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Le coin des bouquineurs    Page 3 sur 8

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Le coin des bouquineurs - le Dim 30 Aoû 2009, 04:17

Rappel du premier message :

En d'autres temps et autre lieu, j'avais proposé ce début de roman, savoureux autant que rarissime :
<< Tom Mac Cormick jurait comme un irlandais. Il puait la marée et l’embrun. Sa crasse, cuite par le soleil de toutes les latitudes, lui avait revêtu le corps d’un nouvel épiderme insensible. Il roulait fortement d’une hanche sur l’autre : on aurait dit qu’il boitait des deux jambes.

C’était un garçon mal embouché et grossier à faire avorter une femme enceinte. Sa verte soixantaine lui permettait d’être insolent sans trop de dommage. Il était fort comme un gorille et son expérience de la bagarre lui avait permis bien souvent d’échapper à des corrections méritées. Il avait la manie de raconter des histoires et il exigeait, sous peine des pires représailles, qu’on l’écoutât. Ca vieux radoteur était d’une susceptibilité insupportable. Au moindre mot il se fâchait et sa colère avait une couleur de crime. Une colère terrible d’élément déchaîné : sa figure se ridait toute entière de l’une à l’autre oreille, et du sommet du crâne (qu’il avait chauve) à la pomme d’Adam : son visage se fermait soudain comme un poing. Il aurait tué pour un doute. Car Tom Mac Cormick était l’homme le plus sérieux du monde et il n’acceptait pas la plaisanterie.

Il est vrai que le vieux buvait comme un golfe. Son alcoolisme était méthodique : il s’enivrait six heures par jour, dormait pendant six heures, et pendant douze il était sobre, racontait des histoires, jurait, cassait des meubles et discourait sur tout avec une science dont je n’aurais jamais cru capable un homme aussi vulgaire.

Son ivresse était calme et taciturne. Il méditait en cuvant. Son amour immense et rudimentaire pour la mer asservissait inconsciemment sa rêverie à la monotonie des plaines liquides. Aussi son activité intellectuelle se réduisait-elle à coller sur un vieux cahier toutes les coupures de journaux qu’il avait pu trouver relatant un naufrage ou une tempête. Comme il savait à peine lire, il se fiait uniquement aux titres, et on trouvait dans son cahier les choses les plus imprévues : par exemple une affiche de la Anti-Saloon-Ligue qui commençait par ces mots en caractère gras : UNE TEMPETE DANS UN VERRE D’EAU >>

(Kala-Azar - Roger de Lafforest - Grasset 1931)
./...
* * *

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Jacques Réda - Le désespoir n'existe pas pour un homme qui marche - le Lun 16 Nov 2009, 00:41

Puisque nous voila aux 100 ans de la NRF comme Colette Fellous nous le rappelle aujourd'hui, je cite ci-après un assez beau texte ma foi, tiré d'un recueil de Jacques Réda (directeur de la revue de 1987 à 1996) initialement édité chez Lambrichs et maintenant disponible en "Poésie/Gallimard". J'ai choisi le début et la fin du chapitre d'ouverture : "Le pied furtif de l'hérétique", dont on trouvera ci-dessous environ un sixième du total.
Les connaisseurs de la géographie parisienne reconnaitront au moins en partie le trajet qui mène des Tuileries à la Mairie du XVème en passant par les Invalides (côté Varennes).

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Les ruines de paris - Le pied furtif de l'hérétique

Vers six heures, l’hiver, volontiers, je descends l’avenue à gauche,
par les jardins, et je me cogne à des chaises, à des petits buissons
parce qu’un ciel incompréhensible comme l’amour qui s’approche aspire
tous mes yeux. Sa couleur à-peu-près éteinte n’est pas définissable :
une turquoise très sombre, peut-être, l’intense condensation d’une
lumière qui échappe au visible et devient le brûlant-glacé de l’âme
qu’elle envahit. Sur des lacs filent sans aucun bruit les convois
de nuages, sans aucun bruit. la foudre surprendrait moins que cette
explosion de silence qui ne finit plus.

[…]

Le désespoir n’existe pas pour un homme qui marche, à condition
vraiment qu’il marche, et ne se retourne pas sans arrêt pour
discutailler avec l’autre, s’apitoyer, se faire valoir. Longtemps
l’autre en effet vous écoute et paraît vous donner raison. Et puis
avec son air inoffensif et navré de victime, tôt ou tard il vous
coince et vous accroche au premier clou. C’est pourquoi je vais vite
et droit devant moi vers la rase campagne à fourrés qui règne autour
des Invalides. Déjà rue de Babylone il arrive qu’on croise un lapin.
Des cloches tintent derrière les gros murs que j’effleure au passage ;
leur contact me soulage et me dispose à réfléchir. Mais réfléchir à
quoi quand le ciel se bouscule du fond des plaines, et que le vent
cogne dans la figure avec sa charge de terre molle et froide comme
un croquenot ? Je rentre. Il y a des oeufs, du fromage, du vin,
beaucoup de disques où, grâce à des boutons, on peut mettre en valeur
la partie de la contrebasse. Ainsi je continue d’avancer, pizzicato.
Est-ce que je suis gai ? Est-ce que je suis triste ? Est-ce que
j’avance vers une énigme, une signification ? Je ne cherche pas trop
à comprendre. Je ne suis plus que la vibration de ces cordes
fondamentales tendues comme l’espérance, pleines comme l’amour.

