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La matinée des autres    Page 2 sur 3

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La matinée des autres - le Jeu 27 Juin 2013, 12:46

Rappel du premier message :

Dans le fil Programme des Nuits, Nessie a écrit:Jeudi 27 juin 02h41 - 04h06 :
Nuits magnétiques - Festival de la matinée des autres 1 sur 5 (16 avril 79) par Gilles Lapouge
En introduction, un entretien de dix minutes entre Alain Veinstein et Michel Cazenave, c'était il y a 33 ans...

Présentation de ce "Festival" et du genre radiophonique que constituait "La Matinée des autres", émission programmée à 9h07 depuis sa création en 1977 et dont une sélection était rediffusée en avril 1979 dans "Les Nuits magnétiques".

La première des cinq, celle diffusée la nuit passée, est intitulée "Les enfants de Bogota". Les autres seront-elles diffusées une des prochaines nuits ? Cette semaine comportait : "Rapports entre les hommes et les femmes" avec F. Héritier/M. Godelier (2e) ; "Le peuple du caribou" par M-H. Fraïssé (3e) ; "La tarentule" par Claude Mettra (4e) ; "Pouvoir de la parole et parole prophétique" avec des chercheurs sénagalais (5e).
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La maison arabe traditionnelle - Une initiation en Guinée - le Jeu 24 Oct 2013, 19:16

Dans la nuit à venir, une Matinée des autres, tirée dans la première époque de la collection. Tout comme l'était celle de la semaine dernière, d'ailleurs. Autant les deux derniers  numéros proposés dans les Nuits de FC étaient décevants, autant celui-ci est une bonne livraison. Elle est partagée en 2 sujets, respectivement de 43 et 50 minutes : la maison traditionnelle arabe, par Eva de Vitray Meyerovitch  (c'est pour le moins la maison bourgeoise) ; et un récit d'une Initiation en Guinée par André Virel.

Comme dit plus haut, nous sommes bien dans la première période de l'émission : bien que la forme soit déjà variée, avec un dosage entre l'exposé, les lectures, et un peu de musique typique puisée dans le fonds sonore de la maison, on est loin encore des grandes réussites à venir. Loin des grands reportages terrain avec matériel collecté in situ et dialogues authentiques, comme le fit par exemple Lydia Ben Ytzhack en Indonésie dans son beau document sur les Thorajas. Loin aussi des documentaires très précisément assemblés, où on devine à la fois une ligne et un plan, parce que l'auteur sait où il veut nous emmener (par exemple : les enfants sauvages, émission de Laurence Crémière). Loin encore des brillants mélanges de conversation, exposé, lecture, musique, qui caractérisent les trois dernières années, après la reprise de septembre 99  (par exemple : La chasse sauvage, dans la réalisation d'Anne Fleury). En clair : ce numéro sent son studio. Pourtant, on y sent déjà ce que la Matinée des autres va devenir. Pour chacun des deux sujets un intervenant unique enregistré à Paris, un dosage de lectures par Jean Bollery, Hélène Thaouss, quelques musiques typiques dont on ne sait si elles authentifient la chose où si elles sont là pour faire couleur locale alors qu'elles ont été captées à 500km de là. Mais peu importe.

Le point commun de ces deux documents, c'est leur style, et avant tout le style intellectuel. Il y a des façons variées de faire de l'ethnologie : on peut chercher à élucider un mystère, ou au moins à répondre à une question. Mais on peut aussi s'attacher à la description, qui est déjà un gros travail : pas seulement la description exhaustive qui mène à la monographie, mais aussi  On peut tenter de décrire de façon claire des institutions sociales dont le sens nous échappe. Il y a aussi le mode idéologique qui donne son goût d'ensemble à l'enquête. Ainsi vendredi dernier en Amérique Centrale, le style assumé était ethno-revivaliste. Dans les deux documents de la nuit prochaine, sous l'empreinte de Michel Cazenave attendez-vous à un regard à la fois teinté de spirituel et chargé de symboliques.

