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Comment l'écoutez-vous ?    Page 4 sur 4

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Comment l'écoutez-vous ? - le Dim 17 Mar 2013, 22:09

Rappel du premier message :

Nota Bene : voir aussi le fil connexe Pourquoi j'écoute la radio

*************************

Un fil dont le titre est un rappel de la rubrique "Comment le goûtez-vous ?" de feu l'émission "De bouche à oreille" que Renée Elkaïm-Bollinger anima de longues années avec grand talent.

Comment l'écoutez-vous, donc.

Vu les nouveaux moyens d'écoute de la radio depuis quelques années et les conséquences que cela entraîne sur l'auditeur, mais aussi sur les émissions et la parole des intervenants, il semble juste de ranger expériences et réflexions dans un fil "dédié", si les contributeurs sont d'accord (et si quelque part ne se cache pas déjà un fil comparable). Cela faisait un moment que j'avais envie de partager quelques observations à ce sujet. Antonia et Alain Machefert, votre échange dans le fil TTL ouvre des pistes intéressantes.

Dunque, dans le fil TTL
@antonia a écrit:Alain, je vois bien que pour beaucoup, cela est égal d'entendre une émission à n'importe quelle heure. Mais pour beaucoup d'autres aussi, dont je suis, entendre l'émission en direct a beaucoup plus de charme.Lorsqu'il s'agit d'une émission qu'on aime , on s'y prépare à l'avance mentalement et c'est un grand plaisir. C'est un rite et comme tous les rites, c'est rassurant.Et c'est la vie qui est là, on perçoit toutes les intonations, les soupirs, les bafouillages quand ils sont là et c'est émouvant.
Bien sûr, le téléchargement est intéressant puisque, justement, cela permet de ne retenir que les émissions passionnantes.Cela permet de les étudier à fond , si besoin est. Enfin, bref, je ne dénie pas les avantages de cette diffusion retardée dans le temps. D'ailleurs, avant on enregistrait sur les cassettes.
(au fait, merci Masterkey pour cette possibilité de téléchargement direct sur le forum. C'est étonnant)
Antonia, je vous suis à 100%. Entre autres expériences mémorables d'un rite quotidien : l'écoute le midi du Panorama de France Culture (dont Nessie a fourni récemment l'indicatif à tous les nostalgiques) et dîner en écoutant Agora à 19h30 ou, plus tard en soirée, écouter les Nuits magnétiques avant de dormir. On allumait le poste et l'on savait qu'on retrouvait des "amis" et des indicatifs à heure fixe qui sont désormais comme des bornes jalonnant la mémoire.  "Rassurant" est le bon mot. Tout à fait d'accord, donc, avec vous et Masterkey, le magicien du téléchargement, qui exprimait dans un fil son plaisir d'écouter une émission lors de l'unique passage de celle-ci sur les ondes.

Le téléchargement, oui, mais qui ne se retrouve pas débordé par l'offre pléthorique et qui , ayant les yeux plus grands que le ventre, ne sait plus où donner de l'oreille ? Je vois des mains qui voudraient se lever...

L'émission radio est désormais comme un livre (gratuit) que vous posez sur une étagère et qui se retrouve bientôt sous des centaines d'autres. Il faut développer des qualités d'archiviste pour ne pas se perdre dans ses dossiers Itunes ou dans ses disques durs pour ceux qui ont une passion d'archiviste-conservateur, suivez mon regard...

Il est vrai qu'on avait des cassettes, mais l'enregistrement requérait des efforts d'organisation assez conséquents (j'en sais quelques chose, j'en ai 800) et de la place pour les stocker. On écoutait donc moins en différé. Néanmoins, ces enregistrements sur bande magnétique permettent à ceux qui les ont faits de disposer d'archives bien utiles pour comparer "l'avant" et "le maintenant". Et grâce à vous, antonia, je viens de numériser une cassette contenant une perle d'émission qui fera l'objet d'un commentaire dans le fil d'où j'ai sorti votre commentaire, j'espère que vous ne me tenez pas rigueur de ce déménagement !
* * *

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En différé, au casque, en marchant - le Dim 27 Nov 2016, 19:54