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Re: Le coin des bouquineurs - le Lun 16 Nov 2009, 00:56

MAgnifique, j'adore les ruines de Paris.
Rue de Babylone, un lapin. Il n'y a plus que des boutiques Nespresso dans le coin, mais ça peut ne pas être impossible, car on perçoit encore les grands murs et les enclos des institutions pieuses. Non loin de là, il y a ce que l'on appelle le Vatican, rue de Sèvres.

Enthoven a fait quelque chose, je crois, sur la marche et la philosophie, qui m'a semblé incroyablement ampoulé comme à son habitude.

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Georges Kolebka - Grand Hôtel Excelsior - le Sam 28 Nov 2009, 17:42

En une autre époque et en d'autres lieux on avait proposé ces fragments d'un court texte de Georges Kolebka
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Notice de chambre

La porte de la chambre s'ouvre et se ferme. Pour ouvrir il suffit d'introduire la clavette dans le débouche puis, tout en empoignure de la grosse rondelle située au dessus du débouche et en tournant deux mêmes muscles bougeant la clavette dans le débouche pousser la porte. Pour fermer, poussage en sens inverse direction couloir et donner un tour à la grosse rondelle en sens inverse des aiguilles d'une clock bracelet. Sécuritairement il existe un lock de barre qu'on basculera dans la gachette fixée en porte.

La salle de baignade est équipée d'un jaccuze moderne et tourbillonnant, d'une arroseuse verticale, d'une conque de propreté, d'un bassin intime, d'une petite rangerie et d'une commodité. Une flèche de couleur différente est apposée non loin de chacun des apparates. Cette flèche les désigne avec précision sans qu'il soit possible de commettre de maladresse. Pour les apparates membrés d'un robinet, le préhensement est facilement discernable. Le tourniquet marqué d'un point rouge sur sa calotte indique de l'eau chaude qui sortira. Celui marqué d'un point bleu : eau froide. Il n'y a jamais de surprise. Pour mélanger les deux eaux par exemple pour le jaccuze ou la conque de propreté, entre les deux robinets comme vous le noterez d'un clin d'oeil repose une petite roue de bicyclette pleine chacun des rayons de la petite roue de bicyclette est représenté par un trait. La roue tourne dans le sens des aiguilles d'une clock bracelet.

Pour le bassin intime madame devra bien se conformer au petit trait de la roue de bicyclette sous peine d'avoir des surprises intimement ce qui est toujours du plus entier désagrément concernant les parties indiquées.

La commodité : la vanne de nettoyage se manoeuvre d'une seule main. Elle est à deux vitesses . La première vitesse contient les liquides. La seconde est à destination des manières solides dans toutes les circonstances la vanne doit être employée de bonne main et subir du bras une force de hauteur vers le bas afin de désituer le mécanisme intime de la libération des eaux.

Si vous aspirez à regarder; il est de bonne aisance d'appuyer sur le bouton poussoir soleil. Ce que vous voyez devant bougeant et bleu c'est la mer. On peut clicher il y a belle vue madame se positionne devant et monsieur prend le clichage. Ensuite l'inverse. Vous aurez du désopilement ou de l'intéret en revoyant vos clichages de retour à la maison.

Un bon souhaitement au grand hotel Excelsior vous est présenté par cette présente.

from Grand Hôtel Excelsior - Eds Plurielle
Ce texte avait été lu par Bertrand Jérôme en intro des papous, un dimanche de 1996 ou 1997

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Re: Le coin des bouquineurs - le Ven 18 Déc 2009, 16:51

Pour le veilleur de nuit, voisin de palier de Georges Royer...



Dans sa revue Maintenant de juillet 1913, Arthur Cravan, poète et boxeur,
raconte son entrevue avec André Gide, démarrant comme suit :

« Monsieur Gide, commençai-je, je me suis permis de venir à vous,
et cependant je crois devoir vous déclarer tout de go que je préfère
de beaucoup, par exemple, la boxe à la littérature ».


