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Florilège nietszchéen    Page 3 sur 3

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Florilège nietszchéen - le Dim 08 Aoû 2010, 03:43

Rappel du premier message :

Pourquoi parler de Nietzsche dans ce forum ? Parce que Michel Onfray est sur le devant de la scène avec ses conférences de l'Université populaire, diffusées au cours de l'été. Or Michel Onfray se proclame nietzschéen, il entre dans cette catégorie plus que paradoxale, oxymorique que sont les nietzschéens de gauche. En 2009, il a consacré de nombreuses séances à son idole et a fait de lui un portrait qui ne pouvait qu'étonner le modeste lecteur que je suis de l'oeuvre de Nietzsche. Michel Onfray a gommé et même nié les aspects aberrants et sulfureux de cet auteur qu'on doit en toute logique classer à la droite de l'extrême droite, et non pas comme le voudrait Michel Onfray du côté des amis de Besancenot et qui a forcément eu une influence sur les fascistes et les nazis.

Je vous propose un nouvel extrait:

Le gai savoir livre cinquième 349
Edition Bouquins Laffont p. 214

Encore d'origine des savants
Vouloir se conserver soi-même, c'est l'expression d'un état de détresse, une restriction du véritable instinct fondamental de la vie qui tend à l'élargissement de la puissance et qui, fort de cette volonté, met souvent en question et sacrifie la conservation de soi. Il faut voir un symptôme dans le fait que certains philosophes, comme par exemple Spinoza, le poitrinaire (!!!), ont dû justement considérer ce que l'on appelle l'instinct de conservation comme cause déterminante: - c'est qu'ils étaient des hommes en plein état de détresse. Si nos sciences naturelles modernes se sont à un tel point engagées dans le dogme spinoziste (en dernier lieu et de façon la plus grossière avec le darwinisme et sa doctrine incompréhensiblement unilatérale de "lutte pour la vie") - c'est probablement l'origine de la plupart des naturalistes qui est en cause: en cela ils appartiennent au "peuple", leurs ancêtres étaient de pauvres et petites gens qui connaissaient de trop près les difficultés qu'il y a à se tirer d'affaire. Le darwinisme anglais tout entier respire une atmosphère semblable à celle que produit l'excès de population des grandes villes anglaises, l'odeur des petites gens, misérablement à l'étroit. Mais lorsqu'on est naturaliste, on devrait sortir de son recoin humain, car dans la nature règne, non la détresse, mais l'abondance, et même le gaspillage jusqu'à la folie. La lutte pour la vie n'est qu'une exception, un restriction momentanée de la volonté de vivre; la grande et la petite lutte tournent partout autour de la prépondérance, de la croissance, du développement et de la puissance, conformément à la volonté de puissance qui est précisément la volonté de vie.


* * *

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messieurs les physiciens... - le Jeu 30 Aoû 2012, 09:50




Lisez cela attentivement, méditez et réagissez
Par delà le bien et le mal 22

On excusera le vieux philologue que je suis s’il ne veut pas renoncer au malin plaisir de mettre le doigt sur des explications erronées; mais ce « règne des lois de la nature », dont vous parlez, avec tant d’orgueil, messieurs les physiciens, « tout se passant comme si… » ne subsiste qu’en vertu de votre interprétation et de votre faiblesse en « philologie ». Ce n’est pas un fait ni un texte, mais un arrangement naïvement humanitaire des faits, une torsion du sens, une flatterie obséquieuse à l’adresse des instincts démocratiques de l’âme moderne. « Egalité partout devant la loi – la nature sur ce point n’a pas été traitée mieux que nous » - charmante arrière-pensée sous laquelle se dissimule une fois de plus la haine de la plèbe contre toute espèce de privilège et de tyrannie, ainsi qu’une seconde forme, plus subtile, de l’athéisme . « Ni Dieu ni maître » - c’est ce que vous voulez vous aussi ; donc vive la loi naturelle – n’est-ce pas ?
Mais comme je l’ai dit, c’est là une interprétation, ce n’est pas le texte (quel texte ?) ; et quelqu’un pourrait venir, qui, armé de l’intention opposée et de tout autres artifices d’interprétation, déchiffrerait au contraire dans cette même nature, en partant des mêmes phénomènes, le triomphe brutal et impitoyable de volontés tyranniques ; ce nouvel interprète vous révélerait la « volonté de puissance » dans sa réalité universelle et dans sa force absolue, au point que presque tous les mots deviendraient inutilisables, et même le mot « tyrannie » semblerait un euphémisme ou une litote, une métaphore vraiment trop humaine. Ce philologue finirait cependant par affirmer au sujet de ce monde cela même que vous en affirmez, à savoir qu’il a un cours « nécessaire » et « prévisible », non parce qu’il est soumis à des lois, mais parce que les lois y font totalement défaut, et que toute force à chaque instant, va jusqu’au bout de ses conséquences.

