Forum des auditeurs passionnés et critiques de France Culture

france culturelongpont demainGoogle

Le forum des auditeurs critiques de France Culture

 


Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant

Accueil / France Culture

Répondre au sujet

Science publique    Page 1 sur 3

Bas de page ?   

1
Répondre en citant  
Science publique - le Ven 08 Avr 2011, 15:40

Bonjour,

Le sujet, par nature, est déjà difficile à traiter, car il repose sur les dernières avancées de la cosmologie. Les théoriciens butent sur un ensemble de problèmes majeurs : comment comprendre l’univers tel qu’il se présente aujourd’hui(matière noire, énergie sombre,big bang, constantes physiques variables ou non,etc..) Les univers parallèles ou les multivers ont été introduits pour trouver une solution à ces problèmes.Alors, si on débat de ce sujet, de grâce, ne multiplions pas le nombre des intervenants, sinon on aboutit à une telle cacophonie que bien des auditeurs ne connaissant pas les tenants et les aboutissements de ces recherches, n’ont pu saisir exactement la portée et le sens des multivers. Dans le domaine de la vulgarisation, essayons d’être clair et précis pour présenter des phénomènes complexes.

A bientôt

Un auditeur fidèle de FC

Guy Canet

2
Répondre en citant  
Re: Science publique - le Ven 08 Avr 2011, 16:58

Bonjour,

Je me suis permis de replacer votre message dans un sujet dédié à l’émission Science publique, plutôt qu’au blog de Michel Alberganti. Cet endroit me paraît plus approprié pour signaler ou parler d’une émission spécifique, et je voulais aussi ajouter un commentaire sur le numéro d’aujourd’hui.

Pour information, le sujet en était "Comment des univers parallèles pourraient-ils exister", et ce sera vraisemblablement le premier numéro de cette émission que je téléchargerai pour réécoute.

La première demi-heure m’a parue d’une très bonne tenue, et le sujet dépareille d’avec les questions habituelles de l’émission (mais je la connais mal).

Les invités était un peu nombreux, mais ont fait de louables efforts pour rester compréhensibles. Ce sont pour la plupart des habitués de la vulgarisation (notamment Jean-Pierre Luminet qu’on retrouve souvent au micro des émissions scientifiques, Dominique Leglu de Science & Avenir, et un membre de l’Institut d’Astrophysique de Paris dont les conférences sont accessibles à un public large), ça se sent à l’écoute.

S’il y a eu trop-plein, ce n’est pas l’audibilité de l’émission qui s’en est ressentie, mais les rebonds multiples du sujet traité, on était plus dans la discussion foisonnante que dans la poursuite d’un itinéraire balisé. Un moment agréable de mon côté.

Une erreur à signaler, à mon avis, dans une thèse évoquée par Luc Blanchet ou Aurélien Barrau :
Celle qui explique que si l’univers est infini et éternel (et avec des lois identiques partout, isotrope, etc.), cela implique que toutes les variations de notre réalité locale doivent exister ailleurs, ainsi que des répliques exactes (et tous amusements tels que que celui où ce message a été entré par un singe de passage tapant au hasard sur mon clavier plutôt que par moi, etc.)

C’est à mon avis faux, voici au moins un contre-exemple :

On peut très bien imaginer que les réalités locales se répètent périodiquement tout le long de l’univers, que le monde boucle exactement, indéfiniment. Il n’y aurait alors pas de variation infinie des réalités locales possibles, mais un nombre infini de répliques exactes d’une réalité, qui paveraient tout l’univers. Et le temps : idem avec des évènements exactement cycliques, versus un recommencement avec modification infinitésimale.