… et nous livre cette expertise :

M. Gide n'a pas l'air d'un enfant d'amour, ni d'un éléphant, ni de plusieurs hommes :
il a l'air d'un artiste ; et je lui ferai ce seul compliment, au reste désagréable, que sa
petite pluralité provient de ce fait qu'il pourrait très aisément être pris pour un cabotin.
Son ossature n'a rien de remarquable ; ses mains sont celles d'un fainéant, très
blanches, ma foi ! Dans l'ensemble, c'est une toute petite nature. M. Gide doit peser
dans les 55 kg et mesurer 1,65 m environ. - Sa marche trahit un prosateur qui ne pourra
jamais faire un vers. Avec ça, l'artiste montre un visage maladif, d'où se détachent,
vers les tempes, de petites feuilles de peau plus grandes que des pellicules, inconvénient
dont le peuple donne une explication, en disant vulgairement de quelqu'un : « iI pèle ».


a 

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Re: Le coin des bouquineurs - le Ven 18 Déc 2009, 17:55

Oh, j'avais oublié Cravan.
Y a ce site http://www.excentriques.com
j'aime bien.
Merci pour le rappel.

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Carlo Emilio Gadda : la connaissance de la douleur (p 29-32) - le Lun 08 Fév 2010, 04:20

<< La villa Maria Giuseppina, propriété Bertoloni, possédait deux tours et deux paratonnerres, aux deux extrémités d'un corps central bas et long : on eût dit un couple de girafes soeurs siamoises ou l'une à l'autre incorporées sous l'effet d'une collision rétrograde suivie d'unification des postérieurs. Des deux paratonnerres, l'un semblait méditer quelque mauvais coup de sa façon en direction du nord-ouest, une trouvaille : diabolique dans sa fonctionnalité ; et l'autre même chose exactement, vers le sud-est : à savoir, refiler la foudre, dès qu'elle viendrait à sa portée, au limitrophe de droite : comme faisait le premier à celui de gauche, c'est-à-dire aux villas Enrichetta et Antonietta, respectivement. Accroupies là-dessous en une humble posture, subalternes, un peu auprès des deux prothèses de la villa Giuseppina, parées -pour le reste- de couleurs claires, elles avaient cet air sage et lymphatique qui est bien fait pour exciter, à ce qu'il semble, le sadisme de l'élément.

Soupçon de notre imaginaire en sa tension, mais qui devint décharge de la réalité le 21 juillet 1931, au plus pervers d'une chute de grêle sans précédent depuis un siècle, après quoi se retrouvèrent saturés de pesos papel tous les vitriers de l'arrondimiento.

Décrire l'épouvante et les dégâts imputables à cette fulguration inopinée, on n'y saurait songer. Mais le dévoiement de charges et décharges auquel s'étaient livrés les deux paratonneres eut des séquelles judiciaires -canalisées tout aussitôt en direction de l'éternité- , tant sur le plan civil, avec revendication de dommages et intérêts, expertises, contre-expertises, expertises arbitrales, jamais agréées simultanément par les deux parties, que sur le plan pénal : pour négligence coupable et préjudice causé à la propriété de tiers. L'affaire était apparue dès l'abord des plus controversées. "Ma quoi j'en pode, protestait le vieux Bertoloni, un émigré lombard, si sta baboul a savait manca plus ound'anda ?" Le fait est que la foudre, quand elle avait compris qu'elle ne pourrait contenir plus avant son besoin, s'était jetée sur le moins grand des deux paratonnerres ; mais trouvant cette verge assez peu insigne à ses fins, elle avait sur-le-champ rebondi en arrière, comme un démoniaque ballon, pour éclater sur celle, un tantinet plus longue, de la tour dominante: c'est-à-dire qu'elle s'était, chose à peine croyable, somme toute éloignée du sol. Au faîte du piquant plaqué platine et or, elle avait ébloui un rien de temps l'effroi des châtaigniers, sous le nouveau jour d'une boule ovale -feu fol en équilibre sur la pointe- , comme saisie d'une torve fureur, en son impuissance : au plus exact, dépelotant et repelotant un tortis et contretortis d'orbites elliptiques de sens alternatif , deux millions de fois à la seconde : autour du simili-or de la pointe, qu'elle avait fait fondre bien sûr avec platine et fer de conserve : les mouchant même, au long de la hampe, comme banales coulées de cierge.

Après quoi, se portant au comble, elle le picora un peu partout, damnée volaille, fit l'acrobate somnambule au fil du faîte et du chéneau, d'où elle fondit droit dans la cave, par les bons offices d'un tuyau de décharge, avant de ressusciter comme un serpent et de s'entrefiler au câble de cuivre du paratonnerre mineur, qu'on avait pourtant chargé, l'imbécile, de la liquider en profondeur. Dans sa résurrection -nouvelle tocade-, elle se donna toute au grillage du poulailler, derrière le bâtiment (imaginez les poules !), lequel grillage n'en revint pas de pouvoir l'aiguiller ipso facto sur la grille lancéolée qui séparait l'une de l'autre les propriétés contigües, la Giuseppina et l'Antonietta: la grille l'introduisit à son tour et sans perdre de temps dans les latrines en réparation, parce qu'engorgées, du garage de l'Antonietta : d'où, on ne sait comment, elle passa incontinent sur l'Enrichetta, sautant à pieds-joints la Maria-Giuseppina installée au milieu. En ce point, avec une détonation formidable après anéantissement d'un piano à queue, elle plongea dans la baignoire à sec d'une employée de maison. Ce coup-là, elle s'était abimée, et pour toujours, dans la mystérieuse nullité du potentiel de terre.

