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   France Culture, radio politique - Page 1 sur 1

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France Culture, radio politique - le Jeu 07 Jan 2010, 15:29

On nous dit que France Culture est devenue une radio politique et qu’il serait temps d’en tenir compte. Mais on en tient compte depuis le début, on en tient compte pour dire qu’on n’est pas d’accord, parce que le militantisme y introduit son front de taureau dans la quasi-totalité de ce que fait la rédaction, et dans une bonne part des magazines en direct. Ensuite parce que même si en tant que radio d’information politique elle est meilleure que d’autres, on ne voit pas pourquoi ça doit se faire au détriment de la culture. Si on veut une radio d’info qui soit excellente, qu’on améliore les autres ou qu’on en crée une, et qu’on nous laisse (ou plutôt qu’on nous rende) la radio qui s’appelait France Culture.

Illustration de cette dérive : en décembre 2009, mort de Pierre Chaunu. Jean Lebrun se fend d'un billet sur son blog et puis tout le monde s'en fout. Après un enterrement radiophonique à la sauvette dans la Fabrique de l’histoire, c’est 2 mois plus tard que la chaîne rediffuse un Lundis de l’Histoire de 1970. Par respect pour les producteurs de la Nuit de FC, on ose penser que c'est pas totalement un hasard. N’empêche que ça s’est fait sans avoir annoncé dans le programme en ligne la présence de Chaunu dans l’émission.

France Culture est toutefois capable d’offrir un autre tableau : quand Philippe Séguin meurt dans la nuit et qu’on l’apprend à 8h15 soit en fin de journal, Marc Voinchet réactif et pro, modifie d'un coup le programme de sa matinale. Alors pas de bol pour une fois qu'aux Matins l'invité était pas trop actu et plutôt cultu, zzzoupf un bon tiers de l’émission passe à la trappe « excusez-nous Robert Darnton mais le conducteur de l’émission va s’en trouver un peu bouleversé » ben oui l’auditeur se demande par quel miracle après seulement 14’ on essaie de revenir au sujet ? C’est que Philippe Séguin le valait bien ; et qui dira le contraire, eh bien pas moi. Enfin je dis 14’ mais comme le sujet colle, colle, de Laurentin initialement prévu pour commenter le livre de Darnton, à Caroline Eliacheff, on continue à Séguiner et ça se traîne, et ça se traîne on aura bouffé 20’ de radio culturelle, tout ça pour être just in time sur l’événement.... et imiter les collègues, y compris ceux de la même maison puisqu’à la même heure l’invité de France Inter c’est -par chance mais sans surprise- Jospin qui tartine sur le même sujet.

Alors on pourrait aussi ne pas trop se plaindre, surtout si on se dit que c'était pas si mal fait : par chance on avait sur place 2 types qui l’ont connu de très près. Imaginons ce que ça eut donné avec les aboiements hilares de Baddou et les jeux de mots foireux de Crimon, on frémit rien que d’y penser. Remarquez, l’analyse farcie de clichés de Hubert Huertas qui se la joue grande voix du journalisme pour sortir un tissu de banalités, ça ne vole pas beaucoup plus haut. Enfin on se plaint pas trop : l’évocation est probablement fidèle de bon niveau. Bonne radio donc, si on veut, (on verra s’il y a ici des commentaires en réponse) mais point de culture ou plus précisément : encore moins de culture que prévu, tout ça pour suivre l’événement. Le bilan c’est donc une fois de plus le recul de la culture sur France Culture, au profit de l’info politique. Donc oui, France Culture est bien devenu une radio politique, une radio comme une autre. Et où entendra-t-on Robert Darnton ?? Le véritable problème de FC ou plutôt le véritable problème que ça pose aux auditeurs, est bien là : un paysage radiophonique qui bientôt ne laissera plus le choix qu’entre le divertissement débile et l’obsession politique. La défaite de la culture est là, jusque sur France Culture.

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Le lot de consolation - le Lun 11 Jan 2010, 17:35

A la question "où entendra-t-on Robert Darnton ?" on peut répondre :
en consultant cette bonne page des archives audiovisuelles de la recherche en SHS

Hélas c'est un enregistrement de 2004.
Mais c'est toujours ça que les nécrophages n'auront pas...








