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Répliques, dernier refuge ?    Page 2 sur 57

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Répliques, dernier refuge ? - le Sam 24 Avr 2010, 10:10

Rappel du premier message :

En ce  moment, magnifique  dialogue  de  grincheux: l'excellent  Finkielkraut  et  le  non moins  excellent  Lucchini. Il  est de  bon ton de  souligner  les  outrances  et  le supposé  histrionisme  de ce  dernier, mais  on lui   doit  de transmettre  sa  passion de la  lecture  avec  fougue.  Et  ses  choix  de  textes  sont  toujours  formidables. Son franc-parler  et  sa  verve  sont  absolument  toniques.  Rien  d'un consensuel  mou  sur les  bienfaits de  la  Culture, dont  se  gargarisent  nos  faux  cultureux.  


La question du jour, c'est Muray.  À  ceux  qui se  lancent  inconsidérément  dans des lectures  trapues, je  déconseille  fortement Muray :   aux  timorés, aux  bien-pensants,  aux  moutons de  Panurge,  aux parvenus de  l'Aculture, aux  brutes  épaisses,  aux  hypocrites,  aux  pisse-vinaigre, aux  sainte-nitouche,  aux  faux  cœurs  purs,  aux  bas-bleus  de  sous-préfecture, aux  retourneurs de veste,  aux  aigris, aux  Judas, aux  vaniteux  impénitents, Muray  est  interdit.

Remarque de Finkie : "France  Culture, c'est  une instance,  et  ça  peut devenir  aussi une  "agence  du  Culturel"  ?  Oui, Alain Finkielkraut,  vous  avez mille  fois   raison  d'avoir des  craintes, mais   vous  êtes  bien trop  gentil  vis-à-vis de  vos  compagnons  de  chaine  qui  ne  partagent  sans  doute  pas   vos  craintes,  trop  timidement   exprimées.  Allez-y  franco  par  pitié !   Écoutez-vous  certaine  émission de fin d'après-midi ?  Écoutez-vous  certaine  émission de  midi  ? Vous   croyez  vraiment  que  vous  n'y  êtes  pas  dans le  "festivus, festivus"  et  dans le grand  tout  Culturel  auto-célébrant  ?  FC  est  bien une  agence  d'événementiel   culturel, et  plus cette  chaîne de  transmission  qu'elle  fut  il  n'y a  guère, et  dans laquelle  vous  croyez  encore  travailler. La  bien-pensance  y  est  partout  installée, et  pour  la  trouver, nul  besoin de  se  rendre  sur  les  chaînes  voisines. Il  suffit  d'écouter.  Écoutez-vous assez  France  Culture  M. Finkielkraut ?


Ah la la  la  suite de l'émission....  Aïe  aïe aïe ...    Antibioc, CAmenbert, Madame  Collet,  bouchez  vos  chastes   oreiiles, cela  n'est  pas  pour  vous  !!
Et  alors, la  fin,  l'apothéose  !! Rien  n'y  manque, pas  même  l'insulte  suprême, "élitiste", mais  quelle horreur.... !!!!  

Un délice. Un immense merci  à  eux  deux.
* * *

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 21:02

Pourquoi prendre la question sous cet angle ? J’essayais simplement d’utiliser cette scène marquante, si prosaïque qu’elle vous semble, pour suivre les points énumérés par Phil dans son billet que j’approuve. A la pseudo-poésie je pourrais vous retourner la pseudo-philosophie de votre chantre du « conservatisme vivant et contradictoire », et nous n’en sortirions pas. On peut apprécier les qualités de l’homme de radio. Pour le reste, quand on voit ce monsieur parcourir les plateaux-télé à la chaîne, quitte à débattre avec Lizarazu sur les problèmes du football professionnel (ouverture d'esprit vous allez me dire, hein?), quand on l’entend bouillir, fulminer, à la limite de la rupture d’anévrisme, après Guillon (qui m’insupporte) et transformer une pauvre farce de comique-troupier en fait de sociologie ou en sujet de bac philo, permettez-moi de rire. Parce que le vrai comique il est là et pas ailleurs.

