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Du silence à la radio    Page 1 sur 2

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Du silence à la radio - le Mar 09 Aoû 2016, 05:01

Dans ce fil, le silence sous plusieurs formes à la radio à partir des contributions des membres du forum. Avec :

* Le silence étudié : consacré en grande partie depuis la mi 2016 aux interventions d'Alain Corbin invité de nombreuses émissions à l'occasion de la parution de son livre : Histoire du silence, de la Renaissance à nos jours. * Le silence révélé / chassé : pris au sens propre du terme, dans sa matière palpable, inattendu ou liquidé. * Le silence composé : objet d'une interprétation artistique, considéré pour ses qualités. * Le silence commenté : fruit d'un témoignage livré par un invité ou un producteur.

Retrouvez ci-dessous les contributions par ordre chronologique et entre parenthèses, les liens vers les émissions commentées.

Le silence étudié :

09 septembre 2009 : Les racines du ciel, par Cancoillotte, dans le fil éponyme. (Sur : « Le silence avec Ysé Masquelier », Les racines du ciel par Frédéric Lenoir, 08 septembre 2009)

06 juin 2016 : Alain Corbin, invité de Tewfik Hakem, par Cancoillotte, dans le fil : Un autre jour est possible. (Sur : « Écouter le silence », Un autre jour est possible par Tewfik Hakem, 06 juin 2016)

07 juin 2016 : Silence, par Philaunet, dans le fil : Un autre jour est possible. (Sur : « Écouter le silence », Un autre jour est possible par Tewfik Hakem, 06 juin 2016)

04 août 2016 : Silence et bruit, par Jean-Luuc, dans le fil : Concordance des temps. (Sur : « Chut ! Une histoire du silence », Concordance des temps par Jean-Noël Jeanneney, 16 avril 2016) (Sur : « Lettres à sa voisine », Fictions / Samedi noir, 05 octobre 2013)

09 août 2016 : Écouter les sons « pour ce qu'ils sont », par Philaunet, dans le fil : Grille et émissions de l'été 2016. (Sur : « Écouter la rumeur du monde », Trois minutes à méditer, le 03 août 2016) (Sur : « Petite étude de caractère acoustique d'une portière », Surpris par la nuit, 03 février 2006)

11 août 2016 : Le silence est volubile sur RFI, par Philaunet dans le fil : RFI Radio France International (Sur : Alain Corbin : « Histoire du silence, de la Renaissance à nos jours », Idées, 22 mai 2016)

12 août 2016 : Michelangelo Antonioni (29 septembre 2012 - 30 juillet 2007), par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Michelangelo Antonioni », Les mardis du cinéma par Jean Daive, 15 février 1994 (1ère diffusion))

20 août 2016 : Pas la fine fleur, par Philaunet, dans le fil : La poésie à France Culture. (Sur : « Poésie et silence », Poésie et ainsi de suite par Manou Farine, 04 décembre 2015)
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07 novembre 2016 : « Me voici et il n'y a rien à dire » (John Cage), par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Poésie et silence », Poésie et ainsi de suite par Manou Farine, 04 décembre 2015)

22 août 2016 : Le silence fait recette, par Philaunet, dans le fil : Le Monde, Le figaro, et autre titres. (Sur : « L'homme qui cherchait le silence », Site Internet du Monde, 18 août 2016)

25 septembre 2016 : Répliques et Hors-champs, par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Le prix du silence », Répliques par Alain Finkielkraut, 17 septembre 2016, et « Alain Corbin », Hors-champs par Laure Adler, 26 août 2016)

27 septembre 2016 : Pascale Tison au domicile d'Alain Corbin, par Philaunet, dans le fil : Radio belge francophone (RTBF). (Sur : les deux émissions Par Ouï-dire par Pascale Tison, 7 et 14 septembre 2016 - liens inactifs)

22 octobre 2016 : Les silences de David Le Breton, par Nessie, dans ce fil. (Sur : L'invité de 8h20 (France Inter) par Laëtitia Gayet 12 août 2016)

***

Le silence révélé :

16 décembre 2012 : Le micro d'Alain Veinstein, par Philaunet, dans le fil : L'art de l'entretien radiophonique (Sur : « Jeanne Cordelier », Du jour au lendemain par Alain Veinstein, 14 décembre 2012)