Ce furent les différentes expertises qui, peu à peu, permirent de retracer, par retouches successives, sur un atlas de papier timbré, le catastrophique itinéraire. En un premier temps. Car en un second, les expertises elles-mêmes contribuèrent à troubler les eaux, c'est-à-dire à brouiller les cartes, au point de rendre inconcevable toute représentation du parcours. Le maçon de l'Enrichetta, avec le bon sens inné du terroir, émit l'hypothèse, par ailleurs fort plausible, que le dernier recul de la "jaunasse", ainsi l'appela-t-il, était dû au fait qu'elle avait trouvé engorgé le tuyau des latrines, en foi de quoi elle n'avait pu jouir du passage nécessaire à un foudre de son calibre. Mais les électrologues ne voulurent rien entendre d'une telle hypothèse et dégainèrent force équations différentielles : qu'ils surent ensuite intégrer, à la plus grande joie, on s'en doute, du cavaliere Bertoloni.

Parallèlement, fit son chemin dans le mythe et dans le folklore du Serruchon, l'idée que le piano est un instrument des plus périlleux, à remorquer, sans perdre une seconde, au jardin, dès les premiers signes d'orage. >>

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Roland Dubillard - Quelques brins - le Lun 22 Fév 2010, 14:27

Quelques extraits des Carnets en marge (54 carnets de 1947 à 1997) de Roland Dubillard.

Une boîte d'allumettes est, je le sens, capable de m'absorber longtemps et de me faire écrire beaucoup. Je résisterai à la tentation parce qu'au fond je préfère m'ennuyer.

Sans doute, il y a de la fausseté à échanger une paire de chaussures contre un billet de 5 000 francs, choses qui n'ont pas beaucoup de points de comparaison, ou une bille contre un mensonge. Mais si les deux parties y trouvent leur compte, peu importe. De même l'homme trouve ou croit trouver dans l'amour autre chose que ce que la femme lui donne, ou croit lui donner. Chacun y gagne.

Je me couche volontiers à côté de moi pour dormir, mais alors ça m'est difficile de dormir, parce que je ronfle et que je raconte des histoires en dormant. Histoires dont je suis mal le fil, fatigué que je suis par l'insomnie qui résulte de ce partage inégal de mon lit. Quelquefois, agacé, je me repousse à deux mains, et jem'entends qui tombe sur la descente de lit. En fait je ne m'aime pas. La vérité telle qu'elle est, c'est que je me tuerais si je pouvais. Si j'osais, mais je n'ose pas. Je me ferais terriblement gronder par mon père, qui dort à l'étage supérieur. Il n'a jamais été aussi méchant que depuis qu'il est mort. Je me résigne à me mettre en paix avec moi-même.

Je suis sorti dans la rue du Bac avec mon parapluie. Pour me distraire, j'en aurais volontiers enfoncé la pointe dans le bide d'une passante.

Une grue, du moins quand on la voit de loin, est d'une utilité évidente. Rien qu'à la voir on a envie qu'on s'en serve.
L'utilité de construire un immeuble avec la grue, au contraire, n'est pas évidente. Et pour autant qu'on l'admette, l'utilité de l'immeuble, l'utilité de la grue, deviennent de second ordre : c'est dommage.
Oublier la grue pour l'immeuble.
L'immeuble nous gâche la grue.
Gâcher des grues pour des immeubles.

Organiser une course d'automobiles dans Paris, je veux bien, c'est une bonne idée. Mais plusieurs à la fois, aucune ne suivant le même itinéraire, non. Surtout pas tous les jours. Les organisateurs auraient pu se concerter. Ils auraient pu prévoir que les courses allaient se croiser, que la préfecture de police se verrait dans l'obligation de maintenir les feux rouges et que par conséquent, la valeur probable des compétitions deviendrait à peu près nulle.

Si on remarque avec le précédent une parenté ou plus surement une influence de Jarry, dans l'ensemble on repère aussi pas mal de brèves qui renvoient directement chez Lichtenberg :
- On ne peut jamais dire d'une brouette qu'elle est rangée.
- Elle était si jolie que même dans une fourmilière, on l'aurait remarquée.
- Une allumette en bronze a du mal à faire son chemin dans la vie.
- Il n'y a pas de vétérinaire pour les langoustes. Surtout pas pour les langoustes mortes.
- Dans un sens, l'automate peut être considéré comme le contraire de l'armure.

J'ai gardé pour la fin de cette première série : << Ce que je veux, c'est ce que vous m'avez appris qu'il fallait vouloir. Ne vous plaignez pas de ce que je veux >>
Parce que ça ferait une belle devise pour un forum d'auditeurs de France Culture...