Ainsi la maison arabe, décrite dans son ensemble et même déclinée élément par élément, est ici présentée comme un système de significations.  Un Eliade n'eut pas désavoué la première partie du tableau qui fait de la maison traditionnelle une grille de lecture pour la position de l'homme dans le monde ; et pas seulement l'espace environnant, mais bien dans l'univers, en lien avec les puissances de l'invisible : c'est d'une façon généralisée que la maison traditionnelle a, parmi ses fonctions, une fonction spirituelle forte. L'exposé se déploie depuis la symbolique du seuil jusqu'aux thèmes attendus : l'eau, les tapis, le métier à tisser, l'initiation, la place et le rôle des femmes, l'hospitalité, la mosquée. L'anthropologue s'attarde quelque peu sur les deux gros morceaux que sont la prière, et le récit de la réception du visiteur avec ablutions, repas ; ici la lecture de Jacqueline Thaouss pourra sembler par trop doucereuse, mais on peut deviner qu'elle a servi un texte écrit en ce sens. Hormis les deux lecteurs, la seule intervenante est une spécialiste à la parole fluide : Eva de Vitray-Meyerovitch, islamologue collaboratrice de Louis Massignon que les auditeurs nocturnes de France Culture connaissent bien. Enseignante au Caire pendant plusieurs années avant ce documentaire, frottée de spiritualité soufie et de la lecture des poètes (on entendra Gibran, Rumi, Iqbal), c'est bien elle qui est l'âme de ce document de 43 minutes.

Le deuxième sujet, c'est l'initiation en Haute-Guinée, atassion ne pas confondre avec la Nouvelle-Guinée. Ici nous sommes bien en Afrique, et qui s'attendra aux papous après avoir lu de travers le programme  sera rappelé au sens des réalités par les chants africains. Avec ce 2eme sujet nous restons dans le domaine du symbolique : un habitué des tarots et de l'imaginaire, raconte son voyage à la recherche des rites d'initiation. C'est une recherche au sens fort du terme puisqu'il s'agissait de vivre la chose, et d'en rapporter des documents. La difficulté est réelle, car il n'est pas courant d'initier les étrangers à la tribu, et encore moins les blancs. Virel racontera comment il est parvenu à ses fins, chez les Toma dans les forêts de Guinée.

Là encore, la lecture symbolique domine : les rites d'initiation et les rites magiques, mais aussi l'espace (de la forêt au cosmos) et même le temps. André Virel lui aussi frotté de symbolisme, récuse quelques idées reçues notamment la définition du sacré comme monde séparé. En écoutant plusieurs de ses remarques sur un ton quelque peu catégorique, et aussi certaines de ses interprétations personnelles, on se dit qu'il y aurait là matière à discussion et on se prend à regretter qu'il n'y ait personne pour discuter car plus encore que dans la première partie, il s'agit ici d'un monologue. Le récit est un peu daté et fera bondir ceux qui se cachant derrière leur petit doigt, ne tolèrent pas l'usage de certains mots ("primitifs").

Reste que ce second récit est aussi intéressant que le premier, quoiqu'il semble moins soigneusement construit. Mais il est plus intimement vécu. Aussi on pourra être surpris, outre les détails du récit, par le dépaysement et l'altération que subit l'ethnographe jusque dans son fonctionnement psychique quotidien, et son identification progressive à la société d'accueil, depuis la temporalité jusqu'aux croyances notamment à la magie. Il y a aussi l'angoisse dans l'attente de la cérémonie. Il est difficile de croire entièrement sinon à ce récit très certainement authentique, du moins à l'entière bonne foi du sorcier qui a procédé ici à une initiation atypique : celle de visiteurs étrangers, fort éloignés de la classe d'âge où s'effectue ordinairement le passager. Mais le récit a sa valeur propre, comme expérience vécue et on ne doute pas un instant que ce fut une expérience forte : elle est ici racontée 25 ans après, mais on a l'impression qu'elle vient tout juste d'être vécue. On peut croire qu'elle a été longuement méditée.

