour ne pas dire un manquement à la bonne compréhension de son œuvre. Pour la raison simple, que les archives de France Culture nous donnent à entendre, que la vie familiale d’Akerman et le rapport qu’elle entretient notamment avec sa mère entrent dans la composition de ses films et plus tard documentaires ou vidéos de galerie/musée.

Deux archives se répondent de ce point de vue à 13 ans de distance, illustrant les obsessions/ressassements de Chantal Akerman : Le bon plaisir , du 21 septembre 1991 et un ACR du 09 mars 2008, intitulé du nom donné à la vidéo présentée à la galerie Marian Goodman à Paris (22 juin-24 juillet 2004) : Marcher à côté de ses lacets dans un frigidaire vide.

Le bon plaisir :
À 1h28'25'', Jean Daive demande :
Alors vous revenez avec quoi Chantal ?

Akerman : J’ai été chercher la seule chose qu'il me reste de ma grand-mère, et ma mère me l’a donnée à moi. C’est écrit en 1920, donc il faut voir que cette femme avait 13 ans à l’époque, en Pologne, dans une petite ville – déjà la Pologne maintenant ce n’est pas très éclairé, mais à l’époque – dans un milieu très religieux. C’est son journal. Et je vais vous lire la première page de son journal. Et elle explique pourquoi est-ce qu’elle doit écrire son journal. Elle écrit en tout grand avec un point d’exclamation, ça commence comme ça :

« Je suis une femme. Il ne faut donc pas dire tous mes désirs et mes pensées à voix haute. Je peux seulement croire aux choses cachées, alors ce journal, le mien, je voudrais au moins pouvoir dire une part de mes pensées, de mes désirs, de mes souffrances et de mes joies. En écrivant sur cette feuille, je serai certaine alors que toi mon journal, au moins, tu ne me trahiras pas, et tu seras mon seul confident. »

Ce journal, cette première page lue en 1991, seront à nouveau convoqués 13 ans plus tard dans l'ACR diffusé en 2008, mais qui date en réalité de 2004 (puisque né d'une oeuvre vidéo de cette époque). Cette fois, Chantal Akerman confie la lecture des mots de sa grand-mère maternelle à sa mère - la fille donc de la diariste. À une différence près : la lecture n'est plus faite en français mais en polonais, la langue originelle de l'auteure.

Ainsi de 1991 à 2004, par l'heureux hasard d'archives croisées, les mêmes mots relient les voix de la famille Akerman. La recherche obstinée de la cinéaste pour garder en vie ce document ne faiblit pas et prend au moins deux formes : son incarnation (par la lecture) et son enregistrement (audio en 1991, puis vidéo en 2008). Une autre idée fixe remonte à la surface de cet ACR, déjà abordée 13 ans plus tôt au micro de Jean Daive : Frida, une femme belge déportée avec la mère de Chantal dans un camp de concentration.

ACR Marcher à côté de ses lacets dans un frigidaire vide :

à 22’27’’, Chantal Akerman : Maman, moi je voudrais que tu parles de Frida. Si tu peux raconter comment vous vous êtes rencontrées ?

Sa mère Nelly Akerman : On s’est rencontrées à Malines. Frida… Elle était forte. Tu sais comme fille, c’était une fille assez forte, mais belle, le visage tellement beau.

_ À Malines, qu’est-ce qu’il y avait à Malines ?

_ Hé bien, quand on a été pris, on a été mis à Malines, et c’est de là qu’on a été déportées. C’étaient les rassemblements. Une ancienne caserne, tu sais, qu’ils ont pris comme camp de rassemblement. Elle était là aussi. (…) Alors on est parties, on s’est mis tout de suite ensemble, parce que j’étais séparée de mes tantes. J’étais avec elle. Et elle m’a soutenue moralement. Quand je pouvais pas manger, tu sais, on faisait des échanges, on donnait un morceau de pain, elle recevait une pomme de terre qu’elle coupait en morceaux, qu’elle faisait cuire avec des petits bouts de papier, dans le poêle de ce bloc. Et je mangeais tout doucement. Et quand quelqu’un me voulait quelque chose, elle se mettait devant moi comme ça : «  Qu’est-ce que tu lui veux ? » Courageuse, courageuse. Elle me racontait toujours toutes sortes [de choses] comme ça pour oublier. Elle était merveilleuse. On était juste séparées comme ça à la fin, on partait d’un camp à l’autre (…) À ce moment-là, elle a été ailleurs, et moi, j’ai été avec mes tantes, on ne voulaient plus se quitter à ce moment-là. Jusqu’à ce qu’on soient sauvées par des soldats français. (…)