Dans le fameux fil "Du silence à la radio", ouvert et largement abondé par Jean-Luuc (initiative très appréciée), sous le titre Pas la peine de crier : silence(s) x 5 (avril 2013)
Jean-Luuc(http://www.regardfc.com/t781-du-silence-a-la-radio#27472) a écrit: (...) "Le monde entier est gouverné par le son" : pensons à ces spectres qui vont et viennent, oreilles bouchées par des écouteurs ou des casques et qui snobent toute possibilité de contact. Ce que j'ai à écouter est plus important que ce que tu as à me dire. Un symbole de la liberté chez les entendants croit Emmanuelle Laborit. Une aliénation plus probablement.
Le mot "probablement" qui nuance l'affirmation est bienvenu, car il me semble que l'écoute en public au casque ou avec des écouteurs est loin de constituer  une aliénation, et les relations entre inconnus loin d'être exclues par les parties, en tous les cas pas davantage que sans appareil sonore sur les oreilles. J'irai jusqu'à dire que l'appareil sonore est un élément favorisant la relation entre inconnus alors que son absence laisse les inconnus à ce que l'on sait des stratégies d'évitement de contact dans nos villes contemporaines.

Il faudrait du temps, de la place et l'assurance que cela intéresse quelqu'un pour poser ici une réflexion qui va à l'encontre des clichés habituels. Pour avoir utilisé en public les écouteurs et le casque, avoir noté ma manière de croiser les gens et observé ceux-ci (h/f et de divers âges) sans et avec audio, je crois pouvoir dire que le lecteur audio permet la création de relations à autrui, visuelles, mentales ou verbales, qui sans cela n'existeraient pas. En cela, le progrès technique désaliène l'individu contemporain. Comme en beaucoup de choses, c'est nettement mieux maintenant qu'avant.

Peut-être une discussion s'engagera-t-elle sur le sujet à laquelle je prendrai volontiers part, mais après l'Avent et la trêve des confiseurs.

En attendant, quelques passages inspirants entendus en marchant, sur le silence, justement. Voilà ce qu'en dit André Tubeuf dans le 5e numéro de la série Mémoire, 5- Un jeune professeur, c'est Lionel Esparza qui reprend la parole après une pièce musicale : [son mp3="https://static.francemusique.fr/sites/default/files/asset/aod/2016/31/WL-NET_B7AB42B1-E68D-4551-9ACF-6867542A2799_FM-10.mp3" debut="39:23" fin="40:15"]

Et puis des propos sur la transmission dont France Culture pourrait bien s'inspirer : [son mp3="https://static.francemusique.fr/sites/default/files/asset/aod/2016/31/WL-NET_B7AB42B1-E68D-4551-9ACF-6867542A2799_FM-10.mp3" debut="29:06" fin="30:16"]

Toujours en marchant (désaliéné ou "inaliéné"...), écouté l'exceptionnel numéro des Plaisirs du Quatuor de Stéphane Goldet, le numéro du samedi 24 septembre 2016, Le Quatuor Belcea joue Thomas Larcher et Beethoven.

Après la diffusion du Quatuor à cordes n° 14 en ut dièse mineur op. 131 de Ludwig van Beethoven, l'on peut entendre,  sans transition, la voix reconnaissable entre toutes de Jean-Michel Damian lisant un compte-rendu de Berlioz sur les réactions à l'écoute de l’œuvre : [son mp3="https://static.francemusique.fr/sites/default/files/asset/aod/2016/38/WL-ITE_00082899_RSCE-10.mp3" debut="104:35" fin="108:05"]

Beethoven a composé ses derniers quatuors sourd. Penser à ne pas le devenir en écoutant France Culture à des volumes exagérés via des écouteurs intraauriculaires... Se rappeler, à cette occasion ce que Charlélie Couture, entre autres, a dit il y a bien des années sur la survenue de sa surdité. Et peut-être suivre les bons conseils prodigués lors des journées de l'audition ou dans n'importe quelle brochure d'information. Il y a quelque temps, avec Nessie, nous nous posions la question sur ce forum de la raison pour laquelle les producteurs beuglaient de plus en plus dans le micro : ne serait-ce pas le symptôme d'une perte d'acuité auditive chez certains ?

