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Les Pieds sur terre    Page 8 sur 10

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Les Pieds sur terre - le Lun 14 Sep 2009, 18:24

Rappel du premier message :

france info, ayant tendance a devenir un peu lourdingue, bon vas y pour france culture, pas vraiment de gaité de coeur a cette heure, on entre chez René et ses cochons
bla bla bla; presentation que j'ecoute a moitié, toc, toc, toc, on entre chez l'habitant, merde la je monte........ le son,........... ces voix?........., je les connais ce sont celles du terroir,.......... c'est du vrai

je ne vais pas continuer a énumerer les sensations, mais cette émission etait hors du commun, tout y est vrai, j'ai connu ce type de vie, félicitation a l'équipe qui n'est pas tombée dans la moraline, et qui a su retranscrire ce qui est sans le moindre commentaire déplacé, on en pense ce que l'on veut, c'est brut de cueille, sans detour ni complication de pensée abstraite, tres beau documentaire.
* * *

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Des sujets originaux - le Ven 19 Juin 2015, 18:36

Comme début de réponse à vos justes remarques sur ce point
Pollux a écrit: (...)
D'autre part, j'ai écouté beaucoup de sujets de cette émission (surtout les années précédentes). Il n'y a vraiment pas que des "exploités", il y aussi des "favorisés" : je me souviens d'un sujet sur un stage de chefs d'entreprises, un autre sur des "riches", un autre sur la jeunesse versaillaise, dorée. Il y a aussi des sujets qui ne concernent ni l'une ni l'autre de ces catégories : des catholiques traditionnalistes, des accompagnateurs d'handicapés à Lourdes, une garde-barrière...

J'espère que ce type de documentaire perdurera sur FC, en retrouvant si possible complètement  l'esprit initial.

Les Inspecteurs de la croûte - le Jeu 19 Sep 2013

« Story telling en Lozère » - le Mer 26 Fév 2014

Luxe - le Ven 09 Mai 2014

La surdicécité d'Annie et Max - le Mer 12 Mar 2014

Nous sommes donc d'accord. Le « cependant » est à suivre...

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Sens unique - le Sam 20 Juin 2015, 00:10

Pollux a écrit: (...) Il ne faut pas faire de contre-sens au sujet des "Pieds sur Terre". Le sujet de ces documentaires n'est pas le thème développé par les personnes interviewées. Le sujet, c'est l'invité lui-même. Le modèle, pour moi, c'est Strip-Tease (l'ex-émission de FR3). Le documentaire nous présente des individualités, et ce qui est attendu ce n'est pas qu'ils expriment une vérité (si ce mot a un sens), ou qu'ils s'inscrivent dans un débat contradictoire, ni même qu'ils soient objectifs, mais qu'ils soient SINCERES et qu'ils expriment une facette de la réalité (la leur) que les auditeurs de FC n'auraient pas la possibilité de connaître autrement.

D'abord, je ne suis pas sûr qu'il faille comparer le genre télévisuel au genre radiophonique. Dans ce dernier, il est très facile de faire des coupes et des montages discrets qui peuvent dénaturer un propos (voir à ce sujet les très fines observations de Nessie dans Comment France Culture tripatouille ses propres extraits (1) et (2)).  La réalisation d'un documentaire est affaire de choix et de mise en valeur.  Le débat sur la sincérité nous entraînerait trop loin (dans l'usage du temps disponible pour ce qui me concerne).  Reste que si être sincère en parlant de ses loisirs ou de son mode de vie ne porte pas à conséquence, ce n'est pas le cas quand on accuse gravement autrui de ceci ou de cela sans que ce dernier puisse livrer sa version des faits. D'ailleurs les auditeurs qui réagissent sur le site de FC ont toujours la même réaction qui n'est  pas la vôtre, bien plus sophistiquée que la leur : ils prennent le discours pour argent comptant, et crient aux salauds de /médecins/policiers/ juges/ propriétaires fonciers/ banquiers/entrepreneurs, la liste est ouverte, renforçant  ainsi les clichés au lieu de chercher à comprendre ou à connaître  les circonstances.

Ainsi de cette première émission sur le consentement médical, sujet très important, dont le fond est ici composé de deux témoignages totalement à charge.

Vous pourrez toujours dire que c'est un genre radiophonique, je dis que le montage d'extraits est malhonnête quand la logique réfléchie qui y préside cherche à créer une opinion particulière chez l'auditeur, ce qui est le cas aux Pieds sur terre. Et ne parlons pas de la vision manichéiste permanente devenue l'horizon mental de cette société pressée.

C'est pourquoi je suis en désaccord avec ce que
Pollux a écrit:(...) Pour réaliser cette émission (et pour l'écouter) il faut être capable d'empathie, et avoir envie de faire cet effort d'écoute. Mais je crois indispensable ce type d'émission, autant que je regrette Strip-Tease. La Culture, c'est aussi cette connaissance-là par empathie, ce n'est pas seulement la connaissance intellectuelle.

La Culture avec un grand C, comme vous l'écrivez, n'a rien à voir avec le déballage du dossier médical de cette femme qui a subi une hystérectomie, sans y avoir formellement consenti, nous dit-on. Elle relate son expérience. C'est une histoire. Si le but de France Culture est de faire croire à des histoires pour que l'on s'émeuve et s'indigne, c'est réussi. Personnellement, je préfère, pour des domaines aussi importants que la médecine et l'éthique, être éclairé par des savoirs et expériences de différents bords. Pour les histoires, je préfère écouter les contes de Boccace ou Danièle Lebrun lisant Vivant Denon.

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Re: Les Pieds sur terre - le Sam 20 Juin 2015, 08:18

De toutes façons, les reproches qu'on avait faits ici à LPST valent pour strip-tease, autant que les compliments d'ailleurs. On a le sentiment que Sonia Kronlund n'a fait qu'adapter à la radio un concept qui avait fait ses preuves. Ensuite en copiant American Life, elle continue à montrer qu'elle n'invente rien.

Oui Strip-Tease comme LPST a montré des puissants mais si c'est pour mettre en lumière à quel point ils sont odieux ou bien pour mettre en évidence l'obscénité de la différence entre leur vie et celle des gens de peu, alors dans les deux cas l'émission est bien à sens unique, et le projet reste monovalent. Quant aux petites gens, je les trouve mieux traités dans LPST que dans Strip-Tease, où ils étaient le plus souvent ridiculisés. C'est trop facile de montrer des images qui vont déclencher le rire du spectateur, puis de dire qu'on ne juge pas, qu'on ne fait que montrer la vie. C'est même assez dégueulasse, comme attitude. A quelques rares exceptions près j'ai généralement trouvé la démarche de Strip-Tease moralement condamnable. Et comme par hasard, sur ce que j'en avais vu l'une des rares séquences qui ne m'avait pas écoeuré (Les miettes du purgatoire) a été retirée du corpus, à la demande de la famille. Bizarre non ?

[Parenthèse  : mais peut-être aussi n'avais-je point été révolté parce concerné au premier chef par une brève scène où, les deux jumeaux Dognin discutant dans l'appartement familial, l'un dit à l'autre "Ce matin j'ai fait quelque chose d'extraordinaire, mon vieux : j'ai écouté France Musique au lieu d'écouter France Culture !" Je reconnais que je me repasse assez régulièrement ce court chef d'oeuvre de 12' et jamais je ne trouve ridicule ces indécrottables vieux garçons.]

Le véritable point commun des deux émissions LPS et Strip-Tease est dans la tromperie essentielle du procédé : l'absence de tout habillage par des commentaires est un des procédés du faux. Comme le démontre Philaunet, il faudrait être bien naïf pour oublier que le choix du matériau et l'art de la coupe sont des moyens autrement puissants de modeler un discours sur le réel, et par là les représentations que s'en fera le public.

Et d'autant plus quand on sait par ailleurs qu'en France, les cinéastes qui ont voix au chapitre ne conçoivent plus le documentaire que comme une illustration d'un propos engagé. Il suffit d'écouter les documentaristes invités à La grande table, évidemment encensés pour leur engagement "citoyen", et l'on comprend on se dit que cette radio est de toutes façons bien en phase avec la dérive vers l'idéologie qui domine actuellement le métier. Provisoirement, espérons-le.

