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La Suite dans les idées, Sylvain Bourmeau    Page 1 sur 3

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La Suite dans les idées, Sylvain Bourmeau - le Jeu 06 Jan 2011, 13:11

En réaction à ce qui a été dit sur le fil des matins, je trouve enfin le courage d'en ouvrir un sur l'émission de Bourmeau. Le principal reproche que je ferais à cette émission est sa brieveté, autant dire que je la trouve très bien faite.
Depuis quelques temps Bourmeau a arrêté de commencer cette émission par un éditorial qui n'avait pas de rapport avec le sujet et n'intéressait personne, en tout cas pas moi. Il semblerait que ça lui manquait puisqu'il devient chroniqueur aux matins, mais ici je parle de son émission à lui.

Il ne fait pas le mariole et coupe très peu ses invités. De plus on voit qu'il a pris connaissance assez précisément du contenu de leurs livres. Il faut dire qu'il est deveneu assez prudent. Il y a un certain nombre d'années, il avait  recensé dans les inrocks (je crois)une étude de Loïc Wacquant. Il s'était attiré une réponse très cinglante du sociologue à props des inexactitudes et des erreurs de son article, le texte traine encore sur internet, et il faut dire que c'est difficile de parler de sociologie après s'être attiré les foudres d'un des grands gardiens du temple bourdivin.

Est-ce que son émission est farcie d'idéologie? Il ne me semble pas. Déjà ce n'est pas la faute de Bourmeau si la recherche en sciences sociales est très orientée, en tout cas en France (je me souviens de Finkielkraut aux rencontres d'averroes sur le thème de la peur "il faut avoir peur des chercheurs en sciences sociales", evidemment il disait ça aussi parce qu'il en avait un en face de lui). Et je me souviens d'une fois où il avait invité et mis en valeur un chercheur qui travaillait à partir de l'hypothèse insiders/outsiders, qui serait plutôt la tasse de thé de Brice Couturier que de Bourmeau. Il n'avait pas cherché à lui donner des contradictions idiotes, et l'avait laissé mettre en avant la pertinence de sa démarche. Surtout, quel que que soit l'invité, si l'émission se transforme en prechi precha, ce n'est jamais à l'initiative de Bourmeau. Il la conduit toujours de manière à ce qu'on comprenne le contexte intellectuel dans lequel a travaillé son invité, quelle a été sa démarche, et quels sont ses résultats. Ce faisant, il laisse à l'auditeur le soin de se faire son avis.
Je vous assure que j'aimerais bien qu'il y ait une émission comme ça en économie, parce que la table ronde du samedi matin est très sympathique, mais enfin ça ne mène strictement à rien.
Pour élargir un peu, je trouve que cette émission est très bien placée dans la grille. On parle beaucoup d'actualité politique et sociale le samedi matin sur FC, mais d'une manière plus convaincante que le reste de la semaine. L'économie en question est mal foutue, mais le bloc qui commence à 8H et finit avec Garapon (inclus) est très cohérent.

PS pour énerver (ou pas) Nessie : je connais très mal Munier, mais je me souviens d'avoir entendu un des derniers chemins de la connaissances, avec Mucchielli, c'était nul!

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Re: La Suite dans les idées, Sylvain Bourmeau - le Sam 19 Fév 2011, 15:34

Emission passionnante aujourd’hui, Bourmeau a reçu Alexandra Bidet, qui vient de sortir un livre sur "l’engagement au travail". Ca parle de la manière dont les gens ont l’impression ou non de faire un "vrai boulot" (sous-titre de son livre).
Son enquête renvoie à des expériences très concrètes et en même temps elle laisse affleurer des enjeux théoriques assez pointus que n’a pas manqué de relever Bourmeau (impeccable comme d’habitude : sobre et précis)
Quel dommage que l’émission soit si courte. J’espère que Bourmeau continuera à produire des émisions de cette qualité et qu’on lui donnera un jour un créneau horaire plus élargi.