3
Répondre en citant  
Re: Science publique - le Ven 23 Sep 2011, 22:14

Difficile à écouter, le numéro d'aujourd'hui en direct live de la journée spéciale de l'évènement de l'année 24h en direct d'ailleurs (ici de Jérusalem). Le sujet est le suivant : "L’archéologie à Jérusalem peut-elle échapper à l’instrumentalisation religieuse?", c'est à dire l'illustration même de ce que fait maintenant France Culture : un sujet, une discipline, un thème n'ont de valeur que s'ils expliquent un fait politique. La culture utilisée comme arrière-plan d'une trame narrative politique (toujours la même...). Et on ne peut que plaindre le pauvre archéologue (Gerald Finkielsztejn) qui voudrait parler de son métier, mais qui se heurte aux questions politiques d'Alberganti, sempiternellement à la recherche du conflit (réflexe journalistique de base) : "mais vous êtes sûr que ça se passe si bien que ça? Pas de tension? Allez, même pas un poing dans la gueule? Un croche-pied? Un regard de travers? Allez, s'il vous plait, donnez-moi quelque chose bon sang..." Et l'archéologue de se défendre et de s'énerver : "mais je vous dis que j'y suis, sur place, c'est neutre, on travaille tous ensemble. Je sais que je suis sur France Culture...".
Parce que France Culture, maintenant, c'est ça : 0,5% de culture, et quand on essaie de prétexter quelque chose dans un titre d'émission, ce sera forcément pour jouer la carte du conflit politique, et essayer de tirer les invités vers les conclusions préétablies par le producteur. A France Culture, quel que soit le sujet, quelle que soit la discipline, tous les chemins mènent vers ce petit récit politique étriqué et idéologique. C'est étouffant.

4
Répondre en citant  
Re: Science publique - le Lun 26 Sep 2011, 13:14

Hum, je ne suis pas sûr que ce soit entièrement la faute de Michel Alberganti pour le coup. On trouvera que j'ai tendance à accorder des excuses facilement mais mener un débat dans des conditions déplorables (2 invités ailleurs et presque 3 ruptures de faisceaux) n'est pas facile.

Mais là où le producteur pêche, c'est par méconnaissance des préjugés vis-à-vis des gens qu'il a en face de lui. Oui, l'historien ascendant archéologue n'est pas le bon client pour une interview. Souvenez-vous de celui qui traita son interlocuteur de collabo devant les yeux éberlués de Martin Quenehen dans un mémorable numéro de contre-expertise.

Ici c'est pareil, si la femme est facilement médiatique, pédagogique et répond facilement aux questions d'Alberganti, les deux hommes sont infernaux : le premier a une haine absolue des journalistes «c'est ce que disent les journalistes, pas les scientifiques» et «je ne lis plus les journaux français depuis des années» et commence par reposer les termes du débat. Le second prend un malin plaisir à parler d'autre chose que du débat et à divaguer…. sur les conditions d'exercice de son métier, ce qui est entre-nous bien plus intéressant que le sujet choisi. Dès les 5 premières minutes, le conducteur est à mettre à la poubelle, l'habitude de Michel Alberganti de faire parler tous les interlocuteurs avant de lancer le débat au bout de 15 minutes échoue lamentablement.

Ce postulat effectué, il faut meubler et créer des oppositions entre les interlocuteurs («Jérusalem est-elle riche ou pauvre du point de vue archéologique») même si Michel Alberganti ne semble pas avoir préparé ce sujet. Cela dit, il donne le bâton pour se faire battre. Quand il demande une pause à son interlocuteur en lui promettant de continuer après, le producteur zappe tout simplement la question.

Non, la question était justifiable (pas fondamentalement intéressante mais justifiable) mais en inadéquation totale avec les invités qu'il aurait dû briefer 5 min avant s'il avait été sur place et le fait de ne pas être sur place empêchait les gestes (le fameux «non» de la main) pour recadrer dans son débat.
Bref, il se crashe royalement et les pauses qu'il s'accorde sont juste un moyen de prendre son souffle en se disant «mais bon sang, comment je vais terminer un truc pareil».

--

Plus loin, ce sont les conditions de production de Michel Alberganti qui sont à questionner. Il aime s'entourer d'une table nombreuse, souvent les mêmes (le Club Science Publique, le partenariat qu'il annonce) qu'il maîtrise un peu près. Ou du moins, ils se connaissent mutuellement et savent un peu près où Alberganti veut aller et comment il compte s'y prendre.

En fait, j'ai parfois l'impression que les 10 premières minutes où il fait son tour de table représentent la seule préparation du producteur. Il pose les question et après laisse les autres parler en jouant les oppositions, se contentant de recadrer. Bref, il modère plus qu'anime ce qui en fait un «taiseux».