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Dubillard encore - Carnets en marge - le Jeu 25 Fév 2010, 13:18

Gaspard a un domestique spécial pour ses pensées.
- Eugène dites-moi ce que je pense.
- Monsieur, répond le domestique, il n'y a qu'à vous regarder pour le savoir.
Vous pensez que tout ne va pas pour le mieux, et vous vous demandez
comment ça va finir.
- Et à mon avis, comment ça va finir, Eugène ?
- Oh, Monsieur, vous n'en savez rien. Comment voudriez-vous avoir un avis précis
là-dessus, dans la situation où vous êtes ? Avec l'éducation que vous avez reçue ?
- Eh oui ! ... Tout ça ... Et alors, Eugène ?
- Eh bien si Monsieur me permet de lui dire le fond de sa pensée...

Quelquefois Gaspard mécontent change de valet de pensée.

Il faut dire que Gaspard est l'intellectuel de la famille. Sa femme, ses parents,
ses frères et soeurs etc se passent de valet de pensée. Par contre,
son père, l'original de la maison, est le seul à se passer de chauffeur.
C'est un sujet de moquerie pour les bouffons d'Alfred :
- Ce vieux-là finira par manger avec ses doigts, vous verrez ! chuchotent-ils
entre eux pour faire rire leur maître.

Sans son valet de pensée Gaspard tombe dans une grande hébétude. Il fait
des efforts pour penser quelque chose, mais quoi ? Alors il dort. Ou s'il ne
peut pas dormir, il sonne ; son valet accourt et dit :
- Monsieur s'inquiète. Il ne sait que penser. Il se demande comment font les
autres qui ont l'air de penser tout seul. mais en réalité Monsieur sait bien
qu'ils font semblant.

Mardi 19 juillet 1955

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Pierre Schaeffer vu par Arthur Conte - le Lun 01 Mar 2010, 13:37

2En novembre 1973, Arthur Conte, avant-dernier PDG de l’ORTF et fraîchement démissionnaire
pour cause de pressions du pouvoir politique, publie « Hommes libres... », récit des 16 mois que
dura son mandat, de mai 72 à octobre 73. Le livre est à la fois le tableau des liens étouffants
entre l’audiovisuel et le Pouvoir, et le récit de l’expérience d’ouverture politique voulue par
Conte, expérience amèrement achevée dans le torpillage du projet en 1973 par les conseillers
de la Présidence, dont ... Edouard Balladur croqué sans pitié aux pages 69-70, et la suite du livre
nous dira pourquoi : c'est que 20 ans avant de flinguer André Rousselet en l’éjectant de Canal+,
l’Edouard est le responsable du flingage qui éjecte Arthur Conte hors de l’ORTF. Parmi les autres
victimes des conseillers de l’Elysée : Chaban. Et derrière tout cela une marionnette : Pompidou.

A côté des portraits politiques, qu’ils soient chaleureux (Chaban-Delmas), ambigus (Pierre Juillet,
Marie-France Garaud), assassins (Balladur, Philippe Malaud) ou dérisoires (Pompidou), il y a les
portraits des gens du métier : Alain Dangeard en ami dévoué ; Pierre Sabbagh en saltimbanque
roué ; quelques grands professionnels comme Desgraupes, Sallebert. Le plus précieux et pas le
moins savoureux de ces portraits est celui de Pierre Schaeffer, aux pages 193-198.
En voici la première partie :


<< Vendredi 23 février

Il semble porter sur son dos toute la détresse du monde. Il doit traîner, enchaînés à ses chevilles, de si énormes boulets invisibles, lourds de toutes les angoisses de l’histoire, qu’il ne quitte pas la démarche lente du forçat éternel, pieds glissants à ras du sol, pointe du pied hésitante, silhouette en avant. Quand il entre dans mon bureau et se laisse tomber dans un fauteuil, il me donne toujours le sentiment qu’il va défaillir. Il est né à Nancy parmi tous les honneurs et certitudes de la robuste Lorraine, et cependant il a la maigreur d’un saint du Gange, le cuir bistré des Pakistanais, la bouche toujours amère, le regard noir désespéré des mages démentis ou crucifiés. Il gratte du bout de l’index un menton dont le poil est si dur qu’il ne peut jamais se raser de très près ; cette barbe sale semble lui être infligée pour mieux du coup le condamner aux démangeaisons à perpétuité. Et il ne porte le plus souvent que de l’étoffe sombre, comme pour accuser encore le deuil de son personnage. Il s’appelle Pierre Schaeffer. Il a sous sa responsabilité angoissée notre Service de la Recherche. S’il a soixante-deux ans, il doit les avoir apparemment depuis toujours. Quant à sa voix, tantôt trop lente, infiniment lente, comme si elle ne pouvait pas parvenir à extirper enfin les pensées qui se refusent, tantôt trop rapide, mâchant les mots comme une paille trop sèche, bousculant les idées les unes dans les autres, comme si le fouet d’un garde-chiourme s’était mis tout à coup à vouloir précipiter les aveux du galérien, elle ne roule jamais que les notes des instruments voués aux tristesses, dans le premier cas harmonium sourd des messes les plus profondes, dans le second harmonica qui scande sur son rythme à sursauts je ne sais quelle pluie de verres brisés.

Mais il y a la pensée. Soudain, devant vous, une lumière inattendue naît au fond du désespoir ; elle éclaire le pauvre visage ; et le regard perd son deuil. Vous contemplez aussi les mains, à longs doigts vibrants, qui commencent à s’agiter, très belles, comme si elles pinçaient les cordes ou caressaient les touches d’un instrument que vous ne voyez pas. La mèche hitlérienne, obstinée à barrer le front, est repoussée sous la fière crinière noire. Un autre homme s’impose, qui prend toutes les splendeurs de l’intelligence. Alors, régal et festival. Ou bien il développe amplement le raisonnement du philosophe, avec la certitude du vainqueur. Oui bien il rit, oui le crucifié se met à rire, avec un sens de génie pour composer des rondes comiques ou enfariner les visages des clowns. Ou même, volontiers, le fouetté ramasse le fouet et Pierre Schaeffer se change en polémiste de charge ou en caricaturiste sans pitié, savourant avec une volupté sadique les coups qu’il porte au nom de la justice retrouvée, surtout s’il faut fustiger un prince imbécile ou un baron encroûté. Il est méconnaissable. Il redevient un autre. Et, tout confondu, vous ne vous rappelez qu’à cet instant qu’il possède une jeune épouse adorable, éblouissante de joie de vivre, portrait d’amour, et que, dans un dîner, il a le pouvoir magique de faire craquer les entretiens les plus revêches ou les plus conventionnels sous les feux multipliés et joyeux d’une conversation étincelante.

Dans sa phase de galérien, je l’appelle Monsieur Remords. Dans sa phase de vainqueur, il devient un Monsieur Phare.
Il est sans le moindre doute le personnage le plus déroutant de notre prodigieux zoo. >>

Après le portrait de l’homme vient son bilan, ses aventures et mésaventures
avec le Service de la recherche, l’intelligence du programme contre l’esprit
étriqué des administrateurs. Le PDG apprécie l’intelligence et la créativité
de Schaeffer, décrit quelques pages plus loin comme un Merlin l’Enchanteur
qui vient le visiter dans son bureau directorial une fois tous les trois mois pour
faire virevolter les idées ou pester contre l’une ou l’autre crasse que vient de
lui infliger un emmerdeur bureaucrate, puis Schaeffer repart dans sa cagna
pour pressurer ses victimes dévouées et volontaires dont il veut sortir le meilleur
jus. L’ingénieur-énergumène à la fois artiste gourou et tyran, n’est pas dépeint en
homme doux. On en perçoit des échos dans la conversation radiophonique à la
fois amicale et vacharde avec Pierre Henry, rediffusée en 1995 lors des deux
semaines de l’hommage rendu par France Culture ; dans cette conversation,
Pierre Henry se venge tardivement en évoquant ou en appliquant lui-même les
méthodes du maître et ami. On trouvera des traces semblables des mêmes tensions
dans le livre d’Entretiens avec Marc Paillet (Eds Belfond – 1969), où l’interviewé
Schaeffer malmène quelque peu son interviewer. De même avec Sophie Brunet
dans le second volume des « Machines à communiquer » (Seuil/Pierres vives - 1972).
Et encore dans le profond et puissant volume qui résulte de son amitié avec la même
Sophie Brunet aux éditions Richard-Masse en 1969, dans la collection Hommes choisis :
« Pierre Schaeffer par Sophie Brunet. Suivi de Réflexions de Pierre Schaeffer »

(voir post suivant)

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Pierre Schaeffer par Sophie Brunet - le Lun 01 Mar 2010, 13:39

Sophie Brunet dans ce livre ne ménage pas Schaeffer, qui dans la lettre d'ouverture, tout à la fois se plaint d'un portrait où il se trouve initialement embelli avant de se voir acculé au mur de ses propres insuffisances. Ca ne l'empêchera pas de reconnaitre que S.B. est probablement la seule à avoir vraiment tiré quelque profit en fréquentant ce Socrate remuant et agressif qu'il assumait d'être.

A la page 28, le portrait est déjà acide, Sophie Brunet écrit :
<< Avec ses collaborateurs le ton change, se fait âpre, geignard, amer ou exaspéré. Défilent alors un pirate sans foi ni loi, un tyran capricieux aux cruautés imprévisibles, un colporteur-filou son sac à malice sur l'épaule, un enfant irresponsable, un sadique, un réactionnaire, un subversif, un possédé du diable. Approuvez votre interlocuteur : il se dédit aussitôt ou vous accuse de n'y rien comprendre. Laissez-le parler : il se dédit encore ; de nouveaux traits surchargent, brouillent la silhouette à peine esquissée ; les hypothèses s'entassent et les détails s'empilent. Tâchez de le faire taire : vous n'y parviendrez pas ; il est parti, il continue, fouille sa mémoire en quête d'un détail oublié, torture son imagination pour lui arracher quelque interprétation nouvelle, radote sans pudeur. Détournez-le de son sujet : tout l'y ramène, fut-ce par les voies les plus tortueuses du calembour ou de la comparaison saugrenue. N'écoutez plus : ça lui est bien égal, pourvu que vous le laissiez parler sans protester. Vous avez tout loisir de penser à autre chose, de vous demander par exemple ce que cache ce monologue intarissable dont le contenu n'a, visiblement, aucune importance, dont seule compte la durée.
[...]
Il faudrait, pour me bien comprendre, avoir vu Pierre Schaeffer à l'instant où, totalement requis par l'objet sonore qu'il écoute, le problème qu'il s'efforce de débrouiller, un premier entretien avec un inconnu, un film en cours de montage, il a oublié jusqu'au souci pédagogique de montrer à son auditoire comment on s'y prend pour traiter un problème, ou décrire un objet sonore (lorsqu'il n'oublie pas ce souci, la performance est moins pure).
Il est alors présent plus que personne, et plus que personne distant. Intelligence, sensibilité, expérience, toutes ses ressources sont rassemblées, immédiatement disponibles pour répondre à la circonstance. En ce moment d'extrême concentration et d'extrême désintéressement, sans autre projet que de bien voir et bien entendre, il atteint à la simplicité, à une sorte d'innocence, à une dignité inconsciente d'elle-même. >>

Un peu plus loin :
<< Il a un style, il en a même trois : celui, épineux, du Chef de service ; celui du chercheur-pédagogue, sérieux autant que faire se peut ; celui, fantasque, de l'auteur. >>

Et plus loin encore :
<< Il découvre dans les machines des possibilités insoupçonnées, parce qu'il les voit telles quelles, pour ce qu'elles permettent désormais, sans se laisser influencer par les intentions de ceux qui les avait fabriquées, hors de l'emploi pour lequel il les avait conçues. Il utilise des fragments d'oeuvres comme des éléments bruts : qu'il s'agisse des éclats de musique et de voix que le sillon fermé arrachait à leur histoire (et non au temps, comme il le dit) à la structure où ils prenaient sens, au sens que leur avait donné un autre auteur.
[...]
Il s'accommode de tout et ne respecte personne. Il rejette jusqu'à sa propre histoire, dans la mesure où elle risquerait de le lier. Ses propres oeuvres, les résultats de ses propres actions, sont aussi un donné, perpétuellement repris dans un nouveau commencement. Sa mauvaise foi, qui est célèbre, trouve là sa source. [...] Lui se sent innocent. Il l'est comme un fauve, ou comme un soleil : "Vous vivrez seul... vous êtes flamme et feu... Soleil vorace, vous irradiez, mais sans répit, sans repos... Vous n'êtes prêt à aucun renoncement, ni justifiable d'aucune morale, car tout effort et même toute bonne intention de votre part ne peuvent servir que votre glorification personnelle". >>

En voila des paroles fortes... Terminons cette collection d'extraits dans le post suivant, avec quelques paragraphes de Schaeffer qui vaudront autoportrait...

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Réflexions Pierre Schaeffer - L'esprit de contradiction - le Mer 03 Mar 2010, 14:24

La seconde partie du livre accueille des réflexions autobiographiques, dont on donne ci-dessous quelques extraits, comme un raccourci de son esprit de contradiction :

Commencer avec l'hommage au Père Molly, le professeur de physique à Nancy :

<< Le père Molly ménageait ses effets. Après avoir tiré des rayons lumineux comme des droites, il se mettait à douter, introduisant des expériences contradictoires, faisait par la lumière contourner des obstacles, iriser les réseaux, faisait friser les franges de Fresnel ! Ondes ou corpuscules, c'était quoi la lumière ? Un homme aussi intègre allait-il biaiser, chercher un compromis ? Point du tout. Il abordait, serein, la révélation la plus stupéfiante qui soit, que la lumière pouvait être ceci et cela comme on voulait, ou du moins que derrière le premier système d'explication, valable dans le cas général, se dissimulait un second système prenant appui sur des cas particuliers mais qui risquait bien à son tour, devenu plus général encore, d'être remis en cause à un niveau plus fin. Ainsi à l'instar de la mesure et du calcul d'erreur, la théorie s'échafaudait elle aussi en zig-zag, prenant appui allègrement sur la contradiction. leçon jamais oubliée ! >>

Continuer avec les pénibles années qui mènent au concours dont il sort grand admissible, selon lui résultat d'une double erreur, d'abord de s'y être destiné, ensuite au concours de l'y admettre en vertu de la règle qui veut que deux négations valent une affirmation.
<< Cela explique aussi pourquoi j'ai eu, depuis, tant de mal à poursuivre mes études, pourquoi je le fis comme on se trompe, pour donner le change, et pourquoi finalement je crois à si peu de choses admises. Lorsque je les vis enseignées, par la suite, comme des choses "en soi" qui n'étaient pas vécues, conquises, arrachées à l'existence par un corps à corps d'homme , je les trouvais peu dignes d'intérêt et de foi. Quand aux hommes qui m'enseignèrent, j'eus tôt fait d'en répudier la majeure partie pour ne m'attacher qu'à ceux qui ressemblaient au Père Molly , par cette anxiété du vrai savoir, dans le double mystère de la nature et de ce qui la surpasse. >>

On voit venir alors l'emmerdeur des hiérarchies :

<< Quand, faussement respectueux de l'ordre établi, ponctuel comme on n'en fait plus, et dévoué même, je regarde les hiérarchies, ce regard les inquiète, les vexe et non sans raison, car c'est au vieux précepte que je pense quand je considère leur blaze. L'esprit de contradiction que malgré moi je rayonne, les affecte dans leur for, les gens... Je n'y peux rien et je ne peux pas grand chose pour eux. Mais de ces lois fatales que je connais de toute éternité et qu'ils persistent à ignorer (puisqu'on leur a appris pour leurs diplômes d'autres lois, qu'ils passent d'ailleurs leur vie à transgresser avec des feintes minables, des mensonges embarrassés, des sophismes rudimentaires) ils sentent bien que je suis le porte-parole indéfendable, inexpugnable et lui-même piégé. Ainsi je sais de science certaine que plus on s'élève dans l'échelle sociale, plus baisse la moralité, plus on s'élève en compétence, moins règne le bon sens, plus grande est la responsabilité, moindre est la générosité. >>

On comprend que l'homme suit sa ligne, ce qui explique aussi qu'il ne cessera de se faire virer : d'abord 2 fois par Vichy, puis après la Libération parce que lui même résistant et libérateur il s'oppose à l'épuration ; et puis en 1957 viré des studios-école de la Sorafom créée par lui et dont on ne voulait pas qu'elle donne aux Africains la maitrise de leurs ondes ; et encore liquidé son Service de la recherche en 1974 et éjecté en 1975 de l'INA à peine créée à partir de son projet. Selon ses propres mots, Schaeffer prend ces choses "aussi bien que possible" car depuis longtemps il ne saurait être dupe, ni des hommes, ni de lui-même, ni de ses golems et pas non plus des simulacres de cet "odieux visuel", comme il le dira en octobre 1991 : odieux "parce qu'il rompt la communication entre ceux qui jouent ceux qui regardent, parce qu'il généralise à la masse des messages qui devraient toujours être faits pour quelque uns, et surtout l'usage qui en est fait par la civilisation contemporaine est odieux, parce qu'il est mercantile, politisé, vulgaire".
Tout l'ouvrage de 1970 montre la contradiction vécue par celui qui est à la fois un sceptique et un homme d'action, condamné dès lors à vivre en errant, en chercheur tous azimuts.

Alors puisque ce forum a été créé pour parler de radio, autant finir avec les rares lignes qu'on trouvera dans ce livre pour évoquer la Sorafom :
<< A un certain moment de ma vie professionnelle, j'ai même essayé de remonter le courant. En plein essor, je me suis détourné de l'aventure de la musique concrète et de l'exploitation qu'elle me promettait. Si je me désintéressais d'un succès local pour m'occuper de gens qu'on n'appelait pas encore les "sous-développés" ni même, par un euphémisme encore pire, les "en voie de développement", ce n'était pas pour le seul plaisir de placer, en Afrique, en Océanie, des antennes et des postes de radiodiffusion qu'on y aurait installés de toutes façons. C'est que j'imaginais la radio aux Africains, une radio différente de la nôtre, faite par eux et pour eux, à leur façon, épousant leurs besoins et leur inspiration. J'oeuvrai obscurément là-dedans jusqu'à mon éviction -qui était fatale- juste le temps de créer un réseau qui, de toute manière, de l'avis même des cadres africanisés, ne serait jamais assez moderne, jamais assez à la mode, à la mode de chez nous précisément. Là je vérifiai que les civilisations sont mortelles, ainsi qu'on m'avait appris, et je revins à mes chères études qui ne faisaient de mal à personne, du moins je le croyais. retardataire, comme on voit. Et naïf, comme on sait. >>

Autant s'arrêter là car on n'en finirait pas de tout citer. On s'attend à trouver ce soir à 00h31 un de ces nombreux Schaeffer au micro de François Billetdoux dans une rediffusion de 1966 offerte par les Nuits de FC . Le lecteur curieux d'en savoir plus, trouvera sa matière dans les 2 h produites en 1991 par Jacques Perrault pour ARTE, dans le Traité des objets musicaux (Seuil 1965), dans les Entretiens avec Marc Paillet (Belfond 1969), dans les 2 volumes des Machines à communiquer (Seuil, 1970 & 1972). Sur la Sorafom parmi les 30 années passées dans l'audiovisuel public, consulter "Les antennes de Jéricho" publiées chez Stock en 1978, dont on parlerait volontiers à la prochaine occasion, dans le fil "radio-biblio".

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