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Michel Onfray, chroniques et émissions estivales    Page 19 sur 21

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Michel Onfray, chroniques et émissions estivales - le Mar 01 Sep 2009, 16:59

Rappel du premier message :

Michel Onfray, qu’as-tu fait de ta promesse ?

2009 : Septième année de diffusion estivale des conférences de l’Université Populaire de Caen de Michel Onfray. Je me souviens comme si c’était hier de la promesse du philosophe médiatique de nous faire connaître à l’occasion d’une « contre-histoire de la philosophie » une « autre philosophie », la philosophie hédoniste, la seule, la vraie, restée dans l’ombre au cours des siècles car persécutée par la philosophie officielle, et qui ne cesse de ressurgir sous différentes formes. La philosophie officielle, celle qui nous égare, c’est la philosophie spiritualiste, qui au cours de l’histoire allait toujours main dans la main avec le christianisme qui avait pris le pouvoir, philosophie qui avait Platon pour fondateur dont les conceptions collaient comme un gant à la religion chrétienne.

J’ai fini par comprendre que cette promesse décoiffante d’une « contre-histoire de la philosophie » ne serait pas tenue. De philosophie hédoniste, il n’y en a guère. Épicure, à la rigueur, mais Épicure est-il un grand philosophe, j’en doute.

Pour le XVIe siècle, il y a eu Montaigne. On ne pourra pas dire que Montaigne soit un penseur « clandestin », ignoré des académies et des universités .

Pour le XVIIe siècle les philosophes qui entraient dans sa catégorie, qualifiés de « libertins », dans l’ensemble peu préoccupés d’hédonisme n’étaient de petits maîtres qui méritent tout juste le détour, la Mothe le Vayer, précepteur de Louis XIV, Gassendi, un savant et un ecclésiastique qui a mis l’épicurisme au goût du jour et qui d’autre ? J’ai oublié. On était heureux d’en savoir plus sur Cyrano Bergerac et ses voyages dans la lune, mais cette galerie de portraits ne convainquait pas que la philosophie de ces « libertins » pouvait faire le poids face à Pascal, Descartes, Malebranche et Leibniz. En outre, Michel Onfray a tant bien que mal essayé d’enrôler Spinoza sous sa bannière, là c’était un plantage total qui a suscité des protestations. C’était un contre-sens, une récupération abusive et on voyait bien que son approche de l’œuvre de Spinoza était superficielle et insuffisamment informée.

Avec le XVIIIe siècle, nouvelle déception. J’attendais que l’éclosion d’un hédonisme qui s’assumât eut enfin lieu . Le XVIIIe siècle n’a-t-il pas plus que tout autre célébré le plaisir, dans le théâtre, le roman, la peinture, la musique, même. Curieusement, le thème de l’hédonisme a été abandonné, c’est l’apparition d’une philosophie d'un matérialisme encore mal affirmé qui a été présentée, avec des avancées du côté de l’utilitarisme : La Mettrie, Helvétius, Maupertuis . Les écrits du Marquis Donatien de Sade auraient dû permettre de poser la problématique d’un hédonisme radical, le plaisir comme but ultime, mon plaisir avant tout, mon plaisir à tout prix, mon plaisir au prix de la souffrance et du malheur de l’autre. Malheureusement, le prisonnier de Charenton n’a eu droit à un traitement expéditif : « Sade, c’est du nazisme avant l’heure » . J’aurais aimé faire remarquer à Michel Onfray que les cent-vingt journées de Sodome sont une fiction et une apologie autant qu'une critique de la débauche.

L’inspiration de Michel Onfray était meilleure quand il a traité par le menu le cas de l’abbé Jean Meslier, mettant l’accent sur ce fait étonnant que le premier athée déclaré était un obscur ecclésiastique, dont l’œuvre était totalement clandestine.

Pour le XIXe siècle, le thème finalement peu productif de l’hédonisme philosophique a été carrément abandonné au profit de l’eudémonisme, le bonheur prenant la place du plaisir. C’est un changement de programme, philosophie du bonheur et philosophie du plaisir, ce sont des orientations très différentes. Le bonheur est beaucoup moins lié au matérialisme que l'hédonisme. Cet abandon du thème de l’hédonisme me montrait une fois de plus que le projet de centrer une « contre-histoire de la philosophie » sur l’hédonisme était une impasse.

C’est cependant sans déplaisir que j’ai écouté une présentation de l’utilitarisme de Jeremy Bentham, si important pour l'ensemble du monde anglo-saxon, les idées extravagantes de Charles Fourier, traitées sur le ton de la franche rigolade et la vie aventureuse de Bakounine.

Je n’ai pas pu écouter les conférences de 2008.

En 2009, une nouvelle fois, mon attente était grande. Enfin, il serait question de Nietzsche, l’idole de Michel Onfray.

Michel Onfray a consacré plusieurs séances à un philosophe très peu connu, certainement très intéressant et plus que talentueux, le français Jean-Marie Guyau , atteint de tuberculose, auteur de « l’esquisse d’une morale sans obligation ni sanction », qui a développé une philosophie existentielle qui répond à la maladie et peut être considéré comme un précurseur de Nietzsche. Le conférencier aurait pu éviter de consacrer une séance entière pour stigmatiser le conformisme politique de cet auteur, selon lui coupable d’être moralement conservateur, chauvin, colonialiste, réactionnaire, antisémite, militariste, attaché à la terre, à la famille nonobstant républicain.

Ensuite, on est passé à Nietzsche, j’attendais Michel Onfray au tournant. Comment lui homme de gauche très à cheval sur la correction politique pourrait-il défendre un philosophe dont la réputation de penseur sulfureux n’est pas du tout usurpée, un philosophe qui consacre tant et tant de pages à de virulentes attaques contre la classe ouvrière, qualifiée par lui de « plèbe au sang vicié » ? Le point fort de cette série était la présentation du philosophe malade à la recherche de la « grande santé », une manière de vivre avec la maladie et d’en tirer un avantage existentiel beaucoup important que la bonne santé de l'homme moyen . Oui mais pourquoi tout au cours de son oeuvre Nietzsche n’a-t-il que mépris pour les malades, pourquoi est-ce une injure sous sa plume dont il accable, entre autres, les religieux? La plupart de ses interventions de cette série n’étaient qu’un plaidoyer assez laborieux qui cherchait à nous présenter un Nietzsche largement calomnié, c’est certainement vrai, mais un Nietzsche vu sous l’angle politique, contestataire gauchiste qui pourrait prendre sa carte au parti d’Olivier Besancenot, un Nietzsche réduit à la haine de son pays, de la bonne société bourgeoise et de la religion, un Nietzsche devenu salonsfähig en quelque sorte. Les mânes de Nietzsche n’en demandent pas tant. La présentation de la dissension avec Wagner était particulièrement plate et même fallacieuse, Michel Onfray y projetait de toute évidence ses propres détestations, alors que cet épisode avait été présenté de manière lumineuse et fort inspirée par le philosophe Philippe Lacoue Labarthe dans une série du matin des musiciens. Finalement, une grande déception.

Mon exemplaire des œuvres presque complètes de Nietzsche est resté sur les bords de la rivière Tshuapa, confisqué par un séminariste. Quand j’aurai récupéré ce livre, je confronterai le Nietzsche salonsfähig de Michel Onfray au Nietzsche que j’ai cru découvrir quand je lisais ces écrits qui avaient le don de me faire dresser sur la tête les quelques cheveux qui me restent à chaque page.

Bien loin des platitudes politicardes de Michel Onfray, j’ai connaissance d’un magnifique commentaire sur Nietzsche, il est contenu dans une série d’émissions de René Girard. Le jour où je retrouverai la cassette, je vous en dirai plus.

Dans sa dernière séance, Michel Onfray a annoncé une nouvelle série sur le nietzschéisme chez les philosophes contemporains. Une nouvelle fois, j’en attendrai beaucoup, peut-être enfin ne serai-je pas déçu.

Henry
* * *

181
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Onfray pas mieux de tourner sept fois sa langue dans sa bouche ? - le Mer 05 Aoû 2015, 18:04

marsel missel a écrit:on a écouté ce mercredi d’août Missel Onfray
C'était Kankelevitch, le J est si près du K en azertie.
On a aimé cette présentation du grand philosophe si loin du presque vide si proche du presque plein.
L'ironie est une noblesse même.
on ne s'est pas trompé dans les dates
Un homme qui traduit le grec en latin...
PS : ouf Bourdieu est dans le dico, on ne pleurera plus.
vivement demain, la suite.
Souffrez toutefois que ne soit pas tout à fait partagé le sentiment de contentement que vous inspire cette (première) émission. Distinguant le « sujet » (éminent) de la conférence et la manière dont ce même sujet fut traité par le conférencier, je me permets d'opposer les quelques objections suivantes. M. Onfray tient tout d'abord Vladimir Jankélévitch pour un « exilé euh [un] Russe exilé ».
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D'aucuns jugeront quelque peu exagéré cet emploi (tout à la fois substantif et adjectif) d'« exilé ». Jankélévitch naquit en France, vécut en France,  il illustra la pensée et la langue françaises ; il se regardait justement comme un Français. Tout de même, en considérant Jankélévitch comme un « philosophe maudit » M. Onfray abuse du langage.
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En formant ce groupe nominal, M. Onfray vise simplement à se faire valoir ; ce disant, il veut faire  accroire qu'il dévoile une figure inconnue, qu'il révèle un grand penseur méprisé et qu'il tire de l'oubli des écrits que personne ne lirait... Il use depuis au moins quinze ans de ce procédé digne d'un marchand de foire. Vladimir Jankélévitch n'est pas tout à fait méconnu (litote). Ses livres sont (encore) publiés (dans des formats de « poche »), son œuvre fait l'objet de colloques universitaires (à l'E.N.S. en décembre de 2005 s'était par exemple tenu un colloque international intitulé : « Vladimir Jankélévitch : actuel, inactuel ») et la chaîne radiophonique sur laquelle porte ce forum-ci honore souvent la mémoire de ce grand philosophe (normalien, agrégé, docteur, professeur à la Sorbonne (autant de titres qui ordinairement répugnent à M. Onfray)).
Pour le reste, voici un petit recueil de quelques-unes des erreurs et approximations que contenait la conférence diffusée ce matin. « (…) il [V. J.] utilise euh dans un beau livre d'entretiens avec Béatrice Berlowitz Quelque part dans l'inachevé c'est d'ailleurs un... c'est un.. vers de de Rilke (...). »
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Ce titre ne consiste pas en un vers, il n'est pas même tiré d'un poème ; il provient d'une phrase (en prose) des Cahiers de Malte Laurids Brigge (Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge) : « (…) sondern tiefer, irgendwo ganz ins Unfertige hinein (…). »
« (…) il [V. J.] raconte dans une lettre à Beauduc du 26 décembreuh 1928 sa première rencontre avec Bergson (…). »
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« 1928 » supplante 1923 (cf. Une vie en toutes lettres, p. 81).
« (…) il [V. J.] apprend à parler le tchèque qui n'est pas une langue facine... facile (…). »
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Les parents russes de Jankélévitch se parlaient en russe l'un à l'autre (devant leurs enfants notamment) et Jankélévitch étudia le russe à l'Ecole des langues orientales. Le russe et le tchèque ressortissant tous deux aux langues slaves, il me semble que Jankélévitch était mieux armé qu'un M. Onfray pour apprendre le tchèque... De façon générale, M. Onfray, dans sa première conférence, néglige tout à fait l'influence déterminante qu'exercèrent sur Jankélévitch des écrivains russes tels que Tolstoï et Andreïev ainsi que des philosophes russes tels que Chestov, Soloviev (et Berdiaev) ; Jankélévitch, dans ses traités, se fonde souvent sur la langue russe pour exprimer (notamment) une nuance.  
« (…) les doctrines politiques françaises des rétrogrades c'est un mot qu'il utilise lui mais euh que personne d'autre n'utilise on parle plutôt des contre-révolutionnaires (…). »
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Cette remarque complètement fausse trahit une fois encore l'arrogante ignorance de M. Onfray. Au cours des deux siècles qui précédèrent le nôtre on parlait couramment d' « école rétrograde ».
« (…) il [V. J.] raconte tout ça à son ami [Louis Beauduc] dans l'détail et il dit : ''Retiens bien ça, pour ton divorce à toi.'' Alors queuh Beauduc ne divorcera euh jamais (…). »
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Louis Beauduc divorcera bien en 1949 (Une vie en toutes lettres, p. 322 (note 1)).
« (…) il [V. J.] est donc juif et fils de juifs euh non naturalisés [sic] lui-même a été naturalisé à l'âge de un an et il tombe évidemment sous le coup des lois anti-juives et il est révoqué de l'Education nationale comme il est ancien combattant il est dispensé un temps des effets de de cette loi mais il s'ra définitivement révoqué euh en 1940 (...). »
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Cette explication manque à tout le moins de clarté. En juillet de 1940, Jankélévitch fut révoqué car il n'était pas Français « à titre originaire ». Comme il venait de se battre pour la France, cette première révocation fut... révoquée. En décembre de 1940, en vertu du « statut des juifs » promulgué deux mois plus tôt, Jankélévitch fut de nouveau révoqué (entre septembre 1940 et février 1941 on disait « secrétariat d'Etat à l'Instruction publique et à la Jeunesse »).    
« Ileuh [V. J.] donne des cours privés de français de latin d'orthographe et de grec dans un... dans une de ses lettres il dit : ''beh j'peux donner des cours d'orthographe parce que bien que bien que métis et bien que relevant du métissage j'ai une bonne orthographe'' (…). »
[son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/08/s32/RF_7B065D54-E387-4FBF-AD1D-3EA6B80FC195_GENE.MP3" debut="49:15" fin="49:33"]
Quel beau lapsus ! et avec quelle désinvolture est pratiqué le discours rapporté au style direct : sont ici substitués à « métèque » les termes « métis » et « métissage » (« Je vends le tout – français, grec, latin et même l'orthographe, que j'ai assez bonne pour un métèque » (lettre à L. Beauduc du 20 décembre 1940 in Une vie en toutes lettres, p. 265)). En outre, relatant la vie de V. J. sous l'Occupation, M. Onfray passa évidemment sous silence la protection que des religieux catholiques, à Toulouse, accordèrent à Jankélévitch et à sa famille.  
« (…) il [V. J.] rentre à Paris et il découvre que son appartement quai aux Fleurs a été aussi dévasté c'est-à-dire queuh il a tout perdu les livres les partitions les euh les notes les notes des livres en cours ou les notes des livres euh des livres passés (…). »
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Il ne semble pas que ce petit appartement ait été saccagé sous l'Occupation (durant une partie de la même sombre période, M. Merleau-Ponty résida dans cet appartement (avec une grande indélicatesse apparemment)). Dans une lettre à L. Beauduc du 30 décembre 1941, Jankélévitch fait savoir à son ami que l'appartement de ses parents (53 rue de Rennes) vient d'être pillé : « toute [sa] bibliothèque musicale et la plupart de [ses] livres », transportés par ses parents chez eux, ont été volés à cette occasion.
« (…) il [V. J.] termine enfin son son Traité des vertus qui fait mille cinq cents pages (…) » (cf. 31'45).
[son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/08/s32/RF_7B065D54-E387-4FBF-AD1D-3EA6B80FC195_GENE.MP3" debut="55:50" fin="55:54"]
En réalité, l'ouvrage (publié en 1949 par Bordas) compte à peu près deux fois moins de pages (huit cents).
Je crains fort que Vladimir Jankélévitch ne serve de simple prétexte à la mesquine entreprise de M. Onfray.
http://www.franceculture.fr/emission-contre-histoire-de-la-philosophie-la-resistance-au-nihilisme-la-premiere-vie-de-jankelevitc

182
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Six ans (au moins) que ça dure - le Jeu 06 Aoû 2015, 19:36

Cher A.A.  vos relevés et corrections d'erreurs dans les leçons  de Michel Onfray sont autant de moyens de s'instruire (et de se divertir aux dépens de l'essayiste  euheuhtant). Votre dernière contribution, post 180 ci-dessus et les précédentes depuis le post 177 confirment ce que Frédéric, alias Masterkey, écrivait en 2009 peu après la création de ce Forum :
Frédéric a écrit:(...) Côté navets, la sauce Onfray a pu continuer de nous gonfler tous les soirs. Et de se gonfler lui-même un peu plus l'ego, toujours dans son style qui consiste à retenir essentiellement la moindre anecdote des auteurs qu'il feuillette devant nous, à choquer l'auditoire par des remarques parfois à la limite du graveleux, et à présenter les platitudes les plus éculées comme les "concepts" essentiels d'une époque, desquels il ne pénètre jamais plus que la première couche de l'épiderme. J'ai essayé de le réécouter à quelque reprises cette année encore, dé-saturé par une année entière de pause, mais finalement, un ou deux épisodes suffisent à s'en dégoûter de nouveau. C'est un peu comme un dessert surgras, écoeurant dès la deuxième bouchée, les leçons onfrayennes.

Du côté du navet d'été 2009 - le Jeu 27 Aoû 2009

Philopanette 

183
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... et l'histoire de la philosophie surgrasse ? - le Ven 07 Aoû 2015, 09:44

Ce deuxième volet sur Vladimir J m'a beaucoup moins emballé :
Un Jankélévitch sioniste , c'est son droit.
Un Jankélévitch germanophobe,   pauvres enfants enfants de Gottingen
Que penser des juifs allemands rescapés ?

Quelle belle image d'Erik Satie donnée par Jankékévitch.

Michel Onfray a-t-il sournoisement induit mon insatisfaction ?
De toutes les façons je donne 18 à tous.

184
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Il parait que la philosophie sent le sapin ... - le Ven 07 Aoû 2015, 12:40

Venant après une heure de Braudel en conférence devant des collégiens, l'heure passée avec Onfray ne peut susciter qu'une immense pitié. Nous avions aujourd'hui la deuxième émission-collage de réponses aux questions, auxquelles d'ailleurs Onfray ne répond pas car il préfère prendre appui sur la question pour s'envoler en prêche.

Passons sur l'exergue de l'émission : lecture par le maître d'un texte ridicule envoyé par lui à Causeur probablement sous le coup de l'émotion. On devine à ce moment que la séance de ce jour là suit de quelques jours les événements de janvier. Ce texte dont il est probablement très fier est un pauvre exercice de rhétorique presque aussi évolué qu'une litanie de François Hollande. Ce qui est triste est bien qu'il en soit aussi satisfait, au point de le laisser subsister et même de le placer en ouverture de l'émission du jour. Mais la suite sera tout aussi croquignolette. Onfray ne répondra guère aux questions mais sur quelques interventions floues, prendra deux fois son appel pour une prédication de 20 à 25 minutes, qui passera certainement pour un grand numéro d'improvisation, numéro vraiment sidérant mais aussi très éclairant.

En première partie, juste après le ridicule texte envoyé à Causeur, Onfray dans une médiocre salade péri-philosophique s'en prend subitement aux philosopheurs de son temps -dont certains qui ont pourtant reçu ses éloges dans les journées précédentes- auxquels il reproche exactement ce qu'il fait lui-même : parler de ce qu'ils ne connaissent pas. Les philosophes dit-il parlent de tout mais ils ne s'intéressent pas au réel alors que la moindre des chose c'est tout de même de se renseigner (dit sur le ton de l'évidence "ben oui quoi"). En oubliant que lui-même débagoule à longueur de conférences sur des questions qui ressortent aux sciences humaines et sociales, disciplines dont il ignore tout, et faits qu'il ne connait que par la presse ou par la rumeur. Résultat il en traite au mieux comme un journaliste amateur, au pire comme un leader de bistrot. On apprend que la mémoire en tant qu'outil intellectuel a été détruite pas les effets conjugués de la télévision et de l'école. On apprend que la devise de la République qui permettait de lutter contre le libéralisme origine de tous nos maux, cette devise donc c'est : "Liberté Egalité Fraternité Laïcité Féminisme" ce qu'il nous conclut d'un "c'est pas compliqué !" évoquant irrésistiblement un Eric Cantona, l'apologiste du bank run dont la chaire d'économie voisine avec la chaire de philosophie Onfray dans le bistrot des débutants. au moins Cantona n'a pas un doctorat d'économie, alors comment se fait-il qu'avec son doctorat de philosophie, Onfray se traine à un tel niveau ?

./...

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A l'intention de ceux qui prennent mon pseudonyme pour un bouclier : mon identité n'est ni affichée ni dissimulée.
Pour la trouver il suffit de suivre le fil de mon profil.

185
Répondre en citant  
... alors pour compenser, la contre-philosophie sent la salade. - le Ven 07 Aoû 2015, 13:01

./...

La deuxième question va lui permettre de se livrer à son péché mignon : la dérive des idées. Parti de la fonction essentielle de la philosophie, fonction qui est maintenant bien désavouée et bien rarement assumée pour ce qu'elle devrait être (en clair : être capable de parler de tout) Onfray glisse progressivement au libéralisme, supposé être le fléau essentiel de notre monde. On cherchera le lien entre la décadence philosophique et la loi du marché. Pendant la semaine écoulée pourtant nous avons eu le portrait d'un philosophe inconnu (sic) nommé Jankélévitch, dont la carrière de penseur s'est pourtant déroulée en marge du marché au point qu'Onfray s'imagine être le seul dans la salle et probablement aussi dans les foyers des auditeurs à connaître son existence. De même la semaine a été l'occasion (notamment mardi dans son éloge de Bourdieu) de citer en comparution le libéralisme par exemple comme fautif originel dans un procès des médias : tellement libéraux qu'ils vivent sous perfusion d'argent public mais passons là-dessus, Onfray ne sait pas ce qu'est le libéralisme il en est resté à l'aversion de l'adolescent pour l'argent-roi et ce dégoût récurrent organise de l'alpha à l'oméga son jugement sur les faits économiques. Avec ça on n'est pas fauchés hein.

Onfray se voudrait penseur de son temps mais il n'y a pas de pensée sinon au service de l'enfonçage des portes déjà largement ouvertes. Et à l'écouter délayer de façon interminable des idées aussi simplettes et banales, on ne peut éviter de se laisser aller au regret : il y a tout de même chez ce petit bonhomme un talent de conteur, et peut-être même un talent d'orateur ; il aurait pu faire un bon enseignant de lycée -on m'a assuré que ça n'avait pas été pas le cas mais je maintiens mon hypothèse- mais de ce talent il use finalement comme un camelot des idées. A écouter cette heure d'improvisations, on devine aussi qu'il réfléchit tout en parlant et après l'exercice on se demande comment est fait le tri. Il faut dire qu'une sélection rigoureuse laisserait subsister certainement très peu de cette heure passée à dégoiser, transpirant à la fois sous le coup de l'effort et de la satisfaction que par indulgence on ne qualifiera pas de vaniteuse. Ce qu'on entend de plus en plus nettement au fil des semaines et surtout dans cette réunion de questions, c'est qu'Onfray se grise de sa propre parole et de la dévotion de son public. Et le tout se fait sur un ton de donneur de leçon qui entretient son cousinage avec un Plenel, cousinage non pas formel mais spirituel et probablement idéologique. Avec chez l'un et l'autre un style (quelques tricks) de l'orateur assez différents, mais le principe et l'objectif sont les mêmes : le prêche et la leçon de morale. On espérait avoir un peu de philosophie dans cette dernière année de la contre-histoire. Certains jours au moins à défaut d'idées Onfray sert au moins des éléments de l'histoire des idées, hélas mis en ordre par sa méthode biographique.

Deux semaines déjà de cette parodie de pensée. La seule question philosophique qu'on puisse tirer de ce numéro est la suivante : A quoi sert de penser par soi-même si l'on pense comme une andouille, si l'on réfléchit comme une savate ? La réponse d'Onfray pourrait être qu'au moins ça sert à vendre sa salade.

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186
Répondre en citant  
Les (gros) sabots de Michel sont tout crottés - le Ven 07 Aoû 2015, 13:58

Philopanette a écrit:Ce deuxième volet sur Vladimir J m'a beaucoup moins emballé :
Un Jankélévitch sioniste , c'est son droit.
Un Jankélévitch germanophobe,   pauvres enfants enfants de Gottingen
Que penser des juifs allemands rescapés ?
Quelle belle image d'Erik Satie donnée par Jankékévitch.
Michel Onfray a-t-il sournoisement induit mon insatisfaction ?
De toutes les façons je donne 18 à tous.
M. Onfray manque tout à la fois de finesse et de sérieux. Six de ses conférences portant sur Vladimir Jankélévitch, il dit évidemment ceci : « (…) il [V.J.] refuse tout de l'Allemagne il considère queuh la Shoah c'est l'Allemagne c'est l'Allemagne d'avant c'est l'Allemagne de pendant c'est l'Allemagne d'après il essentialise l'Allemagne en considérant queuh tout c'qui est allemand musique littérature peinture philosophie etc. tout c'qui est allemand est à refuser pour un philosophe... faire l'économiiiie de Kant de Leibniz de Freud de Marx de Nietzsche de Schelling de tout l'idéalisme allemand euh de Hegel de de d'un nombre considérable de personnages c'est c'est difficile pour la musique faire l'économie de Mozart de Bach de Beethoven de Schönberg de Berg, de tous les... les Viennois les premiers [?] de Schumann [au nombre des ''Viennois'' ?] de Schubert etc. c'est aussi difficile (…). »  
[son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/08/s32/WL-ITE_00074824_RSCE-10.mp3" debut="45:00" fin="45:44"]
M. Onfray, une nouvelle fois, exagère (l'hyperbole l'envoûte). M. Onfray, de surcroît, manque d'esprit critique (et il manifeste une connaissance très superficielle de l'œuvre jankélévitchéenne). Peut-être Jankélévitch eût-il aimé à philosopher, après 1945, sans prendre en considération les philosophes allemands* ; dans les livres de Jankélévitch écrits après 1945, apparaissent très souvent les noms suivants : Böhme, Leibniz, Kant, Schelling, Schopenhauer, Nietzsche, Simmel, et alii ; pareillement dans les mêmes livres figurent des termes allemands (l'« Ungrund » de Böhme, l'« Erinnerung » de Schelling, etc.), sont rapportés des vers allemands (par exemple l'illustre chiasme tristanien  : « Wie weit so nah ! So nah wie weit ! » (La mort, II, IV, 5)), et dans la première phrase du premier chapitre de son traité de philosophie musicale (La musique et l'ineffable (1961)) est cité en allemand le titre d'une pièce de Liszt, Die Macht der Musik... M. Onfray ne s'embarrasse évidemment pas de cette présence (apparemment paradoxale) de la pensée allemande dans le corpus jankélévitchéen (postérieur à 1945).
Pour ce qui regarde la musique allemande, M. Onfray préfère bien sûr le simplisme à la réalité (par essence complexe). Jankélévitch ne découvrit pas après 1945 « les écoles française, russe et celles de la Mitteleuropa non germanique » (Bernard Sève). Avant la Seconde Guerre mondiale, parurent le livre qui concerne Fauré et celui qui se rapporte à Ravel. « La musique est pour moi (je dis bien ''pour moi'' et n'oblige personne à penser ainsi) la forme par excellence de la modernité ; et l'un des éléments de cette modernité, c'est, paradoxalement, la nostalgie. Avant le XIXème siècle la musique ne se soucie guère de retrouver les paradis perdus, ni de réveiller l'enfance perdue, ni de réanimer le temps révolu, ni d'émouvoir le coeur par les délices du Plus-jamais... Elle ignore la douceur navrante des consolations ; elle n'est pas déchirée de regrets ni hantée par les nostalgies qui divisent intérieurement l'homme moderne. Elle n'a que faire de la réminiscence. C'est surtout à partir de Chopin que la musique exalte à l'extrême le parfum inexprimable des souvenirs, le « parfum impérissable »  des choses périssables, qu'elle choisit pour objet privilégié l'événement fugitif et irréversible. La musique qui me touche est essentiellement Ricordanza » (Quelque part dans l'inachevé, « L'espace devenu musique »). Jankélévitch ne renonça donc pas à Mozart et à Bach (à cause de Hitler) : « Il existe beaucoup d'œuvres auxquelles nous demeurons inexplicablement insensibles, et cela ne servirait à rien de reprocher à notre sensibilité ses surdités et ses aveuglements. Nous ne cessons de tenir, et même de justifier, que nous le voulions ou non, le registre de nos préférences, l'essentiel étant de ne pas donner à ce qui témoigne de notre vie et de ses attaches une signification dogmatique. C'est ainsi que certaines musiques, comme celles de Bach, me sont impénétrables. Lorsque j'habitais à Prague dans ma jeunesse [bien avant 1939], je partageais mon temps entre l'Opéra national où l'on jouait les opéras tchèques et slovaques, Smetana, Dvorák et Janáček, et le Neues Deutsches Theater où l'on jouait du Wagner et du Strauss. Ai-je besoin de vous dire de quel côté était mon coeur ? » (Quelque part dans l'inachevé,  « Dans la lumière de l'air libre »). Remarquons en passant que Jankélévitch ne prêta pas non plus l'oreille aux musiques italienne et  anglaise (ni avant 1939 ni après 1945). Dans la revue Critique (n° 500-501 (janvier-février 1989)) enfin, M. Louis-Albert Revah (« De la partialité en musique », pp. 57-70) montre bien qu'avant 1939 Jankélévitch, sans mépriser tout à fait la musique allemande, porte des jugements  peu favorables à de grands musiciens germaniques (Richard Strauss, Schumann et même Beethoven**).
 
Ne méprise-t-on pas le « peuple » que l'on se propose d'instruire en prodiguant un « enseignement » grossier, partial et dépourvu aussi bien de rigueur que de précision ?
Ayant commenté tardivement l'émission d'hier, je signale que Nessie vient de fustiger (non sans  invoquer de bonnes raisons) celle qui a été diffusée ce matin (notamment).

*Voici un extrait de l'entretien accordé par Jankélévitch à l'ARC (n°75 paru en 1979) : « Je me souviens que certains, Brunschvicg en particulier, m'ont reproché de conforter l'irrationalisme, avec les fruits politiques que vous savez. Ils étaient peut-être plus lucides que moi. Mais l'irrationalisme mène-t-il forcément à la barbarie ? L'irrationalisme romantique, par exemple, peut recouvrir des choses absolument contraires. Le nazisme s'est voulu plus scientifique que romantique, on ne peut pas dire qu'il se caractérise par la prédominance de la fantaisie ou par les valeurs individualistes qu'on trouve dans le romantisme. Malgré tout, après la guerre, j'ai empêché Albert Béguin de republier un article que j'avais fait en 1938 dans les Cahiers du Sud sur Novalis. Je n'en veux pas spécialement à Novalis, malgré son goût pour l'Europe des Croisades... Mais j'ai répudié à peu près toute la culture allemande, j'ai oublié la langue allemande. Je sais bien que c'est le côté passionnel de mon existence. Mais quelque chose d'innommable s'est passé, qui m'a concerné dans mes racines. C'est un hasard si je n'ai pas été anéanti. » (Je souligne.) Le philosophe du « presque-rien » ne laisse pas de rappeler qu'un monde sépare rien et « à peu près » rien.
** « Ce charme [celui de Fauré] est un charme spécifiquement musical. Il n'y a pas besoin d'être musicien pour aimer Beethoven, et même, tout compte fait, il est préférable de ne l'être point, tant cet art est un art impur, encombré d'humanité, de sociologie et de métaphysique, tant il est de plain-pied avec la vie. L'art de Fauré, au contraire, c'est le jardin bien clos, l'Autre Nature, l'espace magique bien abrité des promiscuités du monde... Il n'y a que les natures musiciennes pour goûter le langage exquis et savoureux qui est celui de Pénélope » (conclusion du Gabriel Fauré et ses mélodies de 1938 (citée par M. Louis-Albert Revah)).        
http://www.franceculture.fr/emission-contre-histoire-de-la-philosophie-la-resistance-au-nihilisme-la-vie-d-apres-2015-08-06

fond de teigne 

187
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histoire garantie 0% de matière philosophique - le Ven 07 Aoû 2015, 20:22

Le texte d'introduction aux questions posée à Michel Onfray commence par des applaudissements, le spectacle est ainsi révélé.
Michel en est l'auteur et il est question de la main de ma soeur, du papier-cul avec un enchaînement sur le rectum.Ce texte sur "pas d'amalgame" m'a inspiré trois lignes et je conseille à tous les profs des écoles de CM2 d'encourager leurs élèves à participer à l'exercice.

L'amalgame n'a rien à voir avec mon dentiste
La culture n'a rien à voir avec France Culture
Michel Onfray n'a rien à voir avec la philosophie

En vérité je vous le dis (j'ai des relents)
Nous devons commencer notre travail de deuil de la philo
Nous devons commencer notre travail de deuil de la culture
Deuil cacodylate vous l'aurez compris.

Je vais m'écouter tristesse de Chopin

Ps : l'association Plenel/Onfray est fort judicieuse et le me le suis dit à l'écoute.
Nb : pourquoi le public a-t-il rit au mot kalachnikov ?

Michel Onfray vient de contribuer au dévissage de sa statuette


Qui-vive... 

188
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Oui...mais - le Sam 08 Aoû 2015, 16:24

@Antoine Arnoux a écrit:
Philopanette a écrit:Ce deuxième volet sur Vladimir J m'a beaucoup moins emballé :
Un Jankélévitch sioniste , c'est son droit.
Un Jankélévitch germanophobe,   pauvres enfants enfants de Gottingen
Que penser des juifs allemands rescapés ?
Quelle belle image d'Erik Satie donnée par Jankékévitch.
Michel Onfray a-t-il sournoisement induit mon insatisfaction ?
De toutes les façons je donne 18 à tous.
M. Onfray manque tout à la fois de finesse et de sérieux. Six de ses conférences portant sur Vladimir Jankélévitch, il dit évidemment ceci : « (…) il [V.J.] refuse tout de l'Allemagne il considère queuh la Shoah c'est l'Allemagne c'est l'Allemagne d'avant c'est l'Allemagne de pendant c'est l'Allemagne d'après il essentialise l'Allemagne en considérant queuh tout c'qui est allemand musique littérature peinture philosophie etc. tout c'qui est allemand est à refuser pour un philosophe... faire l'économiiiie de Kant de Leibniz de Freud de Marx de Nietzsche de Schelling de tout l'idéalisme allemand euh de Hegel de de d'un nombre considérable de personnages c'est c'est difficile pour la musique faire l'économie de Mozart de Bach de Beethoven de Schönberg de Berg, de tous les... les Viennois les premiers [?] de Schumann [au nombre des ''Viennois'' ?] de Schubert etc. c'est aussi difficile (…). »  
[son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/08/s32/WL-ITE_00074824_RSCE-10.mp3" debut="45:00" fin="45:44"]
M. Onfray, une nouvelle fois, exagère (l'hyperbole l'envoûte). M. Onfray, de surcroît, manque d'esprit critique (et il manifeste une connaissance très superficielle de l'œuvre jankélévitchéenne). Peut-être Jankélévitch eût-il aimé à philosopher, après 1945, sans prendre en considération les philosophes allemands* ; dans les livres de Jankélévitch écrits après 1945, apparaissent très souvent les noms suivants : Böhme, Leibniz, Kant, Schelling, Schopenhauer, Nietzsche, Simmel, et alii ; pareillement dans les mêmes livres figurent des termes allemands (l'« Ungrund » de Böhme, l'« Erinnerung » de Schelling, etc.), sont rapportés des vers allemands (par exemple l'illustre chiasme tristanien  : « Wie weit so nah ! So nah wie weit ! » (La mort, II, IV, 5)), et dans la première phrase du premier chapitre de son traité de philosophie musicale (La musique et l'ineffable (1961)) est cité en allemand le titre d'une pièce de Liszt, Die Macht der Musik... M. Onfray ne s'embarrasse évidemment pas de cette présence (apparemment paradoxale) de la pensée allemande dans le corpus jankélévitchéen (postérieur à 1945).
Pour ce qui regarde la musique allemande, M. Onfray préfère bien sûr le simplisme à la réalité (par essence complexe). Jankélévitch ne découvrit pas après 1945 « les écoles française, russe et celles de la Mitteleuropa non germanique » (Bernard Sève). Avant la Seconde Guerre mondiale, parurent le livre qui concerne Fauré et celui qui se rapporte à Ravel. « La musique est pour moi (je dis bien ''pour moi'' et n'oblige personne à penser ainsi) la forme par excellence de la modernité ; et l'un des éléments de cette modernité, c'est, paradoxalement, la nostalgie. Avant le XIXème siècle la musique ne se soucie guère de retrouver les paradis perdus, ni de réveiller l'enfance perdue, ni de réanimer le temps révolu, ni d'émouvoir le coeur par les délices du Plus-jamais... Elle ignore la douceur navrante des consolations ; elle n'est pas déchirée de regrets ni hantée par les nostalgies qui divisent intérieurement l'homme moderne. Elle n'a que faire de la réminiscence. C'est surtout à partir de Chopin que la musique exalte à l'extrême le parfum inexprimable des souvenirs, le « parfum impérissable »  des choses périssables, qu'elle choisit pour objet privilégié l'événement fugitif et irréversible. La musique qui me touche est essentiellement Ricordanza » (Quelque part dans l'inachevé, « L'espace devenu musique »). Jankélévitch ne renonça donc pas à Mozart et à Bach (à cause de Hitler) : « Il existe beaucoup d'œuvres auxquelles nous demeurons inexplicablement insensibles, et cela ne servirait à rien de reprocher à notre sensibilité ses surdités et ses aveuglements. Nous ne cessons de tenir, et même de justifier, que nous le voulions ou non, le registre de nos préférences, l'essentiel étant de ne pas donner à ce qui témoigne de notre vie et de ses attaches une signification dogmatique. C'est ainsi que certaines musiques, comme celles de Bach, me sont impénétrables. Lorsque j'habitais à Prague dans ma jeunesse [bien avant 1939], je partageais mon temps entre l'Opéra national où l'on jouait les opéras tchèques et slovaques, Smetana, Dvorák et Janáček, et le Neues Deutsches Theater où l'on jouait du Wagner et du Strauss. Ai-je besoin de vous dire de quel côté était mon coeur ? » (Quelque part dans l'inachevé,  « Dans la lumière de l'air libre »). Remarquons en passant que Jankélévitch ne prêta pas non plus l'oreille aux musiques italienne et  anglaise (ni avant 1939 ni après 1945). Dans la revue Critique (n° 500-501 (janvier-février 1989)) enfin, M. Louis-Albert Revah (« De la partialité en musique », pp. 57-70) montre bien qu'avant 1939 Jankélévitch, sans mépriser tout à fait la musique allemande, porte des jugements  peu favorables à de grands musiciens germaniques (Richard Strauss, Schumann et même Beethoven**).
 
Ne méprise-t-on pas le « peuple » que l'on se propose d'instruire en prodiguant un « enseignement » grossier, partial et dépourvu aussi bien de rigueur que de précision ?
Ayant commenté tardivement l'émission d'hier, je signale que Nessie vient de fustiger (non sans  invoquer de bonnes raisons) celle qui a été diffusée ce matin (notamment).

*Voici un extrait de l'entretien accordé par Jankélévitch à l'ARC (n°75 paru en 1979) : « Je me souviens que certains, Brunschvicg en particulier, m'ont reproché de conforter l'irrationalisme, avec les fruits politiques que vous savez. Ils étaient peut-être plus lucides que moi. Mais l'irrationalisme mène-t-il forcément à la barbarie ? L'irrationalisme romantique, par exemple, peut recouvrir des choses absolument contraires. Le nazisme s'est voulu plus scientifique que romantique, on ne peut pas dire qu'il se caractérise par la prédominance de la fantaisie ou par les valeurs individualistes qu'on trouve dans le romantisme. Malgré tout, après la guerre, j'ai empêché Albert Béguin de republier un article que j'avais fait en 1938 dans les Cahiers du Sud sur Novalis. Je n'en veux pas spécialement à Novalis, malgré son goût pour l'Europe des Croisades... Mais j'ai répudié à peu près toute la culture allemande, j'ai oublié la langue allemande. Je sais bien que c'est le côté passionnel de mon existence. Mais quelque chose d'innommable s'est passé, qui m'a concerné dans mes racines. C'est un hasard si je n'ai pas été anéanti. » (Je souligne.) Le philosophe du « presque-rien » ne laisse pas de rappeler qu'un monde sépare rien et « à peu près » rien.
** « Ce charme [celui de Fauré] est un charme spécifiquement musical. Il n'y a pas besoin d'être musicien pour aimer Beethoven, et même, tout compte fait, il est préférable de ne l'être point, tant cet art est un art impur, encombré d'humanité, de sociologie et de métaphysique, tant il est de plain-pied avec la vie. L'art de Fauré, au contraire, c'est le jardin bien clos, l'Autre Nature, l'esp
ace magique bien abrité des promiscuités du monde... Il n'y a que les natures musiciennes pour goûter le langage exquis et savoureux qui est celui de Pénélope » (conclusion du Gabriel Fauré et ses mélodies de 1938 (citée par M. Louis-Albert Revah)).        
http://www.franceculture.fr/emission-contre-histoire-de-la-philosophie-la-resistance-au-nihilisme-la-vie-d-apres-2015-08-06
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Twisted Evil


Bonjour...Votre aversion pour Michel Onfray ne vous rend-elle pas inique ? Les contradictions que vous faites ressortir me semblent bien être celles de M.Jankélévitch ( qui n'est peut-être pas meilleur philosophe que M.Onfray )plutôt que des "conneries" du professeur de philosophie sur lequel vous prenez plaisir à taper comme sur Guinol (chaque matin éreinte MichelOnfray - si tu ne sais pas pourquoi...lui le sait ! ).
N.B. aujourd'hui le plus médiocre professeur de philosophie se voit paré... sans qu'il proteste le moins du monde , du titre de philosophe.Un entre mille ( mon Onfray à moi ) ce philosophe de parquets cirés et de croisière s pour rastaquouères...j'ai nommé Luc Ferry , qui ne s'est jamais remis d'avoir été nommé ministre dans un concours de circonstances ( dans tous les médias où il court le cachet..." quand j'étais ministre " est l'antienne dont il ne cesse de nous rebattre les oreilles !).

189
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Re: Michel Onfray, chroniques et émissions estivales - le Sam 08 Aoû 2015, 16:55

Qui-vive... a écrit:[...]Votre aversion pour Michel Onfray ne vous rend-elle pas inique ? Les contradictions que vous faites ressortir me semblent bien être celles de M.Jankélévitch ( qui n'est peut-être pas meilleur philosophe que M.Onfray )plutôt que des "conneries" du professeur de philosophie sur lequel vous prenez plaisir à taper comme sur Guinol (chaque matin éreinte MichelOnfray - si tu ne sais pas pourquoi...lui le sait ! ).
N.B.  aujourd'hui le plus médiocre professeur de philosophie se voit paré... sans qu'il proteste le moins du monde ,  du titre de philosophe.Un entre mille ( mon Onfray à moi ) ce philosophe de parquets cirés et de croisière s  pour rastaquouères...j'ai nommé Luc Ferry ,  qui ne s'est jamais remis d'avoir été nommé ministre dans un concours de circonstances ( dans tous les médias où il court le cachet..." quand j'étais ministre " est l'antienne dont il ne cesse de nous rebattre les oreilles !).

Très franchement je ne pense pas que dans ces conférences Michel Onfray se conduise en philosophe. Si on lui applique sa propre méthode qui d'ailleurs ne pourrait valoir (et encore) que pour la philosophie morale, on constatera qu'il passe des heures de conférences à traiter de sujets qui ont échappé à la philosophie, d'auteurs qui n'oeuvrent pas en philosophes ni en philosophie mais en d'autres disciplines, et il le fait d'une façon qui n'est guère philosophique.

Quant à son programme, il néglige des auteurs et des pans entiers de la pensée philosophique pour se focaliser sur ce qu'il a précisément annoncé vouloir ne pas faire : du prêche idéologique. C'est vraiment lamentable et pour le dire une fois de plus, je ne comprends tout simplement pas que ça marche, et qu'un type qui fait ainsi le contraire de ce qu'il a annoncé conserve quelque crédit eu égard à sa propre méthode : interroger la vie à partir de l'oeuvre et l'oeuvre à partir de la vie. Car sa conduite invalide largement son propos, son programme, sa morale et les ambitions qu'il affiche. Ce type est uniquement au service de son ego. Ca ne veut pas dire qu'il n'est pas sincère, ni indépendant : il prend ses risques, il assume ses positions. Mais à quoi sert de penser par soi-même si l'on pense comme une savate pouvez-vous en ceci me répondre svp vous m'éclairerez certainement...

Dans ces conférences, Onfray se conduit comme un petit faiseur. Si c'est pour vendre sa soupe encore, il ne fait pas pire que ceux dont ils parle, que ce soit pour les fusiller ou pour les encenser. Mais s'il est sincère alors là c'est une catastrophe.

A chacun sa méthode : pour ma part je reconnais un philosophe à ce que, n'ayant pas moi-même la tête philosophique, je n'arrive pas à le suivre dans ses abstractions. Ainsi je peux me défendre de le juger : Jankélévitch m'est impénétrable, Deleuze de même.

BHL ni Onfray ne se conduisent en philosophes. Freud ni Bourdieu n'ont pas fait une carrière de philosophes l'un a été médecin puis théoricien en psychologie et psychothérapie tandis que le second sous couvert de science (fabulatrice) a suivi une carrière de sociologue militant. Il n'y a pas de philosophie là-dedans mais ça ne dérange pas Onfray qui à tout bout de champ feint le dialogue philosophique avec eux.

C'est tout à fait effarant de voir un essayiste pas meilleur qu'un autre -puisqu'il y a de tout dans le genre- se poser en maître et distribuer bons et mauvais points en des matières dont il est patent qu'il ignore l'essentiel. On n'a besoin d'aucune aversion pour dénoncer un imposteur. Onfray est un faussaire. Au mieux ce qu'il fait est un travail de journaliste, médiocrement inspiré et mal documenté. Il n'a même pas su tirer quelque chose de consistant de l'émission Dumayet-Jankélévitch dont on avait parlé ici-même il y a quelque temps. Il se conduit en camelot, grisé de sa parole et de sa gloriole. Jankélévitch soyez-en certain n'aurait jamais reconnu comme un confrère l'auteur de ces conférences saturées en médiocrité.

Je répète que j'avais apprécié les premières années de sa contre-histoire, qui d'ailleurs étaient plutôt une histoire personnelle de la discipline. Mais quand il se targue de penser par lui-même, c'est une véritable catastrophe.

_________________
A l'intention de ceux qui prennent mon pseudonyme pour un bouclier : mon identité n'est ni affichée ni dissimulée.
Pour la trouver il suffit de suivre le fil de mon profil.

Edmond Teigne 

190
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Ah, si j'étais juif... - le Ven 14 Aoû 2015, 14:32

IL y a une semaine Michel Onfray donnait une séance questions-réponses affligeante (2 mn de question 58 mn de réponse)
Cette épreuve passée ne m'a pas dissuadé d'écouter la semaine écoulée, Jankélévitch suite et fin.
Le gros bouquin de Janké fait toujours 1500 pages, il est toujours russe (une fois qualifié d'origine russe) et Merleau-Ponty envoyait les factures.
Sartre doit loucher des deux yeux dans sa tombe.

Même pour les spécialitchs , Vladimir n'a pas été trop écorché pendant ces cours et a été tenu pour un écorché-vif .
Le non-pardon aux allemands exprimé ainsi par Jankélévitch devient presque un position de principe augmentée d'une souffrance forte et indélébile.
Durant l'après-guerre immédiat la question des camps de concentration n'a pas été mise au premier rang de l'information et  je n'en ai appris l’existence qu'à 17 ans parce qu’un fascicule sur la question  circulait sous le manteau au bahut. J'ai passé deux ans à y penser tous les jours et puis une fois par semaine, une fois par mois... Alors merci à Jankélévitch qui avec sa position sur l’impardonnable  rétablit l'équilibre même si je ne suis pas d'accord.

Restons sur le qui-vive avec le plaisir de lire  votre déplaisir à écouter Michel Onfray.

L'Université Populaire n'a rien à voir avec la pensée.
L'Humanité n'a rien à voir avec les communistes.
Les communistes n'ont rien à voir avec la fête.

Et n'oubliez pas, tout Homme est critiquable sauf Erik Satie.

191
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Re: Michel Onfray, chroniques et émissions estivales - le Ven 14 Aoû 2015, 14:59

A une époque où France Culture était encore une radio culturelle, on entendait le matin, de fort bonne heure, des cours du Collège de France. Souvent passionnants. Autre chose en tout cas que les Matins, qui se sont avancés d'un cran pour boucher une partie du trou occasionné par leur suppression. Toujours est-il qu'on entendait parfois des cours du philosophe Jacques Bouveresse, autrement denses, informatifs, et informés que les longues diatribes d'Onfray ou les filandreuses errances langagières de Jankélévitch (que j'ai découvert lui-même, amusé, et vite lassé, dans les années soixante, en écoutant la défunte 'Radio Sorbonne'). Sur le site du Collège vous pourrez entendre ou voir les cours de ce philosophe authentique, je parle de Bouveresse, qui n'a pas les honneurs des médias à la mode.

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