Finkielkraut, dernier refuge ? Vous ne vous êtes pas trompé, vous êtes sûr ?

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 21:15

Dommage que vous bottiez en touche sans développer votre admiration pour le cinglé du canal! Je ne sais pas quoi vous répondre car vous ne dites rien.
Enfin, je ne peux que vous recommander de revoir le documentaire, et d'écouter ce qui se dit (en face de la caméra, pas seulement de l'autre côté du canal). Finkie parle à loisir de ces tics qui consiste à étiqueter les pros et les antis, les droites et les gauches, les progressistes et les conservateurs, tous ces petits raccourcis qui ne servent qu'à appauvrir les discussions et les terminer avant même qu'elles ne commencent. Donc vos histoires de "chantre du conservatisme"... C'est un peu usé, tout de même.

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 22:02

On piétine. J'ai vu comme vous le même documentaire, monsieur. Mais vous l'avez regardé avec les yeux de l'aficionado. Alors quoi, il suffit que Finkie parle de ses tics et travers devant caméra pour vous faire fondre, vraiment ? Le fait qu'il dise qu'il éprouvait d'énormes diccultés à l'écrit vous a ému, c'est ça ? Seriez-vous midinette à ce point ? Je n'ose le croire. Votre avatar dissimule un petit coeur d'artichaut, c'en est presque touchant. Je vous souhaite quand même le bonsoir. Et j'espère que nous reprendrons cette conversation avec un supplément d'objectivité.

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 22:08

Eh bien, la dérive vers l'attaque perso n'a pas traîné! C'est dommage que vous choisissiez de ne pas répondre.

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 22:21

Je vous répondrai demain ou ces jours prochains. Ce soir, je ne ferai que redire ce que Phil a très bien exprimé. Il y a des choses que j'apprécie chez Finkie, je vous en parlerai aussi, si cela vous intéresse. Je ne cherchais pas à vous attaquer. Excusez-moi si je vous ai un peu froissé. Bonne nuit à vous.

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Dim 09 Mai 2010, 23:50

Bonjour "Martha"

Bien sûr que ça nous intéresse. Je vous ai même posé la question. Et ne goûtant guère le ping-pong des reproches, je ne viens pas vous faire celui de ne m'avoir pas encore répondu. Question de correction dans le dialogue. Si tout le monde cherche le dialogue sincère et loyal, ça ne fait aucun doute que ça va reprendre et continuer plus calmement.

Mais d'où tirez-vous qu'on réagisse quand on est "froissé" ??
On est à un millimètre du jeu de cour d'école, là,vous savez, la chansonnette : "I-l'est-ve-xé, euh".
A éviter absolument en forums et blogs.

Cela dit, il n'est pas interdit de réfléchir : je crois qu'on réagit peut-être, en effet, quand on est froissé, mais au moins autant quand on est agacé, choqué, dérangé dans son confort d'idées (parfois à raison parfois à tort), ou bien carrément agressé. Même quand on n'est pas blessé par les propos de l'agresseur, il y a quelque chose de désagréable à se sentir agressé, savez-vous. Merci d'y penser. Le déroulement ci-dessus montre que vous avez en effet, dérivé assez vite ... totalement en dehors du sujet. Car ça n'est pas vous retournant vers vos contradicteurs pour leur inventer une réaction sur le ton de la psycho-caricature, que vous ferez avancer d'un iota la discussion sur un thème, une idée, ou une émission de radio. Pardonnez-moi d'attirer votre attention sur de telles banalités, mais pour que le dialogue de forum reste détendu, il vaut mieux se centrer sur le sujet que sur le contradicteur, et éviter les analyses psychologiques agressives, le ton du procès moral, celui de la leçon intellectuelle. En un mot : rester courtois non seulement dans les termes, mais dans l'attitude.

Si vous jugez incorrecte l'attitude de ceux qui vous demandent quelque complément, eh bien vous n'avez qu'à le dire sans ruade, et ceux d'ici ne viendront pas vous reprocher d'être "froissé " (personne ici n'use de tels tricks de cour d'école). Plus probablement vous recevrez... des excuses + une reformulation de la même question, en plus doux.

Merci d'en tenir compte.
Navré pour cette leçon de politesse.
Si elle est superflue, je vous présente mes excuses
et on attend tous de vous quelque chose sur la radio de Finkie (son Chesterton par exemple).

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Mer 12 Mai 2010, 09:49

Réponse un peu tardive à Yann

Sans doute ma remarque est trop légère, point n’était besoin de me faire dire, avec des guillemets en plus, ce que je n’ai pas dit. Les gens comme Finkielkraut, Murray, et autres Bruckner, Ferry, Debray, etc. ont tout à fait le droit, et une place conséquente, pour dire ce qui leur chante sur le monde contemporain, mais il est assez révélateur que vous utilisiez vous même l’expression « air du temps » à leur propos. Le contemporain sur lequel ils interviennent est en effet ce réel médiatique, souvent anecdotique, perçu par la lucarne de la télévision, d’un article d’hebdomadaire, d’une émission de radio. Il nous dit sans doute des choses sur le monde, mais on peut aussi attendre autre chose des intellectuels qu’ils soient dans cet « air du temps ».

Pour prolonger par un exemple (que vous trouverez peut être caricatural), écoutez la chronique de Danielle Sallenave ce matin. C’est une amie de F, elle partage pas mal de ses inquiétudes (sur le déclin de la culture) et de ses ambitions (sur la nécessité de retrouver des « autorités »). J’en ai déjà entendu l’équivalent dans la bouche de F  à l’occasion de tel ou tel débat sur l’école.
Sujet : une classe en voyage linguistique
Source : un reportage de France 2
Méthode : sélection de scènes (un enfant se signe en entrant dans le stade de Manchester) de citations (un prof dit à propos des élèves: « ils nous donnent tellement »), d’images (le prospectus de l’agence de voyage / la réalité des lieux visités) qui donne lieu à des conclusions générales sur le rapport des jeunes et des profs à l’enseignement et à la culture.
Mot clé : « révélateur », car tout est « révélateur ».

Ce qui me gêne dans ce cas, c’est que Danielle Sallenave ne s’interroge jamais sur le statut de l’image, du montage, des coupes qui ont lieu dans ce genre de reportage. Elle ne se demande pas pourquoi cet enfant se signe, s’il n’y a pas là de la dérision, si la présence de la caméra ne l’incite pas à faire des gestes « pour la galerie », etc. Bref, malgré toute sa culture classique elle raisonne comme un élève de collège : l’image « montre bien » ceci ou cela, alors qu’on se tue (en français notamment, sa discipline) à leur dire qu’il faut faire attention, ne pas tirer de conclusions rapides et sommaires, vérifier les sources, etc. Je me souviens d’une autre émission où une prof de philo de banlieue avait passé une heure à démonter les clichés que Danielle Sallenave avait en tête sur la violence des jeunes, le laxisme des profs, non pour dire qu’il n’y avait pas de problème, mais simplement pour marquer que le réel qu’elle expérimentait n’était pas le même que celui de ces penseurs « de cabinet » (de travail s’entend) et qu’il était beaucoup plus complexe. Ainsi quand Danielle Sallenave se félicitait d’être écoutée de manière respectueuse quand elle venait dans les lycées parler de littérature, l’enseignante lui rappelait une évidence : les intervenants extérieurs sont toujours écoutés respectueusement, car ils sont nouveaux, il y a une solennité, mais rien n’assure que si Danielle Sallenave était leur prof toute l’année, ils auraient la même attitude. AF et DS ne cherchent pas à comprendre le monde, ils recherchent dans le monde tout ce qui correspond à leur vision préconçue du monde, elle-même élaborée à partir de sources très discutables.
Ce qui me choque souvent c’est que cette attitude très « légère » face aux faits s’accompagne d’un mépris très marqué (chez DS et AF) des sociologues, qui ont sans doute bien des défauts, mais dont les travaux résultent d’enquêtes longues, qui s’interrogent sur le statut de la parole, qui mènent des entretiens sur des dizaines de séances, qui mobilisent les outils de l’histoire, de l’anthropologie, de toutes les sciences humaines, pour accoucher de livres qui n’auront pas le dixième de la visibilité des « essais » de nos intellectuels médiatiques. Lisez par exemple : « les gars du coin », « la France des petits moyens » , « amères banlieues », « la culture des individus », à la Découverte si ce n’est déjà fait, c’est plus long, moins spectaculaire que la « défaite de la pensée », mais bien plus proche (je n’ai pas dit que c’était le seul moyen d’accès, comprenons nous bien) de la réalité selon moi.
Les intellectuels dont je parle me paraissent toujours faire le contraire de ce qu’ils disent: ils font l’éloge de la lenteur et du recul mais sont toujours dans la vitesse et le temps court, ils vitupèrent contre l’inconséquence et la bêtise mais raisonnent souvent de manière très caricaturale, ils font l’éloge de la nuance mais livrent des visions du monde très binaires.