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A l'intention de ceux qui prennent mon pseudonyme pour un bouclier : mon identité n'est ni affichée ni dissimulée.
Pour la trouver il suffit de suivre le fil de mon profil.

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Re: Les Pieds sur terre - le Sam 20 Juin 2015, 09:04

@Nessie a écrit:
(...) Le véritable point commun des deux émissions est dans la tromperie essentielle du procédé : l'absence de tout habillage par des commentaires est un des procédés du faux. Il faut être bien naïf pour oublier que le choix du matériau et l'art de la coupe sont des moyens autrement plus puissants de modeler un discours sur le réel, et par là les représentations que s'en fera le public. (...)

Les autres arts également procèdent (généralement) par l'exposition d'une idée ou d'une situation sans commentaires : la peinture (je pense par exemple à Munch, à Carrière...) ; la photographie (Depardon...) ; les documentaires "de société" (Depardon encore, par exemple).

Il s'agit d'exposer, avec la sensibilité de l'artiste, du "documenteur", un point de vue, une sensibilité particulière. Par exemple Depardon n'a pas prétendu documenter exhaustivement la paysannerie, mais évoquer une facette de cette réalité discrète, et j'en ai été enrichi. L'auteur ne prétend pas à l'objectivité, mais à la sensibilité : il ne commente pas ce qu'il révèle.

De la même manière, LPST comme Strip-Tease (ouf, j'ai fait attention à l'orthographe) présente une facette du monde humain. Il y a des numéros plus ou moins réussis, bien entendu, celui d'hier n'est sans doute pas le meilleur. Mais FC est dans son rôle culturel en conservant dans sa palette cet art et ce point de vue, la sensibilité comme accès à la connaissance.

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Re: Les Pieds sur terre - le Sam 20 Juin 2015, 13:24

Depardon présente des paysans hautement respectables.Il ne présente pas des gens qui font n'importe quoi dans leur vie,qui ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actions, comme je l'ai vu dans les deux ou trois Strip-Tease que j'ai vus:j'en étais malade pour eux et je trouvais cet étalage impudique.Rien à voir avec ce que montre Depardon:ils ont un mal fou à s'en sortir parce que le monde a trop changé et qu'ils n'avaient pas les clefs pour se sortir d'une grande pauvreté, dans laquelle, d'ailleurs, ils sont parfois très bien.

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Depardon, Enthoven et les autres... - le Sam 20 Juin 2015, 17:45

@antonia a écrit:Depardon présente des paysans hautement respectables.Il ne présente pas des gens qui font n'importe quoi dans leur vie,qui ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actions, comme je l'ai vu dans les deux ou trois Strip-Tease que j'ai vus (...).
Justement, si : Depardon a aussi fait des documentaires sur des personnages "qui font n'importe quoi dans leur vie,qui ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actions" par exemple dans "10° chambre" un documentaire qui filme simplement les audiences d'un tribunal d'instance, à la manière de LPST.

C'est là que se situe l'art du documentaire humaniste : ériger en figure, par sympathie, des situations qui ne seraient pas estimables selon des critères intellectuels, mais qui sont celles de nos voisins. Evidemment, il ne faudrait pas qu'il n'y ait que cela sur la grille des programmes, mais 30 mn par jour, cela reste correct...

Dans le même ordre d'idées, et d'incompréhension, M. Enthoven estimait dimanche dernier que Céline détestait les pauvres (dans "Voyage au bout de la nuit"). C'est exactement le contraire : seul quelqu'un qui a un regard de sympathie est capable, comme l'a fait Céline, de comprendre et refléter l'univers des "pauvres".
Mais l'univers de M. Enthoven semble très loin de celui des défavorisés de la vie, et il s'écoute trop lui-même pour être capable de reconnaître une attitude d'empathie.

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Le message personnel de Sonia Kronlund - le Sam 20 Juin 2015, 21:33

Après avoir écouté l'introduction de Sonia Kronlund du 2e volet de Le consentement médical, j'ai dû interrompre l'émission pour la reprendre au début. Je me demandais si j'avais bien entendu. Je crois que deux écoutes sont nécessaires pour prendre la mesure de ce qui a été écrit par Sonia Kronlund et qu'elle a ensuite récité à l'antenne :  
[son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/06/s24/NET_FC_6ad8b2fc-0dea-4ba7-be6a-57ae89ca95a0.mp3" debut="00:14" fin="02:30"]

Si ce n'est pas un règlement de compte personnel avec le monde médical, je ne sais pas ce qu'est ce billet d'introduction.

Ce violent réquisitoire est-il adapté à la présentation d'une émission sur le consentement médical ? Franchement, je m'interroge. Comment peut-on transformer du temps d'antenne nationale en tribune personnelle ? Parce que c'en est visiblement une.

Dans le Post 68 plus haut
@Yann Sancatorze a écrit:Je crois que vous touchez à un point important en évoquant l'absence de contradiction et l'adhésion obligatoire. Voilà ce qui rend, aujourd'hui, nombre d'émission inécoutables. L'engagement du propos et la certitude des convictions du producteur ne laissent aucune place au doute, et c'est là, sans doute, une incapacité (récente) de la part de certains producteurs de se figurer la position de l'auditeur qui reçoit ces contenus. (...) C'est une vision différente des auditeurs. France Culture nous place souvent sous tutelle mentale, que ce soit sous les présentations univoques des PST, ou des déluges de sucreries de Marie Richeux. Nous sommes censés nous extasier et adhérer, comme des moules à leur rocher...

Je ne peux que souscrire à ce constat.

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Re: Les Pieds sur terre - le Sam 20 Juin 2015, 23:29

@Philaunet a écrit:
Si ce n'est pas un règlement de compte personnel avec le monde médical, je ne sais pas ce qu'est ce billet d'introduction.

Ca peut très bien être ça.
Souvenirs d'une situation vécue, personnellement ou par procuration (un proche, des proches) ou alors résultat de l'observation (Madame Kronlund est pétrie d'empathie) et de là : révolte.

Mais d'un autre côté c'est tellement usé, dans le genre "Réquisitoire contre le corps médical" et "Le médecin, syndrôme de la toute-puissance", que ça peut aussi être le 789654123 épisode du feuilleton "Contre les dominants". Avec ce formidable progrès que ce ne sont plus les capitalistes qui sont visés. A part ça c'est pas bien neuf : la Médecine fait partie des systèmes de pouvoir jadis épinglés par les nouveaux libertaires (Ivan Ilich), par les sociologues en peau de lapin (Attali), par les mandarins marginaux (Escande, Pradal). Je dis "jadis" parce que les 4 références que je viens de placer datent des années 70. Pour dire à quel point c'est neuf, les prises de conscience de Madame Kronlund.  

Je n'ai pas le courage d'écouter ce numéro. Je me dis que le sujet c'est peut-être les groupes Balint plutôt que la médecine ? A quand une formule d'auto-questionnement dans le monde médiatique, adaptée des groupes Balint pour examiner les écarts à la déontologie par exemple ? Rien qu'à France Culture il y a assez d'exemples pour mettre sur pied toute la démarche méthodologique.

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Groupes Balint - le Dim 21 Juin 2015, 08:47

@Nessie a écrit: (...)
Souvenirs d'une situation vécue, personnellement ou par procuration (un proche, des proches) ou alors résultat de l'observation (Madame Kronlund est pétrie d'empathie) et de là : révolte.  (...)  A part ça c'est pas bien neuf : la Médecine fait partie des systèmes de pouvoir jadis épinglés par les nouveaux libertaires (Ivan Ilich), par les sociologues en peau de lapin (Attali), par les mandarins marginaux (Escande, Pradal). Je dis "jadis" parce que les 4 références que je viens de placer datent des années 70. Pour dire à quel point c'est neuf, les prises de conscience de Madame Kronlund.  

Je n'ai pas le courage d'écouter ce numéro.

La mise en cause générale du corps médical par Sonia Kronlund en introduction n'a finalement pas été suivie d'exemples à la hauteur de l'indignation. Au contraire, on trouve quelques exemples de beaux comportements de médecin, loin de ce à quoi l'on s'attendait. Et c'est pourquoi je trouve confirmée l'hypothèse plus haut que la productrice ne s'est pas inspirée du contenu du documentaire mais de ses expériences personnelles pour prononcer son réquisitoire liminaire.

@Nessie a écrit:Je me dis que le sujet c'est peut-être les groupes Balint plutôt que la médecine ?

J'ignorais tout de ces groupes et pour en savoir plus  ai lu cet article  : Moreau-Ricaud Michelle, « Le groupe Balint a cinquante ans ». (11 pages en Word 12)

@Nessie a écrit:A quand une formule d'auto-questionnement dans le monde médiatique, adaptée des groupes Balint pour examiner les écarts à la déontologie par exemple ? Rien qu'à France Culture il y a assez d'exemples pour mettre sur pied toute la démarche méthodologique.

Après la lecture de l'article, je vois ce que vous voulez dire...

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La mise en récit depuis 2014 - le Dim 05 Juil 2015, 22:11

Pour mieux comprendre le tournant pris par Les Pieds sur terre en septembre 2014.  Et aussi pour mesurer  la crédulité* des auditeurs envoyant sur le site de France Culture des commentaires empathiques envers les personnes interviewées qui sont en réalité des acteurs :  Quelles histoires nous raconte le storytelling?

On trouve dans cet article publié sur le site de Syntone (Actualité & critique de l'art radiophonique) des propos de Thomas Baumgartner et de Sonia Kronlund, ainsi qu'un clip vidéo de France Culture.

* Il faut dire que la station n'a rien dit de la ficionnalisation des interviews et qu'en mélangeant créations et rediffusions Sonia Kronlund brouille vicieusement les pistes...

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Re: Les Pieds sur terre - le Lun 06 Juil 2015, 15:12

Merci de nous avoir communiqué ce lien et ce long développement sur le storytelling. On y relève un gros paradoxe : l'article évoque une méfiance française envers le storytelling à l'anglo-saxonne, bicause manipulation politique à tendance commercialisante, l'auditeur est "subjugué" par une production taillée sur mesure censée doucement le tromper, et le soumettre à la volonté toute puissante du story-teller. Il évoque ensuite This American Life comme modèle pour les Pieds sur Terre, avant de conclure sur un mélange de production à la française (mise en voix, avec ambiances et bruitages) et anglo-saxonne (récit à partir du je).
Le paradoxe, c'est que ce sont bien les Pieds sur Terre qui manipulent, bidonnent, orientent, mentent pour appuyer un discours politique préétabli (très souvent), et passé les premières interrogations sur la sincérité de l'exercice, on se sent floué : un auditeur n'est pas censé disposer d'un esprit critique, il est là pour absorber une charge émotionnel et conforter ses idées politiques, reconnaître des coupables et des victimes. Manipulation totale et insidieuse.
En revanche, This American Life reste toujours très prudent et respectueux vis à vis d'une certaine éthique journalistique. Quand des témoignages sont retranscrits et lus par un comédien, c'est immédiatement signalé. Quand un récit est insuffisamment alimenté de témoignages contradictoires, on a soin de préciser que les parties adverses n'ont pas souhaité intervenir. Quand un interprète est employé, on le signale et son nom est donné. Quand des voix se ressemblent, on a soin de le préciser. Tout cela est scrupuleusement mis en place pour justement réduire ce soupçon de malhonnêteté qui nuirait au plaisir d'écoute et au déroulement du récit, mise en scène de façon souvent très habile : commencer avec une anecdote, présenter les protagonistes, multiplier les témoignages, faire se succéder les rebondissements et conclure avec cette fusion entre ce que sait l'auditeur, qui rejoint ce que le producteur connait, le fin mot de l'histoire. Pas de manipulation, mais simplement une articulation adroite des éléments du récit pour lui donner le plus grand impact possible, rebondissement après rebondissement.
Offon du fond des choses, comme dirait Voinchet, tout cela en dit très long sur la vision que l'on se fait de ses auditeurs : d'un côté une masse politisée prête à accueillir sans scepticisme un récit qui le flatte et alimente ses indignations, dans des champs bien connus (le social-voyeur, le graveleux-chic etc.), et de l'autre une mise en récit d'une histoire qui va faire ballotter et vaciller l'auditeur jusqu'à la conclusion ouverte qui ne tire aucune leçon définitive, sauf celle qui consiste à se dire qu'on ne doit jamais juger trop rapidement... D'un côté la manipulation, de l'autre la liberté...

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