La séquence de 24 minutes se clôt sur la sonnerie d'un téléphone auquel la réalisatrice répond pendant que sa mère lui raconte les derniers instants de sa déportation. Cette vidéo exposée dans l'une des plus grandes galeries françaises et convertie en document sonore dans le cadre d'une création radiophonique, située elle-même à l'intérieur d'une importante filmographie, pourrait désarçonner l'auditeur qui ne connaitrait que la facette la plus exposée de la cinéaste.

Mais les formes explorées par Chantal Akerman prennent encore une autre tournure : le livre.

***

Celle qui disait en 1991 à Jean Daive (25’20'') : J'ai l’impression que je n’ai pas vraiment le courage d’être un écrivain, et que peut-être un jour je l’aurais, est reçue 22 ans plus tard dans Du jour au lendemain le 7 novembre 2013 pour la publication de son ouvrage : Ma mère rit. Il s'agit de son dernier entretien sur la chaîne. Tel un long fil temporel, celui-ci se connecte directement à l'ACR évoqué ci-dessus.

Du jour au lendemain :

Comme à son habitude, Alain Veinstein commence par lire un extrait du livre : Ne me lâche pas, pas encore. Je ne suis pas prête, et peut-être que je ne serai jamais prête.

À sa première question, elle répond : Écrire mes lacets dans un frigidaire vide, non ça, c’est une pièce que j’ai fait. Ecrire à côté de mes lacets… Comme… Parce que je suis toujours à côté des choses, dans le décalage. Et là, quand vous avez cité les trois phrases-là, c’est drôle, ça m’a foutu un coup au cœur. Oui, je ne serai jamais prête. Oui, ma mère rit. Elle rit, elle rit pas. (…)

Chantal Akerman a 63 ans, sa voix est dorénavant râpée, sa gorge, serrée. Des intonations paradoxalement enfantines font surface par moments et laissent planer l'ombre d'une folie. En confiance avec Alain Veinstein qu'elle semble connaître puisque les tutoiements et adresses directes affleurent régulièrement, elle livre deux confessions.

La première concerne sa mère (22'58'') :  Et tu sais, c'est une des dernières. Elle a 86 ans, elle était dans les camps à 15 ans et demi. Dans cinq, dix ans, il n'y aura plus personne comme elle. Mais j'ose même plus, je suis gêné. J'ose plus la filmer. Je me sens un peu... J'ose plus. Je peux écrire. C'est moins indécent l'écriture que le film.

Cinq mois avant le décès de sa mère (Nelly Akerman meurt en avril 2014), Chantal Akerman dit renoncer « visuellement » à l'une de ses plus importantes sources d'inspiration. Son ultime long-métrage No home movie (2015) révèlera quel bouleversement cette séparation a représenté pour la cinéaste qui enregistrait régulièrement sa mère au gré de ses visites. Que ce soit directement à Bruxelles dans son appartement ou via sa webcam quand Chantal voyageait (Etats-Unis, Israël).

La deuxième confession livre le désarroi de la cinéaste (24'44'') : Et c'est ma mère qui a dit [à son mari] : « Laisse la faire. Laisse la faire. » Et là, je crois qu'elle a parlé pour elle aussi. Je ne sais pas. Après, j'arrange des histoires dans ma tête. C'est pour ça que ça ne marche pas l'analyse pour moi. Je dis ça, ç'a l'air... Après, je pourrais dire le contraire cinq ans après, et ça serait toujours aussi vrai. C'est pour ça que la vérité, c'est dur. Et de toute façon, en plus, elle est rhizomique, elle va dans tous les sens. Parfois, ça se rejoint à un endroit. Ah non, mais moi je vais finir comme Benny Lévy. J'en peux plus ici.

