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Ouverture polémique    Page 1 sur 1

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Ouverture polémique - le Mer 31 Déc 2014, 00:24

Ce sujet pour répondre à une question qui m'a été posée dans le fil "L'ânerie du jour". Pourquoi un sujet séparé ? Pour délester ledit fil d'une conversation qui pourrait s'étaler sur une grande quantité de contributions, et sur un temps assez long.



Dans les 5 messages suivants, je propose peut-être une entrée polémique, à tout le moins un regard critique en réponse à la question.

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Re: Ouverture polémique - le Mer 31 Déc 2014, 00:25

Dans un autre fil du forum, satirique, un forumeur 'de passage' a écrit:
@Nessie a écrit:Il reste à expliquer les exceptions : Meyer a forgé sa culture dans les années 60, Angelier est un marginal-né, Finkielkraut est un réactionnerf par nature, JNJ est un vieux croûton en plus sorti de l'ENS longtemps avant que l'école entre en décadence,  

(je pense à ce sujet à Par  Amour de l'Art de R. Debray)

Nessie, pourriez vous préciser votre pensée quant à la décadence de l'ENS ? je serais intéressé par votre analyse

Analyse c'est beaucoup dire, en tous cas elle est sans méthode. Une pensée si on veut. Elle suit de près l'impression désastreuse que me donne cette radio où ils sont si présents. Le résultat ? A peine une hypothèse que non sans paresse j'ai pris l'habitude de présenter comme un état de fait mais qui reste à soumettre à la question. Anyway, je n'en suis pas là. De mes impressions et de mon agacement s'il me reste surtout comme une formule ce diagnostic de décadence, c'est en réponse à un questionnement multiple.

- Pour commencer par le ressenti : je m'interroge presque quotidiennement sur l'inquiétante faiblesse -et parfois la très étrange nullité- des propos entendus à France Culture, venus de certains participants ; participants titulaires, invités réguliers, invités exceptionnels.

Je parle ici d'anciens élèves de l'Ecole, en qui je ne retrouve ni le sérieux, ni la rigueur, ni la culture des anciens qui se sont illustrés avant eux dans la vie publique et qui continuent à s'illustrer sur la chaine : il y a un abime entre d'une part Jeanneney, Slama, Cazenave, Finkielkraut, et d'autre part des Xavier Delaporte ou Augustin Trappenard, cas extrêmes de cette légèreté intellectuelle qui avoisine l'imposture. Mais je pourrais y ajouter Demorand, Mazarine Pingeot, Joseph Confavreux, Antoine de Baecque pour les plus visibles d'entre eux ; le dernier n'est plus si jeune, d'ailleurs. Nettement plus frais et parmi les moins visibles, il y a certains stagiaires à Radio-France qui s'illustrent de temps à autre, souvent au moment de leur pot de départ mais on s'attend à les voir revenir un jour avec une casquette d'assistant titularisé. Pour en finir de cet inventaire, j'ajouterais Adèle van Reeth mais plus encore -et là il s'agit non de renégats ou d'apostats de l'université, mais bien d'enseignants en activité- et son large vivier d'invités dont les titres sont usuellement affichés à la page des Nouveaux Chemins : les normaliens sont badgés, ici ou là. Eh bien mes tentatives pour écouter leur prestation au micro d'Adèle  me donne une impression guère favorable, qui me conduit à une alternative : est-ce décadence de l'enseignement de la philosophie, ou bien est-ce baisse du niveau d'exigence qui conduit les produits de l'école à se bavasser tout en se conduisant en grands gosses, quand bien même (je pense ici à Enthoven) leur valeur semble parfois indiscutable.

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Re: Ouverture polémique - le Mer 31 Déc 2014, 01:15

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- Ma deuxième source d'étonnement est la généralisation des emplois trustés par les normaliens en dehors de  ce qui devrait être (croyais-je) leur destination professionnelle : l'enseignement. Au lieu de quoi on les voit infiltrer largement les médias, l'édition, et nombre d'institutions où l'on s'attendrait plutôt à trouver aux postes de direction ici des professionnels, là des chercheurs de la discipline, et où l'on trouve un normalien agrégé de philosophie qu'on voit atterrir là tout benoîtement bombardé. Les mêmes on entend régulièrement, invités à France Culture pour délivrer un diagnostic d'expert sur quelque question brûlante comme on aime à poser de Grande table en Grain à moudre ; ou bien pour témoigner de l'état de leur discipline dont ils sont devenus les représentants officiels. Et en ces occasions, on n'a pas l'impression qui cette dernière ait vraiment gagné au change.

Mon impression est que l'ENS fonctionne ici comme les autres moules à élite du pays : la haute fonction publique nécessite un bon CV ce qui veut dire en France : la réussite à un grand concours. De là, l 'ENS est une voie comme une autre pour accéder à la carrière, dont l'orientation et la portée se cristallisent dans le court intervalle qui va des classes préparatoires au concours puis à la sortie de l'Ecole. Avec pour conséquence une généralisation de profil-types de carriériste, et le recul de la véritable excellence : celle du savoir, celle des méthodes. Plus ça va et plus le profil de l'ancien élève (dans  toute cette discussion j'éviterai l'emploi de la vignette 'archicube') apparait comme celui d'un Enarque-bis, en plus chic certainement et en moins cynique peut-être.

On m'objectera à juste raison qu'il y a là une spéculation sur les causes et non un constat sur le phénomène. Ce que je reconnais bien volontiers. Comme je l'ai laissé entendre, la formule diagnostique pas spécialement originale de "décadence" n'est pas l'aboutissement d'une réflexion méthodique, mais résulte d'un flux d'impressions critiques.

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Re: Ouverture polémique - le Mer 31 Déc 2014, 01:54

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Pour autant, je n'ignore pas les nécessaires réserves suivantes :

- En premier lieu, ce qui précède ne vaudrait que pour certaines des filières : principalement littéraires et sciences humaines. Je n'ai rien à dire des ressortissants des filières scientifiques, et guère non plus de ceux qui poursuivent leur cursus à l'IEP ou à l'ENA. Quand bien même il m'arrive de déplorer parfois de leur part quelque sophisme par exemple quand ils viennent au micro de Stéphane Deligeorges, c'est toujours hors de leur spécialité, tandis que pour cette dernière je ne crois pas les avoir jamais vus en difficulté ou démasqué comme rigolo par un contradicteur sourcilleux. Au contraire des énormités d'un Xavier de la Porte qui étaient déjà des énormités croquignolettes pour un agrégé de Lettres. Je ne dis rien du galurin d'Augustin Trappenard, ça aussi c'est hors-sujet.

- Deuxième précaution que j'aurais pu placer en première position : n'est-ce pas aller bien vite en généralisation ? Après tout, quelques douzaines de brèles dotés d'une trop grande visibilité ne devraient pas autoriser à porter le diagnostic de décadence sur toute l'institution. Au contraire, ne pourrait-on parier que  la partie la plus visible de l'iceberg soit tout simplement la plus polluée, tandis que la partie cachée reste intacte ? France Culture ne serait alors que le repaire des apostats, moins doués pour l'exercice de l'enseignement que pour plastronner au micro d'une radio de frimeurs ou pour s'infiltrer dans les appareils militants. Après tout, peut-être les plus arrivistes parmi les reçus n'avaient-ils passé le concours que dans la perspective de truster au plus tôt des places enviables, indépendamment de toute aspiration à la mission universitaire.

- Enfin il y a l'erreur de perspective : pour qui ne connaît des générations passées que les noms les plus prestigieux, un regret rétroactif infondé serait une Nième application du mythe de l'âge d'or, bien connue tarte à la crème des négationnistes de la baisse du niveau. Et c'est bien de baisse du niveau qu'il est question, cette autre tarte à la crème de l'esprit polémique dans ce pays, où les tenants de l'optimisme et du pessimisme ne cessent de se tamponner : d'une part les scrogneugneu passéistes et de l'autre les analystes finauds qui dénoncent systématiquement tout regret rétrospectif comme indice de l'esprit réactionnaire. Notons que dans aucun des deux camps on ne se prive de jouer à l'esprit fort.

De là, la suite de la réflexion serait sinon une proposition d'enquête, au moins les grands traits d'une comparaison entre les générations de normaliens. Il serait intéressant d'obtenir des réponses à ces questions :

1./ quid du savoir et de la qualité de l'enseignement que délivrent les agrégés une fois sortis de l'ENS ? Voila bien la question fondamentale et elle est hors de notre portée. Difficile à construire serait l'enquête qui fournirait une réponse, mais justement mon intuition est que la réponse serait peut-être bien en cohérence avec celles des deux questions suivantes :
2./ quelle part des ressortissants de l'école s'oriente vers des carrières n'ayant guère à voir avec l'Université ? Cette part a-t-elle évolué en 50 ans ? Apparemment indépendante, cette question pourrait éclairer indirectement la précédente. Surtout si l'on réintroduit dans l'enquête la comparaison entre les anciens des filières scientifiques et ceux des filières littéraires (ultérieurement je reviendrai sur cette astuce ).
3./ comment évaluer la production intellectuelle des anciens élèves : combien d'oeuvres mémorables sont sorties de leurs cerveaux ? Combien chaque année depuis 50 ans? Et au fil des générations, à quel âge voit-on le normalien livrer ses premiers grands travaux ? Ou bien ses derniers, si on veut. Ainsi comment se fait-il que 20 ans après avoir quitté le sérail, un Raphaël Enthoven qui passe pour un des plus brillants de sa génération, n'ait rien produit qui vaille sinon quelques méchants petits bouquins de philo pour débutants ? Où sont les pendants des Aron, Sartre, Foucault, Veyne ? Où en étaient-ils à l'âge d'Enthoven ? Notez bien que je ne remonte pas jusqu'à Durkheim ou Marc Bloch. Mais en suivant le courant dans l'autre sens, voyez même le parcours d'un Jeanneney ou d'un Finkielkraut : n'y a-t-il pas déjà une différence de qualité et de profondeur avec ceux à qui France Culture déroule aujourd'hui le tapis rouge ? Et franchement, nos déjà-stars du monde médiatique passés par France Culture, les Trappenard et les Demorand, peuvent-ils s'aligner ?

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Re: Ouverture polémique - le Mer 31 Déc 2014, 02:08

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Alors vous qui étiez "de passage", je ne sais pas encore ce que vous allez tirer de tout ça. J'attends votre réponse, quelle qu'elle soit.

Je me doute bien que n'importe quel sceptique pourra légitimement envoyer mes 4 messages à la poubelle. N'importe quel esprit buté, aussi. N'ayez crainte : je sais bien qu'on n'évalue pas le progrès ou la régression d'une institution simplement en en comparant dans le temps les extrêmes, or je n'ai parlé ici que des plus mauvais et des meilleurs. Mais je reste fidèle à l'idée qu'au moins pour ces derniers il y a une baisse, la fameuse baisse du niveau. Comme dit plus haut, je ne sais pas ce qu'il en est de ceux des normaliens dont l'activité essentielle reste l'enseignement, suivant en cela la raison d'être de leur formation. Enfin, j'ai essayé de répondre à la question qui m'avait été posée en donnant les raisons de mon diagnostic sévère qui sous la boutade est bien le signe d'un pessimisme.

Assez peu satisfait de la forme de ma réponse, je me réserve  de poursuivre la réflexion et d'en remanier la rédaction tant qu'aucun nouveau message n'est déposé à la suite. Eventuellement jeproposerai dans des messages ultérieurs une rédaction largement refondue. J'aimerais notamment revenir sur les pièges et les subtilités de l'enquête : en quoi l'évaluation indirecte de la qualité des agrégés peut-elle être affinée en réintroduisant dans l'étude les filières scientifiques, qui ne sont pas concernées par la critique ici émise ?

Enfin il faut le préciser : je n'ai par ailleurs que de très minimes informations sur le fonctionnement de l'Ecole. Le regard critique peut se limiter à considérer sa production sans connaitre les moyens qu'elle met en oeuvre ou les détails du processus qui fabrique ces enseignants de haut niveau. Mais c'est bien par ce qu'ils offrent concrètement une fois mis en exercice, que l'on peut les évaluer. D'ailleurs il en va de même du regard critique que nous portons ici sur le programme de France Culture : nous en savons fort peu sur sa fabrication, et après tout nous pourrions en savoir encore moins, et même entièrement nous passer. L'analyse qui se borne au résultat évite certains des pièges de l'étude qui s'attache au processus. Il en va ainsi du regard critique en général : on juge le résultat. Voila pourquoi ce que j'ai proposé plus haut est un regard critique plutôt qu'une analyse au sens strict du terme.

de passage 

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Re: Ouverture polémique - le Ven 02 Jan 2015, 09:18

Merci Nessie pour votre longue réponse.

Je crains de manquer du recul dont vous me semblez faire preuve, je suis un auditeur récent (moins de dix ans) de France Culture. Je remarque néanmoins que les trois émissions que j'écoute systématiquement sont produites par trois des personnes que vous nommez dans votre liste (à savoir A. Finkielkraut, J.N. Jeanneney et P. Meyer). J'apprécie avant tout leur style, et comme vous dites une certaine profondeur de réflexion, propriétés que je ne retrouve pas chez des personnes plus jeunes. Mais comme vous le notez, peut-être est-ce une maladie de jeunesse.

Quoi qu'il en soit, je tiens le même constat quant aux normaliens politiques (mais ici entre souvent en compte un facteur de confusion qui gâte notre petite analyse, à savoir l'ENA). Je veux dire : j'ai un sentiment d'une profonde rupture de style entre un L. Fabius ou A. Juppé, et une A. Filipetti ou un L. Wauquiez. Ces derniers auraient-ils saisi que l'air du temps implique, pour accéder au pouvoir, de se revêtir d'une certaine superficialité ? à moins que leur esprit même soit superficiel (je penche plutôt pour cette seconde hypothèse). Cependant, les luttes politiques occasionnent chez les personnes qui s'y prêtent un certain assèchement intellectuel, ce qui me fait dire que c'est là un bien mauvais exemple à prendre.

J'essaierai de préciser ma pensée pour en tracer des contours plus nets.

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