11 janvier 2013 : À manger du foin !, par Philaunet, dans le fil : Nouvelles vagues/Pas la peine de crier (Marie Richeux) (Sur : « Il n'y a pas de hasard ! », Pas la peine de crier par Marie Richeux, 11 janvier 2013)

12 mai 2014 : De la parole et du silence, par L'aimable, dans le fil : L'art de l'entretien radiophonique (Sur : « Une leçon de Talmud : se construire en cheminant dans les textes », Talmudiques, 27 avril 2014)

27 juin 2014 : Marc Voinchet à Claude Viallat, par Nessie, dans le fil : Les matins - Commentaires d'auditeurs de 2009 à 2014 (Sur : « Viallat, une rétrospective », Les Matins par Marc Voinchet, 27 juin 2014)

12 février 2016 : Serge Merlin, invité de Laure Adler, par Jean-Luuc, dans le fil : Hors-champs, par Laure Adler. (Sur : « Serge Merlin : " je suis mal-aimé " », Hors-champs par Laure Adler, 05 février 2016)

31 août 2016 : Aline Schulman et Florence Delay évoquent l'oeuvre de Cervantès, par Philaunet, dans le fil : La compagnie des auteurs, par Matthieu Garrigou-Lagrange. (Sur : « Miguel de Cervantès (2/4) », La compagnie des auteurs par Mathieu Garigou-Lagrange, 22 mars 2016)

02 novembre 2016 : Du silence à la radio, par Philaunet, dans ce fil. (Sur « Un choix cornélien » À voix nue : La musica de Fanny Ardant (2/5), par Philippe Bresson, 25 octobre 2016)

08 novembre 2016 : Radioscopie d'Olivier de Kersauson par ZZZZZZZZ, dans le fil : L'INA (Institut National de l'Audiovisuel) (Sur : « Radioscopie : Olivier de Kersauson », par Jacques Chancel (France Inter), 17 décembre 1976)

***

Le silence chassé :

05 février 2016 : Anna Karina, invitée d'Aurélie Charon, par Jean-Luuc, dans le fil : Des producteurs de France Culture. (Sur : « Numéro 23. Dans les yeux d'Anna Karina », Backstage par Aurélie Charon, 01 février 2016)

13 septembre 2016 : Fond sonore sur citations, par Philaunet, dans le fil : « Les regardeurs » par Jean de Loisy. (Sur : « Fond sonore, les regardeurs », Le site du médiateur, 12 septembre 2016)

***

Le silence composé :

04 août 2016 : ACR : Zone de silence, par Jean-Luuc, dans Atelier de création radiophonique. (Sur : « ACR - Z O N E D E S I L E N C E », L'atelier de la création, 02 août 2015)
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07 octobre 2016 : ACR ''Zone de silence'', par Philaunet, dans Atelier de création radiophonique. (Sur : « ACR - Z O N E D E S I L E N C E », L'atelier de la création, 02 août 2015)

27 septembre 2016 : ''Le silence, tout un art'', par Philaunet, dans le fil : Le Monde, Le Figaro, et autres titres. (Sur : un article de Rosita Boisseau : Le silence, tout un art (accès payant) et : les journées silence(s) du Théâtre National de la danse Chaillot (Paris) (2016-2017).

***

Le silence commenté :

09 octobre 2016 : Répliques : la crise de l'école, par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « La crise de l'école », Répliques par Alain Finkielkraut, 08 octobre 2016)

06 novembre 2016 : Jean-Michel Damian, sur le silence, par fred de rouen, dans ce fil.

18 novembre 2016 : Invitation à l'attention d'Olivia Gesbert, par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Olivia Gesbert : “Je rêve éveillée quand je suis devant un micro” », interview dans Télérama par Carole Lefrançois, 14 novembre 2016)

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Michelangelo Antonioni (29 septembre 1912 - 30 juillet 2007) - le Ven 12 Aoû 2016, 20:40

Les mardis du cinéma : Michelangelo Antonioni, par Jean Daive, rediffusé le 24 mai 2015 (1ère diffusion : le 15 février 1994)

L'émission commence par un extrait d'une conférence de presse d'Antonioni à Cannes à l'occasion de la projection d'Identification d'une femme (1982) :

C'est un film différent de ce que j'ai fait jusqu'ici. Pendant des années, on m'a accusé de parler d'aliénation, d'incommunicabilité, ce qui était un thème très important mais qui appartenait à ces années-là. Aujourd'hui, la situation est différente. (...)

