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Répliques, dernier refuge ?    Page 1 sur 57

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Répliques, dernier refuge ? - le Sam 24 Avr 2010, 10:10

En ce  moment, magnifique  dialogue  de  grincheux: l'excellent  Finkielkraut  et  le  non moins  excellent  Lucchini. Il  est de  bon ton de  souligner  les  outrances  et  le supposé  histrionisme  de ce  dernier, mais  on lui   doit  de transmettre  sa  passion de la  lecture  avec  fougue.  Et  ses  choix  de  textes  sont  toujours  formidables. Son franc-parler  et  sa  verve  sont  absolument  toniques.  Rien  d'un consensuel  mou  sur les  bienfaits de  la  Culture, dont  se  gargarisent  nos  faux  cultureux.  


La question du jour, c'est Muray.  À  ceux  qui se  lancent  inconsidérément  dans des lectures  trapues, je  déconseille  fortement Muray :   aux  timorés, aux  bien-pensants,  aux  moutons de  Panurge,  aux parvenus de  l'Aculture, aux  brutes  épaisses,  aux  hypocrites,  aux  pisse-vinaigre, aux  sainte-nitouche,  aux  faux  cœurs  purs,  aux  bas-bleus  de  sous-préfecture, aux  retourneurs de veste,  aux  aigris, aux  Judas, aux  vaniteux  impénitents, Muray  est  interdit.

Remarque de Finkie : "France  Culture, c'est  une instance,  et  ça  peut devenir  aussi une  "agence  du  Culturel"  ?  Oui, Alain Finkielkraut,  vous  avez mille  fois   raison  d'avoir des  craintes, mais   vous  êtes  bien trop  gentil  vis-à-vis de  vos  compagnons  de  chaine  qui  ne  partagent  sans  doute  pas   vos  craintes,  trop  timidement   exprimées.  Allez-y  franco  par  pitié !   Écoutez-vous  certaine  émission de fin d'après-midi ?  Écoutez-vous  certaine  émission de  midi  ? Vous   croyez  vraiment  que  vous  n'y  êtes  pas  dans le  "festivus, festivus"  et  dans le grand  tout  Culturel  auto-célébrant  ?  FC  est  bien une  agence  d'événementiel   culturel, et  plus cette  chaîne de  transmission  qu'elle  fut  il  n'y a  guère, et  dans laquelle  vous  croyez  encore  travailler. La  bien-pensance  y  est  partout  installée, et  pour  la  trouver, nul  besoin de  se  rendre  sur  les  chaînes  voisines. Il  suffit  d'écouter.  Écoutez-vous assez  France  Culture  M. Finkielkraut ?


Ah la la  la  suite de l'émission....  Aïe  aïe aïe ...    Antibioc, CAmenbert, Madame  Collet,  bouchez  vos  chastes   oreiiles, cela  n'est  pas  pour  vous  !!
Et  alors, la  fin,  l'apothéose  !! Rien  n'y  manque, pas  même  l'insulte  suprême, "élitiste", mais  quelle horreur.... !!!!  

Un délice. Un immense merci  à  eux  deux.

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Jeu 06 Mai 2010, 15:59

Réplique, un refuge ? D’habitude je suis plutôt en phase avec vous Agathe, mais pas sur ce point.

Finkielkraut fait partie de ces « penseurs » qui disent tout et n’importe quoi sur à peu près tous les sujets (« de société » forcément : le foot, la burqa, l’école, les guignols de l’info, Stéphane Guillon, le rap qu’il n’écoute pas, les films qu’il n’a pas vu, le volcan islandais…) et ce à peu près partout (radios, télés, magazines) sans avoir réellement les compétences pour le faire ni (c’est surtout ça le problème) le travail de fond et la rigueur d’analyse, l’esprit de nuance aussi, qui permettraient de comprendre les sujets dont ils parlent.
Sur les quelques sujets comme l’école, ou pire encore la sociologie, sur lesquels j’ai quelques lumières théoriques et pratiques, ce qu’il dit n’a souvent qu’un lointain rapport avec la réalité et serait sévèrement jugé dans un cadre autre que médiatique, universitaire notamment.