Tout cela est très pratique et pas désagréable, économe en temps et en énergie : comme DS et AF, beaucoup de gens (moi aussi j’avoue) regardent des émissions de télé, en rient, s’en émeuvent, s’en scandalisent, en tirent des sentences définitives sur ce qui va ou ne va pas, en discutent avec leurs amis à l’apéro. Quand on a un peu de culture et qu’au lieu de parler sur du vide les noms d’Arendt, de Péguy, de Heidegger peuvent apparaître dans la discussion, elle devient jouissive, car on a l’impression alors, l’alcool aidant, d’être vraiment intelligent. Faut-il vraiment que ce genre de réflexion sorte du cercle amical ? Cela me paraît inévitable, c’est ce qui fait le quotidien des débats de chaines généralistes. Faut-il vraiment entendre ça sur FC ?

Voilà pourquoi, loin d’être les résistants ou les remparts à « l’air du temps », ils y sont comme des poissons dans l’eau, ils jouent un rôle taillé pour eux : le philosophe-qui-dit-que-tout-va-mal face à d’autres rôles. Toute la différence entre la culture comme simple signe, référent, et la culture comme source d’intelligence des faits : voyez Garapon, voyez Le Goff, écoutez Chaslin (mais vous le faites, je le sais), ce sont des producteurs généreux, de vrais intellectuels au sens noble, ils n’ont pas la réponse avant de commencer l’émission, qui devient, même en l’absence de sacro-saint « débat », un vrai moment de culture.

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De la proto-sociologie de Finkie à la pseudo-sociologie de Bourmeau - le Mer 12 Mai 2010, 17:13

Bonjour Phil

Je vais dévier un peu du débat sur Finkie et sur la gent des essayistes non spécialisés, pour y revenir en fin de post. Pour le moment je résiste à la tentation d'ouvrir un fil spécial sur une question qui m'escagasse depuis quelques années, et que Phil pose on ne peut plus clairement : le problème de la proto-sociologie, celle que quiconque peut faire au quotidien, celle dont ces essayistes ne se privent pas de faire leur fonds. Etant donné que ça semble être pour eux une condition vitale d'existence dans le monde des idées, on n'en est même plus à leur en faire reproche. Hélas ils ne semblent pas conscients que pour la gestion de ce fonds de commerce, leur outil principal qu'est  leur formation intellectuelle, aussi estimable soit-elle, n'est pas toujours celui qui convient pour cette tâche. Finkie lui-même le dit souvent "je ne suis pas sociologue" même si dans la moitié de ses émissions il fait comme s'il l'était.  

Qui peut parler du social et de la société ? Tout le monde, bien sûr.
Mais qui donc sait/peut/doit en parler avec la pertinence et l'autorité légitime ?
D'où vient l'autorité ? Y a-t-il quelque chose de solide et de scientifique dans la sociologie telle qu'on la pratique en France, ou telle qu'elle s'affiche ? Est-ce qu'il faut charger quelqu'un de faire la police ? Et qui, alors, sachant, que la discipline recèle des Ecoles rivales, dont les tenants ne sont même pas capables de s'entendre sur les questions fondamentales. Même sans évoquer les quelques guerres déclarées entre eux, on doit pouvoir trouver au moins 4 ou 5 axes importants de querelle, qui peuvent être vus comme des signes de vitalité de la discipline, mais tout aussi bien comme des preuves de son immaturité.  
 