À l'époque où Jean Daive produit cette émission, Michelangelo Antonioni (1912-2007) n'a plus réalisé de longs-métrages depuis 12 ans. Entre autres raisons, parce qu'Antonioni a perdu la parole. Donc il est plongé dans le silence depuis son accident cérébral, dit Françoise Haffner, alors que sa thématique essentielle était quand même l'impossibilité à ce que les gens communiquent entre eux. Trois films sortiront néanmoins entre 1995 et 2004.

À partir des liens difficiles, incertains entre les êtres qui prévalent dans le cinéma d'Antonioni, Jean Daive ménage une place de choix au développement du silence dans L'éclipse (1962) et L'avventura (1960) qui ouvrent et ferment son émission. Le silence est une construction, une architecture où les personnages renforcent le malaise d'un monde en décomposition et jouent avec les paroles (...), dit-il. Au cours de l'émission, vous l'entendrez notamment décrire le silence de la première scène de L'éclipse et jouer la traduction française des rares dialogues, ainsi qu'Antonioni raconter à André Labarthe la prouesse technique que représente le célèbre avant-dernier plan de Profession : reporter.

5'45'' : René Prédal : Antonioni ne croit pas notamment à la valeur des échanges verbaux. (...) Ce n'est pas qu'ils [les personnages] ne parlent pas dans les films. Mais ils ne disent rien. Ce qui revient au même. C'est vrai que la pauvreté du dialogue antonionien est absolument remarquable. Tout le sens est dans les moments de silence, dans les moments creux, dans les regards, dans les mouvements d'appareil. Il n'est absolument pas dans les mots qu'échangent les gens.

22'23'' : Extrait du livre Rien que des mensonges (1991) d'Antonioni, lu par Olimpia Carlisi (sur L'éclipse) :
Au début, un dialogue bref au cours duquel est mis en lumière une débâcle que les deux époux se dissimulent depuis des années. Toujours la même routine, toujours la même tristesse. mais puisque finalement, par hasard, ils ont commencé à parler, la femme veut aller jusqu'au bout. « Reconnais que c'est fini. Ainsi tout sera clair, et nous saurons ce qu'il faut faire. Il suffit de savoir ce que l'on veut. C'est vrai, n'est-ce pas ? Réponds-moi, c'est vrai ? » L'homme hoche la tête sans rien dire. Elle se tait, elle aussi. Maintenant que tout est clair, maintenant qu'ils sont sincères, ils n'ont plus rien à se dire. Histoire de deux époux qui n'ont plus rien à se dire. Enregistrer pour une fois non pas leur dialogue, mais leurs silences, leur parole silencieuse. Le silence comme la dimension négative des mots.

***

23'32'' : André Labarthe : Petit à petit, ses films - surtout depuis L'avventura - se sont organisés autour du silence, c'est-à-dire du silence et de la durée, une sorte de dilatation du discours, qui fait qu'il a pu filmer ce qu'il se passe entre les mots. C'est vrai, à la fois dans la thématique d'Antonioni (...) et en même temps techniquement. (...)

_ Jean Daive : Ce n'est pas seulement l'agrandissement du silence, mais c'est l'agrandissement des interstices entre les mots.

_ Oui. On a l'impression qu'il se repose dans son cinéma au moment où ça parle. C'est le moment de repos. L'inverse de ce qu'il se passe d'habitude dans les films, où les moments sans paroles sont des moments pour aérer un petit peu le sujet.

***

1h18'04'' : Jean Daive : J'aimerais juxtaposer deux questions : De quoi est fait le silence ? Et de quoi sont faits les mots ? C'est-à-dire : est-ce que le silence est là pour, à un moment donné, déchirer le dialogue ? Ou au contraire, est-ce que la parole qui vient là pour sanctionner, faire entendre le silence ?

Françoise Haffner : _ Il y a quelquefois le silence qui s'installe après la parole, où les choses ont la même densité. Mais aussi la même vacuité que les êtres. Vous rappelez tout ce montage d'images fragmentées parfaitement silencieuses de la fin de L'éclipse. Présence des choses, mais dans des fragments. (...) C'était un homme, mais cet homme a à la fois autant de présence mais pas plus qu'un morceau de balcon, qu'un lampadaire, qu'un arbre. Tout est réduit à être des signes. Mais des signes de quoi ? On n'en sait rien. Et le plan final de L'éclipse, c'est bien ce lampadaire qui devient un signe à la fois éblouissant, et vain. Ce cercle, un peu ellipsoïdal, blanc, éblouissant, qui transperce l'image, un peu comme un cri, mais un cri, qui serait rentré, donc qui renvoie à du silence. Mais c'est du silence de l'absence de tout sens, semble-t-il. Alors que tout fait signe, rien ne fait sens. Voilà une des modalités du silence dans la relation à la parole.

Puis, il y a la parole - ou le cri - qui s'articule sur l'absence. Ça va être la quête d'Anna sur l'île de
L'avventura. Tout le monde crie : « Anna » et ça finit par ce cri qui déchire les bruits de la nature, et non pas le silence. Là, on entend la mer, on entend le vent, on entend la pluie. Et cela le déchire. Et Anna, c'est presque comme un appel au secours. Ce n'est plus Anna qui est appelé me semble-t-il. C'est le vide, qui est interrogé. Et ça fait surgir le vide et cette absence.

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Répliques et Hors-champs - le Dim 25 Sep 2016, 02:45

Le 17 septembre 2016, Alain Finkielkraut recevait Alain Corbin et Jean-Michel Delacomptée pour une émission intitulée Le prix du silence. Une discussion fourre-tout où les caractéristiques du silence sont recensées par segments sans suivre la progression d'un développement, le tout entrecoupé d'anecdotes personnelles et de lectures. Visez à ce propos la passionnante introduction du producteur dans une brasserie d'Arras ainsi que sa mémorable punition de collégien en guise de conclusion.

Pour bon nombre d'émissions au cours desquelles Alain Corbin a vendu son livre, nous trouvons pêle-mêle les points suivants :

1/ - l'omniprésence du bruit avec :
a/ le bruit technologique (de moteurs, klaxons)
b/ le bruit humain (du voisinage incommodant/ceux du corps, pas toujours réprimés)
c/ le bruit d'ambiance (de magasins) / le bruit de fond (radios/télés allumées en continu)

2/ - entraînant la disparition du silence :
a/ intérieur (métaphysique, religieux, introspectif)
b/ dans les villes, zones péri-urbaines et en campagne (les lieux de silence n'existent plus)
c/ dans le temps (les nuisances sont-elles plus grandes aujourd'hui que dans les siècles précédents ?)

3/ - à cause :
a/ d'une discipline perdue (l'homme ne s'empêche plus, l'enfant est invité à s'exprimer plus que de raison)
b/ de la peur du silence (associée à la mort, l'ennui)

4/ - Antidotes :
a/ la minute de silence (intenable)
b/ la quête méditative (à la mode)
c/ la chambre anéchoïque (physiquement insoutenable)

Reste une question : Pourquoi Alain Corbin rit-il régulièrement au milieu de ses réponses ?  [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13397-17.09.2016-ITEMA_21078807-0.mp3" debut="39:00" fin="39:19"]

N.B. : Signalons également que le 28 août 2016 pour sa dernière, Laure Adler recevait Alain Corbin dans une émission étrange, découpée en tronçons de dix minutes à la faveur de longues plages musicales, dans une version estivale raccourcie de 15 minutes (le descriptif d'une ligne : L'histoire Alain Corbin est l'invité de Hors-Champs.). Rien à signaler dans cet entretien qui, après un rappel biographique habituel, fait figure de remplissage.

P.S. : Le 18 juin 2011, dans un Répliques intitulé Faut-il être catastrophiste ?, Alain Finkielkraut s'indignait déjà de l'extinction du silence : 39'13'' : Je pourrais parler d'un phénomène qui est aussi écologique : le silence. La disparition progressive du silence. Où connait-on le silence aujourd'hui ? Où jouit-on du silence ?

