Forum des auditeurs passionnés et critiques de France Culture

france culturelongpont demainGoogle

Le forum des auditeurs critiques de France Culture

 


Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

Sciences humaines & sociales sur France Culture    Page 1 sur 1

Bas de page ?   

1
Répondre en citant  
Sciences humaines & sociales sur France Culture - le Jeu 20 Jan 2011, 14:05

Ouvrons ce fil par une précaution et par des remerciements : les sciences humaines et sociales (dites SHS) sont très présentes sur FC, à toutes heures et dans nombre d'émissions, mais il y en a finalement peu de spécialisées, et je crois que ça vaut mieux. Les sociologues, historiens, psychologues interviennent toute la journée sur l'antenne. Il y a donc à dire et ce fil est maintenant ouvert pour ça.

Cela dit, il y a quand même "la suite dans les idées", et la seconde partie d' "A plus d'un titre". De mon point de vue, la première a grandement gagné en qualité depuis que sous ce titre où pendant 3 ans il avait salopé l'antenne entre 12h et 13h30, Bourmeau s'est enfin réorienté et que depuis la fin 2003 il a entrepris de construire un magazine des sciences sociales. Les débuts en furent lamentables, mais le résultat mérite maintenant d'être salué, même s'il mérite aussi d'être critiqué. Je ne me priverai ni de l'un ni de l'autre dans le fil qui a été ouvert pour ça.

Et comme dans le post d'ouverture du même fil on tape un peu sur Jacques Munier, j'ouvrirai celui-ci en essayant de redresser la barre. J'ai déjà dit ailleurs dans ce forum que ses entretiens n'y sont pas toujours très clairs ni très bien menés (euphémisme pour parler du foutoir relatif de la présentation), et que l'orientation idéologique est un peu pénible ; d'ailleurs avec Laurent Mucchielli précisément il était difficile d'y échapper. Malgré cela, dans les médias courants je ne connais aucune meilleure source d'information sur ce qui se fait en SHS, que la demi-heure quotidienne de Jacques Munier. En plus, quand on connait son orientation politique, on peut redouter le même déséquilibre que je reprocherai explicitement à Bourmeau dans le fil de "la suite". Or il me semble qu'au contraire, la demi-heure de Munier est assez conforme à ce qu'on peut attend de l'honnêteté journalistique aussi faut-il saluer non pas la neutralité de Munier (ne rêvons pas), mais son effort de pluralisme.

Pour illustrer l'intérêt de A plus d'un titre (2e partie du moins) je voudrais en conseiller 2 numéros récentes :

- le 6 janvier : le théâtre musical au Népal. Présenté comme ça le sujet est aride et s'attirera un "who cares" de la part des amateurs de thriller. Justement j'écoute FC parce que je ne suis pas amateur de thrillers. Avec Gérard Toffin on entend 30' d'ethnologie réelle et non de ce qui se fait passer pour (je pense à la façon dont on encense la production d'un Chauvier sur FC). Des numéros comme celui-là compensent un peu la frustration des auditeurs qui n'ont pas digéré la suppression de la Matinée des autres.

- lundi dernier, 19 janvier : l'invité Julien Damon travaille sur la pauvreté en France. Ecoutez-donc comment il en parle au micro de Munier : dans un style tout différent de celui de Julie Clarini. Lire : avec sérieux et avec l'esprit scientifique, comme Toffin ci-dessus cité ; en écoutant le ton vous sentirez la différence d'avec le discours engagé. On entend d'ici la réaction de Julie appuyée sur ses chevaliers servants Stéphane Hessel et Edgar Morin "Hou mais comment quelle horreur ! Faire de mes pauvres un nobjet de sciance - voila qui prayte à contrEverse" va pleurnicher Clarini. Ben oui Damon parle de la pauvreté sans viser à faire sortir ni mouchoirs pour les pleureuses, ni piques & baïonnettes contre les riches. Rien que ça dans l'émission d'un gaucho évident comme l'est Munier ça mérite un prix, le même qu'avait reçu Antoine Spire en 1997 (celui de l'honnêteté journalistique)

Si j'ai voulu citer ces 2 numéros dès le post d'ouverture de ce fil, c'est aussi pour défendre l'idée que France Culture a bien vocation à parler de ces ouvrages. 4 essais + 1 revue en SHS présentés chaque semaine : aucun autre média grand public n'en fait autant. En tant qu'auditeur demandant de la culture moi je me sens pas volé.

2
Répondre en citant  
Hier Bernard Lortat-Jacob dans Du jour au lendemain - le Ven 21 Jan 2011, 23:53

Le 20 janvier dans Du jour au lendemain, Bernard Lortat-Jacob au micro d'Alain Veinstein.
- Aujourd'hui retraité (plutôt récemment ?) après une carrière au CNRS et au Laboratoire d'Ethnomusicologie du Musée de l'Homme, maintenant rattaché à Paris X-Nanterre depuis que le Musée de l'Homme a été mis sur la touche.
- Son terrain : les peuples de la méditerranée : berbères du Maroc, paysans sardes, Balkans.
Mais il présente ici une enquête imaginaire déjà publiée il y a 15 ans, et qu'il avait située dans l'aire sud-amérique : Indiens chanteurs - L'oreille de l'ethnologue (Hermann).
Coté actualité, il y a aussi un ouvrage collectif : La voie actée - Pour une nouvelle ethnopoétique (Eds Kimé)

Un des avantages des SHS c'est leur ouverture à l'autodidacte, qui peut entrer un peu n'importe où dans n'importe laquelle des disciplines ou sous-disciplines, à la faveur d'un hasard, d'une rencontre, d'un livre, d'une émission de radio. Ca ne se fait pas sans risque : on peut tomber sur un fabriquant de charabia ou sur un faussaire ou encore sur les deux en un seul homme, fut-il au sommet de la gloire. Plus souvent le risque c'est l'hermétisme du discours. Mais contrairement aux sciences dures, il est bien rare que le propos n'offre aucune prise au lecteur, qui trouve couramment de quoi éveiller son intérêt fut-ce par une question, et la réponse peut-être il faudra la chercher ailleurs non sans soulever d'autres questions. Ainsi se fera la construction de l'amateur, celle que vivent au moins pendant un temps les lecteurs venus d'ailleurs, approchant l'un ou l'autre (ou plusieurs) des genres du domaine, pour ensuite persévérer au point d'y entrer franchement. Ou non, d'ailleurs, mais ça c'est leur affaire.

C'est sans difficulté qu'on trouvera quelque accroche dans le dialogue d'hier soir où assez sages pour ne pas se donner le mal de définir le sujet en profondeur, le responsable de l'entretien et son invité ouvrent à l'auditeur une porte, celle de l'ethnomusicologie. Je crois ce dialogue réussi, d'abord pour ceux qui n'y connaissent rien et feront leur première rencontre avec la discipline. Ensuite pour ceux qui ont déjà été dégrossis jadis par quelques séries de Chemins de la musique, et qui se trouveront aussi bien en terrain connu qu'en position de s'instruire. Au carrefour de l'ethnologie et de la musicologie, la discipline évolue, et en 30 ans de recherche l'auteur a eu le temps de la voir muter. Il en dira quelques mots, mais pas trop : on n'est pas chez Munier, et l'invité est accueilli non par un spécialiste, mais par une sorte d'homme de lettres. Certes loin d'être un simple ignorant, au contraire un homme de très vaste culture. Mais davantage rompu à l'échange autour d'un livre, qu'aux démarches de la recherche. Ce dont témoigne la phrase que Veinstein extrait pour la placer en exergue de l'entretien : << Rien de ce que j'ai pu voir ne correspond à ce que j'ai lu dans les livres - C'est à se demander si les ethnologues n'inventent pas ce qu'ils racontent >>. Comme souvent donc ça ne se fait pas sans ce que certains auditeurs à l'esprit peut-être rigoriste pourraient juger être des dérives, parfois de ratiocination, parfois de personnalisation. C'est d'ailleurs l'impression qu'avait pu donner l'émission de lundi où recevait Françoise Héritier. C'est fait sans conséquences néfaste, car l'important est de donner envie. Le but de Veinstein était de rencontrer l'auteur et de proposer une introduction à son travail et aux 2 ouvrages présentés, et ça marche.

Le premier des deux livres pourrait mettre mal à l'aise : c'est une enquête fictive, publiée de nouveau selon le désir de l'éditeur, et augmentée d'une postface. Lortat-Jacob explique sa démarche ici non plus descriptive et toute d'enquête, mais créative et synthétique. Il raconte la réception du livre en 1994 du coup on croit comprendre le souhait d'une réédition augmentée. Il justifie sa méthode par la part d'imaginaire. Entre parenthèses, ça fait du bien d'entendre -même brièvement- parler d'imaginaire autrement que chez Laure Adler qui en fait la scie des scies (et d'ailleurs la moitié de la station a suivi : chaque jour on entend utiliser le mot pour remplacer imagination, ou fantasmes, ou rêveries).

C'est plutôt dans la deuxième moitié de l'émission que le dialogue se centre sur la musicologie de l'ethnologue. On apprend que la discipline est lieu de débats et probablement de polémiques ; que Lortat-Jacob est plutôt du côté de ceux qui soulignent des invariants ; qu'il y a une part de création dans la recherche ou en tous cas dans le travail obtenu et qu'on présente parfois comme de la trouvaille. Si je rapporte ces généralités c'est pas pour remplacer l'émission ni même dans le but de la discuter, mais pour inciter à l'écoute : en annonçant quelques jalons du parcours, j'espère donner quelques bonnes raisons de se transporter jusqu'à la page de l'émission.

