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'Le champ des possibles', (Confavreux)    Page 1 sur 1

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'Le champ des possibles', (Confavreux) - le Sam 06 Aoû 2011, 08:14



Je parcours le menu des émissions, et je tombe sur une émission de Joseph Confavreux dans le Champ de possibles sur la démographie.

Voici le chapeau de l'émission:


Cette année, en 2011, la planète devrait atteindre les 7 milliards d’habitants, pour sans doute dépasser les 9 milliards en 2050, d’après les chiffres issus de la révision 2008 des estimations et projections démographiques officielles des Nations Unies. Cette croissance exponentielle effraye depuis déjà longtemps, mais la prise de conscience accrue des limites de notre monde fini redonne corps et vie à une doctrine que l’on qualifie, parfois et de manière approximative, de « néo-malthusianisme », parce qu’il s’agirait de limiter les naissances de peur de dépasser les ressources disponibles pour nourrir les humains. La crise écologique a relancé l’idée d’une maîtrise de la démographie, mais dès qu’on touche au ventre des femmes, on semble attenter à la liberté humaine et le malthusianisme a, le plus souvent, mauvaise presse. D’abord Malthus s’est trompé en ne voyant pas que les sauts technologiques en matière agricole ont pu nourrir une population en forte augmentation et que les courbes de la démographie et de la production alimentaire ne sont pas linéaires. Ensuite Malthus s’inquiétait avant tout de la croissance démographique des pauvres et ceux qui militent aujourd’hui pour un contrôle de la population sont vite suspects de néo-colonialisme, puisque la croissance démographique mondiale a d’abord lieu au Sud et en Asie. Enfin, Malthus se souciait peu de la répartition des richesses qui est l’argument principal opposé aux inquiets de la démographie : si la planète ne pourra sans doute supporter longtemps notre mode de développement, il est possible de penser un autre développement avant de réfléchir à stabiliser ou réduire la population. Mais la réduction d’une empreinte écologique sans doute de plus en plus insoutenable n’intègre-t-elle pas une variable démographique ? Peut-on croître indéfiniment dans un monde fini ? Que représentent alors ces mouvements qui, au nom de l’écologie, s’inquiètent de l’explosion de la population ? Et alors que le malthusianisme était une pensée conservatrice, que les néo-malthusiens du début  du 20ème siècle étaient progressistes, de quel bord sont les néo-néo-malthusiens de notre époque ?

Paul Ariès, aux éditions Les Empêcheurs de penser en rond / La Découverte : La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance.
chez l’Harmattan : Pour sauver la terre, l’espèce humaine doit-elle disparaître ?  : De l’humanisme à l’humanicide : les délires terroristes des néo-malthusiens

Francis Ronsin, La grève des ventres, propagande néo-matlhusienne et baisse de la natalité en France, 19è-20ème siècle (Aubin)

Didier Barthès,  de l’association Démographie Responsable.Avec Paul Ariès, auteur de "Pour sauver la terre, l'espèce humaine doit-elle disparaître ?", paru chez l'Harmattan et Francis Ronsin, auteur de "La Grève des ventres - Propagande néomalthusienne et baisse de la natalité en France 19e-20e siècles", Paris, Aubier, 1980. et Didier Barthès, de l'association Démographie responsable.

Invité(s) :
Ronsin, Francis
Paul Ariès
Didier Barthès, membre de l'association Démographie responsable.



Et voici mon commentaire:

Il était bon de revenir sur ce sujet, jadis un marronnier et moins traité ces derniers temps. Beaucoup de dimensions de la question démographique  n'ont pas été abordées dans cette émissions trop axée sur les doctrines (les néo-malthusiens contre les néo-néo-malthusiens) et pas assez sur les faits.  Les sociétés sont prises entre deux peurs, celle de la surpopulation et celle du vieillissement des populations avec les conséquences économiques qu'elle entraîne et la perte de vitalité qu'elle est supposée représenter (voyez que des pays en déclin démographique comme l'Allemagne se portent toujours très bien).

Il est juste de citer la question de la préservation des espèces animales mais il y a aussi la préservation des paysages, également celle de modes de vie traditionnels nomades ou semi-nomades  qui exigent beaucoup d'espace.

Quelle idée extravagante et angélique que de croire qu'une population abondante conduira au partage!  L'homme n'est pas partageux, il ne l'a jamais été, il ne le sera jamais, c'est  le  wishfull thinking le plus total. Une seule chose pourrait conduire au partage, c'est la révolution, mais pour qu'une révolution des pauvres contre les riches survienne, vous pouvez toujours courir.