Parallèlement son blog et ses appels du pied répétés à aller discuter sur le site de l'émission (même si en réalité il ne passe aucune question car il ne doit pas en recevoir d'intéressantes) renvoient plus à une culture de l'écrit. Je le sens beaucoup plus à l'aise sur ce média qu'à la radio.

/Message préparé ce week-end mais pas envoyé suite à un réseau trop faible\

5
Répondre en citant  
Re: Science publique - le Lun 26 Sep 2011, 22:30

"Oui, l'historien ascendant archéologue n'est pas le bon client pour une interview".
Comme vous y allez, An'O'Nym.. Aux Lundis de l'histoire et au Salon noir, on entend au contraire de fort bons clients. Mais c'est vrai que là-bas on ne bassine pas notre ami "historien ascendant archéologue" avec du décryptage à la truelle (à FC on décrypte, on décrypte) . Au fond (comme disait Patrice Gélinet dans 2000 ans d'histoire) le petit problème de cette émission n'est pas la question du jour "L’archéologie à Jérusalem peut-elle échapper à l’instrumentalisation religieuse ?" mais la réponse qu'on voit grossièrement clignoter derrière "Ah ben bien sûr que non hein". Sauf qu'à la grande surprise d'Alberganti qui n'a pas ménagé ses efforts pour qu'on reste dans les clous du "Non non décidément non", ses invités ont bien essayé de lui expliquer que "ma foi, voyez-vous, sur le terrain, on peut dire que oui". Alors sous les coups de truelle d' Alberganti (rendez vous compte, "j'ai lu dans la presse que"), il était certes un peu bougon l' "historien archéologue troisième décan", mais faut pas exagérer, il était déjà bien aimable de ne pas lui avoir raccroché au nez.


6
Répondre en citant  
Re: Science publique - le Ven 07 Oct 2011, 15:36

En ce moment-même, Science Publique consacre son numéro de la semaine à cette expérience que j'ai évoquée dans deux messages déjà : OPERA.

Expérience qui pour rappel, vous l'avez sûrement lu dans les journaux, a mesuré des particules élémentaires à une vitesse supraluminique.

Ces particules, ce sont des neutrinos (les "petits neutres"), particules dont l'existence était prédite par les théories de l'interaction faible, la force fondamentale responsable des désintégrations bêta, impliquées dans la radioactivité notamment.

Prédites, puis observées dans les années 50, vingt ans après, il en existe trois "saveurs" (c'est le terme) : l'électronique, la muonique et la tauique.

Chacune est en effet associée à l'électron, ou a l'un de ses deux "cousins" : le muon et le tau, des particules très semblables à l'électron, mais beaucoup plus massives. Les neutrinos flashés par OPERA étaient des neutrinos muoniques.

Pour continuer un peu sur les neutrinos, ces particules sont très particulières : elles interagissent très très peu avec le reste de la matière.

Elles ne sont pas chargées, donc pas sensible à l'électromagnétisme. N'ont pas de "couleur", donc pas sensibles non plus à la force qui lie les noyaux des atomes. Bref, ils nous traversent la plupart du temps sans sourciller, ce qui les rend très difficile à détecter

L'image souvent convoquée, c'est celle des 65 milliards de neutrinos qui traverse chaque cm² de notre peau toutes les secondes; neutrinos émis par le soleil, lesquels n'interagiront avec vous au cours de votre vie que 2 ou 3 fois au plus...

***

Revenons-en au méfait : ce dont ils sont présumés coupables, ces neutrinos, c'est d'avoir battu la lumière au sprint.

Quoi de grave à ça, à part l'amour-propre des photons mis à mal ?

Eh bien voici : les photons sont censés être les plus rapides, car, vous le savez peut-être, en relativité restreinte, quand un être se déplace par rapport à un autre, le temps ne passe pas de la même façon du point de vue de celui qui se déplace (l'homme dans le train, mettons), et de celui qui le voit se déplacer (l'homme à quai).

Comme vous vous en doutez, la situation est réciproque, il n'y a pas un être immobile en soi.

Eh bien quand la vitesse de corps qui se déplace atteint celle de la lumière, l'observateur extérieur mesure qu'une seconde se passe tous les 300 000 km que le corps parcourt; mais du côté du corps en mouvement, disons pour quelqu'un qui se tiendrait à côté d'un rayon de lumière pendant qu'il voyage, le temps chronométré serait de 0 secondes. Nul. En temps "interne" (on dit temps propre), les voyages sont instantanés "du point de vue de" la lumière, c'est pourquoi on n'est pas censé faire mieux...

Dès lors, que signifie aller plus vite ? Je vous le demande ? (et déjà, vous sentez l'ombre menaçante de votre petit-fils - qui n'est pas encore venu au monde -, vous glacer le dos).

Bon, il y a surement d'autres façons d'interpréter la chose, et la relativité prévoit déjà le cas de particules supraluminiques, nommées "tachyons", mais qui elles, n'ont pas le droit d'aller moins vite. On peut considérer que leur temps interne est inversé par rapport au flux du nôtre (dans cette découpe, les particules normales, subluminiques, sont nommées les "tardons").

***

S'il vous intéresse d'en savoir plus sur cette distorsion du temps, essayons : qu'il y ait une vitesse maximale est la conséquence de la réponse à une question très simple : est-ce que l'interaction entre des corps peut se faire à une vitesse arbitrairement grande ? Voire infinie ?

Car d'après Galilée, si vous et moi jouons au ping-pong, nous mesurons que la balle fait entre nous des pointes de 30 ou 50 km/h, guère plus, en cas de smash. Mais un observateur qui regarderait votre smash, en étant dans un train qui va en direction inverse de la balle, à, mettons, 10 000 km/h, mesurera le smash à 10 050 km/h (d'après Galilée, toujours). Et cette mesure est aussi légitime que celle de l'arbitre du match : tous les référentiels (disons, les bases d'où l'on fait des mesures) se valent.

La question est donc : y a-t-il des référentiels où votre balle fonce à une vitesse infinie, en tout cas aussi grande qu'on veut, ou non ?

Toute la relativité restreinte d'Einstein se déduit de la réponses "non" à cette question : il y a une vitesse maximale, quels que soit les référentiels. On l'appelle c cette vitesse.

Dès lors, si quelque chose se déplace à la vitesse c, eh bien il se déplacera à cette vitesse dans n'importe quel référentiel. Impossible de le mesurer plus rapide, même en se déplaçant en sens inverse. Ce qui, au passage, conduit à dire que les vitesses ne s'additionnent pas : un train qui roule à 200 000 km/s sur un autre qui roule aussi à 200 000 km/s ne va pas à 400 000 km/s. Il faut raffiner la composition des vitesses de telle façon qu'on ne dépasse jamais c.

Et en raffinant cette façon de composer les vitesses, on est amenés naturellement à distordre les deux composantes d'une vitesse : le temps, et l'espace.

Quand donc, on a postulé que cette vitesse maximale, la lumière y allait exactement, et que c'était ce qu'on en mesurait : 300 000 km/s (7 fois 1/2 le tour de la terre quand même), on a pu faire des prédictions qui se sont avérées d'une précision inouïe. Et dont tiennent compte toutes les autres théories physiques qui ont suivi. Dire qu'elle a été testée est un euphémisme, chaque prédiction effectuée par une théorie qui en dépend, tous les appareils qui sont contruits en en tenant compte, en ont toujours confirmé la justesse extrême (y compris la fameuse équivalence masse-énergie qu'exprime e=mc², vérifiée à chaque explosion nucléaire).

Cette valeur de c est si fondamentale qu'on a redéfini le mètre comme étant la distance parcouru par la lumière en 1/300 000 000 ème de secondes. Enfin 1/299 792 458 ème, la meilleure valeur qu'on avait avant de laisser tomber l'ancienne définition du mètre.