***

Originaire d’une famille juive de Pologne émigrée en Belgique en 1938 grâce à l’arrière grand-père maternel de Chantal, son père Jacob (dit Jacques) a échappé aux rafles et sa mère Nathalie (dite Nelly) déportée avec ses deux tantes, est revenue du camp d’Auschwitz. De ce passé familial, Akerman dit à Jean Daive ne rien savoir.

Le bon plaisir, à 2h18’07'' :

Jean Daive : Tout ce que vous savez sur les camps, vous le savez de votre famille ?

Chantal Akerman : Mais je ne sais rien par ma famille, absolument rien. Tout ce que je sais, c’est d’avoir lu Primo Levi. Mais rien. Il n’y a pas un mot qui a été dit là-dessus. Donc, c’est là la suite. La suite, c’est pour ça que j’ai fait Histoires d’Amérique. Pour combler un… Et je pense aussi que si ces femmes sont folles, c’est parce qu’elles ne parlent pas. Alors, je parle moi, mais c’est presque à leur place. C’est vrai que je donne une place à ma mère, je lui donne la parole. Mais je le fais sans son accord (…).

Nelly Akerman est morte en avril 2014, à 86 ans. Un an et demi plus tard, le 5 octobre 2015, Chantal Akerman se suicide, à 65 ans.

La page Wikipédia de la réalisatrice indique à l'origine de ce geste des troubles maniaco-dépressifs, une maladie abordée sans complexe auprès d'Alain Veinstein et de Jean Daive dans le dernier quart d’heure du Bon plaisir : J’ai vraiment disjoncté, dit-elle.

Pour plus d'informations, ici, la page hommage de France Culture regroupant plusieurs entretiens de la réalisatrice.

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Re: Le programme de nuit, îlot de culture dans France (in)Culture - le Sam 27 Aoû 2016, 10:21

Le portail de la station informe des émissions actuelles et dans une grande fenêtre noire, peu attrayante, intitulée "France Culture Échos", signale les rediffusions d'archives sélectionnées par Philippe Garbit et son équipe.

Que ces émissions soient diffusées entre minuit et 6h du matin ne signifie pas qu'il faille veiller pour les écouter : tout est disponible en ligne et téléchargeable. On ne le dira jamais assez : cette mise à disposition d'archives est une révolution pour l'auditeur exigeant.

La station fait aussi d'une pierre deux coups : satisfaire un groupe d'auditeurs et désamorcer la critique de la radio de jour. Qui a en effet le temps et l'envie d'écouter à la fois les archives et le flux du jour ? Pas grand-monde, voire personne.

Aussi ne faut-il pas s'étonner de l'amenuisement du commentaire sur l'évolution de l'antenne : personne n'a de temps à perdre à écouter la médiocrité quand la qualité vous tend les bras et que les moyens techniques sont si simples pour en profiter.

Il paraît que la Nuit spéciale Rouletabille mérite une attention spéciale.

La rentrée 2016-2017 ne risque pas de déchaîner les passions...

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La cigogne blanche, 1974, 1993, 2016, un bilan - le Lun 19 Sep 2016, 11:40

Saluons une nouvelle fois Philippe Garbit et son équipe pour leur sélection d'archives. La webradio culturelle alternative, c'est bien le programme de nuit.

Le 17 septembre, diffusion, donc, de Les Oiseaux (1ère diffusion : 19/04/1974) Par Frédéric Christian - Avec le professeur Jean Piveteau, Jean-Pierre Jacob, Michel Rousseau et Jean-Jacques Barloy

Il en a été question dans le fil Les oiseaux avec un post sur ''L'indicateur'', le ratel et les Hottentots.

Passons maintenant aux CIGOGNES (blanches d'Alsace) et aux rapaces.

Jean-Jacques Barloy [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13915-17.09.2016-ITEMA_21078905-2.mp3" debut="57:01" fin="58:31"] (57'01 à 58'31)

Nous étions en 1974 et la situation était vraiment désespérée pour la cigogne blanche d'Alsace. En janvier 1993, soit près de vingt ans plus tard un numéro de Perspectives Scientifiques avec Philippe Arnold nous disait tout sur la cigogne et faisait un bilan de la situation : sauvetage couronné de succès. Et ce grâce à l'énergie de chercheurs, de scientifiques et de bénévoles d'association (a-t-on jamais entendu citer "la Ligue pour la Protection des Oiseaux" sur France Culture ?). Oui, une formidable réussite, en collaboration avec EDF (enfouissement de lignes à haute tension/signalisation /bouchage des pylônes) et des autorités locales, nationales et européennes (qui parle jamais sur France Culture des directives (= lois) européennes permettant la sauvegarde des habitats naturels ?). Réduction des épandages toxiques, protection des espaces humides, etc, ont permis l'accroissement des populations de cigognes à un point très satisfaisant. Un grand succès.

Nous sommes en 2016, presque 25 ans plus tard et pas un mot sur France Culture (mais sur la Cop 21 [keskesèksa au fait ?], des tonnes...). La zoologie est une branche du savoir exclue du champs des sujets considérés comme dignes d'intérêt par la chaîne.

Heureusement, il y a Michel Pastoureau qui, avec son histoire sociale des animaux, permet d'entendre parler du corbeau, du coq, de l'ours et du cochon, par exemple.

Il existe des ornithologues passionnés par leur domaine, qui feraient d'excellents passeurs de savoir et seraient des créateurs de vocations. On ne leur donne jamais la parole, sauf ici, rare exception : Les oiseaux et nous.

Voir aussi le fil Les oiseaux actualisé (Audubon, ornithologie).

979
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Mardis du cinéma - Les écrans de Stefan Zweig 26/10/1993 - le Mer 05 Oct 2016, 14:21

Une émission d'une intelligence rare datant de 1993 pour remplacer ce midi le tandem Mercier-Gesbert de l'appauvrissant France Culture diurne 2016. Mille mercis Philippe Garbit !  : Mardis du cinéma - Les écrans de Stefan Zweig (1ère diffusion : 26/10/1993) / Rediff. 24.09.2016. 1H 30 min Par Dominique Rousset - Avec Yves Builly, Edouard Molinaro, Etienne Perier, Fanny Ardant, Noël Simsolo, Joël Farges et Catherine Rich - Réalisation Jean-Claude Loiseau

On n'incitera personne à faire un comparatif avec la critique cinéma de La Dispute ou avec ce que fait Antoine Guillot depuis le départ de Michel Ciment.

Non que Dominique Rousset (oui, "La" Dominique Rousset) soit toujours à la hauteur (interventions un peu longues), ce n'est pas grave, mais la qualité de la réalisation et la densité d'intelligence dans les interventions ne peuvent que provoquer l'enthousiasme.

On apprend beaucoup de choses sur l'art cinématographique (notamment sur l'adaptation) dans cette émission, avec des réalisateurs, des critiques (brillant Simsolo) et Fanny Ardant. Bel éclairage également sur Stefan Zweig et son monde.

Étonnez-vous après que des auditeurs ayant entendu cette qualité dans les années 90 trouvent inécoutables le divertissement et l'information socio-politique qui font le gros du programme de  l'antenne culturelle depuis plusieurs années !

980
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''Le Bon plaisir'' d'André Brahic, en 1998 - le Dim 09 Oct 2016, 10:23

Un an avant le changement d'ère à France Culture (l'adlerocène), une émission de deux heures qui restera dans les annales :  Le bon plaisir - André Brahic (1ère diffusion : 14/02/1998) Par Michèle Chouchan - Avec Evry Schatzman, André Brahic et Vincent Courtillot - Réalisation Jacques Taroni  

On se souvient du récapitulatif des émissions diffusées sur France Culture avec André Brahic après son décès le 15 mai 2016.