La préoccupation démographique est moindre à l'heure actuelle que du temps où René Dumont faisait sa campagne et où effectivement la situation était paniquante. C'était l'explosion démographique, on allait à la catastrophe. La  solution est arrivée toute seule. Dans bien des régions du monde, et là où on s'y attendait le moins, la fécondité a baissé,  très fortement, très rapidement, spontanément, sans instructions politiques, sans programmes de réduction des naissances et parfois en dépit de propagandes natalistes insistantes. C'était le cas au Moyen-Orient, dans les pays arabes, dans certains pays d'Asie, en Amérique Latine etc.

Dire que les solutions de contrôle de naissance autoritaires ne sont pas efficaces, c'est faire l'impasse sur la Chine qui n'est pas une petite  masse démographique et qui pratique toujours une politique de l'enfant unique très contraignante et qui change la donne au niveau mondial.

La France a une fécondité assez bonne (si on n'est pas malthusien)  car elle a été traumatisée par son déclassement économique entre les deux guerres mondiales et par la défaite de 1940. Les thèses affirmant que le déclin démographique conduisait au déclin tout cours ont durablement marqué les esprits.


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Re: 'Le champ des possibles', (Confavreux) - le Sam 06 Aoû 2011, 13:41

Mon cher Henry, je ne voudrais pas que vous crussiez que je poursuis vos analyses de ma vindicte, mais il me semble que votre commentaire appelle plusieurs remarques.

Ayant écouté lors de sa première diffusion l'émission de Confavreux, il m'a semblé pour ma part que deux irénismes s'affrontaient.

Que Paul Ariès fasse preuve d'idéalisme en pensant que le partage équitable des richesses mondiales est la solution idoine à l'accroissement de la population, j'en conviens : c'est d'ailleurs un travers assez fréquent des apôtres de la simplicité volontaire, qui pensent mal l'énorme effort d'éducation que nécessiterait, notamment dans les pays développés, l'abandon d'un égoïsme primaire universellement répandu.

Il me semble cependant que Didier Barthès évacue difficilement, et en tous cas de manière peu convaincante, la question centrale de l'anti-humanisme d'une partie du courant néo-malthusien, et en tout cas de l'un de ses impensés, qui est l'idée d'une vision éminemment aristocratique et différentialiste de l'Humanité. Je veux bien que, dans l'esprit des animateurs de Démographie responsable, la contrainte de la limitation de la croissance démographique soit universelle, et ne connaisse ni frontières, ni classes, et je porte à leur crédit le soutien concret qu'ils apportent aux programmes de planning familial de certains pays d'Afrique où, effectivement, l'achèvement de la transition démographique est une ardente nécessité. Mais, de même que l'Homme est fondamentalement égoïste, de même considère-t-il que l'injonction biologique de la reproduction qui s'impose à lui ne saurait guère souffrir de limites, et que, si contrainte il y a, elle doit d'abord peser sur les autres, c'est à dire sur les pays du Sud et sur les classes les moins "utiles".

Nier que, dans l'esprit de nombreux Occidentaux, l'idée d'un néo-malthusiansime universel n'a pas vocation à s'appliquer aux sociétés développées engagées dans une baisse de leur population, mais aux émergents qui, tôt ou tard, subjugueront le même Occident soit économiquement, soit démographiquement, c'est, selon moi, s'aveugler : de ce point de vue, la relation entre le natalisme et l'appel à la fermeture totale de frontières aux flux migratoires est assez remarquable. Si j'étais mauvaise langue, je dirais que les vieux Européens préfèrent tirer leur confort de l'esclavage de leurs descendants que de celui des étrangers...

En réalité, et je m'étonne qu'aucun des participants n'ait esquissé cette synthèse, il ne pourra y avoir que double mouvement : accélération de la transition démographique mondiale et diminution simultanée du volume de consommation, y compris pour les générations existantes ; et cette diminution devra se faire dans l'équité intergénérationnelle sous peine de mouvements sociaux violents dont je doute que la génération du baby-boom sorte victorieuse.