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« Le loup-garou » de Roland Auguet (1981) : un chef d'oeuvre radiophonique - le Dim 22 Déc 2013, 15:08

Dans le fil des Matins de France Culture, le rappel suivant, très utile, a été fait à propos de l'histoire de France Culture :

@Nessie a écrit:(...) Pour mémoire, on peut discerner 2 périodes antérieures :
- 1974 - 1981 : Années grand public, avec un mélange de sujets culturels et de sujets semblables à ceux la télé populaire. Témoin les Matinées de FC et les Après-midis de FC, dont le son en ces temps là rappelle la télé des 70's, d'un assez bon niveau de correction et qui à l'époque offrait encore du programme culturel (notamment sous la direction d'un Marcel Jullian).
- 1981-1999 : Années Jaigu-Borzeix, âge d'or de la radio culturelle, âge d'or du documentaire. Chaque année environ 500 producteurs coordonnent ou signent les émissions. (...)

Pour confirmer ces propos, il suffit d'écouter les rediffusions nocturnes de ces deux périodes et particulièrement cette Matinée des Autres de première qualité :

La matinée des autres - Le Loup-Garou
Par Roland Auguet
Avec Daniel Bernard, Francesca Isidori et Claude Kappler
1ère diffusion : 03/02/1981
Les Nuits du 20 au 21 novembre 2013


Merci à l'équipe des Nuits de donner à écouter cette encyclopédie sonore qu'a été France Culture ; merci à Nessie de nous fournir un programme très lisible de ces Nuits avec conseils et clins d'oeil et merci aussi à tous ces auditeurs de l'ombre, à ces partageux qui ne ménagent pas leur peine (mention spéciale au timonier qui se reconnaîtra) pour offrir à l'écoute différée ces émissions diffusées la nuit à ceux qui ne sont pas insomniaques ou qui n'ont pas le matériel idoine de récupération. En espérant que très bientôt les Garbit's boys soient autorisés à offrir ces pépites de la création radiophonique en téléchargement ou bien en écoute à la demande, comme c'est déjà le cas pour les Nuits rêvées.

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Appel à Philippe Garbit - le Lun 30 Déc 2013, 12:02

Dans l'excellent numéro de "Hors-Champs", Des goûts et des couleurs avec Michel Pastoureau : le rouge, sont diffusés deux extraits de deux "Matinée des autres" : la première du 19 mai 1987 par Françoise Estèbe (entretien sur le Petit Chaperon rouge) et la seconde du 02 mars 1993 par Pascale Lismonde (entretien avec Claude Garache sur la couleur rouge). Ces informations précises sont données par Laure Adler mais ne se trouvent pas sur la page de l'émission (on est loin de la rigueur de la page "Concordance des temps" de Jean-Noël Jeanneney).

Est-il possible de les (ré)entendre un jour (disons plutôt ... lors d'une Nuit) sur  la station culturelle (qui mérite ici son nom) ?

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Sara perché ti amo - le Jeu 20 Fév 2014, 23:14

Dans la nuit qui vient, un numéro de la Matinée des autres, qui aurait aussi bien eu sa place dans les Nuits Magnétiques. C'est qu'on y cherchera en vain de l'ethnologie, que ce soit dans la thématique, dans le sujet ou dans le traitement. Il n'y aura pas de sauvages, ni de tribu moderne. Pas de niche localisée des sociétés de maintenant, pas plus dans l'espace géographique que dans le catalogue ethnique ou encore professionnel. Déception itou pour ceux qui apprécient la Matinée des autres parce qu'on y rééquilibre l'ethnologie en faveur de l'aire européenne (effet bénéfique des contraintes de budget), car aneffet il ne s'agit pas plus d'une tradition régionale ou d'une coutume locale dans un coin paumé.

Mais alors que nous a-t-on mis derrière ce titre : "Latin lovers" et de quoi s’agit-il : d’un cliché ? D’un type psychologique ? Ou littéraire ? Ou social ? De tout ça un peu, et c'est présenté sans excès de méthode hein. Le résumé tient en quelques mots : impressions féminines sur le séducteur latin. Le dragueur, le frimeur, le hâbleur. En fait c'est surtout le mâle italien qui est visé ; le latino-américain est à la portion congrue du coup les amateurs de tango ne seront guère servis. On cherchera en vain quelque fil conducteur, un déroulement, un peu de structure. Mais non rien. C'est à peine un documentaire vaguement saucial, plutôt psychologique. C'est un tableau : une approche du machisme comme rôle social « de genre » et là on verra que le macho en question est fort bien installé dans la fantasmatique de certaines femmes. Lesquelles ? Eh bien celles qui sont venues confier au magnéto leurs témoignages, ou bien leurs rêves ? Pour compenser le frimeur dépoitraillé exhibant la chaîne en or, au fil de quelques archives on croise Delon-le-mégalomane et Mastroianni-le raffiné, sans oublier Julio Iglesias parce que l'assemblage confond un peu tout : le crooner latin, le dragueur lourdaud, le collectionneur le frimeur le hâbleur sans gêne, mais aussi  l'homme de désir et l'homme vulnérable, enfin le maquereau sicilien grâce à l'histoire de Pippo le sultan de Cocobello. Et même la musiquette de Laurel et Hardy, pour le coup il ne manque plus que Jean-Claude Duss.

Il ne manque pas que Jean-Claude Duss, en fait tout ça manque aussi d'unité. Impossible de réunir ces participations des unes et des autres, qui filent dans tous les sens : à chacun son point de vue ou plutôt à chacune. Peut-être n'était-ce tout simplement pas souhaitable, de réunir en un tout cohérent cette collection de fantasmes féminins alignés pendant 90’. Enfin elles passent, ces 90 minutes et tandis que ça avance et que l'horloge tourne, nous on n'y voit pas trop clair, à force d'entendre tout ce qu'on sait déjà plus ou moins oui même nous les hommes, et d'entendre aussi ce que les femmes sortent autour de la table commune et pas seulement des clichés un peu usés, mais parfois carrément de la discussion de bistrot. A plusieurs reprises on frôle la correctionnelle, par exemple quand Françoise Xénakis écrase une larme en écoutant une romance dans les bras de Luis Mizon, puis donne le nom du Latin lover parfait : pour elle, c'est Ulysse oui vous avez bien lu alors là non c'est vraiment n'importe quoi, c'est la transe, l'hystérie. On se demande dans quelle mesure le dispositif n'a pas lui-même créé ces moments d'hubris où, entre trois  45tours et deux verres de Valpolicella, Françoise Xénakis et l'autre Françoise se laissent aller devant l'air ravi de Francesca.

Bref,l e tout est inhomogène à souhait. Il faudrait donc admettre, à force d'étalement et de dispersion, que le type du 'Latin lover' n'est pas univoce, eh oui bien sûr dira-t-on, sinon ça ne serait pas un type. D'accord, admettons. Mais de là à en faire un tel fourre-tout, il y avait un pas. Francesca Piolot l'a franchi, en ces temps où elle n'était pourtant plus une débutante puisqu'en 1985 elle a bien 4 ans de maison derrière elle. Pour autant, ce documentaire n'est pas désagréable à écouter et il fera plaisir à ceux qui regrettent cette productrice des meilleures années. Ils y retrouveront son ton un peu ironique, un enchaînement fluide entre les témoignages, les ambiances, les musiques. La réalisation est soignée comme il est d'habitude dans ces années bénies de France Culture où l'on sait fabriquer du documentaire, donc celui-la. On se demande seulement ce qu'il fait là.