Et si ce n’est encore là qu’une interprétation, -
vous allez, bien entendu me faire cette objection – eh bien, tant mieux !

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les abîmes qui séparent l'homme de l'homme - le Lun 15 Oct 2012, 11:28

Par delà le bien et le mal

Troisième partie
Le phénomène religieux
61
(…)
Il y a chez l’homme comme chez toutes les autres espèces animales un excédent de ratés, de malades, de dégénérés, d’infirmes, d’êtres voués à la souffrance. Les réussites, chez l’homme aussi, sont toujours l’exception, et même, l’homme étant l’animal dont le type n’est pas encore fixé, la très rare exception . Mais il y a pis : plus le type humain que représente un homme est haut placé dans la hiérarchie, plus il devient invraisemblable qu’il réussisse à prospérer ( ???) ; le hasard, le règne de l’absurdité dans l’économie globale de l’humanité n’apparaissent nulle part nulle part de façon plus effroyable que dans l’action destructrice que ces facteurs exercent sur les hommes dont les conditions d’existence sont délicates, complexes et difficilement prévisibles.

Comment se comportent les deux grandes religions, le christianisme et le bouddhisme, à l’égard de ces innombrables ratés ? Elles cherchent à les faire survivre, à conserver tout ce qui peut être conservé ; elles prennent même systématiquement parti pour ceux- là , puisqu’elles sont les religions des souffrants : elles donnent raison à tous ceux qui souffrent de la vie comme d’une maladie et qui voudraient obliger à tenir pour faux tout autre sentiment de la vie et à le rendre impossible. On a beau estimer aussi haut qu’on le voudra cette sollicitude, ces ménagements et ces soins qui profitent aussi et ont toujours profité au type humain supérieur, lequel a toujours été le plus souffrant, tout bien considéré, les religions qui ont régné souverainement jusqu’à ce jour ont contribué pour une large part à maintenir le type de l’homme à un niveau inférieur ; elles ont conservé trop d’être qui auraient dû périr. On leur doit d’inestimables bienfaits ; et qui serait assez riche de reconnaissance pour ne pas sentir son indigence en présence de tout ce que, par exemple, les « clercs » du christianisme ont fait pour l’Europe ! Et pourtant, s’ils ont donné la consolation aux souffrants, le courage aux opprimés et aux désespérés, un bâton et un appui à ceux qui trébuchaient, s’ils ont offert aux âmes intérieurement ravagées et que la société affolait le refuges des cloître et des maisons de correction spirituelle, que n’ont-ils pas dû faire aussi, en s’évertuant par acquit de conscience à conserver tous les malades et tous les souffrants, c’est-à-dire en fait et en vérité, en travaillent à la détérioration de la race européenne ! Mettre sens dessus dessous toutes les valeurs, voilà ce qu’il leur a fallu faire ! Et briser les forts, infecter les grandes espérances, souiller d’un soupçon la joie que donne la beauté ( ???), tordre tous les sentiments d’orgueil, de virilité, de conquête, de domination tous les instincts propre au type humain le plus haut et le plus accompli, les transformer en incertitude, en tourment de conscience, en goût de se détruire, transformer même en haine de la terre ce qui était amour de la terre et des choses terrestres : tel fut le devoir que s’imposa l’Eglise et qu’elle dut s’imposer, jusqu’à ce qu’enfin elle eût réussi à fondre en une même notion le renoncement au monde et la « macération des sens », d’une part, et la notion de « l’homme supérieur », de l’autre.