En tout état de cause, il me semble que les outils traditionnels de soutien au natalisme, et notamment ses incitations financières, sont condamnés à court terme, sous leur forme actuelle en tous cas, moins d'ailleurs en raison de leur coût qu'en raison des tensions sociales qu'ils engendrent : soit, et c'est le cas en Europe, parce qu'ils sont réputés favoriser des familles d'origine étrangère, ce qui participe de la crise identitaire ; soit, et c'est le modèle israélien, parce qu'elle fait participer une partie de la population au développement d'une autre partie dont les options politiques sont radicalement opposées : c'est tout l'enjeu des laïcs dont les impôts subventionnent en grande partie les familles nombreuses ultra-orthodoxes.

Pour le reste, quelques commentaires rapides :

Je suis bien d'accord avec vous pour relier l'impopularité du malthusianisme en France aux années 1930 et 1940. Je pense en revanche qu'il faut se garder de considérer, dans les deux sens d'ailleurs, que la démographie est, en tant que telle, un facteur de croissance. De ce point de vue, votre exemple allemand ne me paraît pas bien choisi, comme l'aurait mal été l'exemple japonais. Ces pays ne sont pas prospères du fait de la diminution de leur population, ils le sont malgré cela et, pour tout dire, grâce à la croissance démographique des autres pays -où, plutôt, à la fois sur la croissance démographique des autres pays ou sur l'accession d'une part plus importante des populations existantes à un niveau de vie plus élevé-, puisque leur prospérité est fondée sur une économie exportatrice. et pour cause, d'ailleurs : les marchés intérieurs sont atones. Evidemment, je ne prétends pas que les efforts de compétitivité de ces deux pays ne doivent pas être imités, ni que la France peut se contenter d'être un consommateur net, ce serait absurde. Mais cette stratégie germano-japonaise ne peut être qu'un pis-aller, et, en tout état de cause, elle atteindra rapidement sa limite lorsque, à moyen terme, leur performance à l'export diminuera. Ces pays se portent donc bien...pour l'instant. Notons d'ailleurs que le déclin démographique est, dans ces deux pays, une véritable obsession nationale, d'autant plus que, quoi qu'on en dise, le modèle ethno-différentialiste de chacune de ces deux sociétés ne leur permet pas de penser autre chose qu'un déclin absolu en cas d'effondrement démographique. J'ajoute que le Japon se trouve en déprise démograhique dans un environnement régional qui, c'est le moins que l'on puisse dire, ne le trouve guère aimable pour des raisons historiques, et qu'à mon avis, l'Allemagne, quand elle déclinera, s'apercevra vite qu'elle a tort d'envisager actuellement un nouveau Sonderweg, et que l'épisode 1900-1945 n'a pas encore été totalement soldé par ses voisins, comme la période française ouverte par Louis XIV et close par Napoléon ne l'a pas été avant, au moins, 1918.

Pour le reste, l'exemple russe démontre assez bien le caractère très relatif de la relation entre déclin démographique et maintien de la performance économique d'un pays.

Sur la Chine : le modèle autoritaire du modèle de l'enfant unique fonctionne...parce qu'il procède d'un modèle autoritaire total. D'ailleurs, pour nécessaire qu'elle soit, notamment en raison des ressources limitées de la Chine en terres arables et en eau, la politique de l'enfant unique suscite désormais un certain nombre de déséquilibres : surreprésentation des hommes dans les naissances, lesquels seront condamnés au célibat ; transition démographique accélérée qui va, à court terme, poser la question du financement du vieillissement de la population, qui ne sera pas prise en charge par les solidarités familiales ; réveil des minorités nationales qui ont à la fois bénéficié d'une exemption de la politique de l'enfant unique mais ont été simultanément l'objet de politiques brutales de stérilisation forcée ou d'avortement ; incidence de la corruption sur la délivrance de passe-droits à la règle de l'enfant unique. Je pense d'ailleurs que ces enjeux démographiques sont au nombre de ceux qui menacent à terme le modèle politique autoritaire chinois.

Sur la transition démographique en Amérique Latine et au Moyen-Orient. Je ne reviens pas sur l'incidence de l'élévation du niveau de vie et de l'alphabétisation dans le quasi-achèvement (Brésil, Iran) ou l'engagement de cette transition, je conviens avec vous de ce qu'elle est aussi massive qu'inattendue (et, notamment dans le cas iranien, je pense que c'est une désagréable surprise pour le régime). Notons cependant qu'elle est en partie forcée par la médiocrité des conditions économiques et d'emploi offertes aux jeunes générations, notamment dans les pays arabes, où l'entrée dans la vie active, le mariage et la procréation sont parfois repoussées jusqu'à trente ans et plus ; c'est d'ailleurs en partie le même phénomène qui prévaut en Europe méditerranéenne.