J’ai lu un livre de Murray, Après l’histoire, j’avais été assez consterné, c’est de la prose de café du commerce rehaussée d’un vernis de culture. Ce monsieur croise une foule de rollers dans la rue, surprend une conversation dans le métro, lit un article du nouvel Obs, il en fait le symptôme d’une crise de civilisation. Tous ces fast thinkers (« suffisants et insuffisants » comme disait l’autre) me paraissent davantage insérés dans le jeu qu’ils dénoncent que véritablement rebelles. Le succès médiatique (relatif mais bien réel, quand travaille-t-il ??) de F montre qu’il est tout à fait adapté au mœurs de son temps. Et je ne parle pas de Lucchini…

Quant à la « bien pensance », sa condamnation est devenue d’une banalité grotesque. Le « bien pensant » c’est toujours l’autre. Les positions de F. sur l’immigration, l’islam, les jeunes, la politique, etc heurtent peut-être une bien pensance qui a eu son heure de gloire, mais elle incarne aussi une évidente bien pensance conservatrice, de plus en plus majoritaire, trop contente de pouvoir jouer la comédie de la résistance au « politiquement correct » (autre tarte à la crème).

Entre la bouillie formelle et intellectuelle du type Martel ou Goumard et les envolées hasardeuses de Répliques, j’aurai toujours une certaines tendresse pour les secondes, qui m’amusent assez (et puis il y a parfois des émissions de bonne tenue quand il sait s’écarter un peu de l’actualité médiatique), mais je préfère de loin des producteurs plus discrets, plus nuancés, plus rigoureux, qui me donnent l’impression de vraiment vouloir comprendre le monde dans lequel ils vivent et surtout qui se foutent de la bien pensance ou de l’anti bien pensance comme de leur première chemise: le Bien commun, Lundis de l’histoire, Métropolitains, etc. Eux sont mes véritables refuges.

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 14:46

Excusez-moi, Phil, je trouve votre message un peu léger : "pour qui se prend-il à analyser l'air du temps? Et Muray, un fat avec un vernis culturel qui généralise à tour de bras". Un peu rapide, non? Pourquoi, en les lisant et les écoutant, trouvons-nous autant d'accents de vérité et d'exemples précis à apporter? Très souvent, ce qu'on entend à Répliques peut être directement confronté à ce qu'on entend à France Culture : les admirations et les ricanements obligatoires et imposés, les raccourcis de pensée manichéens. Finkie fait de la conversation vivante et contradictoire. Pourquoi est-ce devenu si rare?
J'en profite pour signaler la diffusion d'un très bon petit docu sur Finkie, passé sur Arte :

http://documentaires.france5.fr/documentaires/alain-finkielkraut-limparfait-du-present

Malheureusement, je crois que la date de diffusion sur le site est passée... Peut-être qu'en passant par youtube ou dailymotion? Je n'ai pas essayé.

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Finkie, de Murray à Chesterton - le Dim 09 Mai 2010, 18:37

Salut à tous les trois dans ce fil qui démarre sur roue arrière.

J'ai été moins enthousiaste qu'Agathe, mais moins sévère que Phil. En premier lieu, bien du mal à encaisser l'émotionnite de Finkie, qui devrait travailler ses accents, notamment réduire ses syllabes d'attaque (victime d'un renforcement dû à la présence de Lucchini ?) ; mais j'ai encore plus de mal avec le mélange de joie mauvaise et de méchanceté hystérique de Lucchini quand il s'envole avec sa mitrailleuse embarquée pour changer en passoire des ennemis un peu imaginaires, et qu'il ne se hasarderait pas à conceptualiser. La-dessus aucun des deux ne se fatigue vraiment, il faut dire que le tableau moyen du bo-botisme parisien leur fournit une cible facile. Trop facile, peut-être ? Oui. Excessif, vraiment ? C'est à voir.

Car il y a quelque chose d'instructif dans l'affrontement de ces deux morales : les branchés progressistes ici décrits comme un troupeau occupé à beugler sans risque contre une morale traditionnelle dépassée (leur gros fantasme), voient leur concert troublé par quelques sons de cloche dissonants. Mais n'oublions pas que les deux râleurs de cette émission se trouvent minoritaires dans le monde artistique et intellectuel, où il est de bon ton et de bon teint de se la jouer moral & prop-sur-soi, sans trop prendre de risques. C'est plutôt à cette industrie de la posture que s'en prennent Finkie et Lucchini.

Cela dit, comme Finkie je ne peux lire Murray qu'à petites doses, non parce qu'il est exclusivement satirique, bien plus parce que je ne le trouve pas si bon écrivain que ça. Pourtant je reviens régulièrement à son "Empire du bien" qu'il avait édité chez les Iconoclastes en 1991. Si je reprends les 2 chapitres "Trémolo business" et "Tartuffe", je constate qu'ils sont d'autant plus utiles  ... qu'ils sont minoritaires. Je ne les crois pas si proches de la morale moyenne traditionnelle et à courte vue, si tant est que cette chose existe. Et ils résument bien l'essentiel des agacements que je partage avec nos deux dialogueurs de ce samedi-là.

Quant à la bien-pensance, comme d'autres clichés elle mérite peut-être analyse, et même si c'est une tarte à la crème rhétorique, car elle me semble pour cette fois, du bon côté. Corrigez-moi si je me trompe, mais elle me semble avoir été introduite dans le débat récent, précisément par la collection Iconoclastes, en 1990. Ensuite de quoi la bien-pensance aurait été reprise par ceux-là mêmes qui étaient visés. De là une généralisation de son usage, et la perte de sens. Mais le qualificatif perd-il toute valeur, d'être repris en trick rhétorique par tous et par chacun se jetant à la tête le même reproche, mais appuyé sur des convictions qui n'ont aucun point commun ? Au contraire il est plus utile que jamais, non pour fustiger les modes du Paris de Delanoë, ni pour débiter comme ce samedi-là de l'intolérance contre ce qu'ils disent être la bétise, mais pour réagir à l'agressivité idéologique. N'oublions pas comment les choses ont commencé : depuis 35 ans Finkie critique la société telle qu'il la perçoit, en essayiste et non en sociologue, ce qu'il n'est pas en effet (et ça crève les yeux), d'ailleurs il ne prétend pas l'être. S'il n'avait pas été aussi assidûment agressé de façon personnelle, il n'aurait probablement pas retourné sa hargne contre la confrérie des grandes gueules. Sa position d'intellectuel indépendant devient difficile à tenir quand, alors qu'il met en doute une thèse où il discerne une pétition de principe ou un préjugé idéologique, il reçoit en réponse de l'attaque personnelle à seule fin de le disqualifier, mais sans rapport avec le fond du sujet. Ce trick déloyal, les idéologues et les petits soldats de l'intelligentsia ne s'en privent pas. En conséquence il est plus souvent "qualifié de ..." que contredit sur le fond. A cet égard, le dialogue que Ronny Brauman et Finkie ont réussi à renouer est un bel exemple de rétablissement après crise. Mais quand il se trouve face à Demorand qui lui demande 3 fois en 2 minutes "êtes-vous devenu un homme de droite ?", disons qu'à terme, la tentation est de répondre autrement que par la raison. C'est un piège que Finkie ne parvient pas ou plus à éviter. Pour cette raison aussi, la lassitude des combats qui ne mènent nulle part, il avait annoncé récemment qu'il ne voulait plus se flinguer la santé en polémiques hargneuses. Ça serait bien s'il re-déséquilibrait Répliques pour y pousser la proportion de sujets culturels à 75 ou 80%. Du coup, j'ai bien apprécié celui d'hier que j'ai pris en route (sur Chesterton polémiste).

Cela dit, il  y en a des tartes à la crème, sur FC. Pas tant de celles qu'envoient les gloupiers, mais des scies argumentaires de penseurs qui ne se foulent pas, de Gallo à Bourmeau en passant par Munier, Clarini, même Veinstein. Il y en a tellement que la chaine est soit un thermomètre de l'intelligentsia et si c'est vrai alors c'est dramatique (heureusement, ça reste à démontrer), soit un petit univers fermé sur lui, et aussi fiable qu'un journal d'opinion. Dans les deux cas, elle ne manque pas de servir chaque jour et presque à chaque heure sa ration d'articles obligés, et là de quoi faire un beau catalogue d'idées reçues : niaiserie idéologique, clichés rhétoriques, moraline à deux ronds. L'erreur serait de croire que ce théâtre bruyant résume la vie des idées, qui a bien d'autres pièces à nous proposer. Après tout, les deux hystéries de samedi (accents émotionnels du producteur, jubilation excitée de l'acteur) ne sont là qu'en réaction. Je ne crois pas que ça suffise à diagnostiquer des réactionnaires, d'ailleurs n'est-ce pas là une autre tarte à la crème ?