Dès lors, dépasser cette valeur c, c'est assez énorme, et si c'était confirmé, ce dont doute encore la grande majorité des physiciens à mon avis, il y aurait nombre de tentatives pour expliquer la chose par un ajout à la théorie, par un effet du genre raccourci spatio-temporel, par un mécanisme expliquant que ces neutrinos sont des tachyons, au moins temporairement (si l'on peut dire), ou autre, plutôt qu'une remise en cause des principes de la relativité restreinte, et même de la valeur c actuelle. Impossible de bêtement décaler cette valeur, se dire qu'on l'avait simplement légèrement sous-évaluée, car sa valeur exacte est inscrite dans les équations même dont on se sert pour faire toutes ces prédictions si extraordinairement justes depuis un siècle.

***

Bon, ce très long commentaire pour vous dire que Science Publique (qui est maintenant terminée) en parle, et avec des invités de très haute qualité, à savoir :

  • Jean-Marc Lévy Leblond, qui a toujours un oeil décalé et perçant sur les choses de la nature.
  • Gilles Cohen-Tannoudji, frère du prix Nobel Claude, mais pas en reste, notamment sur les questions d'épistémologie, cf. sa conférence sur la matière dont on parlait et qu'on a intégrée sur le fil des nouveaux chemins, ici.
  • Thibault Damour, également très présent médiatiquement, physicien, spécialiste de la relativité générale cette fois, d'Einstein, et de la (trop) fameuse théorie des cordes.
  • Et Guy Wormser, que je ne connaissais pas, mais dont la page de l'émission nous apprend qu'il dirige le laboratoire de l'accélérateur linéaire d'Orsay.

La page de l'émission : http://www.franceculture.com/emission-science-publique-la-barriere-de-la-vitesse-de-la-lumiere-est-elle-remise-en-cause-2011-10-0, que je suggérerais bien en proposition d'écoute si je ne craignais pas de faire la place trop belles aux sciences, dans cette sélection des émissions qui ont l'heur de plaire le plus aux lecteurs de ce forum...

7
Répondre en citant  
Re: Science publique - le Ven 07 Oct 2011, 18:47

Pour info :

Le Fermilab semblerait avoir conduit une expérience similaire en 2007 et avoir constaté les mêmes résultats expérimentaux.
Sauf qu'ils ont essayé de reproduire l'expérience pour corroborer ou infirmer les résultats constatés mais ils n'ont jamais réussi à reproduire les résultats de la première expérience.

Finalité : De l'autre côté de l'Atlantique, aucune théorie n'a été remise en cause !

A suivre ...

8
Répondre en citant  
Re: Science publique - le Ven 07 Oct 2011, 19:26

Salut nico,

C'est vrai, c'était l'expérience Minos, que rapportait entre autre Futura-Sciences en 2010 : Neutrinos stériles : une hypothèse moins probable après l'expérience Minos.

Bonne idée d'en parler, car on apprend en lisant l'article de l'époque que si les neutrinos étaient émis au Fermilab, près de Chicago, les détecteurs étaient eux situés dans une mine située à ... 735 km.

Pour rappel, Gran Sasso, où est situé le détecteur d'OPERA, se trouve à 730 Km du CERN. Et cette distance, on comprend son objet en écoutant Science Publique : c'est une distance où on a le maximum de chance de voir les neutrinos de saveur muonique arriver sous forme de neutrino tauiques (cf. mon message précédent).

Car c'était ça, l'objet initial d'OPERA : les neutrinos, on ne sait pas pourquoi mais c'est la raison pour laquelle on leur suppose une masse non-nulle, changent de saveur. Ils se transforment spontanément en neutrino-mu, tau, ou électronique. Et OPERA étudiait les raisons et les modalités de ces changements, dont la théorie prévoit qu'ils sont maximums à 700 km de distance.

Au passage, ils ont mesuré finement la vitesse en question.

Après écoute de toute l'émission, je la recommande chaudement, les avis des invités ne vont pas tous dans le même sens, on entend différents sons de cloches, différents niveaux d'expertise se confronter, et même si le sujet était hyper-facile car très présent dans l'actualité, ça vaut le coup.

9
Répondre en citant  
Re: Science publique - le Ven 03 Fév 2012, 15:20

Encore un bon numéro cette semaine. Et comme ces dernières semaines, où la variété des thèmes ces temps-ci est plutôt appréciable (les jeux de mot, les instruments anciens, la mesure du son, le vignoble...).

Celui de cette semaine paraîtra rebattu à certains : "Peut-on croire à la matière noire ?".
Rebattu peut-être, mais avec entre autres Michel Cassé, qui a le don de disposer les faits et les mots suivant une esthétique telle qu'elle laisse paraître sur eux une lumière souvent originale.

Un fait qu'il rapporte en ce moment même me donne envie de revenir sur un morceau de la discussion qui a poussé sur le fil "L'éloge du savoir". Le fait concerne les neutrinos, ces particules qui baignent l'univers bien davantage que les photons mais qui n'intéragissent que très peu avec la matière ordinaire (baryonique) :

Michel Cassé nous rappelle que les neutrinos ont été inventés en 1930 par Wolfgang Pauli, entre autre pour sauver un principe, celui de la conservation de l'énergie, dans les processus de désintégration ß.

Puis ils furent ensuite découverts par l'expérience pour la première fois en 1956 (en plaçant des détecteurs dans un réacteur nucléaire).

Si on prend au sérieux l'assertion suivante rapportée par Gomez ici :
Gomez, au sujet d'un essai de Paul Boghossian, a écrit:[...]la proposition "audacieuse" de Bruno Latour selon laquelle Ramsès II n'est pas mort de la tuberculose, au motif que le bacille de Koch n'a été découvert qu'au XXème siècle[...]

Si on suit Latour, concernant le neutrino, à quoi pouvait bien songer Pauli avant 1956, puisque la particule n'avait pas été découverte ? Laquelle des deux dates signe la naissance de la particule ? Quel statut avait la particule entre ces deux dates ? Comment fait-on pour postuler au sujet du réel des particules qui n'existent pas encore et ne les trouver expérimentalement que vingt ans après si le réel en question n'a pas de réalité indépendante ?
Et enfin : Marie Curie, décédée entre ces deux dates (en 1934), doit-elle ou non sa leucémie fatale aux processus de désintégrations ß auxquels elle s'est exposée, désintégration qu'on ne saurait comprendre sans l'existence des neutrinos, alors imaginés mais jamais observés ?

Naturellement, les contorsions qu'exigent une réponse à ces questions qui soit cohérente avec l'assertion de Bruno Latour, sont un argument fort à mon avis pour laisser tomber cette forme-là de relativisme.

10
Répondre en citant  
Re: Science publique - le Lun 08 Avr 2013, 18:51

Michel Alberganti rebat souvent les oreilles de ses auditeurs les plus persévérants avec les thèmes scientifiques qui ont l'heur de défrayer aussi les chroniques journalistiques généralistes. C'est malheureusement le propos-même de son émission, celui de relation science-société.

Mais il lui prend régulièrement de trahir cet objectif et de proposer des numéros nettement plus intéressants, tel celui de vendredi dernier : Comment l’analogie structure-t-elle notre pensée ?

Les invités étaient Emmanuel Sander, professeur de psychologie – nous apprend le site –, et Douglas Hofstadter, qui enseigne les sciences cognitives, et qui a surtout écrit le célèbre Gödel, Eicher, Bach. Je n'ai pas lu ce best seller (eh! non) mais c'est à son sujet un point d'interrogation assez sombrement négatif que je cultive après avoir entendu les commentaires qu'en faisait Jean-Yves Girard, logicien émérite, dans une conférence à l'UTLS – mais enfin cette conférence par ailleurs très drôle recèle aussi un beau ramassis de jugements farfelus et même de complets contresens, et quel que soit son pedigree, je me méfie du bonhomme (Girard ici, pas Hofstadter) -.

Leur propos et celui, semble-t-il, de leur ouvrage qui vient de paraître, L’analogie, cœur de la pensée, c'est de mettre en lumière l'importance, fondamentale à leur sens, du mécanisme de l'analogie dans la pensée humaine (oui, au contraire de la pensée gallinacée). Bien sûr, on sent intuitivement que l'analogie est une figure importante de la pensée, mais on la voit souvent plutôt comme une ébauche, encore mal construite, un raccourci de la pensée. Sander et Hofstadter considèrent eux que toutes nos concepts et nos catégories de pensée, même les plus aboutis, les plus travaillés, reposent sur des analogies, qui décrivent des invariants et délimitent des catégories d'objets. Rien n'est ainsi n'est définitif, ni figé, ni donné d'emblée dans nos catégories de pensée, mais construit au gré du raffinement ou de l'extension de nos catégories, qu'elles nous soient personnelles ou apprises. Ainsi en est-il de la chaise, mais aussi du virus dont le pendant informatique gagne avec le temps ses lettres de noblesse et son droit à porter authentiquement le nom de virus, non de façon imagée, à mesure que l'analogie se révèle profonde et que le temps fait son travail sur les habitudes de pensée.

La spécialisation est aussi au travail dans les analogies, ainsi Pluton n'est-elle plus une planète depuis quelques années. Les auteurs prêchent donc l'idée qu'aucune catégorie n'est absolue - ce qui plaira aux relativistes du forum, dont je ne suis pas, je ne me fait que le transcripteur de ce que j'ai entendu -. Michel Alberganti signe à ce sujet un bon résumé de leur propos en disant que chacun de nos mondes est ainsi unique, mais lorsqu'il qualifie cette idée, et celle que notre monde est en partie construit par nous, de "révolutionnaire", on rêve un peu ! Descartes, Berkeley, Kant n'avaient pas eu besoin d'ausculter nos tréfonds neuronaux pour faire de telles remarques ! C'est aujourd'hui quasiment un lieu commun, autant qu'un fourre-tout de la pensée, duquel on peut conclure bien des choses peu assurées.

Mais ce qu'il vaut mieux retenir ici, c'est que l'analogie est selon Sander et Hofstadter le moteur principal de la mécanique de l'appréhension du monde par l'esprit humain. Et que l'activité qui nous conduit à raffiner sans cesse, au gré de notre histoire, nos catégories et nos concepts, correspond à une optimisation des analogies qui les fondent (là je brode un peu) : optimisation en cohérence, en simplicité …

Ici, on peut faire un grand écart intéressant jusqu'aux propos qu'avaient échangés Alain Connes et Stanislas Dehaene dans cette émission estivale, Croisements et qui étaient en substance ceux-ci : La compréhension, c'est de la compression (c'est beau et mystique comme l'ajout du [ha] au nom d'Abram quand Dieu et lui scellèrent alliance, vous ne trouvez pas ? Analogie superficielle, sans doute mais y a-t-il autre chose que des formes dans le monde ?) . Réduire le nombre et augmenter la cohérence et la puissance des analogies qu'on utilise pour se représenter le monde, sans doute est-ce cela, comprendre.

A signaler, un contresens mémorable de Michel Alberganti, et repris sur la page de présentation de l'émission (l'écoute permet de se rendre compte qu'il ne s'agit pas d'une boutade) : << A l’époque du triomphe du numérique, ce livre réhabilite-t-il l’analogique ? >> Laughing
Hofstadter met un petit temps à comprendre la question, et donc l'erreur, mais je ne suis même pas sûr qu'il ait fait saisir à Michel Alberganti à quel point il était à côté de la plaque (car sinon, à la place de ce dernier, je nettoierais dare-dare la page du site).

Enfin, le dernière chose que m'évoque ce numéro, c'est la critique de l'analogie formulée par Sokal, Bricmont, et Bouveresse (dans Prodiges et vertiges de l'analogie pour le dernier). Il n'est pas innocent que ces auteurs pourfendent les postmodernes et le courant du relativisme cognitif, ni que des propos des invités de Science Publique, on en arrive facilement, justement, à un certain relativisme. Le dosage qu'on tolère de ce degré de relativisme, dont Nessie discutait quelque part par ici avec Basile il y a un certain temps, est la source de bien des achoppements et des divergences d'opinions. En discuter mène de nombreux arguments et contre-arguments dont ce fil n'est sûrement pas le lieu, mais peut-être ce forum, ailleurs, si.

Science publique     Page 1 sur 3

Haut de page ?   

Aller à la page : 1, 2, 3  Suivant

Accueil / France Culture

Répondre au sujet

Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum