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« Questions d'éthique », Monique Canto-Sperber    Page 1 sur 1

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« Questions d'éthique », Monique Canto-Sperber - le Dim 11 Nov 2012, 18:19

Alors, que pensez-vous de "Questions d'éthique", émission de Monique Canto-Sperber, diffusée le jeudi de 15h30 à 16h (podcastable, réécoutable...)?

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Débat sur le mariage homosexuel et l'homoparentalité - le Dim 11 Nov 2012, 18:22

Je ne suis pas sociologue, ni philosophe, ni homosexuel, ni juriste... Je n'ai aucune compétence ni aucun intérêt particulier pour parler de ce débat qui revient en ce moment dans l'actualité. C'est simplement en tant qu'auditeur de France Culture, en tant que "citoyen devant être éclairé par la radio publique", que je veux faire part de mes réflexions à propos de deux émissions de Questions d'éthique, du 20/09/12 et du 27/09/12, qui visaient justement à permettre à chacun de se faire une opinion. Je peux dire tout de suite, pour ceux qui voudraient s'éviter la lecture fastidieuse de ce qui suit, que j'ai le sentiment que l'écoute attentive de ces deux émissions m'aura effectivement fait progresser dans la compréhension des enjeux, et donc je remercie Monique Canto-Sperber et ses deux invités successifs pour leur clarté et leur profondeur.

Résumons les arguments échangés dans la première émission: "En quoi le mariage de personnes de même sexe défierait-il la morale?", invité: Thibaut Collin.
Pour Thibaut Collin, le mariage est essentiellement une union entre un homme et une femme et le fait de supprimer cette articulation mène à la dissolution de cette institution. En voulant se marier (c'est-à-dire, en voulant faire reconnaître leur mode de vie comme absolument légitime, ce qui est humain et compréhensible), les homosexuels annulent la spécificité de cet acte. Cette conception tient au fait que c'est la question de la filiation qui est à la base du mariage. Ainsi, il n'est pas juste que deux personnes du même sexe puissent se marier car elles ne peuvent pas à toutes les deux fonder une famille. En ayant forcément recours à l'adoption ou à la Procréation Médicalement Assistée, elles empêchent leurs enfants d'avoir une représentation des figures parentales stable et claire. Là aussi, c'est le désir excessif de ces parents homosexuels qui crée une situation anti-naturelle, nocive et injuste. Le désir, aussi légitime et compréhensible soit-il, ne peut pas suffire à régler les possibilités d'union et de filiation. Si le désir devient la seule norme, rien ne s'oppose aux relations incestueuses ou à la polygamie. Mais, l'opposition à cette tendance ne tient pas tant à un rejet moral de ce type de relations qu'au rejet de l'injustice faite aux enfants qui naissent dans des familles a-normales.

Résumons à présent les arguments exposés par Martine Gross dans la deuxième émission: "Homoparentalité, l'état du débat". La question abordée est plus directement celle de la filiation, mais l'émission constitue malgré tout une réponse aux conceptions défendues par Thibaut Collin.
La revendication du mariage homosexuel signifie-t-elle la fin de l'institution du mariage et la disparition du système symbolique de la filiation?
La réponse est clairement non pour Martine Gross. En effet, elle insiste sur l'importance de donner aux enfants une lignée de deux parents, donc de les inscrire symboliquement et réellement dans la filiation. Cette reconnaissance de filiation devrait selon elle prendre la forme d'un acte juridique solennel et définitif: l'enfant aura pour parents ceux qui l'auront reconnu, quels que soient les aléas à venir de la vie de ces personnes. Le mariage est finalement une condition préalable à cette reconnaissance par deux personnes (union de deux lignées), même si la stabilité des couples homos n'est sans doute pas plus garantie que celle des couples hétéros.
Ensuite, est-ce que le couple homosexuel peut offrir à l'enfant une véritable relation de parentalité, alors qu'il n'incarne pas le principe biologique de la différence sexuelle nécessaire à la reproduction, qu'il a besoin d'un tiers pour la procréation et qu'en même temps il exclut ce tiers de la relation affective et éducative? Ces contradictions donnent l'idée d'une filiation faussée, inauthentique et de moindre valeur.
La réponse de Martine Gross consiste à bien distinguer les notions de procréation et de parentalité, en montrant que leur association est loin d'aller de soi, même dans le cas des unions hétérosexuelles. Il y aurait comme une fiction dans la représentation classique du mariage, tendant à associer procréation et parentalité: le père reconnaît des enfants dont il n'est pas absolument certain d'être le géniteur; le donneur de sperme, dans le cas d'une PMA, est relégué dans l'anonymat pour que les conditions réelles de la procréation ne viennent pas entacher l'image d'une paternité complète... Il y aurait donc une image modèle du couple parental, qu'il faudrait préserver en évacuant tout risque de dissociation entre procréation et parentalité. A l'encontre de cette tendance à la fiction, Martine Gross préfère qu'on reconnaisse la réalité de chacune de ces deux notions et qu'on cesse de vouloir les confondre. En particulier, elle estime préjudiciable l'anonymat qui est la règle actuellement dans toutes les PMA effectuées pour les couples hétérosexuels infertiles. La différence sexuelle constitutive de la procréation n'est donc pas niée (au contraire, il faudrait que tous les enfants sachent réellement qui sont leurs géniteurs) mais remise à sa place: elle est une étape nécessaire, mais complètement séparable de la parentalité.

Personnellement, je trouve très convaincantes les réponses apportées au cours de la deuxième émission aux objections présentées dans la première. C'est l'idée d'un renouvellement du mariage, fondé sur une reconnaissance d'une parentalité plus consciente, moins "naturelle". J'apprécie les distinctions opérées par Martine Gross qui vont à l'encontre d'un sentiment de confusion généralisée qu'on peut avoir à propos de cette reconnaissance du mariage homosexuel. En particulier, la réflexion sur la question de l'anonymat des donneurs ou celle sur la gestation pour autrui ne sont pas évacuées mais au contraire mises au centre du débat, en postulant que ce sont des questions qui peuvent être traitées honnêtement, sans préjudice pour l'enfant. Cette démarche permet d'espérer qu'une réflexion similaire sur les aspects de manipulation génétique de la PMA ne serait pas non plus évacuée. Ce problème n'est pas évoqué dans le débat actuel mais il n'y est pas étranger, dès lors qu'on oppose une filiation "naturelle" à une filiation "culturelle", et qu'on met en cause la légitimité du désir d'enfant "à tout prix". Ce débat sur ce qui peut être permis en matière d'intervention sur le matériel génétique de l'embryon est lui-même bien sûr très complexe, et ce serait un argument de poids contre le mariage homosexuel si le fait de libéraliser celui-ci devait entraîner automatiquement une très grande tolérance en la matière. La position exprimée par Martine Gross me paraît donc constructive, même si j'ai au départ quelques interrogations sur cet acte de reconnaissance de la parentalité qu'elle préconise. Est-ce qu'un enfant, en grandissant, pourra voir dans cet acte juridique autre chose qu'un bout de papier? Tout dépendra sans doute de la façon dont il aura été élevé et du degré de responsabilité qu'auront assumé ses parents (tout comme dans les cas où des enfants élevés par leurs parents biologiques finissent néanmoins par ne plus les reconnaître et rompent tout contact avec eux). Peut-il y avoir une souffrance plus grande dans un cas que dans l'autre? Le "papier" a-t-il forcément une moins grande valeur que l'expérience physique de la conception et de la gestation? En posant ces questions, je ne vois pas ce qui permettrait d'y répondre positivement.

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Re: « Questions d'éthique », Monique Canto-Sperber - le Mer 14 Nov 2012, 19:22

Vincent, votre analyse, très approfondie, mérite des commentaires/réactions que je ne me sens pas capable de faire à ce stade, tant je suis partagé sur le sujet de l'homoparentalité. Je n'ai pas encore compris si l'accès au mariage par les homosexuels (les) entrainait nécessairement l'accès à l'homoparentalité. Autant je n'ai aucuns problèmes sur le mariage entre deux adultes consentants, autant l’arrivée de tiers (enfants) me laisse plus perplexe. Je vais continuer à m’informer sur le sujet. Malheureusement, c’est un sujet sensible et les intervenants sont souvent excessifs dans leurs propos.

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A ce que j'en sais - le Ven 16 Nov 2012, 18:03

Apparemment, le projet du gouvernement prévoit le mariage mais pas la parentalité... ce qui est un contresens par rapport à la réflexion développée dans les émissions dont nous parlons. Si le résultat du "mariage" n'est que le droit de pouvoir appeler officiellement son conjoint "mon mari" ou "ma femme", j'imagine que les homosexuels doivent être les premiers à en rire. Ceci dit, je comprends qu'on soit réservé sur le sujet: ce n'est pas rien de remettre en question le schéma du couple parental hétérosexuel. Mais, le mariage "traditionnel" n'est pas non plus une réalité si intemporelle que cela, au niveau conjugal comme au niveau parental. Son ouverture aux couples homosexuels peut être vue comme une évolution parmi beaucoup d'autres...

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correction - le Sam 17 Nov 2012, 16:57

Non, je corrige, après lecture du Monde: le projet de loi prévoit la reconnaissance de la parentalité, c'est la PMA qui n'est pas (encore?) reconnue.

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Un très bon numéro - Le polythéisme naturel - le Ven 25 Jan 2013, 13:03

Je vois que j'ai oublié de signaler un numéro fort agréable et instructif, même si je n'y ai plus souvenir d'y avoir entendu quelque question éthique que ce soit, mais peu importe.

C'était le 3 janvier. Emission sur le polythéisme naturel (si on peut dire). Invitée Frédérique Ildefonse, pour son livre "Il y a des Dieux" (PUF). C'est donc une émission d'anthropologie fondamentale. Alors je suppose que les grands connaisseurs du sujet n'y apprendront peut-être rien. Mais c'est un dialogue qui remettra en selle ceux qui sont restés insatisfaits de leur lecture de Mircea Eliade et peut-être ne sont jamais sortis de son labyrinthe ; de même pour ceux qui jadis ont aimé lire Van Gennep ou ont récemment découvert le courant nouveau de la mythologie française grâce à ces historiens qui ont récemment publié chez Imago (Claude Lecouteux, Philippe Walter) ; enfin les auditeurs qui ont aimé les Matinée des autres quand on y fricotait avec le sujet, ou encore quelque bon numéro des Vivants et des Dieux sur le paganisme. Voila le public naturel de ce dialogue et probablement du livre qui l'a motivé. On peut y ajouter tous les passionnés d'Antiquité ou d'Histoire des religions. Je garantis que tous apprécieront la façon dont le sujet est abordé, intelligemment et non moins intelligemment servi par la productrice de l'émission. Vraiment bien.


A part ça au fil des années Madame Canto-Sperber est toujours aussi agaçante (enfin, un peu moins dans ce numéro, peut-être) avec sa musiquette vocale, ses hésitations simulées, cette fausse prudence verbale dont elle n'a nul besoin. S'agit-il de dissimuler son appétence pour le pouvoir, son aisance intellectuelle, son autorité naturelle ? En tous cas c'est emmerdant, ce cinéma. Reste que son émission est une des plus crédibles de la chaîne, et surtout une de celles où l'on entend des philosophes invités qui disent le moins de bétises.

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Re: « Questions d'éthique », Monique Canto-Sperber - le Jeu 02 Mai 2013, 20:22

La dette publique aujourd'hui et hier.
Et ses implications morales.
C'était, me semble t-il, malgré mon peu de compétence à juger un cours d'économie , excellent. Un bon pédagogue que Gérard Béaur.
On devrait diffuser ce genre d'émissions depuis le début de la crise.

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