Les auditeurs gourmands d’ethnologie s'iront consoler en écoutant un autre numéro puisé dans leurs archives perso (par exemple Le percement du crâne à Vitry-le-François, ou Semailles d'été en Antarctique). Les auditeurs qui sont plutôt tango-tango eux il seront carrément frustré, disons-le ; et quant aux allergiques à la mandoline, alors eux qu'ils s’attendent à souffrir. Les gagnants ? Ce sont les admirateurs de Toto Cutugno, qui seront récompensés de leur intérêt au début et de leur patience à la fin, puisqu’ils auront en entrée de document la traduction des paroles de la chanson, et en conclusion la version complète. Joie, joie, joie. Enfin la récompense ultime : comme le programme de nuit c'est pas du boulot d'amateurs (enfin au moins la réalisation), après la désannonce de Lydia Ben Ytzhack on a droit à une suite Nino Rota avec la valse d’Amarcord et la marche de 8 ½. Comme quoi France Culture fait bien les choses enfin parfois.

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La terre sans mal : messianisme et prophétie - A la recherche de l'essence spirituelle de la parole - le Mar 22 Avr 2014, 23:17

Dans la nuit à venir France culture met à son programme un numéro de la Matinée des autres venu de l'année 1977 : "Messianisme et prophétie". Emission de Jacques Meunier. Le document lui-même dure un peu moins d'une heure. La troisième demi-heure sera consacrée à un autre sujet

Attaquons d'emblée la première partie, celle qui donne son titre à l'émission : alors le messianisme y est défini d'entrée comme une forme de la prophétie, on la présente tout à la fois sous l'angle du syncrétisme dans les peuples colonisés, et comme la floraison d'églises indépendantes dans le monde moderne. Nous sommes en 1977 on l'a dit, et le sujet va rapidement dériver sur les sectes de notre temps. Malgré l'absence de précaution, le départ sera fait quasi spontanément non pas entre les peuples traditionnels et les civilisations, mais entre les aspirations fondamentales de l'homme et le développement d'escroqueries de masse. En 1977 (bis) on ne parle pas encore de crimes collectifs bien qu'il existe déjà quelques cas ; de même on ne persécute pas encore les communautés indépendantes. Mais dans le studio, on ne se leurre pas non plus sur la sincérité des nouveaux gourous.

Ca commence donc par quelques récits d'escroquerie, qui accrocheront l'intérêt des amateurs de curiosités sociales et de faits divers. Mais très vite le distinguo se fait : le messianisme est parfois récupéré à des fins d'émancipation politique, parfois il résulte du rejet de l'église dominante, d'origine, qui déclenche elle-même le schisme. Dans certains cas il est sécrété quasi-naturellement par le syncrétisme résultant de la colonisation, et parfois inversement, il est tellement incompatible avec la culture locale qu'on n'en voit aucun éclore aucun. Alors qu'on attaque seulement la deuxième demi-heure du document, on a le sentiment que l'essentiel est dit. La discussion entre Meunier et Henri Favre offre le cadre problématique, le type est défini, avec ses éléments fondamentaux : le salut est collectif, miraculeux, terrestre, et total. A ce moment on se demande ce qu'il vont bien pouvoir raconter pendant l'heure qui reste à courir ? Peut-être reprendre le cycle des exemples ?

De fait, s'enchainent alors des lectures et des exposés d'ethnologues : un texte d'Hélène Clastres, le récit d'une révolte Taï-Ping par le sinologue Patrice Fava. Les lectures sont impeccables. L'illustration sonore flirte dangereusement avec l'exotisme spectaculaire : il y a là de quoi rebuter les intégristes de la forme, tout en transportant d'aise les amateurs du voyage radiophonique.