Additif du 11 février : depuis cette semi-déprogrammation aux matins,
on a pu entendre Robert Darnton aux Lundis de l'histoire du 14/02/2010.
Emission disponible à la réécoute pendant un mois.
Additif du 18 mars : depuis cette semi-déprogrammation aux matins,
on a pu entendre Robert Darnton à la Fabrique de l'histoire du 8/03/2010
Emission disponible à la réécoute pendant un mois.

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Après Séguin, Rohmer - le Mar 19 Jan 2010, 10:09

France Culture est-elle toujours une chaine culturelle ? A certaines heures, c'est indubitable. Mais entre 7h et 9h, malgré la décontraction que nous apporte Voinchet, tellement différent d'avec le style du précédent radioteur de la tranche (nos oreilles saignent encore), malgré la proportion des sujets actu-politique et des sujets culturels (quelque chose comme 80/20 ?), on ne sort pas, finalement, d’un certain esprit actu et de l’idée d’une radio en temps réel. La façon dont FC a traité la disparition de Philippe Séguin puis d’Eric Rohmer en est un exemple. Et on peut se poser la question : l'hommage rendu par France Culture à Eric Rohmer sera-t-il finalement plus nourri et/ou mieux fait, que celui qu'elle a accordé à Philippe Séguin ?

- Pour Rohmer, davantage de temps d'antenne, diront ceux qui croient qu'on peut calculer et mesurer sans tenir compte du sens des chiffres qu'on aligne dans des colonnes.
- Pour Rohmer, une plus grande variété d’émissions, et à défaut d’une soirée esspéciale, un hommage étalé dans la durée. C’est mieux, non ? Réponse : mais si c’est mieux. Auditeur content.
- En tous cas, hommage rendu avec une aussi bonne réactivité : les matins, interrompus tout pareil, et l'invité mis sur la touche tout pareil. Ben justement : c'est là que ça se gâte.

Quelle est la priorité, sur FC ? Quand on a M. Amartya Sen dans le studio, c'est à dire une sommité mondiale, est-ce que c'est bien jouer le coup, que de liquider une partie de son temps d'antenne pour saluer le départ d'un cinéaste, certes chéri par les intellos de la chaine (on n'en fera pas autant pour Zidi ou Lautner) mais enfin au plan des priorités, il est permis de douter que le choix ait été bien judicieux. On veut bien croire que l’économiste ne s’était pas déplacé exprès de Harvard, comme une semaine plus tôt l’historien Darnton avait pas fait le presque même voyage juste pour venir au micro de FC. N’empêche que bazarder un entretien avec l’invité dans l’unique créneau annuel qu’on lui consacre, pour livrer à la place un hommage qu’on pouvait faire aussi bien et peut-être mieux une heure plus tard (pourquoi ne pas squeezer plutôt La fabrique de l’histoire, au fait ?), qu’est-ce que ça veut dire, sinon accorder le primat à l’immédiat au détriment de l’unique ? Car c’est bien ça : des deux sujets mis en balance (l’invité ou la nécro), le plus riche en information, le plus spécifique, c’est d’avoir devant soi au micro Amartya Sen ou Robert Darnton. Donc il faut le dire clairement : on a sabré une occasion unique d’entendre Sen et Darnton, pour placer de l’archive d’actu ou de la réaction à chaud qui pouvait tout aussi bien passer une heure plus tard ou au journal de midi, et qu’on trouvera de toutes façons en cours de matinée chez les concurrents. Qu’on soit gourmand de politique ou de culture est finalement secondaire : c’est bien le produit rare qu’on a sacrifié, non pour un produit frais, mais pour celui dont on pensait qu’il y avait un plus grand appétit.

Cette programmation qui croit s’aligner sur une demande en dit long sur le sens des priorités tel qu’on le pratique à FC. Le problème de cette station, c’est peut-être qu’un certain esprit "journaliste" a envahit la chaine. Cette dernière formule n’a en soi rien d'offensant. C'est très bien le journalisme. Sans journalisme il n'y aurait pas de démocratie etc oui on sait tout ça. Non le problème c'est le mélange des genres. A mélanger la culture et le journalisme, on ne produit ni l’un ni l’autre : on produit de la bouillie radiophonique. De même qu’on se demande souvent au nom de quelle conception de la hiérarchie entre événements se fait le sommaire du Journal de FC. Voir ce qu’on en dit parfois dans le fil de discute consacré aux journaux de FC.

Enfin pour ce qui est de la performance, aspect secondaire mais non nul, eh bien ça se discute. La disparition de Rohmer était des deux la plus prévisible sinon attendue (pour ceux qui ignorent : les nécros ça se prépare et ça se prévoit, celle de Rohmer à 90 piges était plus prévisible que la mort cardiaque de Séguin à 66 ans). Passons donc sur la performance d’une radio qui au fil des années se la joue de plus en plus fréquemment comme un numéro perso inspiré de la série télé « Urgences ». En oubliant que la culture et la voltige ça fait deux.

Ps : un autre post sur le même thème ici.

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De la radio politisée à la radio politique (et non l'inverse) - le Jeu 21 Jan 2010, 11:31

De France Culture = radio politique, à France Culture = radio politisée, il n'y a qu'un pas, mais dans quel sens ?

En 1999 le programme de FC a connu un changement de cap selon 2 aspects importants :
- augmentation de la part du direct et réduction des émissions montées et élaborées ; ceci dit sans préjuger de la qualité , ni du coût de production, ni de l'investissement en répparation, sujets qui méritent en soi discussion mais sont un peu hors de notre portée en tant qu'auditeurs)
- augmentation de la part des sujets du présent éco-socio-actu-politique et diminution des sujets que le vocabulaire courant désigne sous le mot de "culture" : les savoirs, les arts, les sciences, les lettres, le patrimoine de connaissance

A la rentrée de septembre 1999 ce changement fut brutal mais non total : nombre d'émissions avaient survécu. Progressivement, elles ont disparu pour laisser la place à la grille actuelle. En 10 ans, France Culture a maintenant presque complètement changé de visage sinon de sonorité : outre un lien à la mémoire sonore très perceptible dans le recours aux archives, de la période précédente il reste quelques voix, certains noms à la direction du programme, et il reste aussi un potentiel d'élaboration qu'on entend encore très clairement dans les fictions et la création, ainsi que dans les reportages élaborés qui sont présentés comme étant des "documentaires".

Ce à quoi on a assisté après septembre 1999 dans certains débats d'associations dont une créée pour la circonstance, c'est à une réaction politisée et même militante : FC s'est vu accuser d'être une radio de droite, aux ordres de la mondialisation néo-libérale. Les auditeurs qui regrettaient la réduction des émissions culturelles se sont vus quant à eux mis sur la touche par les tenants d'une sorte de "critique radicale" de FC, critique qui comportait nombre de remarques justes, mais critique qu'on pouvait aussi juger unilatérale et mono-orientée. A condition, encore d'avoir le droit de le dire. La tolérance n'étant pas une qualité très répandue dans certains cercles militants, ce second point de vue n'eut guère le droit de s'exprimer. Dans les années qui suivirent, la polémique resta récurrente notamment dans un forum de discussion maintenant disparu.

Ici ce résumé prend fin, mais pas l’histoire : car 10 ans après, cette critique court encore, comme en témoigne un débat récurrent sur un blog voisin. Ce débat est piégé, comme tout débat politique en France. Toutefois, je reporte ci-après quelques éléments pour servir au débat : d’abord un post critique datant d’une quinzaine de jours, ensuite non pas ma réponse à ce post, mais mon intervention à ceux qui l’ont critiqué en réactivant l’attitude décrite plus haut : l’accusation de parti-pris idéologique. Réponse que j’ai remaniée (en modifiant surtout l’intro) pour la débarrasser de ses éléments ne visant qu'à désamorcer les attaques personnelles et les diversions dont sont friands les débatteurs militants, mais qui n’apportent que confusion au débat.

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Re: France Culture, radio politique - le Jeu 21 Jan 2010, 11:37

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Sur le blog de Jean Lebrun, on a pu lire en commentaire un reproche fait à la rédaction de FC, d’ouvrir chaque dimanche le micro à un propos moins journalistique qu’idéologique. Ce reproche, relayé par nous ici, a été suivi d’un reproche symétrique d’offrir au Figaro une tribune sur FC. Je ne relaye pas la suite du débat, qui promet de s’envenimer si le second ne se calme pas. Mais comme la critique est récurrente (cf post précédent), il m’a semblé qu’un non-lecteur du Figaro pouvait essayer d’y répondre :