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 18:45

Et voici le point culminant de ce documentaire ARTE : plan extérieur, Finkie est sur un pont, en plein tricotage questions/réponses avec l'interviewer, quand derrière lui soudain la voix lacérée d'un gars s'élève et martèle : "Finkielkraut, jette-toi dans le canal ! Jette-toi, comme ça on n'en parle plus !"

Silence. Le réalisateur laisse tourner. Finkie se retourne, écoute, demande à l'interviewer si ces hurlements plaintifs lui sont bien adressés : il répond par une affirmative gênée. Le type vocifère de plus belle. Silence. Mais un silence cette fois qui donne l'impression que toute la ville se taît pour écouter ce gars ou pour le soutenir implicitement.

Eh bien je suis comme le silence de cette ville. Je soutiens Phil sur tous les points qu'il a soulevés.

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 18:54

Ce type avait l'air d'un sérieux déséquilibré... Il marche, il vocifère de l'autre côté du canal avec une voix qui a l'air de pleurer, puis continue comme si de rien n'était.
Plutôt qu'un genre de "silence de la ville" (???), on peut y voir un condensé des attaques irrationnelles et à distance prudente qu'il peut subir. Comment peut-on être "comme le silence de cette ville". Pouvez-vous développer?

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Tant que c'est pas le pont de Mostar.... - le Dim 09 Mai 2010, 19:28

Bonjour .

Je trouve un peu bizarrement interprété ce silence de toute une ville qui n'a rien entendu d'une échaufourrée sur un pont. Le point culminant, vous êtes certain ?

Si le doc était plutôt un portrait positif ou même neutre (?) de Finkie, je ne m'étonne pas que Yann ait vu un excité dans ce hurleur du pont. C'est plus probablement l'image qu'a voulu en donner le responsable du portrait Et, toujours dans la même optique, nul doute alors que l'épisode montre en résumé les excès, contraires à l'esprit même du dialogue, que peuvent déclencher en retour des prises de positions personnelles dans le débat public. Qu'elles soient bonnes ou mauvaises, critiquables ou non (et comment pourrait-on ne pas être critiqué), celles de Finkie participent à un dialogue, ou même l'initient, ce qui revient au même. Si on considère que c'est une faute ou une erreur, alors je ne comprends plus rien à la liberté d'expression en démocratie.

Quant à nous, ici, nous espérons dialoguer sans les mêmes excès.
Est-ce que, comme Phil (et donc comme moi, comme nombre d'auditeurs),
vous appréciez Finkie dans ses émissions plus culturelles et moins polémiques ?
Avez-vous, par exemple goûté celle d'hier sur Chesterton ?

Je n'ai que la précédente traduc d'Hérétiques & Orthodoxies (c'est paru en Idées-Gallimard il me semble, à la fin de l'existence de la collection). Je ne sais pas encore pourquoi on a jugé bon de procéder à nouvelle traduction...

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 19:42

Dans le documentaire, Finkie parle de conversation vivante, avec des amis, où l'on peut aller trop loin, se faire démentir et expérimenter. Je trouve cela infiniment plus sain que les poses d'indignation morale faciles, solennelles (sincères?) et pseudo-poétiques qui appellent brutalement au silence.

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 19:50

Il suffit de jeter un coup d'oeil, c'est édifiant :

http://www.youtube.com/watch?v=IHEdAke1ons

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 21:02

Pourquoi prendre la question sous cet angle ? J’essayais simplement d’utiliser cette scène marquante, si prosaïque qu’elle vous semble, pour suivre les points énumérés par Phil dans son billet que j’approuve. A la pseudo-poésie je pourrais vous retourner la pseudo-philosophie de votre chantre du « conservatisme vivant et contradictoire », et nous n’en sortirions pas. On peut apprécier les qualités de l’homme de radio. Pour le reste, quand on voit ce monsieur parcourir les plateaux-télé à la chaîne, quitte à débattre avec Lizarazu sur les problèmes du football professionnel (ouverture d'esprit vous allez me dire, hein?), quand on l’entend bouillir, fulminer, à la limite de la rupture d’anévrisme, après Guillon (qui m’insupporte) et transformer une pauvre farce de comique-troupier en fait de sociologie ou en sujet de bac philo, permettez-moi de rire. Parce que le vrai comique il est là et pas ailleurs.

Finkielkraut, dernier refuge ? Vous ne vous êtes pas trompé, vous êtes sûr ?

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