Dix-huit ans avant sa mort, c'est le temps qui passe trop vite qui taraude André Brahic, 56 ans en 1998, lui qui espère pouvoir connaître le résultat de ses recherches en 2050... Si André Brahic rit beaucoup dans ce Bon plaisir, c'est pour mieux dissimuler sa peine de devoir mourir sans avoir réalisé le millième de ses envies, ni avoir transmis toute la passion qu'il a en lui.

André Brahic se moque volontiers de lui-même, oui il parle trop vite, oui il est toujours en retard partout, oui, il ne dort que quatre heures et c'est bien dommage que la journée ne comporte que 24h et l'année 365 jours (dit-il).

L'émission est réalisée au Palais de la Découverte, et comme c'était l'habitude, ce sont des amis du scientifique qui brossent son portrait en sa présence. Il faut écouter le passionnant Vincent Courtillot comparer le travail du géologue (le sien) et celui de l'astronome, un morceau d'anthologie.

Si l'intervieweuse Michèle Chouchan n'est pas à la hauteur et sa manière de lire des extraits peu convaincante, ce n'est pas très grave car ses interventions sont heureusement rares et Brahic occupe quasiment tout le temps de parole avec ses deux amis.

Pourquoi séparer la science et la littérature/la musique ? ; la place de la science dans la société, comme élément de culture, n'est pas la sienne ; prolonger la vie ? ; mais à titre individuel... Smile  : [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13915-19.09.2016-ITEMA_21080049-0.mp3" debut="12:52" fin="16:43"]

Une écologie pas très rationnelle ; des médias américains qui "racontent n'importe quoi" ; le lancement d'une fusée vers Saturne ; une aventure scientifique extraordinaire rapportée sous son angle de potentielle catastrophe ; pièce musicale (à identifier, help ! Hilfe !) ; "Qu'est-ce qu'on est censé faire ? Qu'est-ce qu'on fait ?" :  [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13915-19.09.2016-ITEMA_21080049-0.mp3" debut="33:25" fin="37:53"]

"Qu'est-ce qu'on est censé faire ? Qu'est-ce qu'on fait ?" Une parole sincère de quelqu'un qui n'a pas de temps à perdre avec des questions floues et une interview improvisée. Une parole que l'on aimerait entendre aujourd'hui face aux intervieweuses qui ne savent que répéter "Et comment réagissez-vous face à ce document" au lieu de formuler un propos précis pour diriger un entretien.

On ne se posait pas de questions ; suis issu d'un milieu pauvre ; nos conditions sont bien meilleures que celles de nos ancêtres ; dans le monde d'abondance qui est le nôtre, on ne peut pas se plaindre : [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13915-19.09.2016-ITEMA_21080049-0.mp3" debut="54:12" fin="56:51"]
Au-delà de ces considérations sur la vie, l'émission fait entendre un extraordinaire passeur de sciences à la passion communicative. C'est masterkey qui, en nourrissant les rubriques sciences de ce forum, m'a donné envie d'écouter ces leçons d'astronomie. Avec ma reconnaissance.

981
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Disparition subite d'émissions - le Mer 02 Nov 2016, 16:32

La La Nuit spéciale - La Nuit du Rail du 30 octobre 2016 était bel et bien là dans le flux de la bibliothèque, quand soudain, pffftt disparition à 21h45 de toutes les émissions de la nuit du 30, et du 29 par la même occasion. Les dizaines d'équipes techniques de M. Latrive sont-elles sur le coup jour et nuit ?  

Il faut dire que l'émission au titre de La mémoire en chantant - Le Train bleu (1ère diffusion : 18/01/1986) que j'ai réussi in extremis à télécharger reproduisait en fait le premier entretien de la Nuit qui est désormais indiqué comme non disponible à l'écoute...

Alors, d'autres signalements ?

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