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Répliques : La crise de l'école - le Dim 09 Oct 2016, 09:06

Rappel des dernières contributions consacrées au silence et disséminées dans plusieurs fils, par Philaunet :

1/ 27 septembre 2016 : Pascale Tison au domicile d'Alain Corbin, dans le fil : Radio belge francophone (RTBF). (Sur : les deux émissions Par Ouï-dire, de Pascale Tison, 7 et 14 septembre 2016 - liens inactifs)

2/ 27 septembre 2016 : ''Le silence, tout un art'', dans le fil : Le Monde, Le Figaro, et autres titres. (Sur : un article de Rosita Boisseau : Le silence, tout un art (accès payant) et : les journées silence(s) du Théâtre National de la danse Chaillot (Paris) (2016-2017).

3/ 07 octobre 2016 : ACR ''Zone de silence'', dans Atelier de création radiophonique. (Sur : « ACR - Z O N E D E S I L E N C E », L'atelier de la création, 02 août 2015)

***

Le 8 octobre 2016, Alain Finkielkraut a consacré son émission à La crise de l'école (non, ce n'est pas une rediffusion) avec Philippe Meirieu et Robert Redeker, où il est question du silence perdu en classe et à l'église.

Lancé par le producteur sur la piste de l'opposition : démocratie scolaire (débat) vs cours magistral (transmission des savoirs), Robert Redeker (18'52) pose que la fonction de l'école, ce n'est pas seulement faire ensemble, faire du groupe, c'est également la solitude. Permettre à l'enfant la solitude. (...) D'où la question du silence. Faire parler les enfants ? Pourquoi cette injonction ? Le silence, c'est aussi la pensée, c'est aussi la résistance, avant d'être rejoint par Philippe Meirieu : Oh combien vous avez raison.

Alain Fikielkraut enchaîne. Citant un entretien de Yann Algan par Aurélie Collas et Mattea Battaglia dans Le Monde (25 août 2016, accès payant), il lit, indigné, que selon Algan, une classe bruyante peut être une classe qui échange et construit collectivement un savoir, alors qu'une classe silencieuse peut être une classe qui dort.

Redeker, dans sa roue : Tous les professeurs s'en plaignent, et les plus jeunes trouvent cela normal qu'il y a dans toutes les classes, à tous les niveaux, un bruit de fond que je trouve être un scandale parce que c'est un refus du silence. Ce bruit de fond est accepté et favorisé par l'administration. Puis : J'ai offert un cadeau à ma mère pour son quatre-vingt-quinzième anniversaire : je l'ai amenée à la messe. Je n'étais plus allé depuis très longtemps à la messe. J'ai vu les enfants de chœur inattentifs, le prêtre ne réussissant pas à imposer le silence dans l'Église pendant tout l'office. Voilà. Les enfants ne peuvent plus rester concentrés, silencieux - que ce soient dans les offices religieux ou à l'école - une heure. Pourtant ils ont la même biologie que celle que avions nous, au même âge. On doit pouvoir leur enseigner la concentration, la retenue, le silence. On doit pouvoir leur enseigner le respect de la parole d'autrui.

Enfin, une anecdote intéressante : Lorsque j'ai débuté mon métier de professeur, il y avait une très bonne méthode qui était de ne pas accorder la parole aux élèves, tant qu'ils n'avaient pas préparé par une médiation personnelle leur intervention. Et je disais - jeune professeur - : « je n'accepte pas votre question, Monsieur ou Mademoiselle. Vous réfléchirez pendant une semaine, puis vous me la poserez ». Aujourd'hui, cela a complètement disparu. Chaque élève à tout moment peut interrompre la classe, poser une question, faire une remarque, donc c'est un peu « Droit de réponse » plutôt que la classe.

Une semaine pour cogiter une question, ça peut être long pour un enfant...