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les néo-malthusiens sont-ils racistes? - le Dim 07 Aoû 2011, 11:21



@Langevin a écrit:Mon cher Henry, je ne voudrais pas que vous crussiez que je poursuis vos analyses de ma vindicte, mais il me semble que votre commentaire appelle plusieurs remarques.

Ayant écouté lors de sa première diffusion l'émission de Confavreux, il m'a semblé pour ma part que deux irénismes s'affrontaient.

Que Paul Ariès fasse preuve d'idéalisme en pensant que le partage équitable des richesses mondiales est la solution idoine à l'accroissement de la population, j'en conviens : c'est d'ailleurs un travers assez fréquent des apôtres de la simplicité volontaire, qui pensent mal l'énorme effort d'éducation que nécessiterait, notamment dans les pays développés, l'abandon d'un égoïsme primaire universellement répandu.

Il me semble cependant que Didier Barthès évacue difficilement, et en tous cas de manière peu convaincante, la question centrale de l'anti-humanisme d'une partie du courant néo-malthusien, et en tout cas de l'un de ses impensés, qui est l'idée d'une vision éminemment aristocratique et différentialiste de l'Humanité. Je veux bien que, dans l'esprit des animateurs de Démographie responsable, la contrainte de la limitation de la croissance démographique soit universelle, et ne connaisse ni frontières, ni classes, et je porte à leur crédit le soutien concret qu'ils apportent aux programmes de planning familial de certains pays d'Afrique où, effectivement, l'achèvement de la transition démographique est une ardente nécessité. Mais, de même que l'Homme est fondamentalement égoïste, de même considère-t-il que l'injonction biologique de la reproduction qui s'impose à lui ne saurait guère souffrir de limites, et que, si contrainte il y a, elle doit d'abord peser sur les autres, c'est à dire sur les pays du Sud et sur les classes les moins "utiles".

Nier que, dans l'esprit de nombreux Occidentaux, l'idée d'un néo-malthusiansime universel n'a pas vocation à s'appliquer aux sociétés développées engagées dans une baisse de leur population, mais aux émergents qui, tôt ou tard, subjugueront le même Occident soit économiquement, soit démographiquement, c'est, selon moi, s'aveugler : de ce point de vue, la relation entre le natalisme et l'appel à la fermeture totale de frontières aux flux migratoires est assez remarquable. Si j'étais mauvaise langue, je dirais que les vieux Européens préfèrent tirer leur confort de l'esclavage de leurs descendants que de celui des étrangers...

En réalité, et je m'étonne qu'aucun des participants n'ait esquissé cette synthèse, il ne pourra y avoir que double mouvement : accélération de la transition démographique mondiale et diminution simultanée du volume de consommation, y compris pour les générations existantes ; et cette diminution devra se faire dans l'équité intergénérationnelle sous peine de mouvements sociaux violents dont je doute que la génération du baby-boom sorte victorieuse.

En tout état de cause, il me semble que les outils traditionnels de soutien au natalisme, et notamment ses incitations financières, sont condamnés à court terme, sous leur forme actuelle en tous cas, moins d'ailleurs en raison de leur coût qu'en raison des tensions sociales qu'ils engendrent : soit, et c'est le cas en Europe, parce qu'ils sont réputés favoriser des familles d'origine étrangère, ce qui participe de la crise identitaire ; soit, et c'est le modèle israélien, parce qu'elle fait participer une partie de la population au développement d'une autre partie dont les options politiques sont radicalement opposées : c'est tout l'enjeu des laïcs dont les impôts subventionnent en grande partie les familles nombreuses ultra-orthodoxes.

Pour le reste, quelques commentaires rapides :

