1 Avec ou sans rendez-vous - le Jeu 03 Nov 2011, 12:25
Aujourd'hui l'une des classiques de la chaîne, l'émission sur la médecine et la recherche médicale, Avec ou sans rendez-vous, présentée par Olivier Lyon-Caen, n'avait pas encore de fil qui lui fût consacré.
C'est pourtant une émission qui ne démérite pas, dont le producteur, chef du Service de Neurologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, connaît son affaire, invite fréquemment d'intéressants spécialistes, et les met justement à contribution.
Son jeu de la vulgarisation, sa présentation des sujets abordés sont quelques fois un peu lourds, et certains ne goûteront pas son style parfois léthargique, mais qui est intéressé par les thèmes traités y trouve généralement son compte.
Sauf mardi dernier (le 1er novembre 2011), où l'invité, Philippe Even, (pourtant) Professeur émérite à l'Université Paris Descartes et ancien Doyen du Centre Hospitalo-Universitaire Necker Enfants-Malades, a fait tourner le sujet abordé à la grand-guignolade.
Le sujet en question était La démarche scientifique à travers les siècles. Un sujet original pour l'émission, et que j'étais curieux d'y voir traité.
Philippe Even après avoir promis du Popper et du Feyerabend, centra le propos sur Arthur Koestler, promouvant essentiellement l'idée que la science ne s'épanouit que dans la démocratie. Abord intéressant, et sûrement défendable, sauf qu'à cet effet, Philippe Even s'est employé à dézinguer sans vergogne Platon puis Aristote, avant de se charger de celui dont le nom est porté par l'Université où Philippe Even a gagné son éméritat, Descartes.
Non pas qu'on ne puisse le faire, à la suite de Popper, c'est devenu une mode. Mais il faut avoir l'argumentaire un minimum solide pour se lancer dans un tel propos.
Voici ce que dit M. Even, sous les applaudissements malheureux d'Olivier Lyon-Caen :
(En résumé, et caricaturé) Sur Platon, c'est bien sûr le roi des conservateurs, l'ami des tyrans, c'était surtout un taciturne. Il n'a fondé toute sa philosophie que sur une idée : les vérités sont inaccessibles, elles sont cachées à l'homme vivant, à jamais. C'est une philosophie de l'immobilisme et de la bile noire.
Un peu court, non? Et même déformé, tronqué et lapidaire pour celui dont Whitehead dira que toute la philosophie occidentale n'est qu'une suite de notes de bas de page à ses écrits.
Sur Aristote : plus souriant, tout aussi immobiliste, sa philosophie est encore plus fausse (nous sommes toujours dans les pensées de M. Even). La preuve, sa doctrine géocentrique, quand d'après M. Even, toute la Grèce était acquise depuis longtemps à l'idée de l'héliocentrisme, comme en témoigne Aristarque de Samos (!!) et Héraclite (?!).
Inutile de dire qu'on est là non dans la caricature, mais dans la pantalonnade.
Pour commencer par du factuel, Aristarque de Samos, commentateur d'Aristote, c'est -310 / -230, Aristote est mort en -322. Le géocentrisme et surtout l'idée d'une terre cylindrique, puis ronde, étaient bien sûr déjà des progrès par rapport aux idées en cours.
Aristarque était à l'évidence un grand astronome, et l'astronomie a d'ailleurs connu un grand essor a l'époque hellénistique. Mais son idée était extrêmement marginale, et ne nous est rapporté qu'à travers les critiques qu'en fait Archimède. Elle souffrait d'ailleurs de nombreux inconvénients compte tenu des présupposés de l'époque, qui lui furent reprochées (notamment l'idée qu'on se faisait de la distance aux étoiles lointaines, qu'il fallait largement réévaluer à la hausse avec la théorie d'Aristarque).
Bref, l'idée d'une Grèce qui croyait à une Terre tournant autour du Soleil à l'époque classique est d'un ridicule sans nom. Quand à savoir ce qu'Héraclite vient faire là, je suis preneur d'informations (mais largement dubitatif). Je ne comprends pas qu'on puisse se permettre de déballer de telles inepties avec l'assurance des plus doctes, au sujet de personnalités d'une telle importance, sur une radio publique consacrée (notamment, censément) au savoir. Et avec la bienveillance du présentateur.
S'ensuivent des coups sur l'Eglise et Thomas d'Aquin, qui ont, c'est bien connu, étouffé toutes les sciences, sauf une : les mathématiques. Inoffensives, M. Even
a pour théorie que les mathématiques, au contraire des autres sciences, ne remettent en cause aucun pouvoir, et en plus, ne coûtent rien. C'est ainsi que jusqu'à la renaissance, elles sont les seules à avoir progressé. Et c'est pourquoi toujours selon l'invité de la semaine, notre bon pays, diaboliquement étatiste, ne réussit quoi ce que soit qu'en mathématiques.
Philippe Even ne s'arrête pas là. Promoteur de Kepler (là encore, une position fondée), il s'emporte au sujet de Descartes physicien : Descartes, qui ne voulait
surtout pas déranger l'église - on voit difficilement le rapport -, s'est absolument trompé sur tout en matière de physique (mais avec méthode, comme disait - et on peut le croire, c'est sûr - Voltaire). J'aurais espéré à ce propos une petite critique par M. Even des travaux d'optique géométrique de Descartes. Et qu'au passage, ayant Popper en tête, il se souvienne que les théories physiques ne peuvent de toute façon être vraies. Qu'enfin il recontextualise les positions de Descartes sur le mouvement, sur le vide ou sur les tourbillons (puisque ce sont sûrement les erreurs qu'à en tête Philippe Even) qui étaient pour beaucoup défendables, et si elle furent rapidement réfutées, c'est qu'elles avaient l'avantage d'être réfutables. Il n'en reste pas moins qu'elles firent progresser les idées et les débats de l'époque.