A lire la critique radicale et politisée contre France Culture, on dirait que la matinale est vendue au Figaro, comme jadis on disait que toute la chaine était devenue un agent de la mondialisation néo-libérale. C’est un peu court, de résumer la présence de deux chroniqueurs d’un journal, à une tribune accordée à ce journal. Et encore plus court d’en déduire un déséquilibre. C’est même le contraire, et là est le drame de cette radio : un bilan rigoureux de la présence des chroniqueurs de la matinale devrait tenir compte de la sensibilité politique des autres chroniqueurs. Ensuite de quoi on en viendrait à sortir une fois de plus sa calculette pour déterminer si –au vu des matins- FC penche à droite ou à gauche. Ensuite de quoi on se rendrait peut-être compte que la direction de FC s’efforce (et pas seulement le matin, mais en général) de donner approximativement la parole en quantité égale aux deux camps, précisément par souci d’éviter l’accusation de préférence pour l’un ou l’autre. Le résultat est à l’inverse de l’objectif : nombre d’auditeurs l’accusent de favoriser l’autre camp que le sien. Il reste une troisième catégorie d’auditeurs, ceux qui ne se sentent ni de droite ni de gauche (ne vous en déplaise, ce ne sont pas des débiles mentaux pour autant), et qui trouveront plutôt que cette radio qui se dit (se croit ?) culturelle donne trop de place aux prises de position idéologique et à la politique. De même, d’ailleurs, que les discussions sur les programmes selon la même règle de contamination des conversations, maladie endémique en France.

Passons à ces deux chroniqueurs que les militants aiment fusiller : Alain-Gérard Slama et Alexandre Adler. En premier lieu, leur profil journalistique et politique est assez différent, de même que leurs états de service en tant qu’essayistes. Résumer ces profils et ces personnes par une appartenance à un journal, et le même en plus, c’est commettre une erreur de raisonnement à la fois courante et funeste. Et il ne s’agit pas seulement d’amalgame : c’est tout simplement remplacer le jugement individuel par le jugement catégoriel, or nous savons que c’est là le fondement du racisme. Je ne dis pas que vous l’êtes, mais je dis que le point de vue que vous présentez y conduit. Merci de saisir et de respecter cette nuance.
A titre d’exemple qui vaudrait démonstration , dira-t-on que Jean-Claude Casanova, parce qu’il est éditorialiste associé au Monde, est un homme de gauche ? Je ne pose pas la question pour recevoir une réponse, mais pour attirer l’attention sur ce qu’il y a de simplificateur et de stérile dans le jugement automatique d’appartenance, surtout s’il sert de prétexte au procès idéologique ou moral.

Pour parler un tout petit peu plus précisément des chroniqueurs de la matinale, en commençant par Adler : on peut n’avoir rien à redire à sa chronique sans pour autant la soutenir par défaut (cette accusation récurrente qu’on nous fait n’apporte rien au débat) … parce qu’on ne l’entend pas. Pour ma part, je l’évite soigneusement. Quand j’écoute les Matins c’est presque toujours en différé ; je passe par-dessus le Journal et la chronique Adler, pour reprendre directement au retour de l’invité. C’est qu’à 8h je préfère écouter les infos de la radio Suisse Espace2, moins dramatisantes, moins sensationnelles, moins répétitives que celles de la rédaction de FC. D’ailleurs je prends mon élan au moment de la chronique Duhamel, que je zappe assez aisément quand elle me semble lourdement rhétorique (souvent) ou engagée à l’excès (presque toujours). Quant à la chronique de Slama, elle est la seule de toute la matinale à porter toujours sur le sujet de l’émission, et donc se trouve bien mieux à sa place entre la parole de l’invité et le débat. Et la personne qui parle chaque jour un peu avant 8h30, c’est M. Slama, c’est pas le directeur du Figaro, ni un think-tank imaginaire nommé « Figaro ». C’est Slama, avec ses qualités et ses défauts, avec sa culture et son expérience, avec ses caractéristiques propres de polémiste et d’essayiste. Et ne vous en déplaise, on peut juger que ses analyses sont à la fois plus profondes et mieux construites que celles, disons, de Duhamel, et pour ces raisons les juger plus enrichissantes pour la pensée, cela sans avoir soi-même jamais voté à droite…. Maintenant, s’il faut approfondir et justifier, alors il faudrait partir de quelque chose d’un peu solide, c’est à dire des chroniques elles-mêmes, plutôt que des éternels jugements dans le vide. Et si le blog de Jean Lebrun n’a pas été fait pour ça, autant ouvrir le débat ici, sur RFC, par exemple dans un fil consacré à Duhamel, Adler & Slama, ou bien dans le fil des Matins (mais ça serait dommage peut-être) pourquoi pas dans ce même fil, à la suite de ce post...

A chacun de voir ...

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