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Re: La Suite dans les idées, Sylvain Bourmeau - le Dim 10 Avr 2011, 05:52

Bourmeau a encore reçu une invitée brillante hier : Marielle Macé. Elle publie un livre sur l’expérience vécue de la lecture.
Voici ce qu’elle répond à Bourmeau qui l’interroge sur la notion de style : "ça faisait partie des idées que je cherchais à construire, ce sentiment que le style est partout présent dans l’existence, qu’il n’est pas cantonnable à une recherche de distinction, une recherche statutaire, le désir de se séparer, d’intimider par exemple, mais qu’il désigne quelque chose comme la mise en jeu permanente de notre capacité à donner un certain aspect à notre présence à nous mêmes, à notre présence aux autres, à notre façon de regarder, d’être affectés par les choses et d’en faire un instrument permanent de constitution de soi"

Une Marielle Macé ou une Alexandra Bidet sont capables, même dans l’improvisation de l’oral, d’avoir des formulations élégantes et très précises. La comparaison serait cruelle avec certains chroniqueurs de la matinale (pour être tout à fait honnête je pense à une chroniqueuse en particulier) dont on sent à l’écoute que leurs papiers sont lus mais dont on ne sent pas du tout qu’ils ont été écrits!

Cette définition humaniste du style n’est pas forcément très neuve, mais c’est intéressant dans une émission de sociologie de noter qu’on peut y aboutir aussi en passant par Bourdieu et Foucault. Bourmeau conclut sur ce paradoxe en l’opposant aux détracteurs de Bourdieu, mais on pourrait en tirer d’autres conclusions.

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Re: La Suite dans les idées, Sylvain Bourmeau - le Sam 16 Avr 2011, 18:59

J’abonde dans le sens des posts précédents. Bourmeau sait exploiter un champ, celui des sciences sociales et ce qui est frappant lorsqu’on écoute son émission, c’est le choix de ses invités, souvent réussi. D’autant plus réussi qu’il donne un espace d’expression à des auteurs qui ont peu d’écho, par ailleurs. De plus, il me semble évident que Bourmeau a lu les ouvrages dont il s’entretient. L’auditeur a donc le plaisir d’une vraie discussion sur le contenu et non d’une vague conversation mondaine. (un)Stradivarius(un)Vsv

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Re: La Suite dans les idées, Sylvain Bourmeau - le Dim 04 Sep 2011, 08:06

Emissions de rentrée très décevante. On nous parlait de l'effacement du rôle des militants au sein du PS favorisé par l'organisation des primaires. Le niveau de l'entretien n'était pas indigne, mais c'était plutôt du journalisme politique que de la sociologie. Pourtant depuis Pareto il y a eu beaucoup d'études sur le fonctionnement des partis politiques, et ça m'étonnerait bien qu'il n'y ait pas aujourd'hui des gens qui produisent des choses neuves sur le sujet.

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Re: La Suite dans les idées, Sylvain Bourmeau - le Lun 17 Oct 2011, 18:04

Bourmeau a reçu un invité très curieux samedi 15. André Orlean, nous annonçait qu'il allait refonder les bases de la théorie économique, on allait voir ce qu'on allait voir.
On a donc vu que la définition objective de la valeur amenait à des impasses, ce que savaient déjà les néoclassiques au début du XX° siècle. On a vu aussi que la monnaie pouvait être désirée pour elle même, et pas seulement comme vecteur d'échanges des marchandises, ce qui est connu au moins depuis Keynes.
C'est très surprenant que quelqu'un prétende interroger les soi-disant préconceptions soit-disant implicites et soit-disant dominantes de la théorie économique à travers des thèmes qui sont battus et rebattus depuis des dizaines d'années par les économistes.

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Re: La Suite dans les idées, Sylvain Bourmeau - le Jeu 09 Mai 2013, 02:05

Les deux dernières émissions avaient une dimension biographique.
Celle sur Max Weber était tout à fait oubliable, en revanche l'exercice d'introspection de Didier Eribon était impressionant. Il s'interroge sur la portée émancipatrice des sciences sociales avec une honnêteté intellectuelle, qui, si elle était plus répandue parmi les chercheurs qui s'expriment publiquement, rendrait moins utiles les objections de Finkielkraut.

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Didier Eribon - le Jeu 09 Mai 2013, 14:46

Didier Eribon est passé aussi chez Noudelmann hier mercredi. L'émission est en réécoute au bout de ce lien.

J'ai beaucoup de mal avec ces propos qui reposent sur une quasi-évidence et ensuite opèrent un saut qui est tout sauf évident : la reproduction sociale est ici analysée avec beaucoup de finesse et de sensibilité, notamment comme un déterminisme qui n'est pas totalement écrasant puisque par exception on peut y échapper. Le problème c'est que la situation sociale est ici (comme chez Bourdieu) systématiquement et obsessionnellement dérivée dans le langage de l'oppression et de la domination. Je n'étais pas demeuré très longtemps à l'écoute de La suite dans les idées, ayant l'impression d'entendre un clone de Bourdieu quoique sans l'agressivité roublarde ; par ailleurs j'ai du mal à tenir le coup chez Bourmeau ces temps-ci, n'ayant pas entendu un seul numéro intéressant de "La suite dans les idées" depuis le début de l'année. Mais à cause de la variété des sujets abordés, je suis mieux disposé et plus attentif à l'écoute du Journal de la philosophie, et j'ai écouté jusqu'au bout le court entretien avec Noudelmann bien que ce dernier soit au moins aussi caricatural que Bourmeau (idéologiquement parlant) et qu'il ne cesse lui-même d'en rajouter : oppression, domination, domination, oppression.

Quand j'entends ce type de sociologie, je me demande comment il se fait que tant de gens ne se sentent pas dominés malgré leur appartenance à une classe non-dominante. Il y a bien une explication qui se voudrait sociologique : celle de la soumission consentie. Cette expression du langage de la psychologie sociale est retraduite en jargon sociologique par celle d' "intériorisation des normes". Cette explication me semble aussi recevable que l'argument de la résistance à la psychanalyse invoqué pour prouver la justesse de la psychanalyse, d'ailleurs ce sont un peu les mêmes mécanismes psychologiques qui seraient mis en oeuvre. J'ai un peu le sentiment que sous prétexte d'éveiller des consciences, ces sociologues là font exactement ce que leur reprochait Raymond Boudon : ils ont une façon polie de traiter les gens d'imbéciles, et finalement de les mépriser. D'ailleurs quand on n'adhère pas à la révolte sociale préconisée, on devient soi-même la cible de leur agressivité idéologique, au moment où s'évapore la neutralité bienveillante qu'ils affichaient le temps de dispenser avec objectivité tranquille et sûre d'elle ce qui est élaboré comme les graines de la révolte sociale.

Je ressens une gène considérable devant une sociologie qui se répète à ce point sans jamais avancer, et qui sur un constat empirique aussi banal qu'un constat concret comme le serait, disons, celui de la différence biologique entre les hommes bruns et les femmes blondes, a bâti une théorie de la domination qui, finalement, ne peut tenir que quand on la regarde avec les oeillères de la différence de classes en posant que c'est là l'unique différence qui vaille entre les groupes sociaux. Je pense que ce postulat est le fruit d'un regard très limité, en plus d'être socialement dépassé étant donné qu'aujourd'hui les classes moyennes composent la quasi-totalité de la population, et que cette sociologie là, une fois mise en oeuvre, n'apporte que du malheur social. Il y a donc un sérieux problème aussi bien au plan épistémologique que dans ses implications pratiques.

./...

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Raymond Boudon - le Jeu 09 Mai 2013, 14:55

./...

Raymond Boudon, lui, vient de mourir. Sa sociologie a beaucoup à apprendre à l'homme curieux et cultivé du XXIe siècle, mais les producteurs de France Culture formés intellectuellement dans les années 80, en sont encore à délayer celle de Bourdieu et de ses épigones ; à condition encore qu'ils ne se soient pas réveillés de l'hypnose Bourdieusienne comme ont su le faire Lemieux ou Heinich.