Bonne ouïe !

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Re: Comment l'écoutez-vous ? - le Jeu 12 Jan 2017, 22:05

Le 08 janvier 2017,

Philaunet(http://www.regardfc.com/t293p30-quelle-est-la-vocation-de-ce-forum#27928) a écrit:
. Voici un petit récapitulatif des diffuseurs, radios et autres (liste non-exhaustive) pour faire, le cas échéant, une expérience de radiophonie comparée, telle que Fred de Rouen en a donné une magistrale démonstration lors de la création de la rubrique dédiée La tribune : pour une écoute comparative (...).

La vocation de ce forum, c’est également, selon moi, se faire l’écho de l’évolution du média radiophonique culturel dans un environnement technologique changeant. Les habitudes de l’auditeur exigeant ont été modifiées ces dernières années, et ce, pour le mieux, grâce aux sites spécialisés toujours plus nombreux sur Internet. Certains facteurs et développements ont modifié en profondeur le rapport de l'auditeur à la consommation de produits sonores : la mise à disposition d’émissions en ligne sur une longue durée ; le téléchargement généralisé (Radio France) ; les logiciels de captation et de conversion (pour les fichiers non téléchargeables et les vidéos) ; les modes de stockage toujours plus performants et variés ; le partage de fichiers facilité par les plateformes dédiées, etc. Tels sont les facteurs pouvant expliquer en partie l'amoindrissement de la critique radiophonique sur un forum comme celui-ci ou la baisse des échanges sur une plateforme autrefois très dynamique  comme l'ANPR. L'auditeur exigeant est, au bout du compte, nettement plus "garni" qu'il y a dix ou vingt ans, sans parler de plus tôt encore. Résultat : des voix font entendre discrètement que l'offre de qualité passée et présente dépasse leur capacité d'écoute...  

Merci Philaunet pour ce mémorable message dans lequel j'ai isolé les différents modes d'écoute possible permis par le support technologique. En soulignant quelques mots, j'ai souhaité mettre en valeur l'équation suivante bien connue de chacun des auditeurs de France Culture et d'ailleurs : l'offre numérique mise à disposition dans le temps (l'éternité des podcasts sur FC) et l'espace (des disques durs) encourage un stockage déraisonnable de contenus radiophoniques et conduit à une raréfaction de la critique. L'on se serait attendu à l'inverse. L'occasion est toute trouvée d'énoncer brièvement ici pourquoi ce n'est pas le cas. Pour moi.

Pour la raison principale qui a pu prendre corps dans ce fil dédié : l'écoute comparée. Fred de Rouen pose dans son message liminaire l'hypothèse de « travail » suivante : Pourquoi ne pas appliquer aux productions radiophoniques le principe de la tribune comparative et critique, telle qu’elle se pratique pour les disques et les interprétations musicales ? (...) Confronter deux ou trois émissions d’horizons radiophoniques variés, portant sur le traitement d’un même objet. J’entends par ce terme aussi bien un thème commun, qu’un même invité, un même livre, un fait historique précis... (02 novembre 2016)

C'est souvent l'envie de développer ce processus qui me gagne chaque fois que je souhaite rendre compte d'une émission écoutée dans la grille en cours de France Culture. La mettre « en rapport » : 1/ c'est-à-dire en regard d'une autre ou 2/ confrontée à/depuis son contenu. Prenons un exemple de post déjà mis en ligne et un autre qui ne verra sans doute jamais le jour.

Le 21 juillet 2016, sous le titre Chantal Akerman : 6 juin 1950 - 05 octobre 2015, j'ai entrepris de créer quelques recoupements entre trois émissions consacrées à Chantal Akerman : Le bon plaisir, de Jean Daive (3h d'émission), un ACR (35 minutes), et un numéro de Du jour au lendemain, d'Alain Veinstein (34 minutes). Un peu à la manière d'un réalisateur dont on découvre le premier film, j'ai souhaité écouter tout ce qui touchait sur France Culture à l'artiste Chantal Akerman, et remonter le temps grâce aux archives. Rien ne prédisposait ces écoutes enchaînées à l'écriture d'un post. C'est au fur et à mesure que j'ai envisagé des passerelles, relevé des récurrences, restées au départ brouillonnes et simplement basées sur la mémoire des émissions fraîchement écoutées. Et le temps passant - l'intuition de ces connexions s'affirmant - la prise de notes a commencé au beau milieu d'une de ces émissions, tel un filet de sécurité « au cas où »... Quand l'écriture a été certaine, la deuxième écoute a suivi et la rédaction parallèlement.

Si l'on tient compte que les trois émissions représentent dans le cas présent 4 heures d'écoute cumulées, presque autant sont nécessaires pour rendre justice au travail et aux paroles de Chantal Akerman. Mais cette entreprise peut ne pas suffire. Un film charnière peut exigé d'être vu ou revu pour une meilleure compréhension du corpus radiophonique.

Le travail peut également se poursuivre après publication du post grâce à de nouvelles émissions, ou actualités de l'objet étudié. Le 19 novembre 2016, Une vie, une oeuvre proposait un nouveau regard sur l'oeuvre de Chantal Akerman, un an après sa mort : « Chantal Akerman (1950-2015) - Intérieur extérieur », qu'il a été très tentant d'ajouter au post initial. L'auditeur peut aussi s'improviser reporter en rendant compte de l'exposition actuellement tenue à La ferme du Buisson (Noisiel dans le 77) (19 novembre 2016 - 19 février 2017) intitulée « Maniac Shadows ». Sauf que fort de ces informations en passe d'être un jour intégrées, l'on risque fort de se voir rétorquer : « _ Mais ce n'est plus un post, c'est un exposé ! » J'en suis conscient. La longueur du post pris en exemple est d'ailleurs problématique, non adapté à la lecture sur écran.

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Re: Comment l'écoutez-vous ? - le Jeu 12 Jan 2017, 22:05

Décourageant la lecture d'un côté, décourageant l'écriture de l'autre. Un post peut tomber à l'eau par manque d'inspiration quand tout semblait pourtant réuni pour aboutir. Manou Farine proposait par exemple le 30 décembre 2016 une émission intitulée « Poésie et grand écran », vaguement intéressante par ses références, mais sans ligne directrice, papillonnant d'un invité à l'autre, et en cela mensongère par l'ampleur du sujet indiqué, inaccessible sans doute dans le temps imparti à l'émission (1h) sans une visée plus resserrée.

Mensongère car si l'on découpe l'émission en tranches, l'on s'aperçoit rapidement que de poésie et de grand écran, il n'est guère question, ou trop rarement. Ce titre est de la poudre aux yeux, un écran de fumée. Alors de quoi la productrice et ses invités parlent-ils dans cette émission ? Imaginons à notre tour quelques titres probablement plus fidèles aux propos tenus dans ce numéro que le générique : « Poésie et grand écran ». Dans les dix premières minutes, cela pourrait être : « Après Serge Daney, la mort du cinéma commentée ». Puis de 12' à 23' : « Déjouer le cinéma : une poétique de la réalisation ». De 25' à 38' : « Les écrits d'André Breton sur le cinéma ». De 38' à 42', cette incise : « Le rapport du spectateur au film. » À partir de la 42e minute, un virage s'amorce : l'un des invités réalise que le sujet promis n'a pas été une seule fois abordé et tente de corriger le tir. Il est rejoint à la 45e par Carole Aurouet qui rentre dans le vif 10 minutes durant avec : « Les ciné-textes de Robert Desnos. »

Jamais Manou Farine n'interroge frontalement ses invités sur la thématique choisie (ah si pardon à la 54e minute : qu'est-ce qui se joue dans ses années-là [1920-1930] entre le poète et le cinéma ?) , jamais elle ne circonscrit historiquement le sujet, jamais elle ne décrit ou illustre par un extrait sonore une oeuvre, un film, une démarche. Cette émission est une arnaque, une de plus. C'est pourquoi il aurait été instructif de la confronter à deux autres, antérieures de dix années, que sont les deux volets Surpris par la nuit : « Cinéma et poésie » 1/2 (16 mai 2006) et 2/2 (17 mai 2006). Dans celles-ci, Omar Berrada avoue d'emblée oser une tentative impossible, celle d'embrasser les rapports de la poésie et du cinéma sur presque un siècle, en France et à l'étranger. Autrement dit, un travail long et des recherches de sources radiophoniques et artistiques aux frontières extensibles (1h30x2). Mais si les deux émissions Surpris par la nuit valent le coup d'oreille naturellement, en rendre compte ne va pas de soi. Après tout, celles-ci ne se suffiraient-elles pas à elles-mêmes ? Un genre de conclusion aporétique quand on manque d'un angle d'approche...

Voilà comment le temps se dilate quand l'offre est importante. Des ramifications naissent à tout bout de champ, pour peu qu'on sache organiser sa sonothèque ou visiter régulièrement ce qui dort en attente de classement. La critique s'en trouve enrichie mais espacée. Donc diminuée quantitativement.

N.B. : je profite de l'occasion pour remercier la liste ANPR d'avoir mis à disposition ces deux émissions de Surpris par la nuit.

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L'écoute au casque, suite et fin - le Jeu 19 Jan 2017, 22:12

@ Jean-Luuc, merci pour les deux derniers posts développés ci-dessus qui méritent toute notre attention. Je crois savoir que vous voulez aussi revenir sur l'écoute au casque, point évoqué ici et sur lequel je veux terminer.

L'occasion m'est fournie par une discussion entre trois invités* au cours de l'émission de SWR 2 Forum du 13 12 2016 "Gott schenke uns Ohrenlider" – Vom Sinn und Unsinn der HintergrundmusikPuisse Dieu nous donner des paupières pour les oreilles - Du sens et du non-sens de la musique de fond »]

Au cours de la conversation, intéressante à plus d'un titre, la question de l'écoute au casque pour échapper à la musique de fond des magasins, des lieux publics, etc, est abordée. L'on entend alors sottise sur sottise de la part de deux des intervenants qui reprennent l'antienne de l'isolement volontaire et du refus de communiquer que signifie selon eux le port du casque audio. La journaliste va même jusqu'à se demander s'il ne serait pas judicieux d'interdire le port d'écouteurs et de casques audio dans les transports en commun, car l'espace public que ces derniers constituent exigerait une disponibilité permanente à la communication. On n'est pas loin de "Regardez ces zombies qui n'entendent rien, plongés dans leur univers" (à propos de "plonger", me reviennent les mots d'une psychanalyste sportive au bord d'une piscine se demandant si nager avec des écouteurs ne dissimulait pas d'inquiétantes tendances...).

Plusieurs choses essentielles disqualifient ces propos convenus qui fleurent bon le "tous ensemble, tous ensemble, ouais !" des Pieds sur terre. À moins de régler le son sur un très fort volume (100 db maximum autorisé pour les appareils), on entend tout à fait ce qui se passe à côté de soi (hélas, souvent), bruits de la circulation en ville, conversations dans une file d'attente à une caisse ou dans un bus, oiseaux dans un parc, etc. Bref, quoi qu'on dise des appareils (chers et rarement utilisés) qui ont une fonction d'élimination des bruits ambiants, l'auditeur avec écouteurs n'est pas moins sensible à ce qui se passe autour de lui que quiconque plongé dans ses pensées ou engagé dans une conversation avec autrui.

Quelques personnes moralisatrices (jeunes ou non) trouvent regrettable qu'une majorité de voyageurs du métro ou du tramway soit équipée d'écouteurs et de casques audio. Ah ! Il faut avoir connu les transports en commun (notamment le métro parisien) avant l'Ipod ou le walkman pour savoir que les inconnus ont plutôt tendance à fuir les regards qu'à nouer des relations, comme le souhaite naïvement la journaliste de Berlin.

Un casque ou des écouteurs n'ont jamais empêché la communication spontanée, tout le monde peut en faire l'expérience.  

Enfin, l'idée commune, chez pas mal de commentateurs, c'est que toute personne ayant un casque audio écoute de la musique (une "playlist"). Cela semble évident pour la gazette Libération qui avait un billet intitulé "Qu'est-ce que tu écoutes dans ton casque" et même sur France Musique avec son émission "Le baladeur". Il ne semble venir à l'esprit d'aucun de ces commentateurs propagandistes du "vivre-ensemble" que l'auditeur puisse être en train d'apprendre une langue, d'écouter une conférence ou une fiction et que cette pratique a peut-être plus de sens que de parcourir un journal gratuit dans un wagon de métro ou de regarder dans le vague en subissant l'agression de tous les bruits environnants.

Quoi qu'il en soit et pour terminer (je n'aurai pas le loisir de répondre, ne pouvant plus être au four et au moulin), l'écoute au casque (si possible un bon) est le seul moyen (à moins d'avoir une hifi de qualité dans un environnement adapté) d'écouter des produits audio de haute qualité sonore, comme par exemple ce documentaire de la RTS sur lequel Fred de Rouen a attiré mon attention (merci !) Fleuve Somme - La traversée du paysage 1 et dont le réalisateur est le même Jean-Guy Coulange qui a réalisé ARAN, une autre histoire du vent. Mais aussi des fictions réalisées par des artistes du son, notamment à France Culture (je repense à ''Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne'') et à la BBC qui possède de formidables bruiteurs (voir la série des Plantagenêts ou des grandes figures du pouvoir en Russie).

Le bonne qualité sonore ? Est-ce une préoccupation à France Culture ?  Dans ce forum, c'est le contenu qui est commenté, parfois la forme, rarement le son (sur celui des voix, voir 24 pages ici). La nature du son radiophonique a pourtant changé ces dernières années. Mais qui écoute encore pour écouter du son, le bruitage comme plaisir esthétique ? On pourrait penser que France Culture est la plus à même d'illustrer l'art de la création sonore. Si c'est le cas, où et quand ?


* Peter Androsch, Komponist und Phonograph, Linz
Migo Fecke, Entwickler von Soundkonzepten, Köln
Sieglinde Geisel, Journalistin und Autorin, Berlin
Gesprächsleitung: Katharina Eickhoff

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1/2 - le Jeu 23 Fév 2017, 20:00

Philaunet(http://www.regardfc.com/t543p30-comment-l-ecoutez-vous#27742) a écrit:
Dans le fameux fil "Du silence à la radio", ouvert et largement abondé par Jean-Luuc (initiative très appréciée), sous le titre Pas la peine de crier : silence(s) x 5 (avril 2013)
Jean-Luuc(http://www.regardfc.com/t781-du-silence-a-la-radio#27472) a écrit: (...) "Le monde entier est gouverné par le son" : pensons à ces spectres qui vont et viennent, oreilles bouchées par des écouteurs ou des casques et qui snobent toute possibilité de contact. Ce que j'ai à écouter est plus important que ce que tu as à me dire. Un symbole de la liberté chez les entendants croit Emmanuelle Laborit. Une aliénation plus probablement.
Le mot "probablement" qui nuance l'affirmation est bienvenu, car il me semble que l'écoute en public au casque ou avec des écouteurs est loin de constituer  une aliénation, et les relations entre inconnus loin d'être exclues par les parties, en tous les cas pas davantage que sans appareil sonore sur les oreilles. J'irai jusqu'à dire que l'appareil sonore est un élément favorisant la relation entre inconnus alors que son absence laisse les inconnus à ce que l'on sait des stratégies d'évitement de contact dans nos villes contemporaines.

Il faudrait du temps, de la place et l'assurance que cela intéresse quelqu'un pour poser ici une réflexion qui va à l'encontre des clichés habituels. Pour avoir utilisé en public les écouteurs et le casque, avoir noté ma manière de croiser les gens et observé ceux-ci (h/f et de divers âges) sans et avec audio, je crois pouvoir dire que le lecteur audio permet la création de relations à autrui, visuelles, mentales ou verbales, qui sans cela n'existeraient pas. En cela, le progrès technique désaliène l'individu contemporain. Comme en beaucoup de choses, c'est nettement mieux maintenant qu'avant. (...)

Bientôt presque trois mois après sa publication (27 novembre 2016), il m'est encore difficile de répondre à ce billet de Philaunet (ainsi qu'au suivant à lire ici-même), et ma foi, force est de constater que je ne suis pas le seul. D'emblée, je le confesse : j'ai un casque. Un casque dit hi-fi pour une écoute sédentaire, donc cantonné au domicile. Je ne saurais quantifier son utilisation journalière, qui varie nécessairement selon qu'un film ancien (au son crachotant), de la musique ou la radio (et notamment les fictions) sont écoutés. Mais à l'évidence : 1/ m'en passer relève du défi (expérimenté pendant 3 semaines il y a peu de temps) ; 2/ sa structure immersive illusionne un gain de concentration.

Le 26 septembre 2006, Olivier Lyon-Caen recevait dans Avec ou sans rendez-vous Ghislaine Dehaene-Lambertz pour une émission consacrée au langage chez l'enfant. À la 49e minute, elle déclare au sujet des enfants qui ont des troubles de l'expression ou un retard du langage : Je pense qu'on n'est pas assez prudent avec l'audition et que les bruits trop intenses peuvent vraiment léser l'oreille et que pour l'apprentissage de la parole et pour la conservation, c'est très important de bien entendre et que les parents devraient brider un peu les walkman de leurs enfants.

Il y a un peu plus de dix ans, l'on parlait encore de walkman. Les premiers Ipod étaient sur le marché depuis 2001 et l'Iphone n'était pas encore né (2007). Les premiers écouteurs blancs se multipliaient bientôt suivis des casques jusqu'à ce que l'offre explose. Un article du Parisien (09 février 2017, communiqué par un contact bienveillant) nous apprend que : S’il n’existe pas d’études sur le taux d’équipement des Français, plus de 9 millions de casques audio (9,391 millions en 2016) sont achetés chaque année chez nous, d’après l’institut GfK. (Benjamin Jérôme). Neuf millions de casques achetés en 2016 en France.

Pour écouter quoi ? Une question posée par Christophe Deleu dans l'émission CulturesMonde : Corps sonores (1/4) : On voit - je pense que chacun peut le constater tous les jours dans la rue - on voit des gens qui mettent des casques et qui écoutent quelque chose. On sait moins en réalité complètement de manière asse fine. Est-ce qu'ils écoutent de la musique ? Est-ce qu'ils écoutent de la radio ? Est-ce qu'ils écoutent des émissions des radios classiques ? On ne sait pas. À vrai dire, on fait des suppositions, mais on n'a pas de données extrêmement précises. (13 février 2017)

Ces différentes approches (du point de vue de la santé, du commerce, et de la nature de l'objet écouté) ne nous renseignent pas sur les comportements induits par le port du casque.

* Philaunet, le 27 novembre 2016 (je souligne) :
- J'irai jusqu'à dire que l'appareil sonore est un élément favorisant la relation entre inconnus alors que son absence laisse les inconnus à ce que l'on sait des stratégies d'évitement de contact dans nos villes contemporaines.
- Pour avoir utilisé en public les écouteurs et le casque, avoir noté ma manière de croiser les gens et observé ceux-ci (h/f et de divers âges) sans et avec audio, je crois pouvoir dire que le lecteur audio permet la création de relations à autrui, visuelles, mentales ou verbales, qui sans cela n'existeraient pas.

le même, le 19 janvier 2017 :
- L'on entend alors sottise sur sottise de la part de deux des intervenants qui reprennent l'antienne de l'isolement volontaire et du refus de communiquer que signifie selon eux le port du casque audio.
- Un casque ou des écouteurs n'ont jamais empêché la communication spontanée, tout le monde peut en faire l'expérience.  

* L'article du Parisien cité plus haut :
- Accusé – déjà – de couper ses utilisateurs du monde, le Walkman fait fureur dans les années 1980, avant de passer de mode.
- Selon une étude Ipsos réalisée à l’occasion de la Semaine du son (du 23 janvier au 5 février), un enfant de moins de 6 ans sur trois s’endort dans son lit avec un casque audio ou des écouteurs
- Aujourd’hui, ce sont les casques et smartphones qu’on accuse de nous couper des autres. « Mais vous n’êtes jamais dans une bulle hermétique, remarque le sociologue [Anthony Pecqueux]. Que j’aie mon casque ou pas, on continue à me demander des cigarettes dans la rue. »
- Pour lui [Lionel Detry] qui a soutenu une thèse sur l’écoute musicale mobile, l’effet bulle reste intrinsèque au port du casque. Une bulle phonique mais aussi cognitive – on prend de la distance avec la situation pour se focaliser sur soi –, et sociale – on se coupe des autres. « Les utilisateurs en sont conscients et sont parfois en contradiction avec leurs propres valeurs sociales, remarque-t-il. Mais ils se justifient en disant qu’ils ont le droit de s’accorder un “temps pour soi” et qu’ils le prennent dans des situations déjà marquées par de la non-socialisation. » Comme ces trajets en métro ou en bus lors desquels, casque ou pas, vous n’avez aucune envie d’entamer une discussion.
- « Nous avons tous besoin, parfois, de ne pas être en connexion avec le monde moderne », confirme Michael Stora,
- Aujourd’hui, on trompe son désoeuvrement et sa solitude avec son smartphone et son casque. Hier, on ouvrait le journal...

La suite ci-dessous.

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2/2 - le Ven 24 Fév 2017, 18:51

Dans les éléments choisis ci-dessus, les reproches adressés au port d'un casque (/écouteurs) dans l'espace public concernent essentiellement le retrait signifié (par un objet obturateur) des « écoutants » du groupe des hommes. Effectif (c'est-à-dire volontaire) ou seulement perçu comme tel (c'est-à-dire sans conséquences), ce retrait peut aussi bien marquer l'isolement (l'effet bulle) que l'appartenance à une communauté d'usagers (un élément favorisant la relation entre inconnus), selon le côté de la barrière où l'on se trouve. De l'égoïste au collectif, il n'y aurait donc qu'un pas, pourrait-on dire. Seulement ces jugements somme toute relatifs contourne un problème autrement plus préoccupant : la délégation libre et non consentie de l'entière conscience de l'écoutant au tout venant. C'est un peu pompeux, c'est exprès.

Les exemples seront privilégiés dans les lignes qui suivent. Quand bien même les casques et écouteurs n'empêchent pas les sons environnants de filtrer, il n'en reste pas moins qu'une attention soutenue à l'objet écouté peut amoindrir la vigilance. Que ce soit une conversation téléphonique, une émission radio, une émotion musicale, la sollicitation accrue de l'ouïe peut masquer l'avertissement des autres sens ou retarder leur prévention. Nous en avons tous fait l'expérience à une échelle plus ou moins grande.

Premier exemple dans un wagon de métro : après que l'alarme eût retenti, un homme se précipite vers moi et me demande où nous sommes. La station est en réfection et les pancartes du nom de l'arrêt remplaçant les faïences sont plus ou moins lisibles selon la position du voyageur dans la rame à quai. L'homme est sur le point de descendre et je m'emploie à lui répondre prestement. Une première fois, à cause de la sonnerie stridente au-dessus de nos têtes pensais-je, l'homme n'entend pas. La deuxième fois, il découvre une oreille d'écouteurs que je n'avais pas aperçus sous les cheveux, pour me comprendre. (délégation directe)

Deuxième exemple : un jeune père promène son bébé dans une poussette, les deux arrivent face à moi. L'homme porte un casque (de la musique semble t-il). Un excès de prévenance (furtif mais palpable) n'incombe t-il pas au promeneur qui prend en charge l'inconscience manifeste de l'homme pour jeter un coup d'oeil au bébé ? Indisposition physique seulement visible et non audible, chaussure perdue, que sais-je... (délégation indirecte non consentie)

Troisième et dernier exemple : le train s'arrête, une annonce est faite, le micro est défectueux, seuls les voyageurs en pleine possession de leurs oreilles peuvent reconstituer les morceaux de l'annonce. Les porteurs d'écouteurs se divisent en : 1/ j'attendrai la prochaine annonce en veillant à retirer mon appareil 2/ je demande ce qu'il s'est dit à mon voisin. (les deux)

Dernière question pour la route à ceux qui s'imaginent libres : vous êtes seul sur une île déserte, un casque à la main et de la recharge à vie pour écouter tout ce que vous voulez. L'utilisez-vous ?
(Vous verrez que cela fait un drôle d'effet de ne plus compter sur les autres).

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