Bref, un numéro et un invité à oublier rapidement.
C'est pourtant une émission qui ne démérite pas, dont le producteur, chef du Service de Neurologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, connaît son affaire, invite fréquemment d'intéressants spécialistes, et les met justement à contribution.
Son jeu de la vulgarisation, sa présentation des sujets abordés sont quelques fois un peu lourds, et certains ne goûteront pas son style parfois léthargique, mais qui est intéressé par les thèmes traités y trouve généralement son compte.
Sauf mardi dernier (le 1er novembre 2011), où l'invité, Philippe Even, (pourtant) Professeur émérite à l'Université Paris Descartes et ancien Doyen du Centre Hospitalo-Universitaire Necker Enfants-Malades, a fait tourner le sujet abordé à la grand-guignolade.
Le sujet en question était La démarche scientifique à travers les siècles. Un sujet original pour l'émission, et que j'étais curieux d'y voir traité.
Philippe Even après avoir promis du Popper et du Feyerabend, centra le propos sur Arthur Koestler, promouvant essentiellement l'idée que la science ne s'épanouit que dans la démocratie. Abord intéressant, et sûrement défendable, sauf qu'à cet effet, Philippe Even s'est employé à dézinguer sans vergogne Platon puis Aristote, avant de se charger de celui dont le nom est porté par l'Université où Philippe Even a gagné son éméritat, Descartes.
Non pas qu'on ne puisse le faire, à la suite de Popper, c'est devenu une mode. Mais il faut avoir l'argumentaire un minimum solide pour se lancer dans un tel propos.
Voici ce que dit M. Even, sous les applaudissements malheureux d'Olivier Lyon-Caen :
(En résumé, et caricaturé) Sur Platon, c'est bien sûr le roi des conservateurs, l'ami des tyrans, c'était surtout un taciturne. Il n'a fondé toute sa philosophie que sur une idée : les vérités sont inaccessibles, elles sont cachées à l'homme vivant, à jamais. C'est une philosophie de l'immobilisme et de la bile noire.
Un peu court, non? Et même déformé, tronqué et lapidaire pour celui dont Whitehead dira que toute la philosophie occidentale n'est qu'une suite de notes de bas de page à ses écrits.
Sur Aristote : plus souriant, tout aussi immobiliste, sa philosophie est encore plus fausse (nous sommes toujours dans les pensées de M. Even). La preuve, sa doctrine géocentrique, quand d'après M. Even, toute la Grèce était acquise depuis longtemps à l'idée de l'héliocentrisme, comme en témoigne Aristarque de Samos (!!) et Héraclite (?!).
Inutile de dire qu'on est là non dans la caricature, mais dans la pantalonnade.
Pour commencer par du factuel, Aristarque de Samos, commentateur d'Aristote, c'est -310 / -230, Aristote est mort en -322. Le géocentrisme et surtout l'idée d'une terre cylindrique, puis ronde, étaient bien sûr déjà des progrès par rapport aux idées en cours.
Aristarque était à l'évidence un grand astronome, et l'astronomie a d'ailleurs connu un grand essor a l'époque hellénistique. Mais son idée était extrêmement marginale, et ne nous est rapporté qu'à travers les critiques qu'en fait Archimède. Elle souffrait d'ailleurs de nombreux inconvénients compte tenu des présupposés de l'époque, qui lui furent reprochées (notamment l'idée qu'on se faisait de la distance aux étoiles lointaines, qu'il fallait largement réévaluer à la hausse avec la théorie d'Aristarque).
Bref, l'idée d'une Grèce qui croyait à une Terre tournant autour du Soleil à l'époque classique est d'un ridicule sans nom. Quand à savoir ce qu'Héraclite vient faire là, je suis preneur d'informations (mais largement dubitatif). Je ne comprends pas qu'on puisse se permettre de déballer de telles inepties avec l'assurance des plus doctes, au sujet de personnalités d'une telle importance, sur une radio publique consacrée (notamment, censément) au savoir. Et avec la bienveillance du présentateur.
S'ensuivent des coups sur l'Eglise et Thomas d'Aquin, qui ont, c'est bien connu, étouffé toutes les sciences, sauf une : les mathématiques. Inoffensives, M. Even
a pour théorie que les mathématiques, au contraire des autres sciences, ne remettent en cause aucun pouvoir, et en plus, ne coûtent rien. C'est ainsi que jusqu'à la renaissance, elles sont les seules à avoir progressé. Et c'est pourquoi toujours selon l'invité de la semaine, notre bon pays, diaboliquement étatiste, ne réussit quoi ce que soit qu'en mathématiques.
Philippe Even ne s'arrête pas là. Promoteur de Kepler (là encore, une position fondée), il s'emporte au sujet de Descartes physicien : Descartes, qui ne voulait
surtout pas déranger l'église - on voit difficilement le rapport -, s'est absolument trompé sur tout en matière de physique (mais avec méthode, comme disait - et on peut le croire, c'est sûr - Voltaire). J'aurais espéré à ce propos une petite critique par M. Even des travaux d'optique géométrique de Descartes. Et qu'au passage, ayant Popper en tête, il se souvienne que les théories physiques ne peuvent de toute façon être vraies. Qu'enfin il recontextualise les positions de Descartes sur le mouvement, sur le vide ou sur les tourbillons (puisque ce sont sûrement les erreurs qu'à en tête Philippe Even) qui étaient pour beaucoup défendables, et si elle furent rapidement réfutées, c'est qu'elles avaient l'avantage d'être réfutables. Il n'en reste pas moins qu'elles firent progresser les idées et les débats de l'époque.
Bref, un numéro et un invité à oublier rapidement.