Je suis bien d'accord avec vous pour relier l'impopularité du malthusianisme en France aux années 1930 et 1940. Je pense en revanche qu'il faut se garder de considérer, dans les deux sens d'ailleurs, que la démographie est, en tant que telle, un facteur de croissance. De ce point de vue, votre exemple allemand ne me paraît pas bien choisi, comme l'aurait mal été l'exemple japonais. Ces pays ne sont pas prospères du fait de la diminution de leur population, ils le sont malgré cela et, pour tout dire, grâce à la croissance démographique des autres pays -où, plutôt, à la fois sur la croissance démographique des autres pays ou sur l'accession d'une part plus importante des populations existantes à un niveau de vie plus élevé-, puisque leur prospérité est fondée sur une économie exportatrice. et pour cause, d'ailleurs : les marchés intérieurs sont atones. Evidemment, je ne prétends pas que les efforts de compétitivité de ces deux pays ne doivent pas être imités, ni que la France peut se contenter d'être un consommateur net, ce serait absurde. Mais cette stratégie germano-japonaise ne peut être qu'un pis-aller, et, en tout état de cause, elle atteindra rapidement sa limite lorsque, à moyen terme, leur performance à l'export diminuera. Ces pays se portent donc bien...pour l'instant. Notons d'ailleurs que le déclin démographique est, dans ces deux pays, une véritable obsession nationale, d'autant plus que, quoi qu'on en dise, le modèle ethno-différentialiste de chacune de ces deux sociétés ne leur permet pas de penser autre chose qu'un déclin absolu en cas d'effondrement démographique. J'ajoute que le Japon se trouve en déprise démograhique dans un environnement régional qui, c'est le moins que l'on puisse dire, ne le trouve guère aimable pour des raisons historiques, et qu'à mon avis, l'Allemagne, quand elle déclinera, s'apercevra vite qu'elle a tort d'envisager actuellement un nouveau Sonderweg, et que l'épisode 1900-1945 n'a pas encore été totalement soldé par ses voisins, comme la période française ouverte par Louis XIV et close par Napoléon ne l'a pas été avant, au moins, 1918.

Pour le reste, l'exemple russe démontre assez bien le caractère très relatif de la relation entre déclin démographique et maintien de la performance économique d'un pays.

Sur la Chine : le modèle autoritaire du modèle de l'enfant unique fonctionne...parce qu'il procède d'un modèle autoritaire total. D'ailleurs, pour nécessaire qu'elle soit, notamment en raison des ressources limitées de la Chine en terres arables et en eau, la politique de l'enfant unique suscite désormais un certain nombre de déséquilibres : surreprésentation des hommes dans les naissances, lesquels seront condamnés au célibat ; transition démographique accélérée qui va, à court terme, poser la question du financement du vieillissement de la population, qui ne sera pas prise en charge par les solidarités familiales ; réveil des minorités nationales qui ont à la fois bénéficié d'une exemption de la politique de l'enfant unique mais ont été simultanément l'objet de politiques brutales de stérilisation forcée ou d'avortement ; incidence de la corruption sur la délivrance de passe-droits à la règle de l'enfant unique. Je pense d'ailleurs que ces enjeux démographiques sont au nombre de ceux qui menacent à terme le modèle politique autoritaire chinois.

Sur la transition démographique en Amérique Latine et au Moyen-Orient. Je ne reviens pas sur l'incidence de l'élévation du niveau de vie et de l'alphabétisation dans le quasi-achèvement (Brésil, Iran) ou l'engagement de cette transition, je conviens avec vous de ce qu'elle est aussi massive qu'inattendue (et, notamment dans le cas iranien, je pense que c'est une désagréable surprise pour le régime). Notons cependant qu'elle est en partie forcée par la médiocrité des conditions économiques et d'emploi offertes aux jeunes générations, notamment dans les pays arabes, où l'entrée dans la vie active, le mariage et la procréation sont parfois repoussées jusqu'à trente ans et plus ; c'est d'ailleurs en partie le même phénomène qui prévaut en Europe méditerranéenne.


Mon cher Langevin, je vois que ce que vous écrivez prouve une réflexion approfondie que je n'ai peut-être pas mais ne contredit en rien ce que j'ai écrit.

Pour ce qui est de cette idée que tout irait bien si on vivait d'amour et d'eau fraîche, ce n'est pas tellement une question d'éducation mais de disposition personnelle, qu'on rencontre parfois mais qui est tellement rare qu'il est tout à fait vain d'y voir une solution pour sauver l'humanité. Dire, comme le fait Ariès, ça sera chouette quand on sera huit milliards d'humain, à ce moment là, on sera contraints au partage, c'est une idiotie, je crois qu'on est bien d'accord.

Qu'il y ait un racisme latent et inavoué chez une certain nombre de néo-malthusiens, (je pense que c'est ainsi qu'il faut les nommer), c'est une évidence surtout si on voit comment se comportent les Américains qui sont capables de dépenser des milliards de dollars pour le contrôle des naissances et qui ne font rien pour le paludisme, la tuberculose etc. Arrêtez de faire de gosses, c'est tout ce qu'on vous demande. Le résultat, c'est que ça les fait assez mal voir dans les pays concernés.

Les mesures natalistes qui continuent d'être appliquées en France seront-elles un jour abolies? Je crois que personne ne peut le dire, en tout cas, le jour où on proposera de supprimer le quotient familial, il y aura de sérieuses résistances.

C'est tout à fait vrai qu'il y a des gens (par exemple Renaud Camus et peut-être même Alain Finkielkraut) que ça turlupine que la population des pays occidentaux perde son admirable blancheur, ils veulent "qu'on fasse plus de gosse" et qu'on ferme les frontières et qu'on renvoie les émigrés chez eux. Si vous écoutez Radio-courtoisie, vous entendez ça tout le temps, quel que soit d'ailleurs le sujet de l'émission.

La baisse de consommation, si elle a lieu, sera contrainte, conséquence de difficultés économiques et non choisie.

Je n'ai pas écrit que l'Allemagne bénéficiait de sa situation démographique, si elle réussit si bien c'est en dépit de cette situation ce qui est au moins un indice que le facteur démographique n'est pas aussi décisif qu'on le dit. Mais il y a encore beaucoup de gens qui disent que les Allemands seront un jour rattrapés par leur mauvaise situation démographique. Mais depuis le temps qu'on dit ça, je commence à douter de la pertinence de cette idée.

Le Japon risque d'avoir de plus grandes difficultés. L'Allemagne a une pratique du recours à l'immigration, c'est quelque chose que les Japonais ignorent et les Russes aussi.

Ce que vous dites de la Chine est parfaitement juste.

Ecrire que la médiocrité des situations économiques pousse à la limitation des naissances n'est pas faux mais il faut voir le renversement de la situation, jadis, c'était la pauvreté qui incitait les pauvres à faire plus d'enfants, parce que les enfants représentaient un espoir d'assurer ses vieux jours. Il y avait là un mécanisme très explosif qui encourageait le néo-malthusianisme le plus extrême, cf ce que disait dans les années septante René Dumont.


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Re: 'Le champ des possibles', (Confavreux) - le Dim 07 Aoû 2011, 12:07

Mon cher Henry,

J'acquiesce d'autant plus volontiers à vos précisions que mes propres remarques se voulaient un complément de votre réflexion, à la rigueur un contrepoint, mais pas une critique car, effectivement, nous partageons en gros les mêmes postulats.

J'ai eu tort de parler d'"éducation" des opinions en ce qui concerne Paul Ariès car, en réalité, je me suis approprié le langage de la décroissance.Le terme de "rééducation" serait plus juste, car il y a aussi une pulsion autoritaire (pour ne pas dire plus) chez certains écologistes partisans de la décroissance. Le terme de "sobriété volontaire" me semble d'ailleurs plus approprié et plus acceptable car, comme vous le dites justement, il y aura lieu de s'adapter autant que possible à la contrainte extérieure que constituera la diminution en volume des biens consommables.

Sur les outils fiscaux et sociaux propres à la France en matière de soutien à la natalité, je pense que le quotient familial demeurera sous une forme ou sous une autre, en raison de sa relative neutralité. Je pensais plus aux différentes prestations familiales et plus précisément à leur universalité.

Sur l'Allemagne, je m'étais abusé sur la portée de votre argument, car en vérité nous sommes d'accord. Je ne suis pas totalement certain cependant que l'Allemagne supporte si bien que cela le recours à l'immigration : il y a une véritable tension identitaire allemande qui est assez profondément enracinée dans l'idée que se font les Allemands d'eux-mêmes, mais, je le concède, elle n'est en rien comparable avec le cas japonais, où...non pas le racisme, mais l'allergie à l'altérité, est amplifié par l'insularité. On verra ce qu'il en est, à mon avis, dans vingt ans : l'Allemagne commence juste à dévaler le toboggan. Quant au Japon, il offre dans son histoire des cas de changement total et brutal de modèle économique et social tels que je n'exclus pas que, une fois le deuil fait de l'idée, à vrai dire bien naïve, d'un retour au Japon des émigrés d'Amérique, il s'ouvre, non pas à la Chine et à la Corée, mais à l'Insulinde.

Sur la relation entre pauvreté et démographie, le renversement que vous indiquez est très juste et, d'un point de vue anthropologique, très intéressant.

Un petit PS : il me semble que songer, au moment crucial, à Renaud Camus ou à la radio du pays réel ne m'aiderait guère à assurer "la pérennité de la race", comme on disait...

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