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Les silences de David Le Breton - le Sam 22 Oct 2016, 10:35

Une bonne surprise pour ma part, pendant cet été où j'ai déserté l'écoute de France Culture tout en lorgnant de l'oreille vers les voisines je veux dire non pas mes nouvelles voisines de palier mais les postes voisins notamment sur France Inter l'invité de l'affreuse matinale de Patrick Cohen moins affreuse en ce mois de juillet grâce aux vacances du sus-cité, la bonne surprise dis-je c'est l'interview de David le Breton qui lors de ses passages à France Culture nous a plusieurs fois saoulé de sa sociologie sensitive, pas vraiment inintéressante mais qui a quelque tendance à tourner en rond autour de l'écoute du corps. Il aurait donc pu se trouver un jour enfermé dans l'Atelier de Création Radiophonique et s'y trouver tellement bien qu'il n'en serait plus jamais sorti. Mais les choses se passèrent autrement, et depuis une bonne quinzaine d'années David Le Breton malgré ce patronyme officie à l'exact opposé du territoire. Son anthropologie presque aussi inspirée et presque aussi peu scientifique que celle d'un Pascal Dibie a de quoi horripiler aussi bien les sociologues objectivistes que les Philaunet-à-écouteurs. Mais on trouve dans sa bibliographie deux ouvrages qui peuvent intéresser notre forum : "Eclats de voix - Une anthropologie des voix" (2011) et récemment "Du silence" tous deux chez son éditeur Métaillié.

De là quelques propos sur le silence le 12 août dernier, disponibles sur le site de France Inter. J'avertis les âmes sensibles : un portrait terrifiant s'affiche sur la droite de votre écran ça n'est ni David Le Breton ni Anne-Marie Métaillié, c'est le producteur régulier de l'émission mais que ceux qui le connaissent se rassurent : ce matin là il était remplacé.

(d'ailleurs il me semble que sa voix, je veux dire celle de David, a quelque peu changé ; aurait-il mué dans l'intervalle ? est-ce qu'on nous aurait menti et du coup le passage à l'âge adulte pourrait survenir tardivement, après plusieurs années de retard ? mystère...)

_________________
A l'intention de ceux qui prennent mon pseudonyme pour un bouclier : mon identité n'est ni affichée ni dissimulée.
Pour la trouver il suffit de suivre le fil de mon profil.

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Re: Du silence à la radio - le Mer 02 Nov 2016, 19:59

La musica de Fanny Ardant (2/5) -  Un choix cornélien  À voix nue 15'57 à 17'48 :

[son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10351-25.10.2016-ITEMA_21114519-0.mp3" debut="15:57" fin="17:48"]

Robert Walser n'aurait pas dit le contraire.

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Jean-Michel Damian, sur le silence - le Dim 06 Nov 2016, 18:30

Quelques mots, en forme d'hommage, pour  briser le silence du forum sur la disparition de Jean-Michel Damian qui fut, comme Jacques Merlet, un humaniste à la générosité profuse.




À l'occasion de la première Semaine du son, en janvier 2004, le producteur déclarait:
" Lorsque je fais du remplissage, c'est une machine qui se met en place. En radio, le silence est interdit, alors que selon Maeterlinck, il est parlant ! Cela dit, sur une longue interview, j'accepte le silence : un rapport privilégié s'instaure, privé et public à la fois, et « relancer » risquerait de couper le flux des paroles. C'est comme une respiration de l'interviewé, je ne veux pas l'interrompre. Parler beaucoup, en fait, c'est ériger une barrière contre quelqu'un. Si on le laisse chercher ses mots, bafouiller, on met l'invité en confiance, et l'interview suit son rythme."

Vous pouvez retrouver sur ce blog d'autres informations sur cette semaine du son.

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« Me voici, et il n'y a rien à dire » (John Cage) - le Lun 07 Nov 2016, 05:57

Le 20 août dernier, Philaunet dans son message intitulé : « Pas la fine fleur » revenait sur les premières minutes de l'émission du 4 décembre 2015 de Poésie et ainsi de suite produite par Manou Farine : « Poésie et silence ».

La brièveté du descriptif suivant avait de quoi inquiéter :

La poésie ça fait silence. En langue des signes et dans la voix des disparus. A écouter avec la poétesse Ryoko Sekiguchi , le poète Michel Thion et les interprètes LSF Aurore Corominas et Fanny Catteau.

Voilà deux affirmations balancées dans les dents de l'auditeur. Ne demandez pas votre reste et circulez.

Les vingt-cinq premières sont consacrées à une interview de Ryoko Sekiguchi, poétesse et traductrice japonaise, qui dit à deux reprises, sans susciter la moindre controverse, que les voix véhiculées par le canal radiophonique - qu'elles soient en direct ou enregistrées - portent en elles un « excédent de présent ».

