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Faut-il renoncer au documentaire culturel ?    Page 3 sur 4

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Faut-il renoncer au documentaire culturel ? - le Jeu 28 Oct 2010, 14:24

Rappel du premier message :

Le sujet ici, c'est l'état du documentaire et la place qui lui est accordée dans le programme de France Culture. On aimerait que ce fil de discussion soit l'occasion d'échanger sans agressivité (malgré le souhait évident de certains dans ce sens) entre les tenants et les critiques de l'actuelle ligne du programme, et plus particulièrement de "Sur les docks" puisque l'émission est parfois mise en avant comme un porte-drapeau du genre.

D'une part certains se félicitent de la situation actuelle, et présentent la chaîne comme un refuge-sanctuaire pour une forme radiophonique qui participe de son histoire, et de son image d'excellence. Mais d'autre part, les critiques sont là et bien là : du côté des auditeurs, certains qui se montrent soucieux de voir subsister la vocation initiale de la France Culture, doutent fortement de la survie du documentaire culturel sur la fréquence.  

Mon point de vue, sinon mon jugement, est franchement du côté des seconds : il me semble que le documentaire culturel est maintenant quasi-absent du programme de France Culture. J'ai déjà eu l'occasion d'en dire quelques mots dans le fil consacré à la vocation de France Culture. Suite à un départ de discussion dans divers endroits du forum, je préfère reprendre le sujet ici. Hormis des apparitions bien épisodiques dans la Fabrique de l'histoire et dans certains des magazines pas trop focalisés sur l'actu (notamment la tranche 14h-16h) il n'y a guère plus qu'Une vie une oeuvre pour être fidèle au principe du documentaire culturel dans une case régulière du programme. Pour les discussions sur cette dernière, je renvoie au fil ouvert récemment par Lola, ainsi qu'au fil "Sur les docks". Cette émission dont la création nous avait semblé un excellent signe, la voila maintenant régulièrement mise en avant par certains des défenseurs de la ligne actuelle de FC. Emission dont le soin et la qualité pourraient être sujet de débat, encore qu'à ces deux titres je vois mal comment ne pas tenir compte du caractère fatalement inégal d'une telle série. Mais surtout, une émission dont le choix des sujets est révélateur de la mutation de France Culture dans ces 10 dernières années.

Aussi je suggère de consacrer le présent fil au documentaire radio en général, et en particulier à ce qu'il en reste sur France Culture : une sorte de baudruche survivante dans un Malpertuis-potemkine, comme les dieux de l'Olympe récupérés et enchaînés par le magicien Doucedame. Des fantômes ou quasi, non exempts de beauté si l'on songe à Alecto. Mais non exempts aussi d'une peste intérieure.

Et puis il y a un an, à-peu-près dans le même temps que se créait ce forum, est apparu ADDOR, association pour le développement du documentaire radiophonique. Que le bandeau des liens offert en haut de notre écran y renvoie le visiteur de ce forum, voila qui doit être lu comme le signe que nous partageons avec ses fondateurs et ses membres un intérêt pour le genre. Non sans divergences de fond, on peut le penser, mais aussi non sans une réelle inquiétude quant à son avenir. Dans cette association on retrouve certains des noms régulièrement présents au générique de Sur les docks. On comprend que, comme nombre des personnes oeuvrant à France Culture, ils puissent juger difficile de participer positivement à un forum où certains de leurs confrères se trouvent égratignés et parfois sans indulgence. Malgré cela on espère recevoir ici, de leur part ou en provenance d'autres personnes qualifiée et même sous la couverture du pseudonymat, des arguments et des idées à l'appui de l'un ou l'autre des opinions en présence. Et mieux : d'autres idées, un autre point de vue.

Welcome...
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Re: Faut-il renoncer au documentaire culturel ? - le Sam 01 Jan 2011, 16:29

syntone a écrit:

@ tous,
Finalement, la définition de "documentaire culturel" – expression que je ne connaissais pas – s'approche de ce qu'on appelle parfois le documentaire de création. Je ne crois pas qu'il soit possible de faire un documentaire de création à Sur les Docks, car le producteur dispose seulement de 3 jours de tournage et de 40 heures de montage. En outre, son temps de préparation n'est pas directement rémunéré. Il/elle travaille avec un/e chargé/e de réalisation qui enchaîne les productions toutes les deux semaines. Dans ce cadre, ça ne me paraît pas simple de s'immerger dans un sujet.

Merci pour cette info, claire, précise qui permet, enfin, de comprendre bien des choses. J'en profite pour vous dire que lecteur de "La tante Julie et le scribouillard", j'ai apprécié l'article de votre site sur les fictions radio en Amérique latine.

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Dans Libé, Hervé Marchon et les précaires du documentaire - le Lun 04 Avr 2011, 13:44

Tout d'abord, cet article d’Hervé Marchon dans Libération de vendredi dernier :

<< Les micros précaires du docu sonore
Radio. Format «noble», le documentaire radiophonique est pourtant produit par des auteurs sous-payés et mal considérés.

Comment va le documentaire sonore ? Pas mal. Comment vont les auteurs de documentaires sonores ? Pas bien. Paradoxe : l’un des genres radiophoniques les plus nobles est produit par une ribambelle d’intermittents. «Jamais on n’a vu une telle vitalité du documentaire audio», constate Silvain Gire, créateur et directeur éditorial d’Arte Radio qui, en neuf ans d’existence, a diffusé plus de 240 auteurs, et apporté une bouffée d’air à un format radio diffusé surtout sur France Culture, un peu sur France Inter, quelquefois sur certaines radios associatives. «De plus en plus de jeunes ont envie de produire des documentaires, explique Gire. Des auteurs qui sortent d’école de radio et qui méprisent la dépêche d’actualité et l’info en continu qu’on leur enseigne.» Ils s’essaient à ce format sonore inconnu des RTL, Europe 1 et autres FM. Arte Radio, Silence Radio, Ousopo (1) et blogs personnels, les auteurs de documentaires diffusent en podcast leurs œuvres et s’affranchissent des normes de production de la radio hertzienne. Ils enregistrent aussi pour France Culture qui, malgré la disparition de plusieurs émissions dévolues au genre, continue coûte que coûte à fabriquer du docu.

Clichés ch’tis. Ils enquêtent sur le suicide des personnes âgées, planquent sur des aires d’autoroute où se forment des couples illégitimes, suivent une sage-femme dans ses visites médicales, reconstituent la vie d’une jeune femme morte seule chez elle à Marseille, enregistrent leur vélo qui couine et grince, tournent dans le Nord sur les traces des clichés ch’tis. Dans la lignée du cinéma-vérité, ils vont là où les gens vivent, les enregistrent au plus près ; ils ont pour modèle Raymond Depardon ou Chris Marker.

Ils sont équipés des minienregistreurs numériques qui pullulent sur le marché, et retrouvent le désir qui animait la génération de René Farabet (créateur de l’Atelier de création radiophonique), laquelle, après Mai 68, s’était échappée de «l’étouffoir des studios de la Maison de la radio». Lourd magnéto en bandoulière, cette génération voulait changer la radio et, de média du temps réel, du direct, la transformer en média de la vie réelle.

Dehors la vie est belle, mais la vie est dure. Au revers de la médaille se dessine le profil de la précarité : les auteurs de documentaires sont aussi gardiens de musée, pions, scriptes, travailleurs sociaux, serveurs de fast-food, hôtesses d’accueil, accordéonistes, profs de fac, baby-sitters, compositeurs. Après plusieurs années de vaches maigres, beaucoup, même très talentueux, abandonnent. Ceux qui vivent de leurs productions sonores seraient une vingtaine, selon l’estimation de Gire. Et, le plus souvent, ils avouent dans un souffle ne même pas être imposables. L’un des auteurs de docus ironise : «Le seul luxe que nous connaissons, c’est le voyage en première classe quand nous travaillons pour France Culture.»

Une exigence de la convention collective de la Maison ronde dont ils se passeraient bien pour être payés plus. Quelque 1025 euros brut pour la production d’un 52 minutes (format de l’émission Sur les docks) chez France Culture, plus 600 euros de droits d’auteur versés après diffusion par la Scam. De trois à trente jours rémunérés 140 à 200 euros par jour chez Arte Radio, mais pas de droits d’auteur. Pas de cachet mais des droits d’auteur pour une diffusion sur Radio Grenouille à Marseille ou Jet FM à Nantes, parmi les rares radios associatives à diffuser du documentaire sonore. Loin des cachets de la radio allemande qui, pour un 52 minutes, rémunère 4 200 euros. Très loin des budgets du documentaire télé. «Un tiers de rémunération au cachet, un tiers de droits d’auteur, un tiers d’Assédic quand on réussit à avoir le statut d’intermittent. Voilà de quoi nous vivons», résume une auteure. «Pour avoir un salaire décent, il faudrait produire trois documentaires par mois», dit un autre. Impossible quand un docu demande réellement plusieurs mois de travail. «La rémunération des auteurs de documentaires est indécente», nous disait Jean Lebrun en janvier quand il était encore producteur de Sur les docks et conseiller des programmes à France Culture (2). Un jugement repris par Olivier Poivre d’Arvor, directeur de France Culture (lire ci-dessous) qui promet des améliorations.

Mais Jean Lebrun ajoutait : «On ne peut pas vivre de la radio. Auteur de documentaire n’est pas un métier.»«L’auteur de docu est trop souvent considéré comme un passe-micro. L’idée qu’un docu est une œuvre totale n’existe pas», déplore Mariannick Bellot, qui produit docus et fictions pour la radio. Il se vit en créateur, mais l’auteur de documentaire est appelé «producteur délégué» ou «technicien spécialisé» sur ses fiches de paie. Comme si même la reconnaissance des mots n’existait pas. «Si l’auteur de documentaire n’est ni auteur ni journaliste, alors il est quoi ?» demande Irène Omélianenko, productrice coordinatrice de Sur les docks, mais aussi présidente d’Addor (3), l’Association pour le développement du documentaire radiophonique créée il y a un peu plus d’un an pour «rassembler les auteurs de docus, jusqu’ici très isolés».

Renouveau. Près de 150 adhésions plus tard, des cycles de conférences et des séances d’écoutes publiques, l’Addor structure une profession en plein renouveau. Elle avance «plus forte et plus créative» face aux diffuseurs. Le 3 mars, en remplacement de Jean Lebrun, Irène Omélianenko a d’ailleurs été nommée conseillère de programmes en charge d’un domaine beaucoup plus vaste que son prédécesseur : le documentaire et la création radiophonique. Une excellente nouvelle pour le docu sonore, se réjouissent les auteurs.

(1) Arteradio.com, Silenceradio.org, Ousopo.info.

(2) Le 28 février, Jean Lebrun a remplacé Patrice Gélinet sur France Inter, nommé au CSA.

(3) Addor.org.
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Le poivrinet dans le bac à sable - le Lun 04 Avr 2011, 14:32

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ENsuite ou avant mais en tous cas le même jour dans Libé, la com’ de Poivre se trouve délayée sous un chapeau dans la plus pure rhétorique "droits-acquis". Le plus clean dans ce cas, serait de donner le texte puis de le commenter. Donc je donnerai plus tard mon commentaire des 3 questions à Poivre, et dans l’immédiat voici la rhétorique syndicale de Marchon, qui, notez-le, ne prend pas une demi-ligne pour parler de la demande du public et ne s’aventure pas à parler de qualité radiophonique, sinon en citant comme modèles des cinéastes militants. On a donc là le tableau des préoccupations qui fait qu’on voit crever la vie culturelle à France Culture depuis 12 ans.

<< Les micros précaires du docu sonore
Interview : Directeur de France Culture, Olivier Poivre d’Arvor refuse la création d’unité spécialisée mais veut doubler les cachets :

Q : Quelle place trouvera le documentaire dans votre grille de rentrée 2011 ?
R : Le documentaire, c’est une des fiertés de France Culture et une fascination pour moi. Les formes les plus fragiles à la radio sont le documentaire et la fiction. Et, je vous l’affirme, je veux les protéger contre toute perte ou effacement : la saison prochaine, le documentaire occupera les mêmes places, la même durée dans la grille de France Culture. Je souhaite pouvoir redonner un espace à la création, le soir, de 22 heures à minuit. Un espace de récits, qui peuvent prendre des formes de fictions, de documentaires. Je souhaite enfin créer une collection de documentaires consacrés aux grandes villes du monde : deux heures chaque week-end pour le portrait d’une ville dressé par les artistes qui l’habitent. Je conçois cette série sur cinq ans comme une série patrimoniale.

Q : Pourquoi n’y a-t-il pas un budget pour le documentaire à France Culture comme il existe un budget pour la fiction ?
R : La fiction est une mission régalienne de France Culture. A ce titre, elle bénéficie d’un budget. Pour le documentaire, une partie des moyens ne vient pas de nous mais de Radio France, comme le salaire des techniciens qui travaillent pour toutes les chaînes de la maison. Créer un service du documentaire comme il existe un service de la fiction aboutirait au formatage des formes documentaires, qui sont très différentes selon les émissions : la Fabrique de l’histoire, les Pieds sur terre, Sur les docks, les Passagers de la nuit, les ACR. Tous ces beaux animaux ne peuvent être mis dans la même cage avec le même dompteur. D’autre part, la forme documentaire doit irriguer toutes les émissions de la chaîne et ne pas se cantonner à certaines cases horaires.

Q : Pourquoi les auteurs de documentaires qui travaillent entre autres pour France Culture ne peuvent-ils vivre de ce métier ?
R : Je sais que les rémunérations sont faibles, je suis le premier directeur à dire que c’est scandaleux. Ce n’est pas normal d’être payé trois jours pour un mois réel de travail. Durant mes cinq ans de mandat, je souhaite doubler le cachet d’un documentaire pour Sur les docks par exemple, le faire passer à 2 000 euros. Auteur de documentaires, c’est clair, est un statut précaire, un statut d’intermittent. Il n’est pas possible de leur garantir le plein-emploi, à moins d’entretenir un corps de quelques auteurs et se passer alors de tous les autres. Ce ne serait pas intéressant pour la diversité de la création. Les auteurs de docu sont des écorchés, car ce sont des créateurs. Je les admire. J’espère qu’ils se sentiront aimés ici. Alors je reconnais que ce n’est pas la réponse à la question de la précarité. Mais, dès lors qu’on attache de l’importance à ce qu’ils font, qu’on les prend vraiment pour des créateurs, c’est déjà un réconfort.

Olivier Poivre d’Arvor est directeur de France Culture depuis septembre 2010.  
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Quand Libé nous informe - le Lun 04 Avr 2011, 14:45

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Troisième volume de cette trilogie de vendredi dernier : de l’info fraiche à la mode de Libé. Les accords de 2006 et 2008. Alors qu’un accord récent avait été évoqué il y a 2 mois (mais dont on ne dit pas un mot dans cette page de vendredi),

<< Comment sont calculés les droits d’auteur des documentaires diffusés en podcast ou en streaming sur le site de Radio France ? Les auteurs aimeraient bien le savoir. Mais l’accord entre Radio France et la Scam (Société civile des auteurs multimédia) conclu en deux temps (avril 2006 puis juillet 2008), unique en France, est confidentiel : «Il n’a pas vocation à être communiqué», selon ses signataires. Même aux principaux intéressés, les auteurs ? Oui. Libération s’est procuré la version 2006 de cet accord. On y apprend que l’assiette de calcul de la rémunération des droits d’auteur est basée en partie sur le nombre de pages vues du site, en partie en pourcentage des recettes pub de Radio France. «La philosophie générale de cet accord est d’asseoir l’assiette des droits sur le chiffre d’affaires de Radio France», explique Hervé Rony, président de la Scam. Etonnant quand la pub représente moins de 10 % du budget du service public. Pourquoi pas un calcul au nombre réel de téléchargements (France Culture est la troisième radio la plus podcastée) ? Les droits d’auteur sur Internet «sont un enjeu essentiel, mais marginal sur le plan économique», calme Hervé Rony.

Sur la foi des relevés Scam, grâce à cet accord, un auteur de documentaires a touché 1,55 euro pour une œuvre d’une heure au titre de l’année 2007 payée… en 2010 ! H.M.
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Notez la chute en point d’exclamation, usuellement proscrit en journalisme pro et réservé aux échanges de type discussion (chat, forum mails). Libé vous informe ? Non : Libé vous influence... (notez ma chute en point de suspension je m’exclame pas)

De mon point de vue cette trilogie d’Hervé Marchon a quelque chose de lamentable : le documentaire radio se porte très mal sur France Culture, où sa part a été divisée par 5 ou 6 depuis 10 ans. Et ça n’est pas en jouant des refrains corporatistes qu’on arrangera quoi que ce soit.

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Re: Faut-il renoncer au documentaire culturel ? - le Lun 04 Avr 2011, 15:03

Sur cette discussion, dans la controverse du premier de ces trois article je donne raison à Jean Lebrun et je ne comprends pas la remarque d’Irène Omélianenko.

Qu’est-ce qu’un auteur ?
Réponse : c’est un auteur.
La création est une activité incertaine par définition.

- Si l’on veut un job de fonctionnaire, on ne devient pas créateur, on devient secrétaire ou gestionnaire.
- Si on veut des créateurs fonctionnarisés ou nourris par l’Etat, il faut d’abord regarder ce que ça donne en système collectiviste, ou bien dans les DRAC ou encore dans le France Culture de Laure Adler : c’est la chute à pic de la qualité.
- Si on veut que la création radio devienne une affaire juteuse, on obtiendra pour la radio la même dérive que dans le cinéma : 90% du gâteau pour quelques gros, et les miettes pour les autres.
- Si on veut que la création radio devienne une activité créative comparable à celle de la littérature ou les arts vivants, alors commençons par examiner qui vit de sa plume et comment ; et ensuite tirons-en les conclusions.
- Si l’on persiste à se focaliser sur le niveau de vie des créatifs, alors vous pouvez être certains que le niveau de qualité de la création baissera.

Et en ce qui concerne la radio d’Etat, je suggère la lecture de "Echec à Panurge" de Jean-Noël Jeanneney. N’oublions pas quel grand PDG de Radio France fut Jeanneney, surtout quand il eut l’idée de placer à la direction de France Culture un homme qui ne connaissait rien à la radio, mais grâce à qui les auditeurs eurent leur content de délices radiophoniques : le style de l’ère Borzeix est resté assez bien présent jusqu’à 2002, car Laure Adler n’avait pas osé démanteler le tout en une seule saison...

Je comprends mieux maintenant la réponse de Poivre, qui parle d’augmenter les cachets (il doit sentir venir le préavis de préavis de grève). Mais comme il se montre soucieux de ne pas plus trahir la vocation de la chaine que ne l’ont fait ses prédécesseurs, il assure tout de même le maintien du même volume de documentaires...

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Faut-il renoncer au documentaire culturel ? - le Lun 04 Avr 2011, 16:17

Que peut espérer l’auditeur, qui n’apparaît nulle part dans les préoccupations du journaliste militant (dame, on peut pas militer pour tout le monde hein). Pour le savoir, lisons bien : "la saison prochaine, le documentaire occupera les mêmes places, la même durée dans la grille de France Culture". Ca veut dire rien de plus (zutre !) mais rien de moins (ouf !). Mais juste après : "Je souhaite pouvoir redonner un espace à la création, le soir, de 22 heures à minuit". Well : il serait donc permis d’espérer un retour de radio créative en soirée, en plus ou autour des Passagers ? Si la déclaration juste précédente n’est pas une promesse de gascon (ça serait un comble pour un d’Arvor), ça devrait quand même nous faire un total horaire en léger progrès ? Oui.. non ... oui... non ?

Bilan et traduction de l’ensemble : du documentaire, on vous en donnera autant que maintenant. D’abord, pas moins hein , promis ! Mais pas plus quand même dites-donc non, déjà qu’on va remonter les coûts de production, alors hein vous imaginez pas que... ? Donc le personnel en sort gagnant, très bien, tant mieux pour lui Mais l’auditeur ? Beuh, l’auditeur il ne gagne aucune autre assurance que de ne pas trop y perdre. De toutes façons si les coûts de production augmentent, c’est déjà beau de conserver le même volume horaire, non ? Eh oui, les auditeurs-demandeurs, vous pouvez circuler, car vous ne disposez d’aucun ordre mendiant pour défendre vos droits, et puis il y a les auditeurs qui veulent de la soupe, ils sont plus nombreux que vous alors ne nous emmerdez pas hein ! Ca n’est pas le message de Poivre, ça, mais c’est la conséquence qu’on en tire si on porte là-dessus un oeil un peu sévère.

En passant, on voit les forces en présence (Direction/Personnel/Auditeurs/Forces militantes) et on comprend pourquoi ou comment France Culture au fil des années, n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été. Notamment il ne faut pas compter sur les autres médias militants pour infléchir la tendance en réclamant de la création de qualité. Ce qui intéresse le journaliste c’est de défendre ce qu’il croit être une cause engagée du type "acquis sociaux". Ce qui intéresse l’auditeur traditionnel de FC, c’était la qualité du programme. Ce qui intéresse Poivre c’est d’obtenir l’audience maximum sans trahir la vocation de la chaîne encore plus nettement que ne l’ont fait ses prédécesseurs. Et comme entre le chou du programme et les chèvres d’auditeurs il y a le loup du personnel qui est végétarien les jours pairs et carnivore les jours impairs, Poivre Jeune soigne sa com’ et il a bien raison. Peut-être même a-t-il déjà reçu un préavis de préavis de grève, qui sait ? Et puis passer dans un canard de Demorand relooké en prête-nom de Laurent Joffrin, c’est quand même un peu aussi désamorcer l’accusation larvée de Sarkozysme qui lui pend au nez dans le marigot des média-commentateurs, puisque l’accusation de sarkozysme y est devenu le nouveau point Godwin du débat d’actu, l’argument-massue qui bloque toute discussion.

Finalement cette rhétorique Droits-Acquis, elle n’apparait comme chapeau général que par manque de métier du journaliste puisque Poivre Jeune ne marche pas dans la doctrine de la titularisation, en même temps qu’il fait bonne figure sur le montant du cachet. Peut-être a-t-il lu "Echec à Panurge" Jean-Noël Jeanneney ? Mais le lecteur n’est pas obligé d’être convaincu du risque dont Poivre dessine la perspective : créer un service esspécial aboutirait à un formatage ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. C’est pas tant la structure qui crée l’uniformité, que l’esprit dans lequel on fait vivre ladite structure. Alors passons, car de toutes façons il est visible que sur cette partie de la trilogie de vendredi dernier, le journaliste n’est là que pour passer le stylo. Comme on l’a dit plus haut ça n’est pas un interview, c’est une petite com’ du Boss et après tout pourquoi pas ? En tous cas si on s’intéresse aux bruits de FC plutôt qu’au grenouillement de Libé, au bout de la démarche, il y aurait un retour vers le principe de la production au cachet, un appel plus vaste à des producteurs en intermittent ? Mais pas pour une intensification du programme documentaire, hélas.

Et tout ça sentirait quand même meilleur si on avait l’assurance que Sur les Docks cessera d’être un panneau d’affichage des misères du monde et d’apologie des gentils-pauvres-gens-de-peu-opprimés-dominés-par-la-classe-dominante. Exemple ? La série récente sur l’université était un catalogue de revendications et de tiré-de-mouchoir. A les entendre, au plan de la qualité de vie l’Université est à classer quelque part entre la prison et la mine, et ça aussi bien pour l’étudiant que pour l’enseignant-chercheur. Encore pire que FC, donc !! Il n’y avait donc que ça à dire sur la vie à l’université ? Certes non, mais il n’y a que ça qui intéresse France Culture : le bilan décliniste, l’idéologie de la santé, le tiré de mouchoir saucial, bref la caricature du désastre sur la Fréquence de la plainte. Bon, c’est une radio culturelle, ou bien c’est le parti de l’ordre mendiant ? Sur le drapeau de FC qui flotte au-dessus de la maison ronde, il y a une béquille et une soucoupe, c’est ça ? Quel dommage que ça soye un drapeau et pas un simple mouchoir car là pour le coup l’Ordre Mendiant était heureux comme tout. Ce programme de 4 reportages abusivement qualifiés de documentaires, était bien en phase avec le paradigme idéologique de cette chaîne qui sur les 3/4 de son programme nous balance de la caricature d’info à certaines heures, et à d’autres de la caricature de culture.

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Chronique d'une nouvelle dégradation annoncée - le Mer 04 Juin 2014, 20:42

Nouveau recul du documentaire culturel : samedi 24 mai, "Une vie une oeuvre - Gabriel Garcia Marquez" a été proposé en direct. Concernant l'émission elle même, on peut en parler dans le fil consacré à la série. Concernant l'idée du direct on se pose la question : quel intérêt, quel avantage ?

- Est-ce pour tester et préparer le passage à une formule nouvelle, en rupture avec la forme du documentaire enregistré ? C'est bien possible, car le coup d'essai est réussi.
- Est-ce le résultat d'une malchance ? En fait l'émission bouclée a été paumée et les rushes ont été mangés par les chêvres. Heureusement il restait les schémas papier et MGL a pu récupérer le plan pour refaire l'émission en diwect' (alors là, chapeau !)
- Si c'est par souci d'économie, ce souci est obscène, quand on sait que la chaine ne cesse de réaliser des opérations coûteuses et aucunement culturelles dans divers endroits du globe .
- Pour autant, s'il s'agit de réduire le coût et les délais de production, pourquoi ne pas revenir au format de 90 minutes ? Car si la minute de direct coûte moins cher que la minute de documentaire, alors une fois réalisé l'économie par la mise en direct, rendez-donc à cette émission un format décent.
- Si c'est pour achever de casser les reins à la notion elle-même de documentaire culturel après lui avoir brisé tous les os, alors là bravo ! Et l'étape suivante c'est quoi, la destruction des archives ? A défaut, les incompétents vaniteux qui dirigent actuellement la chaîne jouent perdants. Parce que même en boutant définitivement hors du programme la qualité sonore des documentaires élaborés-enregistrés-montés, il restera toujours les souvenirs des auditeurs ainsi que leurs collections personnelles, et bien sûr aussi le fonds d'archive institutionnel. Quoique... Celui-là on n'a qu'à le cramer, et les auditeurs ne seront plus des emmerdeurs.

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Exercice de critique spéculative - le Mer 04 Juin 2014, 20:52

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Cela dit, on peut aligner d'autres hypothèses  :
- est-ce une tentative audacieuse du producteur ? (si c'est ça, on peut le féliciter pour la réussite)
- on cherche à déprimer l'auditeur ? (pas besoin, la matinale s'en charge)
- on veut retirer du pouvoir au chargé de réalisation, et donner le max de pouvoir au producteur devenu chef d'orchestre, maître des tours de parole, lanceur de bobineau ? (bref un Jean Lebrun mais sans la pipe sauf pour le numéro consacré à Maruschka Detmers)
- les invités n'étaient tous libres et de passage à Paris que pendant une heure, ce samedi-là ? (bravo pour avoir saisi l'occasion au poil, les gars !! -je mexclame)
- c'est suite aux critiques dures contre le montage vraiment débile de 'Une vie une oeuvre'  certains samedis par exemple ici ou que Matthieu Caribou-Laglande a décidé d'opérer autrement ? (qu'on pende les critiques, tonnerre !)

Reste qu'à terme, l'habitude du direct ne peut que nuire à la qualité. Ce numéro, on le dit dans ce commentaire, a visiblement été très bien préparé et le résultat échappe à tous les défauts endémiques dans le FC du tout-direct. Mais on peut redouter qu'en évoluant vers une formule Magazine, ressemblant peut-être à certains numéros des Jeudis Littéraires ou du Panorama, Une vie une oeuvre en direct condamnera l'auditeur à risque de voir resurgir les vices du direct, notamment le parler erratique des invités mal choisis ou du producteur immature (imaginons un Une vie une oeuvre confié à Xavier -nutella- Delaporte).

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Après réflexion... - le Jeu 05 Juin 2014, 09:05

Après deuxième écoute de cette émission sur Gabriel Garcia Marquez, et relisant les dernières lignes de mon commentaire dans le fil "Une vie une oeuvre", et après réflexion j'ajouterai un commentaire :

Dans le fil 'Une vie une oeuvre', en s'interrogeant sur la réalisation en direct, Nessie a écrit:Est-ce une bonne idée ?
[...]
A mon avis non, ça n'est pas une bonne idée, que de travailler ainsi sans filet quand on a depuis des années l'avantage de disposer des ressources du montage et même du fignolage : les tâtonnements, les essais et les erreurs, les retouches, le repentirs. Ca n'est pas une bonne idée parce qu'il ne s'agit pas ici d'une radio intégrée aux arts vivants, mais de la partie patrimoniale de la production. Je pense que ça ne peut que se dégrader à terme, quand bien même le résultat du samedi 24 donne envie de tirer un sacré coup de chapeau Smile

Rétrospectivement, voyons ce qu'a fait la télévision dans les années où mieux que d'assumer une mission culturelle, elle la revendiquait : le direct a dominé tant que l'enregistrement magnétique était impossible, et qu'il fallait utiliser pour cela les moyens lourds du cinéma. Mais quand l'enregistrement vidéo l'a permis, pour plusieurs catégories d'émissions le direct a progressivement disparu. Notamment pour le documentaire ainsi que pour le théâtre. Le seul intérêt du théâtre en direct ou enregistré dans les conditions du direct, c'est la présence du public, qui donne une autre dimension à la représentation de la pièce. Il s'agit alors de captation, même quand la représentation est organisée à cette intention ; c'était le cas pour "Au théâtre ce soir". Mais nombre de grandes réussites du théâtre télévisé se sont faites aussi à l'enregistrement et sans public : voyez le Neveu de Rameau en 1980 avec Michel Bouquet. Voyez le Ruy Blas de Raymond Rouleau en 1972, voyez la même année Les femmes savantes. 40 ans plus tard cette production patrimoniale a vocation à être diffusée en DVD autant que les captations en public. On n'en dira pas autant des magazines culturels : la partie qui résiste au temps c'est non pas l'émission de plateau, mais le documentaire. A sa façon la première est un art vivant, qui supporte mal la mise en conserve et cela d'autant plus quand elle est centrée sur l'actualité : avec le temps l'avantage de la prestation en public disparait, et le débat de plateau laisse apparaître ses défauts. Ses qualités aussi, dira-t-on : de la spontanéité, une meilleure impression de vie. Mais pour traiter d'un sujet patrimonial, ces avantages sont inexistants. Le magazine en direct redeviendra dominant quand la télévision délaissera progressivement sa mission culturelle. Depuis 15 ans France Culture a pris le même chemin, et la tentative du samedi 24, quoique réussie, est une raison supplémentaire d'être pessimiste.

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Re: Faut-il renoncer au documentaire culturel ? - le Sam 05 Juil 2014, 16:29

Eh bien il est permis de s'inquiéter.

Pour boucler l'année et en prévision de la rentrée, voici le 2eme Une vie une oeuvre en direct : Mozart.

Encore un pas et France Culture sera exactement aussi culturel qu'Europe 1 : de l'actu, du divertissement léger, une matinale saucissonnée, et 2 rendez-vous culturels par jour (en direct). Ah non pas de pessimisme : il y a encore 2 émissions quotidiennes soigneusement montées avec Les pieds sur terre et Sur les docks. La revue du malheur saucial, donc. Quant à qualifier ça du documentaire ou du culturel, c'est une autre histoire.

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Re: Faut-il renoncer au documentaire culturel ? - le Ven 01 Aoû 2014, 17:17

Bien que la réponse à la question du titre soit probablement affirmative à court terme, le documentaire culturel a encore de beaux restes.

En ce moment même, dans l'Heure du documentaire -le titre même sonne comme un faire part- rediffusion d'une des meilleures réussites de l'année passée  : le Moondog de Gael Gillon et Léa Cohen. Par chance c'est à eux et non à Mathieu Garrigou-Lagrange qu'a échu le sujet. Il n'y aura donc pas de Une vie une oeuvre, entendez qu'on ne saura rien de la vie sentimentale du musicien, ni de la marchande de journaux aveugle qui était amoureuse de lui sans jamais l'avoir vu, ni du voisin qui n'osa jamais lui demander de conseils pour son dosage de dynamite.

Ce documentaire se trouve en ce moment même en proposition d'écoute sur notre forum (j'ai mis le lien non de la réédition, mais de la diffusion originelle dans l'atelier de la création). Je conseille la lecture de la page sur le site de France Culture, y compris les commentaires des auditeurs.

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