Hélas, pour paraphraser Duchamp, on en est actuellement au stade où c'est le lecteur qui fait le sociologue. C'est du côté de la réception que ça se tranche. Et la confusion est entretenue, et même initiée par l'ensemble des organes de la médiation, système qui déborde largement le monde dit "médiatique". Ça commence avec le mélange des genres dans les rayons des librairies, et ça continue avec les débats télé (et radio) où n'importe qui peut se voir étiqueté "sociologue" sans avoir jamais reçu le moindre adoubement d'un confrère. De toutes façons du côté de l'université, il est permis d'avoir quelque doute : pour s'en convaincre, qu'on lise certaines thèses publiées, où visiblement le souci méthodologique a été rangé au fond du tiroir depuis déjà pas mal d'étapes du travail, du coup on se demande si ça peut vraiment porter le nom de Recherche. Quand  on entend dans certains séminaires, des jeunes "chercheurs" invités, fraichement co-optés et venus là présenter, comme un spectacle en tournée théatrale, une réduction de leur thèse "brillamment" passée l'année précédente, et qui nous assomment avec leurs "moi j'aime bien travailler par rapport à des trucs qui m'énervent", ou qui soucieux d'injecter en une incidente un micro-gramme de stats dans leur présentation confondent l'étendue d'une variable avec son écart-type (je n'invente rien), ou encore en seule réponse à la question qu'on leur pose, nous demandent d'expliquer ce qu'on veut dire par "variable dépendante"' (là encore je n'invente rien), quand on assiste à de tels spectacles on a beau croiser les doigts en espérant que ce soient là des cas isolés, étant donné qu'à ce moment là on se trouve dans un séminaire du CNRS ou dans l'enceinte de l'EHESS, on en vient à émettre quelque doute sur le sérieux de la formation. Pour qui en douterait, je conseille d'investiguer rien qu'un peu dans les manuels et dans les fiches de méthodo, du côté des expressions comme "construction de l'objet" ou même le seul mot de "problématique". De toutes façons il n'y a pas que la relève qui yoyote : suffit d'écouter Jacques Munier qui est tout sauf un perdreau de l'année et tout sauf un ignorant parachuté : sa vision des sciences sociales a de quoi faire frémir de désespoir. Alors je ne réduis pas la profession à ces as du n'importe quoi, car par ailleurs des thèses qui emballent, des recherches qui percutent, des communications solides et sérieuses, et des nominations qui rassurent pour occuper les postes vacants, oui on trouve souvent. Mais enfin s'il y a le meilleur il y a aussi le pire, et même au premier rang.

Au premier rang où l'establishment lui-même ne se prive pas de remettre une couche de confusion, en décernant ses plus hautes récompenses aussi bien à Maffesoli qu'à Bourdieu. Du coup on est en droit de s'interroger aussi bien sur la validité de leur travail à tous les deux, que sur le sens réel de telles médailles même pas en chocolat. Du côté académique (car les sociologues praticiens, eux, sont ailleurs et opèrent dans un autre monde), on ne s'est pas privé d'aggraver les choses : la même confusion se retrouve au sein de la sociologie, où même les sociologues patentés ne parviennent pas à parler le même langage. Entre eux il n'y a pas grand chose de commun, méthodologiquement parlant, d'ailleurs certains ne le souhaitent pas et le disent clairement, et non des moindres. Je pense à trois sympathiques dinosaures comme Morin, Baudrillard, Touraine. 3 façons radicalement différentes d'étudier le social. Ils sont d'accord entre eux pour se retrouver autour d'un buffet mais l'unité de la discipline, au mieux ils n'en ont rien à carrer, au pire ils la torpillent activement. Et auprès du grand public cultivé, ce sont des gens comme eux qui donnent le "la", ou bien leurs successeurs quand ils en ont. Tout ça pour ne rien dire en passant de la sociologie politisée, autre fléau local.