Mais ça continue et on se dit que l'émission est bien construite : de nouveau après ce cycle d'exemples, certes plus sérieux que ceux qui ouvraient la première partie du documentaire, on retrouve le sociologue Henri Favre, de nouveau cuisiné par un Jacques Meunier toujours soucieux d'explication. Les explications avancées ne sont ni très surprenantes, ni  : le sociologue invoque la crise des sociétés, la perte des repères, mais on sent que l'ambiance du début a changé : autour de la table, on se sent à l'étroit dans le sujet, en même temps que la discussion se ait plus vivante. C'est qu'on en a fini avec le tête à tête : Alain Woodrow, spécialiste des sectes modernes, a rejoint les deux interlocuteurs du début. L'émission y gagne en dynamisme quoiqu'on peut aussi se demander si elle ne perd pas en rigueur puisqu'on invoque alors Jeanne d'Arc, Hitler, les risques du fascisme, et enfin les très grandes sectes internationales qui fonctionnent comme des multinationales du cynisme.  La sotériologie n'est toutefois jamais absente, ni chez les tenants d'un renouveau politique comme Moon, ni chez les groupes d'utopistes par ailleurs très nettement manipulés par leurs leaders (et là on cite les enfants de Dieu).

En passant, on remarque une légère imprégnation politique dans le studio : après tout ces sectes sont dans une certaine mesure des éléments du processus révolutionnaire. Eh oui les amis on est bien en 1977 (ter). La discussion se conclut après ce crescendo. L'auditeur n'aurait pas été scandalisé de voir durer le sujet pendant les 30 minutes restantes. Mais voila, le combat cesse faute non de combattants, pourtant.

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Re: La matinée des autres - le Mar 22 Avr 2014, 23:58

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La deuxième partie est sans rapport avec la première, et pour la forme radiophonique elle tranche : autant la première heure était foisonnante, autant ce qui suit va jouer la carte de la sobriété, sinon de l'aridité.

Cette deuxième partie est donc un court document sur la pratique et le pouvoir des mantras. Signé Prithwindra Mukherjee. On suppose que c'est un des deux intervenants, l'autre étant évidemment le célèbre Swami Shradananga Giri que Marc Voinchet avait reconnu dès la fin de la première phrase.

Ici la forme est plutôt sèche mais il faut dire que ça va bien avec le sujet. Il est livré à vos oreilles sous une forme didactique pure, sans commentaire ni dialogue : les deux pratiquants exposent successivement les principes fondamentaux, puis les effets recherchés dans la répétition des syllabes porteuses de symbole. Ensuite la division tripartite de la personne. Les obstacles à franchir. Les expériences des yogis. Ensuite vient ce que tout le monde attend : le dépassement du corps par le mental. Et, de façon inattendue pour les débutants comme moi, une mise en parallèle de la pratique avec celle des mystiques chrétiens.

La qualité de l'exposé réside ici dans la pédagogie des deux intervenants, visiblement (audiblement) venus d'Inde mais tout aussi évidemment rompus à la conférence devant un public occidental. Pour ce qui est de la forme,on note ici une relative régression après le premier sujet qui nous avait occupés (qui avait passionné certains) pendant toute la première heuree. Heureusement, il y a quelques enregistrements d'exemples, enfin de bruits typiques ce sont des mantras c'est quelque peu psalmodié mais quoiqu'il en soit c'est un peu court pour qu'on puisse vraiment se rendre compte de ce que ça donne.

Foin de mauvais esprit, je crois que nous tenons là un très bon document pour qui s'intéresse à la chose : c'est moins vivant que du Frédéric Lenoir et aussi c'est moins superficiel ; moins guindé que du Olivier Germain-Thomas, moins conceptuel que du Michel Cazenave. Pour trouver une émission aussi claire et aussi instructive sur le sujet, je ne vois guère que le Tire ta langue sur les Mantras, que nous avait proposé Antoine Perraud en janvier 2002 ou plutôt le documentaire de Bénédicte Niogret qui en avait occupé la première partie.

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Suite et fin - Après la prophétie et les mantras, amis de la poésie bonjour ! - le Lun 29 Sep 2014, 10:06

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Et puis à l'occasion de la dernière rediffusion nocturne de cette Matinée des autres, ce vendredi 3 octobre à 3h30, il est bon de prévenir sportivement les auditeurs ou plutôt les survivants de ce qui les attend sans qu'on sache si c'est pour les réveiller ou pour les achever. A quelques minutes de la fin, nouveau changement de cap : une voix non identifiée lit un poème religieux mandéen. L'auditeur de mauvais esprit cherche le lien avec ce qui précède. L'auditeur insomniaque qui était assis dans la position du lotus quitte lentement le sol au son de la voix de Françoise Lebrun peut-être, ou de Maud Rayer on ne sait. Quelque part dans la maison ronde Marc Voinchet pousse la porte des toilettes après avoir achevé la lecture de ses télex (car il a laissé tomber son téléphone portable dans la bassine de café). Il est maintenant 5h03 et tout va bien braves gens.

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La bière ou l'oeuvre au malt - Emission du 25 juin 1996 - le Mar 02 Déc 2014, 20:55

Pour les collectionneurs de cette série, signalons la rédiffusion récente dans les nuits d'un numéro daté du 25 juin 1996 : L'oeuvre au malt. Documentaire de Marion Thiba, avec Bertrand Hell, Robert Charlebois. Sujet : La bière.

Pour être tout à fait franc je n'ai pas grand chose à en dire. Entre le total exotisme et les milieux très particuliers de nos sociétés, la Matinée des autres a su explorer toutes sortes de traditions, de sociabilités, et de formes de l'identité. Il vient un moment où le sujet s'assèche et le gosier de même. Faute d'appêtit ce numéro m'est resté en travers et n'ayant pas pu dépasser la 10e minute, j'ai choisi de ne pas l'annoncer.

C'était d'ailleurs sans remord : maintenant que les rediffusions des Nuits de FC nous sont généreusement offertes en podcast et en écoute à la demande, l'annonce anticipée d'un numéro dans ce fil perd de son sens. A l'anticipation systématique on pourra parfois préférer occasionnellement la posticipation. Ici c'était le cas.

Que les collectionneurs sachent donc que "La bière ou l'oeuvre au malt" produit par Marion Thiba, documentariste des plus capées et quelque peu prolétarophile (en fait beaucoup), émission réalisée avec le métier sûr de Jean-Claude Loiseau, est disponible à cette adresse. Un conseil : ne perdez pas ce lien car il vous serait difficile à retrouver en moins de 60 clicks sur le site de FC où le problème du sommaire des pages de la Nuit n'a toujours pas été résolu. En clair : c'est un vrai foutoir, et une fois atteint la page de l'émission en question vous verrez qu'elle ne comporte aucune information.

Enfin en allant au plus simple et si vous ne voulez pas attraper ce document par le podcast (ce qui est d'ailleurs moins douloureux que d'attraper la scarlatine par inadvertance), vous pouvez l'écouter ici-même jusqu'à la mi-juillet 2017, certes allégé d'une laborieuse présentation au ton affreusement scolaire, en clickant sur cette pastille : [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2014/11/s47/RF_887C57EE-5F5C-4D34-8C2F-A969EBE5E6CF_GENE.MP3" debut="01:19" fin="84:59"]

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Le coup du roi - le Dim 01 Nov 2015, 21:55

Un doublé de bartavelles pour les amateurs : entre samedi 31 et dimanche 1, une nuit spéciale consacrée aux funéraires a vu la rediffusion de deux numéros de cette série. Remercions Christine Goémé pour ce double cadeau. Ca changera de toutes les fois où on se paye sa fiole pour ses présentations tartignolles d'ailleurs cette fois elle réussit à se planter en attribuant le second documentaire à une incertaine Renée Bolkaïm-Bollinger c'est vraiment trop fort ça du coup je coupe cette ânerie dans la pastille d'écoute ci-dessous

On les trouvera distribuées en podcast ou disponible sur le site de France culture (cliquez sur le lien), et mieux, en pastille d'écoute ici :

- Fantômes zombis et soucougnans
Emission du 18 mai 1993 par Renée Elkaïm Bollinger [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/10/s44/WL-NET_FC_2D61D1C2-DC7B-4EA0-B154-0128FC00E011-10.mp3" debut="01:10" fin="87:00"]

- La nourriture des morts et des endeuillés (31 janvier 1995)
Documentaire de Sophie Pillods  :  [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/10/s44/WL-NET_FC_CA24636D-6473-44A9-8D01-6B285568E02C-10.mp3" debut="01:38" fin="86:00"]

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Les juifs de Constantine (Ruth Stegassy - 16/10/90) - le Lun 07 Mar 2016, 00:39

Dans la nuit rêvée d'Enrico Macias, un numéro de la Matinée des autres : Les juifs de Constantine (16 octobre 1990).

Une émission de Ruth Stegassy - Réalisée par Josette Colin (qui en d'autre occasion reçut un prix Paul Gilson)
Avec Joëlle Allouche-Benayoun, Sylvain Ghrenassia et Joëlle Bahloul - Et le souvenir de Cheikh Raymond, et puis Lulu et Rosette et qui sait , aussi peut-être Carmen et Robert et tous les cousins de la famille Hernandez ?

C'est bien sûr disponible -outre en podcast- sur le site de France Culture à cette adresse ou mieux encore de chez mieux ma mère : en branchant direct sur les nuits notre aspirateur à culture, le cadeau de la maison RFC pô pô pô dis.....

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2 livraisons dans le week-end : La Corée - Le hasard en Chine - le Lun 21 Mar 2016, 15:20

La précédente livraison était arrivée à point pour nous rassurer après 4 mois de diète. Et voici de nouveau quelques cadeaux nocturnes pour les amateurs de cette émission, parmi les meilleures et les plus riches que nous aura données France Culture avant d'être délogée dans la version neuve nommée France (in)Culture. Deux numéros ces derniers jours, et tous deux en première rediffusion dans la formule des  Nuits de FC telles que nous les connaissons depuis qu'elles sont accessibles en podcast et en écoute sur demande, à condition de ne pas les chercher sur le site de FC mais de passer par Google ou mieux : par l'aspirateur de notre forum (dans le menu général).  

C'était donc ce week-end : d'abord dans une nuit spéciale consacrée à la Corée, un numéro puisé dans l'année 1980 et donc dans le stock de ce qui est encore la première mouture de l'émission celle de Claude Mettra dans sa durée de 100 minutes. Produit par Patrice de Meritens et réalisé par Jacques Taroni. Avec la participation de Maurice Coyaud, Alexandre Guillemoz, Jean Ranchin, ainsi que des ambassadeurs et du personnel du centre culturel de Séoul. Lectures par Catherine Laborde, Michel Derville, Pierre Olivier, Marin de Charette
On trouvera l'émission en podcast facilement. Pour l'écoute en ligne sur le site de France Culture c'est une autre paire de manches, car ce merdier poussif préfère envoyer chez Plumeau l'auditeur qui passe par le menu interne. Cette fois encore on ira  plus vite avec Google ou en suivant directement ce lien : http://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-matinee-des-autres-la-coree-le-matin-calme-1ere-diffusion

Deuxième cadeau du week-end dans la matinée de nous auditeurs, c'était ce matin du lundi 21 avec un numéro de décembre 1988 : La conception chinoise du hasard. Produit par Pascale Lismonde. Lectures de Jacqueline Taouss, bruit musical de John Cage, et avec Cyrille Javari, Jacques Brosse, Alice Fano, Jacques Germé, le Dr Sin. Plusieurs de ces participants ont été des invités plus ou moins réguliers d'Olivier Germain-Thomas et de Michel Cazenave. Là encore, pour obtenir l'écoute en ligne ne perdez pas votre temps et clickez directement ici : http://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-matinee-des-autres-la-conception-chinoise-du-hasard-1ere

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A l'intention de ceux qui prennent mon pseudonyme pour un bouclier : mon identité n'est ni affichée ni dissimulée.
Pour la trouver il suffit de suivre le fil de mon profil.

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