En fin de compte c'est comme si France Culture avait jeté l'ancre dans une mer sociologique qui s'est solidifiée il y a 30 ans, une pensée qui était déjà en cours de glaciation quand elle a été exprimée, car elle ne dépasse que de peu le marxisme en étayant un peu plus sérieusement ce que ce dernier avait besoin de confirmer scientifiquement. En dehors de quoi elle n'apporte rien si ce n'est un ressassement qui, sous couvert de recherche, alimente la division sociale. Et ce ressassement imprègne France Culture, en se trouvant au coeur de son paradigme idéologique.

Pourtant à la même époque se créait en France une autre sociologie, celle de l'individualisme méthodologique où d'ailleurs Bourdieu lui-même avait fait quelques pas avant de la vouer aux gémonies, disons le temps de manipuler les indicateurs de la notoriété outre-atlantique. Car c'est celle-là, la sociologie de Boudon, de Crozier, qui a reçu la consécration scientifique internationale et non le post-marxisme de Bourdieu qui lui, connait la notoriété dans le monde militant. C'est la première des deux qui domine le jeu scientifique dans les revues académiques au fonctionnement des revues scientifiques (que ne suit pas Actes de la Recherche en Sciences Sociale). C'est celle-là qui est en phase avec la sociologie internationale, mais pas du tout avec la sociologie politiquement engagée, bien sûr, car elle ne milite que pour le credo scientifique : décrire, expliquer, comprendre.

Pourtant Sylvain Bourmeau accueille au plus une ou deux fois par an un sociologue dont la pensée soit seulement compatible (je n'ai même pas dit 'représentative') avec ce courant. A ce titre, La suite dans les idées n'est elle-même guère représentative de l'évolution de la recherche dans les sciences sociales. Munier et Noudelmann quoique tout aussi idéologiques et engagés, se montrent infiniment plus variés dans leurs choix. Il faut dire qu'eux n'ont pas 47 émissions à faire par an mais 235 pour l'un et un peu moins de 200 pour l'autre.

Ce faisant, Bourmeau entérine non un verdict scientifique ou disciplinaire, mais un verdict de notoriété : entre Boudon et Bourdieu, la bataille scientifique est gagnée par le premier, et la bataille de la notoriété dans le grand public est gagnée par le second. Par ironie, Bourmeau présente lui-même toujours la sociologie de Bourdieu comme "savante". Et l'ironie devient grinçante quand on constate que les rares sur France Culture à avoir rendu compte de la disparition de Boudon, l'ont présenté comme un anti-Bourdieu. Le poids de la notoriété du second semble induire qu'on ne peut pas présenter le premier sans dire ce qui les distingue (et là il faudrait dire : presque tout). C'est une nouvelle version de la défaite de la science devant l'opinion, et France Culture y aura participé à fond la caisse.

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Re: La Suite dans les idées, Sylvain Bourmeau - le Jeu 09 Mai 2013, 20:03

@Nessie a écrit:Ce faisant, Bourmeau entérine non un verdict scientifique ou disciplinaire, mais un verdict de notoriété : entre Boudon et Bourdieu, la bataille scientifique est gagnée par le premier, et la bataille de la notoriété dans le grand public est gagnée par le second.
Malheureusement, cette pratique du "winner-takes-all" est trés répandue, et ce dans tous les domaines.
Apple, Microsoft, Google dans les technologies.
Galilée, Darwin, Einstein dans les sciences.
Freud, en psychanalise.
Sartre, Bourdieu dans les sciences humaines françaises récentes.
Un bon nombre d'entreprises, de personalités scientifiques, de sociologues ou de philosophes étaient de même stature, parfois même superieurs, mais resteront dans l'ombre de ces grands "gagnants." Par exemple il est presque impossible d'entendre une discussion sur Camus sans que le nom de Sartre ne soit mentionné.
Alors FC, dans tout cela? Il me semble que les émissions scientifiques échappent bien à ce mal en présentant beaucoup de ces scientifiques moins connus: Wallace, Planck, Schroedinger,...
En revanche, dans les sciences humaines, les grosses pointures restent La Référence.
Même Michel Onfray, pourtant un grand défricheur de talents cachés dans ses meilleures années n'arrive plus à ne pas faire référence à Freud ou Sartre.

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