Du côté de la publication, le système hésite entre d'une part la profusion éditoriale où des PUF à l'Harmattan en passant par La Découverte, on trouvera de tout mais parfois du n'importe quoi, et d'autre part le malthusianisme éditorial des revues officielles (AS / RFS / AES) où la fonction de contrôle dégénère en filtrage délirant au niveau du goulot d'étranglement, puisque goulot il y a, et bien étroit encore. Wieviorka lui-même estime plus judicieux de s'exprimer dans Le Débat (revue non sociologique mais sérieuse par ailleurs) plutôt que mettre 2 années à placer un article pour une des 4 ou 5 revues académiques, où encore lui se trouvera bien chanceux, puisqu'il est dégagé de toute position de fragilité (celle du débutant, jeune post-doc, enseignant fraichement nommé ou en attente de son premier poste) de ne pas se faire trop pinailler sur l'usage du point virgule.

Alors pour en arriver à la réception finale, c'est-à-dire au public de la sociologie, je crois qu'il manque deux conditions :
- condition de la clarification : une raisonnable unification de la discipline, qui attend encore son Saussure (sauf si la TCR peut assumer ce rôle)
- condition de la diffusion sensée : il faut une culture sociologique minimum du côté des lecteurs. Et ça, je ne pense pas qu'on puisse compter sur "La suite dans les idées" pour la donner à l'auditeur....

Alors pour en revenir au sujet, je me dis que si on avait sur FC une véritable émission de sociologie à la place de La suite dans les idées, on entendrait surement moins de proto-sociologie dans Répliques, mais aussi chez d'autres éminences comme Madame Canto-Sperber, Antoine Duhamel ou Alain-Gérard Slama, ou hélas de la part des invités réguliers de Philippe Meyer (lui-même pourtant sociologue patenté).

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Mer 12 Mai 2010, 20:56

Bonjour Phil,
L'argument de la "réalité sur le terrain" embourbe souvent les débats, car il permet facilement de discréditer tout ce que l'on souhaite : "si on regarde au cas par cas / moi qui suis sur le terrain". Ce qui me fait souvent dresser l'oreille, chez Finkie, c'est de l'entendre formuler des observations que l'on a pu faire soi-même bien avant de les entendre énoncer : les résistants imaginaires, le confort jovial de sa propre certitude morale, etc etc. Les exemples à l'antenne de FC ne manquent pas, et il ne s'agit pas d'une simple lucarne médiatique mais d'un vrai reflet du temps présent (un média n'existe jamais isolément, il reflète ou alors il suscite un mimétisme, FC fait les deux). J'observe également dans le métier que je fais des élèves eux-mêmes frustrés par la pauvreté de leur vocabulaire, et qui luttent en eux-mêmes pour essayer de formuler ce qu'ils veulent dire, quand ils n'ont pas épuisé leur minute et demie de concentration. Ce sont des choses qui existent, que doit-on faire alors des travaux de sociologues qui vous disent que vous rêvez?
Vous parlez également du rôle du philosophe-déclinologue, rôle taillé pour lui : c'est un rôle joué bien malgré lui : on voit bien assez souvent Finkie frustré d'être réduit à une poignée de stéréotypes qu'il doit sans arrêt démonter (ou pas, lassitude oblige). Cela permet de ne pas écouter ce qu'il dit, et de ne se souvenir que de ce que l'on croit entendre. C'est un drôle de rôle médiatique, non? Onfray, bien plus sympathique médiatiquement, est écouté et mémorisé plus attentivement.
"Toute la différence entre la culture comme simple signe, référent, et la culture comme source d’intelligence des faits : voyez Garapon, voyez Le Goff, écoutez Chaslin "
C'est vrai, mais pourquoi ces producteurs sont-ils parmi les moins visibles de la station? Ce sont les plus bosseurs, les moins show-biz, les moins catéchistiques, qui profitent des tranches les moins accessibles. Pendant ce temps, Frédéric Martel, bateleur de "mènestrime", de "sauftpaoueur" et de confort idéologique se voit encouragé...
Pour terminer, une petite anecdote à propos de ce stade de Manchester et de l'élève qui se signerait sarcastiquement. J'ai emmené il y a quelques années un groupe d'élèves à Old Trafford (c'était un voyage scolaire pendant une année d'assistanat en GB). Les élèves étaient anglais et chinois. Il y avait donc visite guidée du stade, des vestiaires. Au moment de déboucher sur la partie centrale, au bord du terrain, plusieurs élèves (chinois et anglais) ont retiré leurs chaussures, les ont posées sur le bord de le pelouse et les ont prises en photo. L'un d'entre eux a profité d'un moment d'inattention pour attraper une poignée de gazon qu'il a fourrée dans sa poche. Ce n'est plus le signe de croix, c'est carrément de la relique. Et ce n'était pas du second degré ! Vous voyez d'ici ce que ferait Martel d'une telle observation : c'est la victoire d'une culturel mènestrime mondiale saufte qui rapproche les gens. Vous voyez le niveau... Toutes ces choses-là existent!

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Jeu 13 Mai 2010, 10:23

@Yann
Peut-être Danielle Sallenave a-t-elle raison à propos de cet élève dans le stade de Manchester, mais on n’en saura jamais rien, je ne faisais que formuler des hypothèses pour montrer que bien des raisons peuvent expliquer un comportement mis en images. C’est sa démarche que je lui reproche : si elle a raison, c’est par hasard ou par chance, cela ne relève pas d’une démonstration intellectuelle satisfaisante. C’est une attitude générale face aux faits que je trouve discutable chez les penseurs dont je parle, une manière de tourner le dos à la posture critique des Lumières, à leur exigence de d’abord étudier scrupuleusement ce qui s’est passé. Vous savez, Bayle, l’histoire de la dent en or, tout le monde s’interroge sur la signification et l’origine de cette dent en or  (malédiction ? élection ? ) avant que l’on ne s’avise qu’elle était tout simplement fausse. J’en suis resté là.

Je sais parfaitement qu’il est illusoire de chercher à avoir une connaissance exacte des faits humains, mais cela ne signifie pas qu’il n’existe pas une hiérarchie dans les savoirs et les méthodes, et qu’il faut renvoyer chacun dans son camp. J’ai dit qu’entre Martel et Finkielkraut je préférerai toujours F, mais entre ce dernier et le plus discutable des sociologues, je choisirai toujours le sociologue, pour une raison assez simple : parce que c’est son métier, il me fournit les outils, les sources qui me permettent de comprendre comment il en est arrivé à ses conclusions. Je peux les discuter rationnellement.

S’il arrive que les sciences humaines nous donnent l’impression de ne pas « nous y retrouver », j’ai toujours trouvé dans ces livres les moyens de comprendre pourquoi. Les chercheurs indiquent sur quelle population, sur quel territoire ils ont travaillé, comment les questions ont été posées, etc. Même si j’ai du mal à croire,  en tant qu’enseignant au quotidien, que « le niveau monte », je comprends ce que disent Baudelot et Establet, car si l’on ne s’arrête pas au titre (comme le fait F) on voit qu’ils parlent simplement de l’élévation globale des connaissances de toute une génération, ce qui n’exclut pas (voire explique) des reculs à tel ou tel niveau, dans telle ou telle catégorie. Les sciences humaines ont cette fonction de replacer notre expérience particulière dans un contexte plus général.

Je trouve qu’il y a un tel écart entre le degré de généralisation auquel nos philosophes médiatiques parviennent et les moyens qu’ils mettent en œuvre (temps de travail, sources, méthodes) que cela rend leurs conclusions bien peu crédibles. Cet écart se réduit considérablement (aux deux bouts de la chaine : moyens plus rigoureux / conclusions plus humbles) dans le cas des sciences humaines. Entre celui qui réagit devant sa télévision et en fait la matière de sa leçon le soir (ou le lendemain matin) même à la radio ou à la télé, et celui qui passe des journées à étudier un phénomène et n’en tire que des conclusions très nuancées (dans les livres que j’ai cités dans le précédent commentaire, l’image de la société qui est donnée est très loin des clichés sur ce que sont « les jeunes », les « zones pavillonnaires », la « déculturation »), j’aurais toujours la plus grande sympathie pour le second, et encore plus s’il est victime des sarcasmes du premier.

Pour finir il ne s’agit pas de dire que seuls les universitaires patentés auraient le droit de s’exprimer dans les médias. Tout le monde a le droit de donner sa vision du monde, son  interprétation, et les propos de Finkielkraut ont bien entendu leur rôle à jouer dans le débat démocratique. Je répondais à Agathe qui en faisait un « refuge ». Je crois qu’il n’en est rien, et que FC doit au contraire résister à la contamination par ce que Nessie (bien d’accord avec lui sur son commentaire) appelle la proto-sociologie, sorte de mélange entre des éléments de sociologie et des expressions médiatiques à la mode, le tout appliqué à l’actualité du moment.

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Re: Répliques, dernier refuge ? - le Jeu 13 Mai 2010, 16:46

Bonjour à tous,

« L’antisémite actuel est démocrate jusqu’au bout des ongles. Il professe la religion de l’humanité, qui ne connaît d’autre sacrilège que la remise en question de l’égale dignité de tous les hommes. Cette religion a longtemps protégé les juifs. Elle se retourne maintenant contre eux. Les voici en effet accusés, par Israël interposé, de traiter les Arabes comme des êtres inférieurs. »

« Il y a une incapacité à voir, à distinguer et même à penser l’ennemi. Si, comme le répète le progressisme, l’Occident est l’ennemi, l’ennemi de l’Occident, aussi erratiques et pathologiques que soient ses comportements, est du bon côté de la barricade. Tout cela finit en Dieudonné. De Bourdieu à Dieudonné, la conséquence est bonne. Nous vivons sous le poids de la pensée « Bourdieudonné ».

J’arrête là. Je sais l’exercice simpliste. Toutefois, il est périlleux de proposer une vision cohérente du philosophe/proto-sociologue, étant souvent lui-même incohérent, à commencer par le fait que l’homme tout à la fois très critique des médias est certainement l'intellectuel le plus médiatique de France. Je ne lui reproche pas de vouloir exister. Mais le voir apparaître comme les « fast-thinker » qu’il combat régulièrement dans ses névrotiques envolées, ne résistant jamais aux falsifications, aux amalgames fulgurants, en fait quelqu’un de pas très sérieux. J’aimerais qu’on m’explique une chose : comment arrive-t-on à voir en lui un esprit libre, hétérodoxe, qui n'hésite pas aller à rebours de la doxa ? Comment être dupe de cette mascarade ? Peut-on comme lui écrire sur la « Défaite de la pensée » et prononcer de telles choses pas vraiment glorieuses ? Sans être comme Phil ou Nessie très familière de sociologie, je crois que Finkie s’est inventé un jeu solitaire dans lequel il affronte ses ennemis imaginaires. Sans doute pour inciter les gens à se dire : « Tiens, allons voir un peu celui-là qui tire la sonnette d’alarme et se débat comme un pauvre diable. » Onfray, autre philosophe médiatique, applique la même méthode.

Nessie, j’ai pris bonne note de vos conseils sur la juste attitude à adopter en forum. Cependant j’aimerais qu’on m’épargne cet autre « trick » de lycéen qui consiste à me renvoyer que je pense comme ci ou que je pense comme ça (voir Yann). Je ne représente aucune école de pensée autre que la mienne, qui certes se construit au travers des lectures, conférences ou films. C’est pourquoi je n’attends pas de monsieur Finkielkraut – ou de quiconque – qu’il me prête une voix ou des idées. Tourner en rond, quitte à réussir à penser par moi-même, ne m’angoisse nullement, vous savez. Et, en règle générale, je préfère éviter de répéter « la vérité » entendue à la radio par un « fast-thinker » que j’affectionne ou non. A ce propos, je vous invite à relire « La sagesse de l’amour », le seul petit opuscule de Finkie que je tolère dans ma bibliothèque.

Mon préambule en forme de florilège, je le sais, ne prouve rien. Les détracteurs de Céline ont le même réflexe. Cela montre tout au plus l’état d’esprit d’une époque pas très reluisante mais ne remet pas en cause le talent d’un écrivain. Céline nous a laissé un style, des pages incontournables. Pourra-t-on en dire autant de Finkielkraut dans quelques décennies ? Je me le demande.  

P.S.

Nessie, je vais podscaster l’émission dont vous me parlez.

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