Si on pouvait embrasser du regard ironique et indifférent d’un dieu épicurien la comédie étrange et douloureuse, grossière et raffinée à la fois, que nous donne la chrétienté européenne, je crois qu’on n’en finirait pas de s’ébahir et de rire. Ne semble-t-il pas qu’une seule et même volonté ait régné sur l’Europe au cours de dix-huit siècles, de faire de l’homme un avorton sublime ?

(…)

Ce que je veux dire, c’est que le christianisme a été jusqu’à ce jour la forme la plus funeste de l’outrecuidance de l’individu. Des homme qui n’étaient ni assez grands ni assez durs pour avoir le droit de sculpter l’homme, des hommes qui n’étaient ni assez lucides pour accepter avec une sublime abnégation la loi qui impose des échecs et des naufrages innombrables, des homme qui n’étaient pas assez nobles pour discerner les degrés vertigineux et les abîmes qui séparent l’homme de l’homme, voilà ceux qui ont jusqu’à ce jour, avec leur principe de « l’égalité devant Dieu », régi le sort de l’Europe, jusqu’à ce qu’enfin ait été sélectionnée une race amenuisée, presque ridicule, un animal grégaire, un être docile, maladif, médiocre, l’Européen d’aujourd’hui.


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vous avez dit nietzschéen de gauche? - le Ven 09 Nov 2012, 11:12



Par delà le bien et le mal
Qu’est-ce que l’aristocratie ?

Paragraphe 259

S’abstenir réciproquement d’offense, de violence et de rapine, reconnaître la volonté d’autrui comme égale à la sienne, cela peut donner, grosso modo, une bonne règle de conduite entre les individus, pourvu que les conditions nécessaires soient réalisées (je veux dire l’analogie réelle des forces et des critères chez les individus et leur cohésion à l’intérieur d’un même corps social).

Mais qu’on essaye d’étendre l’application de ce principe, voire d’en faire le principe fondamental de la société et il se révélera pour ce qu’il est, la négation de la vie, un principe de dissolution et de décadence. Il faut aller jusqu’au tréfonds des choses et s’interdire toute faiblesse sentimentale : vivre, c’est essentiellement dépouiller, blesser, violenter le faible et l’étranger, l’opprimer, lui imposer durement ses formes propres, l’assimiler ou tout le moins (c’est la solution la plus douce) l’exploiter.

Mais pourquoi employer toujours ces mots auxquels depuis longtemps s’attache un sens calomnieux ? Le corps à l’intérieur duquel, comme il a été posé plus haut, les individus se traitent en égaux – c’est le cas dans toute aristocratie saine – est lui-même obligé, s’il est vivant et non moribond, de faire contre d’autres corps ce que les individus dont il est composé s’abstiennent de se faire entre eux. Il sera nécessairement volonté de puissance incarnée, il voudra croîre et s’étendre, accaparer, conquérir la prépondérance,
non pour je ne sais quelle raison morales ou immorales,
mais parce qu’il vit,
et que la vie,
précisément, est volonté de puissance.

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au delà le bien et le mal, et si c'était un canular? - le Dim 11 Nov 2012, 20:56

Et je poursuis ma lecture de au delà le bien et le mal et je me dis un instant: et si ce livre n'était qu'un canular? J'évacue vite cette hypothèse. Si le livre était isolé, on pourrait croire que c'est un canular. mais comme il recoupe les nombreux livres de Nietzsche qui vont dans le même sens... À ce compte, il faudrait imaginer que l'oeuvre entière de Nietzsche est un canular, impossible.

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Impossible? - le Lun 12 Nov 2012, 08:18

Si


"Rien ne vaut rien
Il ne se passe rien
Cependant tout arrive
Mais cela est indifférent."

alors, tout est possible.
Autant je trouve certaines intuitions nietzschéennes remarquablement lucides (absurdité de la vie, nécéssité du surhomme pour pouvoir affronter cette absurdité), autant beaucoup de ses ecrits me semblent, effectivemment, pratiquement des canulars. (Pourquoi j'écris de si bons livres !). Et puis l'éternel retour, quand même ! Y croyait-il vraiment?

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