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France culture ou la réhabilitation de Louis de Funès    Page 1 sur 1

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France culture ou la réhabilitation de Louis de Funès - le Dim 03 Fév 2013, 15:39




Acteur tantôt ignoré, tantôt décrié par la critique des années 60 et 70, souvent conspué par les cinéphiles de ces mêmes années autant pour ses films que pour ses rôles, mal aimé par tous ceux qui ont tourné avec lui - techniciens et réalisateurs inclus -, mais populaire chez tous les autres...


A l'heure où Fernandel et Bourvil sont plongés dans l'oubli (leurs scénaristes, dialoguistes et réalisateurs avec eux), de Funès rayonne et trône.


Télérama rend hommage à cet acteur-onomatopée et mauvais mime ; un ouvrage lui tresse des lauriers ; la jeunesse - celle qui, comme un fait exprès, n’a ni queue ni tête -, ne tarit pas d’éloges à son sujet – on évoque des « de Funès-party » jusque tard dans la nuit.


Autre temps, autre mœurs ! On a perdu Fernandel. On nous a imposé de Funès auprès de Bourvil, avant de perdre ce dernier.


On a perdu l'homme de la rue, droit, réservé, honnête, plutôt généreux, un peu naïf par la force des choses… et pour toute consolation, on nous a servi à l’écran, un personnage sans qualité, cupide, inculte, arriviste, violent et accapareur, sans un seul regard critique de la part de ceux qui le mettaient en scène dans des films sans point de vue, le plus souvent.


En effet, on remarquera l'absence totale d'humour et d'auto-dérision, voire de distance, dans les personnages et le jeu d'acteur de de Funès. Au cirque, chez les clowns, et pour peu qu'il ait pu y trouver une place - et rien n'est moins sûr -, de Funès ne serait non pas l'Auguste mais le contre-pitre, et pas n'importe lequel : un contre-pitre inédit donc qui se prendrait alors, sans toutefois soupçonner un instant en lui cette supercherie, pour le clown blanc, et fatalement : la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf, et ce bien qu'il ne possède aucune des qualités de l'une ni de l'autre.


Fort d'un soutien populaire qui ne s'est jamais relâché, ce personnage égocentrique dont chacun de ses rôles est dépourvu de qualités humaines, fait donc aujourd'hui l'unanimité dans la presse cinéphilique comme dans l'édition et même chez France Culture.


Ce qui frappe, c’est l’absence de regard critique de tous les acteurs de ce qu’il faut bien appeler « la réhabilitation de Louis de Funès ». Sans mentionner un seul de ses films, un seul de ses rôles - comme si de Funès se suffisait à lui tout seul -, tous n’ont pas de mots assez forts pour exprimer leur admiration pour cet acteur "génial" et de célébrer, outre un moment de société qui n’en finit plus de mourir (1) - agonie à l’infini et à une échelle temporelle maintenant digne d'une civilisation -, un petit homme au visage ingrat, un personnage-archétypal sur-excité, mesquin, méprisant, avare, obtus, borné, envieux, impitoyable avec les faibles et docile avec les puissants.


Sans doute dupes de ce qui nous est donné à rire - même si, après tout, rien ne nous empêche de nous demander au détriment de qui et de quoi on rit -, célébrer aujourd’hui le cinéma d’un de Funès sans y jeter un regard critique, n’est-ce pas célébrer la loi du plus lâche face aux puissants ainsi que la loi du plus méchant face aux plus faibles ?


A y réfléchir de plus près : tout ce qui est mal n'est-il pas bon, et ne fait-il pas du bien ? Aussi, rire avec Louis de Funès, à défaut de rire de lui, n’est-ce pas rire de tout ce qu’on n’ose pas soi-même assumer car, tout ce qu’on a rêvé, de Funès ne l’a t-il pas fait ?

Rire exutoire que ce rire-là : rire du faible à propos d’un plus faible que lui. Belle revanche des vaincus ou des humiliés qui s’ignorent autant qu’ils sont lâches et heureux de l’être, et aujourd’hui plus encore, ce rire qui n'en finit pas de résonner, génération après génération…

Tocsin de l'âme...

Âme funeste.



__________________



1 – On pensera à Sarkozy… un Sarko consécration d'un Louis de Funès. Même si… quitte à choisir, en tant qu’homme d’Etat, il y avait Louis XIV ! Mais… sans doute finit-on par s’offrir la parenté de substitution que l'on mérite.

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Re: France culture ou la réhabilitation de Louis de Funès - le Dim 03 Fév 2013, 16:04

Alors je crois qu'il faut s'attendre à une réhabilitation de Fernandel sur FC. Car pour Bourvil, il y a eu un triptyque fort élogieux dans "Sur les docks" : Bourvil dans tous ses états
- Surprenant acteur (31 décembre)
- Les rôles peu conventionnels (1 janvier)
- L'homme (2 janvier).

Je n'ai écouté que le second volet, où Jean-Pierre Mocky raconte l'histoire à sa sauce, comme toujours, mais enfin on peut lui faire confiance pour ne pas avoir tout imaginé.

C'était même quasi tout ce que Sur les docks a fait de culturel depuis un an car pour le reste, la tranche d'Irène Omélianenko est devenu une succursale du Kronlundisme.

Et sinon, vous exagérez un peu : le papier en réhabilitation culturelle de De Funes ne cite peut-être aucun de ses films, mais le Une vie une oeuvre qui lui a été consacré le 17 novembre (et qui n'était pas bien génial) n'a pas fait la même erreur.

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Re: France culture ou la réhabilitation de Louis de Funès - le Dim 03 Fév 2013, 16:20

Dans ma jeunesse, l'un des grands débats "intellectuels" au sein de ma famille était au sujet de qui était le meilleur: Bourvil ou De Funes. (Un des autres grands débats était sur Anquetil/Poulidor, c'est vous dire !)

Moi j'ai toujours été un "Bourvilien." Je ressentais souvent derrière le rire de Bourvil une certaine mélancolie qui me touchait beaucoup.
Je ne vois pas d'équivalent chez Louis de Funes à la magnifique interprétation d'un commissaire de police par Bourvil dans le Cercle Rouge de Melville.

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Re: France culture ou la réhabilitation de Louis de Funès - le Dim 03 Fév 2013, 16:35

Il y a bien des finesses chez Bourvil : pas tant son rôle de faire-valoir dans la Traversée de Paris, mais par exemple en plus de ses rôles chez Mocky, on pourrait citer son personnage de paysan roué dans "La jument verte", ou bien l'aventurier qui s'approche lentement de la fin de sa course dans "Les grandes gueules".

Si je préfère De Funès c'est à cause de l'énergie comique, qui m'est bien plus mystérieuse que l'habileté du jeu dramatique. On cherchera en vain chez De Funès, même dans ses exploits au théâtre (par exemple dans Oscar) une habileté autre que comique. Il me semble que ce qu'il fait est plus difficile, ou alors découle directement de sa très forte présence physique. Et comme le comique est bigrement plus difficile à analyser, je ne suis guère avancé. Par ailleurs Bourvil ne m'a jamais fait rire dans ses rôles de benêt victime. Si quelque chose était comique, c'était le montage du gag et donc le travail de scénario+mise en scène (par exemple chez Oury).

On serait probablement éclairés en comparant non plus les performances dans l'un ou l'autre rôle, mais des interviews télévisées. De Funes occupé non à faire le pitre mais à expliquer comment il travaille un rôle (par exemple aux rendez-vous de théâtre du dimanche soir comme 'Les trois coups') est impressionnant par son intelligence. On en dira autant de Dufilho d'ailleurs, quand il parle sérieusement et sans faire le gugusse à accent. Et là, je n'ai pas trouvé (mais pas cherché non plus) l'équivalent chez Bourvil.

Quant à Fernandel, que Pagnol prenait pour un imbécile, il faut vraiment n'avoir jamais vu ni Le Schpountz ni Angèle pour ignorer quel comédien c'était....

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A nice smooooth sketch - le Dim 03 Fév 2013, 19:12

Je crois utile de faire maintenant rebondir ce débat de haute volée : on n'a pas encore évoqué Fernand Raynaud.

Soucieux de remettre la discussion sur les rails idéologiques voulus par Serjaculeski en ouverture du fil, je dois donner ici une information d'importance minérale : Fernand Raynaud était un transfuge de la CIA devenu agent du KGB. Toute sa carrière comique s'explique par la mission filandreuse de ce qu'il faut bien dire être un agent d'influence : ridiculisant le français moyen pour lui saper le moral, aux applaudissements d'une presse vendue et insincère dont les linéaments aujourd'hui encore enserrent comme un étau tout notre système médiatique aux ordres de Bill de Berg et d'une ONG dont Serge a entendu parler sous le nom des 'Latrines latérales' car c'était vraiment un humour de chiottes. Finalement rattrapé comme tous les agents doubles, convaincu de trahison il fut exécuté selon la méthode raplapla par le conducteur d'une bétaillère dont le volant était tenu par Bobby Lapointe. C'est à l'autopsie qu'on se rendit compte que son squelette était rouge : c'est qu'il avait été formé aux Etats-Unis par le fameux espion Red Skelton.

En voici la preuve irréfutable :

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Plutôt Beatles ou plutôt Stones ? - le Dim 03 Fév 2013, 19:28

Entre Bourvil et De Funès, c'est Serge que j'préfère.

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le comique serge - le Dim 03 Fév 2013, 21:12

Moi aussi,c'est serge qui m'amuse le plus.Je me demande toujours comment il arrive à nous donner une telle illusion de sincérité.

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Re: France culture ou la réhabilitation de Louis de Funès - le Dim 03 Fév 2013, 22:27

A parler ainsi de De Funes vous le condamnez à une mort posthume
et tout condamné à mort aura la tête tranchée !

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La piste aux étoiles. - le Dim 03 Fév 2013, 23:40

Détrompez-vous Cricri, Serge n'est pas un illusionnosite, car avec lui nous avons une vraie expertise clownesque de l'intérieur. Une vraie perle à l'heure du décryptage franceculturel.

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