L'entretien s'achève après un peu plus de 30 minutes, soit à peine plus que chez Jacques Munier depuis 2 ans, ou jadis dans les rencontres avec Pascale Werner qui nous avait déjà donné à entendre Bernard Lortat-Jacob à l'antenne de France Culture, dans des entretiens qu'il faut reconnaitre plus savants que celui de ce soir. Du coup on n'a pas même entendu, non pas la définition basique de l'ethnomusicologie, mais celle qu'aurait pu en donner l'invité : "être ethnomusicologue, c'est essayer de comprendre ce qu'est la musique dans la vie des gens". On pourra trouver cetet définition et aussi pas mal d'autres choses dans le blog de Bernard Lortat-Jacob.

3
Répondre en citant  
De nouveau ''La voix actée'' (cf post précédent) - le Mer 26 Jan 2011, 00:56

A France Culture il n'est pas rare que certains sujets se trouvent multi-exploités, et que l'auditeur retrouve dans l'après-midi le même truc qu'il a entendu l'avant-veille dans la matinée ou la soirée. Mais ça n'a pas forcément le même goût, et pour peu que les producteurs aient chacun leur style justement c'est l'occasion de les comparer, d'ailleurs pas nécessairement pour en dégommer un (ou l'autre, ou bien les deux). Après le passage de Bernard Lortat-Jacob dont on a dit un mot au post précédent, Florence Dupont et Katell Morand sont venues lundi dans la deuxième demi-heure de "A plus d'un titre" pour présenter le même recueil "La voix actée". Et en l'occurrence ça ne donne envie de dégommer personne : au contraire je saisis cette occasion de signaler ce qu'en a fait Munier (juste avant de lui envoyer une volée de bois vert parce que je viens aussi de tomber sur son ahurissante intro de jeudi dernier - patience, j'y viens).

La visée de Munier est résolument informative, à la différence de ceux de Veinstein qui pratique un style d'entretien centré sur la personne de son vis-à-vis et sur son intériorité. Soucieux de parler cuisine et terrain, il attaque donc son sujet en prenant soin de le définir ; il précise en quoi l'ethnopoétique va un pas (au-delà) plus loin que l'ethnomusicologie. Ensuite il balance sa longue intro de 2 bonnes minutes car il veut d'emblée dire l'essentiel, et donner de quoi cadrer l'échange mais sans faire l'impasse sur la problématique. A certains ça pourra sembler un peu long mais c'est exceptionnellement clair (pré-rédigé, pour le coup ? ), riche et du coup son intro est accueillie avec enthousiasme par l'invitée qui peut enchaîner directement et nous voila dans le sujet. La discussion sera à la fois factuelle et théorique car si le livre est un recueil d'enquêtes sur des terrains variés et donc un travail factuel, il ouvre aussi une réflexion critique sur certaines notions prétendument de base pour l'ethnologue, en fait lourdement littéraires, dit Florence Dupont qui dégomme assez vite la notion de genre. La seconde invitée confirme et enchaîne, et au bout de même pas 5 minutes voila l'auditeur embarqué dans une conversation entre spécialistes, conversation qu'il n'a aucun mal à la suivre quand bien même il n'a reçu aucun entrainement particulier. C'est que le dialogue se fait sans jargon, en convoquant sans se priver les données du terrain : chant collectifs en Sardaigne, joutes verbales, chants funéraires en Ethiopie, oui comme l'a dit Florence Dupont il a fallu rester concrets et factuels.

Bon cette fois encore je n'en dis pas plus sinon que ça s'écoutera très bien. Cette discussion est une aubaine pour l'auditeur curieux des cultures mais qui se laisse facilement refroidir par le ton de maîtresse pète-sec de Catherine Clément, une aubaine aussi pour qui se montre allergiques au militantisme tiers-mondiste de Marie-Hélène Fraïssé, c'est bien gentil mais un rien usant. Comme chez Veinstein, en passant on offre à l'auditeur de l'extrait pris sur le vif, suivi de commentaires de la spécialiste. Ca c'est une chance rare : on me dira que les disques d'ethnomusico sont souvent accompagnés d'une notice fournie, mais nous sommes à la radio et, direct ou pas, la séquence extrait + commentaire c'est toujours mieux parlant. En 2 x une trantaine de minutes on aura donc pu entendre 3 des auteurs du recueil, et dans les jours à venir peut-être qu'il y en aura encore ou bien le retour de l'un ou l'autre si à FC on continue de tirer sur la ficelle (mais enfin j'y crois pas trop). En tous cas, de mon point de vue ces 2 émissions sont tout à fait complémentaires. On ne peut qu'inciter à l'écoute successive de l'une et de l'autre ou bien de l'autre et de l'une, ou bien des deux en même temps si on a vraiment le vice dans la peau ou si on veut s'improviser son petit ACR-chez-soi. On peut aussi aller chercher quelque supplément dans les bases des collectionneurs qui ont pris soin d'archiver avant liquidation l'un ou l'autre numéro d'Equinoxe, ou d'Un Poco Agitâto qui consacrait 2 ou 3 séquences chaque année au genre.

Sciences humaines & sociales sur France Culture     Page 1 sur 1

Haut de page ?   

Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum