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Atelier de création radiophonique    Page 2 sur 5

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Atelier de création radiophonique - le Dim 20 Sep 2009, 17:54

Rappel du premier message :

Au moins 2 bonnes raisons et même 3 d'en parler :

1./ A la fois une émission historique de la chaîne, et une émission phare
2./ Diffusera ce soir à 23h la sélection qui sera proposée au Prix Italia 2009
Euh bon ne nous leurrons pas trop hein, c'est probablement plutôt réservé aux amateurs et je suis pas certain d'en faire partie. Mais si on n'annonce pas ça ici, on ne mérite pas autre chose que de fermer la boutique.
On en dit quelques mots dans le fil fraichement ouvert : Prix radiophoniques

Et sinon c'est là :
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/acr/fiche.php?diffusion_id=73465&pg=avenir

Et puis il y a une 3ème raison, qui mérite un post spécial...

./..
* * *

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Re: Atelier de création radiophonique - le Sam 18 Déc 2010, 14:18

Maintenant, si dans ces discussions de forum on voit que d'un côté certains auditeurs se trouvent dynamisés par le gavage verbeux qu'on nous balance sous forme de leçon de morale et d'analyse se donnant pour sociologique mais ne l'étant peut-être pas tant que ça, tandis que d'un autre côté, d'autres auditeurs qui ne sont pas ignorants en matière de sciences humaines zet sauciales, se sentent dynamisés par une ambiance radicalement différente parce que créative, eh bien peut-être que ça orientera un jour la connaissance sur le public de cette radio.

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Re: Atelier de création radiophonique - le Dim 19 Déc 2010, 01:46

Bonsoir Nessie,

Croyiez bien que je fais de mon mieux pour agrandir le spectre de mes oreilles. Regardez, une seconde écoute, moins distraite, me fait déjà entendre le fond sonore ! Très soigné en effet.

Cependant, autour 2/5 du document, je me suis quand même demandé (pour la deuxième fois) si ceci n’était pas un curriculum vitae radiophonique. Sorte de petit parcours narcissique de Karine Saporta sur elle même qui se cherche dans le regarde des autres.

Et faut avouez que certains commentaires sur (non pas de) l’artiste étaient vraiment sans intérêt (surtout les 2 directeurs de théâtre). Le passage philosophique avec Alain Finkielkraut est assez naïf, mais bref, il est vrai et peut être heureusement.
Mais d’un autre coté les paroles d’artiste de l’entourage de Saporta, dispersées dé-ci de-là, sont intéressantes quoi que tout aussi brèves. Il en est un pour avouer qu’il ne sait pas ce qu’il fait quand il le fait, mais que le sens vient après (et ce dernier commentaire de ma part n’est pas négatif).

Pour les 15 dernières minutes, je ne comprends pas pourquoi vous ne les aimez pas. Dans ce passage l’artiste prend le temps d’approfondir (avec ambiance de répétition) un peu plus « son univers » dans deux de ces œuvres.

Pour ce qui est du sociologique sur France Culture, les réflexions sur la condition humaine constituent une bonne part de la culture (tout arts confondus). Comment en faire l’impasse sans s’amputer de l’essentiel ? Vous allez me répondre « oui, mais c’est mal fait » (déjà dans la forme) et vous aurez sans doute raison.

A bientôt.

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Re: Atelier de création radiophonique - le Dim 19 Déc 2010, 03:26

Oh je suis moins sévère que ça : le sociologique c'est plutôt bien fait dans la forme, mais c'est du côté des idées que le message est un brin manipulé. A FC les documentaires sociaux sont du bon gros racolage militant cousu main, bien mieux fichu que les tracts syndicaux qui auraient dû coller la honte aux cégétistes jusqu'à la fin des 90's c'est à dire quand ils ont appris le maniement du traitement de texte avec seulement 10 ans de retard sur les cadres. Il n'y a pas que les documentaires : les interviews de Bourmeau ont gagné en clarté avec les années ; mais c'est toujours aussi déséquilibré du côté de sa pensée unique à lui. Cela dit, tout ça n'est pas une particularité made in FC : la sociologie spectaculaire prend je sais pas combien (75 %, 95 % ?) du marché médiatique & grand public, et laisse fort peu de place à celle qu'on essaie d'apprendre dans les TD de méthodologie pour ensuite servir de vademecum à la fabrication d'un travail recevable. Résultat ce qu'on nous sert c'est de la socio-canada-dry. Je dis ça en incluant à la fois journaux, périodiques, le peu que je sais de la télé, et la radio oui même la radio Suisse sauf que là je baisserais le % à 50. Et puis de toutes façons c'est pareil dans l'édition et même dans les maisons qu'on dit sérieuses. Par exemple je n'ai aucune confiance préalable (je veux dire tant que je n'ai pas feuilleté le livre) dans un écrit sociologique qui sort chez Minuit ou, pire, à la Découverte. Certes j'admets une réserve positive pour la collection "Repères" qui fut fondée par Olivier Pastré, comme tout le monde ici le sait. Mais je paie des prunes à celui qui m'apporte un seul truc publié dans une boite idéologiquement flashy comme par exemple Alia ou Galilée, et qui échapperait à l'une de ces trois cases : celle du verbalisme excessif quand c'est pas de la compacte bouillie mentale, et sinon du militantisme. Même si dans le troisième cas ça peut être fort intelligent et humainement valable, en général ça a à voir avec la sociologie autant que l'élevage des poules avec la biologie moléculaire.

Mais je m'égare. Revenons à cet ACR : pour ce qui est des passages moins intéressants, je crois aussi que ça fait partie d'un ensemble. Qu'il est normal que l'intensité varie, et qu'à certains moments ça nous parle moins. J'aurai la même remarque à faire sur les très bons documentaires culturels de nos grandes séries : Une vie une oeuvre, Matinée des autres, et aussi les entretiens d'A voix nue. Ca n'est pas si souvent passionnant de bout en bout, il y a des passages moins réussis ou qui nous semblent moins pertinents moins saillants, et ça aussi bien dans le contenu qu'au plan esthétique. Dans ces cas là je me dis que l'auteur du documentaire avait un truc à dire que je n'ai pas bien perçu, peut-être oui qu'il l'a mal dit, ou que çà et là il a pu céder à la tentation du remplissage. Cela dit, ces passages moins réussis, je m'hypothètiserais bien un truc et là charge aux discussions du forum d'affiner la chose : je me dis que ça doit encore varier ; que dans certains cas ce seraient les mêmes pour tous les auditeurs, et dans d'autres cas ça dépendra des sensibilités. Et puis, tout en espérant une réaction de forumeurs moins ignorants que moi dans les disciplines esthétiques, je crois aussi qu'on peut rarement présenter et peut-être pas même souhaiter que l'oeuvre présente une haute densité à chacun de ses recoins. Il y a bien quelque chose qui doit s'appeler la respiration, non ? Bon j'y connais rien, c'est pas mon truc, je laisse aux esthètes formés pour ça le soin de venir me cloquer le baigneur ou d'abonder dans mon sens (j'offre la Pelforth dans les deux cas).

Cela dit, pour continuer sur vos remarques Basil, l'artiste comme vous le suggérez ne doit pas censurer ses convictions. Je vous rejoins sur l'idée que FC n'a pas à faire la chasse de ce côté là pour retrouver sa qualité culturelle qui se trouve parquée au tiroir depuis 10 ans. Dans la vie culturelle, l'expression artistique c'est aussi exprimer son temps avec ses moyens, qui ne sont pas ceux de la recherche. Alors si ça se fait en étant intoxiqué par l'ambiance idéologique du temps, eh bien ma foi tant pis. A terme Dieu reconnaitra les siens, et l'artiste il me semble qu'il prend bien d'autres risques que ceux qui cultivent de l'idée reçue dans une cagna de chercheur fonctionnarisé. Donc finalement ça ne me choque pas tellement, que le même verbiage manipulateur relayé par des Clarini et des Lebrun, se retrouve en pas toujours si différent que ça dans la production artistique, par exemple au théâtre, au cinéma. Je me borne à juger le message politique souvent lourdaud et parfois un peu intrusif quand il n'est pas dans l'oeuvre mais dans leurs interventions de people. Par exemple le pauvre Guy Bedos si drôle en satiriste et si médiocre en interviewé hargneux. Cela dit je ne tolère pas le quart de la même prise de position chez un Gérard Miller, par exemple, qui a quasi le même baratin saturé en clichés. Comme vous le dites ou presque, ils ont une mission sociale du côté des idées, et quand il s'efforcent de la remplir au moins ils ne trahissent pas ce qu'on leur avait appris et recommandé de faire. Alors que l'intellectuel formé à la méthode et requis d'honnêteté intellectuelle, lui que fait-il d'autre que trahir quand il verse dans la manipe militante. Pour cette raison il ne restera rien de l'oeuvre de Bourdieu, sinon l'histoire édifiante d'un homme doué pour les concours, pour le pouvoir, pour le prestige et pour l'engagement mais à qui son tricotage ne survivra pas longtemps, et pas pour les normales raisons du renouvellement scientifique ; bref le Lyssenko de la sociologie française. Mais là-dessus pour l'artiste, ma foi, je n'aurai pas de grief. Et je dirai presque la même chose de leur narcissisme, quoique bien d'accord avec vous là-dessus : oui on constate un certain narcissisme. Que je ne leur reprocherai pas, à partir du moment où il y a une vraie livraison, une vraie production, un vrai travail. Et il m'a semblé, à l'écoute de Saporta, que c'était le cas, qu'il y avait bien une recherche créative, et qu'on n'avait pas affaire à quelqu'un de totalement creux dans sa vanité, à l'inverse par exemple de nombre des créateurs de l'Art Contemporain. Et là encore, pour d'autres raisons, je me trouve en train de pardonner à l'artiste (et de trouver normal) quelque chose que je ne tolère pas chez l'intellectuel. mais tout de même, ce sont des conditions et des rôles sociaux bien différents, non ?

Cela dit je connais le doute. Concernant Saporta, à cause de votre remarque sur le dernier quart d'heure j'en viens à me demander si en avançant vers la fin de l'écoute, je n'étais pas en train de retourner ma veste, précisément parce qu'en m'étant déplacé jusqu'à ma connexion pour faire l'éloge de l'émission, je me suis mis à l'écouter autrement, avec une attention accrue ???

Y'a quèqu' chose qui cloche là-dedans !
J'y retourne immédiatement !!
(et je m'exclame)

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Jules Verne - Souvenirs - le Jeu 17 Jan 2013, 07:34

J'ai l'impression que nous avons eu hier soir un numéro exceptionnellement réussi de l'ACR dans sa nouvelle mouture.



Et en plus il sera difficile à retrouver, car déprogrammé de 24h, on nous l'avait posé dans la case de l'Atelier Fiction. Sympa, vraiment sympa, pour les auditeurs qui chercheront à retrouver ce qu'ils ont entendu par bribes hier soir : la voix de François Marthouret, un ensemble voix+clarinettes moderne mais sans la prétention des modernistes qui donnent envie de fuir au contraire, nous avons là une création d'ambiance réussie, étrange, sans lourdeur.

Après l'avoir cherchée (un bon moment) la page sur le site FC nous apprend que le texte lu, c'étaient... des souvenirs de Jules Verne. Est-ce pour cette raison qu'on échappe aux voix jeunes et immatures qui ont envahi la création sur FC ?



L'ACR, lui, est cantonné depuis 2 ans au mercredi en fin de soirée ; en passant il a changé de nom et se retrouve sous la coupe d'Aurélie Charon. Pour être franc, je n'ai pas tellement vu la différence d'avec la période précédente. C'est souvent lourdingue, parfois étonnant et exceptionnel.

Ceux qui n'en écoutent qu'un numéro par an peuvent miser sur celui-là.
Je conseille l'écoute nocturne. Dans un fauteuil et lumières éteintes.
A proximité des fenêtres si vous voulez ajouter un peu de variations lumineuses (ça marche souvent ça, comme truc)

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À ne pas manquer et à conseiller - le Ven 25 Jan 2013, 16:45

@Nessie a écrit:J'ai l'impression que nous avons eu hier soir un numéro exceptionnellement réussi de l'ACR dans sa nouvelle mouture.

Absolument.

@Nessie a écrit: (...) la voix de François Marthouret, un ensemble voix+clarinettes moderne mais sans la prétention des modernistes qui donnent envie de fuir au contraire, nous avons là une création d'ambiance réussie, étrange, sans lourdeur.
C'est en effet très harmonieux, parfaitement adapté au contenu de la lecture

@Nessie a écrit: Après l'avoir cherchée (un bon moment) la page sur le site FC nous apprend que le texte lu, c'étaient... des souvenirs de Jules Verne. Est-ce pour cette raison qu'on échappe aux voix jeunes et immatures qui ont envahi la création sur FC ?
Grand, grand merci pour le lien. En effet, on ne s'y retrouve plus entre "L'Atelier de création radiophonique", "L'Atelier de la création", "L'Atelier du son" et "L'Atelier intérieur". Peut-être que les étiquettes new look vont nous aider à les distinguer ? (pardon, pardon, c'était juste pour faire surgir dix noms de connectés supplémentaires prêts à fulminer à la seule lecture de "Étiquettes de podcasts à France Culture").
Tiens, Nessie, on se disait plus tôt la même chose en écoutant BBC3 : on entend régulièrement des intervenants possédant une voix âgée de plus de 60 ans, et combien intéressants !

@Nessie a écrit:Ceux qui n'en écoutent qu'un numéro par an peuvent miser sur celui-là. Je conseille l'écoute nocturne.

Moi aussi. Et dans l'eau ou à proximité ? Car après 45 minutes de cette belle évocation sonore de Jules Verne par ses lettres, durant 15 minutes nous avons le droit à deux perles décrites ainsi sur le site : "En 2ème partie d'émission deux Résonances de la série Eaux qui roule [sic], eaux qui coule [sic] produites par Agnès Rougier et réalisées par Manoushak Fashahi. Elles ont été diffusées pour la première fois les 22 & 23 mai 2000 sur France Culture."

C'est splendide. Écoute à conseiller à toute personne aimant le son et l'évocation de la vie humaine sur ou à côté de l'eau.

Et combien de commentaires suivent le descriptif de l'émission (superbes photos illustrant le spectacle) sur le site ? Combien ? Zéro.

Alors qu'on en a 15 tonnes sur Badiou cette semaine par exemple.

L'art et la création radiophoniques comme oasis à protéger et défendre. Car voyez-vous, je ne vois pas d'autres chaînes publiques nationales ou étrangères offrant ce genre de diffusion.

Encore merci Nessie d'avoir attiré notre attention sur cette heure qui est à la hauteur du mot "culture" dans le nom de la station.





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Les ateliers Kudelski, par Yann Paranthoën (1935-2005) - le Jeu 14 Fév 2013, 17:11

Voici un fait radiophonique que je signale tardivement mais un peu à reculons, tant j'ai l'impression de sonner le tocsin pour dire aux gens qu'il est l'heure de manger ou que c'est la Saint Valentin et que le jour des crèpes approche.

Donc malgré le niveau d'évidence, comme on me tonitrue à l'oreille que tout le monde ne l'a pas farcie -l'oreille- par les icônes de la radio de création (à mon sens il y a quelque chose de snobinard à faire toujours l'éloge des pontes mais refermons cette parenthèse qui brouille la lecture) bref où est-ce que je veux en venir, ah oui : ce mardi soir dans l'Atelier de la création, Aurélon Charrie nous offrait une diffusion de 'On nagra'. Initialement, c'est une tranche de l'Atelier de Création Radiophonique jadis dirigé par René Farabet. En l'occurrence il s'agissait d'un documentaire créatif de 59 minutes signé Yann Paranthoën. Le sujet : le magnétophone Nagra, inventé par un ingénieur polonais Kudelski (Stefan, pas Serge).  Exceptionnellement et peut-être par respect pour cette émission historique, on n'a pas mutilé la chose d'une minute ou deux pour la faire tenir dans la case du programme. Au contraire on a même laissé le lancement du générique final ACR, qui authentifie l'émission. Et du coup, nous avons un Atelier qui dure 62 minutes. Ouf le cadre léonin de la grille peut donc souffrir un accommodement ici et là ? On n'osait y croire, mais enfin ils l'ont fait. Notez que dans Sur les docks, ou même pendant d'autres mardis, on ne se fait pas faute de charcuter des anciennes Nuits magnétiques ou d'anciens Surpris par la nuit. Mais là, l'émission durait 59'  et une poignée de secondes (coup de pot).

Que dire ? Que c'est devenu un classique de la radio, oui, bon.
Que Yann Paranthoën est devenu une icône de la radio de création.
Mais Aurélie Charon ne semble pas le savoir : pour elle c'est une émission sur Kudelski, point final.
Personnellement, j'aurais attendu plutôt cette rediffusion dans un Atelier de Baumgartner.

D'abord praticien et un peu théoricien sur les bords puis complètement imprégné du travail sur le son, nature généreuse et homme sympathique, simple et chaleureux mais d'une grande finesse (d'oreille surtout), Yann Paranthoën fut longtemps opérateur et monteur à Radio-France. Et finalement il fut beaucoup plus que ça. Son nom apparait régulièrement aux génériques de nombres des émissions de la nuit, depuis le début des années 70. Mais il fut aussi de 'L'oreille en coin' et jusqu'au bout il était monteur aux 'Papous dans la tête', où Bertrand Jérôme eut l'intelligence assez avisée pour lui laisser les coudées franches : ainsi Paranthoën put réaliser aux frais de la princesse quelques documentaires radio qui trouvèrent ensuite leur place dans l'une ou l'autre case de la diffusion. On ne remerciera jamais assez Bertrand Jérôme. Dans un documentaire télé de 55 minutes produit par FR3 Bretagne, on voit quelques minutes de mise en boite (ou est-ce en direct ?) des Papous dans la tête, et on remarque le geste de Yann Paranthoën aux curseurs et aux potards debout derrière sa console debout mais pas immobile on a même presque l'impression qu'il danse...

Le geste, oui. Il était fils d'un tailleur de pierres, et il est devenu tailleur de sons. Au fil d'un long auto-apprentissage dont il dit lui-même "il faut 10 ans de quotidienne pour faire un bon opérateur", il avait mis au point sa doctrine pratique, figurez vous, dont on retiendra ceci : la taille de son c'est comme la taille de pierre, mais c'est aussi comme le violon. Entendez qu'il faut pratiquer tous les jours. Tous les jours des coups de ciseaux bien placés, et des collures. Oui tous les jours pour ne pas perdre la main, pour avoir toujours l'oreille au plus juste comme un oeil bien ouvert sur l'interstice où l'on glisse le scalpel sonore. Le montage son est affaire de respiration (et il ne nous dit rien du mixage, affaire de cuisson ?).

Bon je pense que j'en ai assez dit : il faut écouter ce documentaire pour son sujet et aussi pour sa mise en forme, en s'efforçant d'oublier que depuis ce temps le numérique est venu pour bouleverser l'art de Paranthoën : non seulement on ne coupe plus aux ciseaux et on ne colle plus au ruban, non seulement on peut revenir indéfiniment sur une même coupe et donc mettre deux fois plus de temps à tâtonner, à remodeler indéfiniment un résultat qui eut été meilleur et plus vite obtenu avec la vista. Mais il y eut aussi la compression du son : et là sur l'antenne on se gardera bien de dire que dans les dernières années de sa vie, Paranthoën qui ne reconnaissait plus le son de France Culture, avait demandé à ce que ses émissions n'y soient plus rediffusées. Pour autant, sa plainte ne datait pas des dernières années, car déjà en 1990 il disait "Moi je me considère comme un clandestin à Radio-France. C'est fou d'avoir cette impression" (inPropos d'un tailleur de son - p27).

Rendons un instant la parole à Bertrand Jérôme :
<< Il traite le son comme un phénomène musical, sans qu'il y ait besoin de musique pour autant : comment les sons se placent les uns par rapport aux autres [...]. Et une chose dont on ne peut pas se rendre compte quand on n'a jamais été derrière un micro ou dans un studio : quand on nous envoie un son, que ce soit un disque ou que ce soit une bande, il y a une façon de l'envoyer qui fait qu'on la reçoit bien ou qu'on ne la reçoit pas bien. Et moi j'emploie une image : un bon chef opérateur c'est comme quelqu'un qui vous fait une bonne passe comme au rugby >>.

En 1990, Phonurgia Nova édite ses 'Propos d'un tailleur de son' dont j'extrais ceci :
<< Les sons existent dans le paysage. Il va falloir composer avec eux.  En entendant mon émission sur Lesconil, un pêcheur m'a dit que pour lui le bruit du moteur des bateaux était un signe de vie. Et en effet il faut faire jouer le son, le faire entrer en scène, le laisser vivre. Car les sons vivent vraiment. On ne peut ni les déplacer ni les réutiliser dans un autre contexte : un bateau de Lesconil n'a pas le même son qu'un bateau de Marseille. Il faut les respecter comme des personnages. >> (propos initialement recueillis par Alain Veinstein pour L'autre journal)

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Station d'épuration sonore - le Ven 22 Mar 2013, 12:44

Mardi dernier un Atelier de la création dont on ne sait pas s'il est radiophonique ou non je veux dire au sens de Farabet, mais dont on conseille l'écoute : Débruitage.
Les auteurs : Christophe Deleu et François Teste, en clair c'est un des meilleurs tandems de la maison qui a signé ce docu-fiction sans trop dire que c'en est un mais il y a tout de même des gags fumants pour nous mettre sur la piste, à défaut et pour les sourds au gags il y a des indices (les protagonistes Gilson/Gilles Son/J'ai l'son, cet Atelier aura-t-il le prix du même nom). Et puis tous les comédiens ne parviennent pas à masquer qu'ils comédisent ; et puis la réalisation est trop impec pour que ça ne soit pas une création. Mais c'est suffisamment bien fait pour que de temps à autre on se surprenne à apprécier un morceau dont on ne saura dire s'il s'agit de fiction ou de réalité introduite dans l'oeuvre. Bref à mon sens, c'est plutôt réussi car presque toujours savoureux, oui bon d'accord c'est parfois un peu convenu, mais enfin il faut ajouter que quand ça ne joue pas la carte du gag au degré 1, 2 ou 3, il y a aussi que ça fait réfléchir

Au fait, de quoi s'agit-il ? De débruitage : comment on aspire et éradique les sons en trop.

Le concept est intéressant. Et il fait rêver.

Et figurez-vous que dans sa présentation,  Aurélie Charon nous suggère elle-même de faire notre radio, en débruitant ce qui est en trop. Si un jour elle nous lit, qu'elle sache qu'on ne l'a point attendue pour ouvrir le Bistouri-Club.

Perso, je travaille du ciseau sonore pour éradiquer au maximum 3 redoutables casse-pieds du micro : 1 Achille Talon unique en son genre, et 2 nunuches dont une qui a l'âge d'être la grand-mère de la seconde, qui elle n'a pas l'âge (mental) de disposer d'un permis de conduire sauf une trotinette et encore avec des roulettes de stabilisation mais du permis de dire des conneries alors là si, apparemment. Enfin ces trois redoutables pompeurs d'air ont parfois de bons invités, d'ailleurs dans la même proportion (environ 1/3 de leurs émissions) ce qui fait que mes ciseaux à découper la connerie n'ont guère le temps de rouiller.

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Re: Atelier de création radiophonique - le Mer 27 Mar 2013, 11:18

Hier soir dans la case 'Atelier de la création', une heure pour illustrer une bonne idée, hélas le résultat est un pur sabotage. Cette émission n'est pas un ACR au sens usuel du terme, mais un des 'Ateliers de création' qui partagent la même case. Ce qui est certain c'est qu'il porte bien son titre, et même de façon auto-référentielle. Cela dit, en tant que documentaire ce qu'on nous a donné hier soir n'est ni fait ni à faire, mais tout simplement affligeant.

De quoi s'agit-il ? De l'appropriation de la vidéo par tout un chacun. Grâce au numérique léger et ultra-portable, par exemple les smartphones. Bon jusque là, d'accord. Sauf que l'auditeur va se trouver trimballé de clichés en clichés sur les 'nouvelles technologies', depuis le son de l'assistant à la conduite (qui remplace ici les bruits de pas dans l'escalier, trick de documentariste pas inspiré) jusqu'à la généalogie du téléphone moderne dans les années 60 grâce à un sketch de Guy Bedos disséminé tout du long, en bribes. Notez bien qu'hormis ce faux point commun qu'est le thème du téléphone, ces extraits sont parfaitement hors-sujet et propres à disperser l'attention plus qu'à ponctuer ou aérer le documentaire ; du moins on suppose que telle était leur fonction. Le noyau de cet Atelier, c'est une session de formation à l'expression vidéo. Là encore, des bribes de cours, des bribes d'oeuvres filmées résultant de la formation, et aussi des bribes du débriefing, tout cela est à peine ordonné, mais tout de même chronologique c'est déjà ça encore qu'on s'interroge sur les raisons d'une telle concession à l'académisme, au fait ? Bref : 59 minutes de radio ont on ne sait pas si c'est du saupoudrage ou de la salade.

Et en fin de compte on entend quoi ? De la bouillie.
Finalement dans cette heure de radio il y a 2 personnes qui usent d'un langage qu'ils ne maitrisent pas :
a) l'auteur du documentaire
b) le prof de vidéo qui, tout prof qu'il est, ne parvient pas à faire une phrase complète. Il a une voix molle, un rire con, et un lexique indigent. On comprend pourquoi il est pas prof de français hein. Mais peut-on enseigner quoi que ce soit si l'on ne parvient pas à s'exprimer analytiquement, un tant soit peu ?

C'est dommage car dans cette heure de bouillie on repère quelques grains qui auraient pu germer. En voici un, qui donne quelque matière à réflexion :
[ici une pastille sonore à créer - anattendant je vous invite à écouter ceci de 31'20 à 32'08]

Ironiquement, par la sophistique qui s'y exprime cet extrait renvoie au documentaire lui-même : il donne à réfléchir à ce qu'est la structuration d'un propos. Pour un débutant vidéaste, est-ce une erreur que de s'aligner par mimétisme sur le langage télé ? Eh bien s'il voulait faire de la vidéo créative, peut-être qu'aneffet il s'est limité à tort et comme le dit ce type à la tête enflée, le résultat sera 'pauvre'. Ouais, pauvre : au fait profitez-en car sur FC, c'est là le seul usage du mot 'pauvre' qui ne valorise pas ce dont il parle. Revenons à nos e-artistes : il ne faut pas faire pauvre. Pas même quand on est en plein apprentissage, hein ; comme quoi les principes pédagogiques qui ont destructuré l'école sont aussi à l'oeuvre dans les cours pour 'adultes'. Cela dit, on peut aussi douter que les participants aient envie de faire 'riche', de faire preuve d'innovation formelle, bref de se la jouer expérimentalll. Tout le monde n'a pas l'ambition vaniteuse de faire oeuvre. Au contraire, pour qui veut simplement transmettre un propos, raconter une histoire, créer une émotion, eh bien s'aligner même inconsciemment et par défaut sur le style de la télé c'est peut-être une preuve de bon sens. Et on peut transposer la question à cet Atelier, en tant qu'il s'affranchit de quelques règles de bon sens dans l'expression radiophonique sans pour autant générer quelque poésie que ce soit, mais un style simplement décousu. Enfin soyons tolérant : si le but ici était de faire oeuvre, peut-être que c'est réussi, dans la déconstruction ? Mais si l'objectif était de faire passer une idée, eh bien à l'autre bout du poste, du côté des auditeurs, l'idée on la cherche encore. Mais il est permis aussi de douter qu'il y ait eu une idée claire à l'origine de ce documentaire.

[son mp3="http://download.od.tv-radio.com/france_culture_ondemand/sites/default/files/sons/2013/03/s13/NET_FC_6235b9a4-a213-437f-8e2c-0dbaac0abc6d.mp3" debut="31:20" fin="32:08"]

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Portrait de Simon Hantaï - le Sam 29 Juin 2013, 12:52

Un atelier de la création à signaler, tout simplement :

Hier soir, portait de Simon Hantaï par Clément Rosset. Une émission d'Arts plastiques, comme France Culture ne veut plus en faire dans le cadre d'un magazine régulier, mais de temps à autres il arrive que l'une d'entre elles se fraie un chemin jusqu'au programme.
http://www.franceculture.fr/emission-l-atelier-de-la-creation-plier-deplier-simon-hantai-un-portrait-2013-06-27

Le texte de présentation :
<< Simon Hantaï, né à Bia (Hongrie) en 1922, s’installe à Paris à l’automne 1948. Il a marqué de son empreinte l’histoire de la peinture pendant plus de trente ans, du surréalisme de sa jeunesse (avec lequel il rompra avec véhémence) au “pliage comme méthode”, en passant par une période gestuelle et une autre dite de “petites touches et écriture”. Toute sa vie, il a pensé l’émergence d’un nouvel espace, jusqu’à peindre quasiment en aveugle, afin de décrasser le regard de ce qui aurait pu le gâter et retrouver une forme de toucher plus juste, plus sensible. La première rétrospective de son œuvre a eu lieu en 1976 au Musée national d’art moderne, dans les locaux du Palais de Tokyo – exposition inoubliable pour qui a eu la chance de la traverser. Fin 1982, il annonce qu’il “se retire”.

Depuis ce retrait, quelques accrochages ponctuels, mais nulle rétrospective de l’œuvre prise dans sa totalité. Près de cinq ans après la disparition de l’artiste, c’est aujourd’hui chose faite et le résultat est éblouissant, tant les grandes œuvres d’Hantaï tiennent le mur, ouvrant de multiples dialogues, aussi bien entre elles qu’avec qui les regarde. Le silence est enfin rompu, sans pour autant perdre cette qualité – cette exigence – de silence que ses toiles, surtout depuis la fin des années 50, nous font si intensément ressentir, tout au long d’un parcours à la fois strict, chronologique, et ouvert à tous cheminements.

Dans la résonance de la mort de Simon Hantaï, Dominique Fourcade a écrit (in Manque, POL) : “À Meun, il y avait une théière ébréchée qui enregistrait non seulement les thés, mais toutes les conversations. Je l’aimais. Elle enregistrait aussi les décisions de peinture dans l’atelier d’à côté.” Sans théière, mais avec nos moyens propres de prise et d’agencement des sons, nous cherchons – comme le peintre, à tâtons – à faire surgir un espace de partage des sensations, des émotions, des réflexions, bref à faire passer cet émerveillement (mot plus d’une fois entendu de la bouche d’Hantaï, alors qu’il en rejetait tant, notamment le mot “créateur”) que nous a procuré ce travail qui ne peut être montré, et à peine décrit, à la radio. >>

Avec :
- Dominique Fourcade, Isabelle Monod-Fontaine et Alfred Pacquement, commissaires de l’exposition Simon Hantaï au Centre Pompidou .
- Les peintres Pierre Buraglio, Frédérique Lucien et Jean-Michel Meurice
- Molly Warnock, auteur de 'Penser la peinture : Simon Hantaï' (Gallimard, 2012)
Et la voix de Simon Hantaï enregistrée en 1999 dans son atelier parisien.

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Good morning... - le Mer 28 Aoû 2013, 12:53

À faire écouter dans son intégralité à ceux des  journalistes de la rédaction de France Culture qui sont excités par les vrombissements d'avions de guerre :

[son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2013/08/s34/RF_D3401528-6A37-4E6B-A63D-99C7369C4B1B_GENE.MP3" debut="29:30" fin="38:00"]

- Atelier de création radiophonique : Breaking point [Good morning Vietnam] par  René Farabet, Roger Grenier, Jean François Vallée - Réalisation : Janine Antoine - Document Claude Johner (Date de diffusion : 16/01/1972)

http://www.franceculture.fr/emission-france-culture-50-ans-de-radio-les-sentiers-de-la-creation-2-2013-08-20

Merci France Culture, merci Philippe Garbit, Emmanuel Laurentin, Alain Truttat, Janine Antoine, Stefan Kudelski (inventeur du Nagra*).

(Nessie, à moins 1'23" de la vignette sonore ci-dessus, la déflagration ne serait-elle pas celle qui longtemps fut une partie de l'indicatif sonore des ACR ?)

* Dans cet article sur le fondateur du Nagra, une vidéo de la série Mission Impossible, avec le générique à la fin. Les années 60 comme si vous y étiez encore : http://www.la-croix.com/Culture/Medias/Stefan-Kudelski-l-inventeur-du-Nagra-est-decede-_NG_-2013-01-29-904966

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C'est Broadway !!! - le Dim 08 Sep 2013, 12:20

Très belle réussite me semble-t-il dans le premier numéro de l'ACR cette saison : The Broadway Melody. Un de ces ACR qui vous fait une ambiance esspéciale dans votre cagna. Atassion c'est spécial, oui. mais enfin c'est pas  de la musique à fuir. Ni des vocalisations qu'on dirait de psychatrisés reconvertis en artissecontembourrins. Et pas non plus des verbigération philo-sophistes avec enfilage de syntagmes abstraits. Non c'est de l'ACR moyennement hermétique et de bon goût : du son, du son, du son (enfin, du moderne, tout de même).

Résultat : un numéro qui pourrait bien se trouver proposé au prix Italia. Avec pour trame sonore la transcription musicale d'une remontée (à pieds) de ladite avenue. Le principe est très bien expliqué par Aurélie Charon dans les premières minutes, hélas il faut se farcir aussi les scories de sa littérature personnelle "on remonte l'avenue comme on remonte sa colonne vertébrale" et autres images ineptes à la Marie Richeux. Ca fait vraiment mal, surtout que Charon vaut mieux que ça enfin parfois. Qui donc apprendra la sobriété à ces péronelles ?

Enfin en quelques coups de MP3-Cut sur mon billot de boucher,  j'ai réduit son babillage pour n'en garder que la partie utile. La même, d'ailleurs, qui est mise en lecture à la page de l'émission sur le site de FC où cet ACR est offert à la réécoute. Ceux qui ont de la patience vont se farcir la totalité de l'émission tenez bon les gars, après 4 minutes c'est tout bon. Ceux qui sont saturés de poésie lourdingue et de ritournelle vocale (ta-ta-ta / ta-ta-ta toujours les mêmes notes dans la mélodie Charon) et tous ceux qui ont l'habitude des ACR modérément ésotériques, peuvent attaquer directement au début de la cinquième minute (le compteur du player affiche 4' ou en français 04:00). Et si vous appréciez de savoir exactement ce qu'on vous met dans le gosier, alors gardez sous les yeux la page de l'émission pour y jeter de temps en temps un oeil à la notice fort claire vous explique la fabrication de l'atelier, sans les copeaux de la polésie Charon.

Et ça nous fait un très beau numéro pour la rentrée.

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