3'17'' : À la différence de la télévision, où on voit aussi l'image et qu'on peut tout de suite dater, la voix, on ne sait pas. Peut-être que, encore une fois, vous qui m'entendez, peut-être que je suis là ou que je ne suis plus là. On ne peut pas savoir, puisque vous ne voyez pas le corps. Et donc, ça nous met en égalité avec la voix des morts. Et aussi, dans ce sens-là, qu'elle trouble notre temporalité, nous qui cheminons du passé au présent, au futur.

Il ne vient pas à l'esprit de Ryoko Sekiguchi qu'une voix écoutée est empreinte d'un ton, de mots de vocabulaire, d'une musique qui identifient immédiatement une époque ou une décennie, et retirent son caractère de « présent » à l'oreille de l'auditeur. La voix et les mots qui la guident ne peuvent que « dater » une période, « signer » un usage courant d'une langue parlée. Puis, comment séparer la voix écoutée de son support de diffusion/d'enregistrement ? Une voix des années 50 ne nous parviendra pas avec la même netteté (en dépit du nettoyage que peut subir une bande) qu'une autre des années 80. Le vecteur technique prend une part à cette information.

Souvenons-nous de Paul Morand imitant la voix parlée de Proust (cliquez à 23'35'') :



Plus loin (8'10'') lisant l'un de ses textes : [La voix] ne s'inscrit pas dans une temporalité linéaire. Elle atteint à une double nature temporelle. (...) Ce qui est accompli peut demeurer dans le territoire de la présence. L'image ne trompe pas. L'image est ligotée aux lois de notre temporalité. (...) Par conséquent, l'image n'accède jamais à cette double nature. Les images animées, pas plus que les photographies ne peuvent sortir du passé. Elles s'usent parce qu'elles ne résistent pas au temps qui passe, et elles se laissent oublier, ranger, et épingler comme elles sont dans le passé. (...)

J'arrête là les dégâts (ce qui est lu ici a donc été l'objet d'une réflexion préalable). Ryoko Sekiguchi pense qu'une voix peut traverser le temps sans en comporter les stigmates. Et qu'une image (cinéma et photographie ici, mais la peinture doit être dans le même sac) se fige inexorablement dans sa matérialité. On pourrait proposer l'inverse, la signification de ce qui est produit (le Verbe, l'Idée) serait encore laissée de côté. La prétendue supériorité des arts du temps sur ceux de l'espace est une vieille question et des morceaux de la pensée de Gotthold Ephraim Lessing (Laocoon) seraient bien utiles pour étayer tout cela.

Mais revenons sur l'objet de ce post : l'absence totale du sujet abordé avec les invités : poésie et silence. Avec Ryoko Sekiguchi, il est question de la sensation procurée par la voix, son grain, sa diffusion. Avec les autres invités, c'est la question de la traduction qui est interrogée entre la langue des signes (poèmes-signes) et son écriture en français. Nullement de silence (par exemple quid de la perception du silence chez les poètes sourds ? Question bête peut-être). Seul Michel Thion, poète, évoque les poèmes créés directement en langue des signes de Levent Beskardes (38'15'') : Il fait des dessins qui sont des partitions visuelles pour mémoriser des poèmes. Du dessin-écriture pour une langue qui fend le silence comme elle en crée.

Mais 4 minutes viennent illuminer cette émission : la lecture d'un poème de John Cage, extrait de Discours sur rien:

[son mp3="http://s3-eu-west-1.amazonaws.com/cruiser-production/static/culture/sons/2015/12/s49/WL-ITE_00077612_RSCE-10.mp3" debut="29:00" fin="32:20"]

La réflexion la plus intéressante nous vient d'Aurore Corominas qui reprend plusieurs fois Manou Farine : 39'08'' : Je pense déjà qu'il ne faut pas faire trop de généralités sur la surdité et sur les sourds. Chaque sourd étant unique et différent. Certains s'expriment avec leurs voix, d'autres avec leurs mains. Certains ont des difficultés à l'écrit, d'autres pas. Les chiffres sont très flous. (...) Tout ça est à prendre avec délicatesse.

La productrice qui fait dès lors attention à ses préjugés enchaîne les bourdes de plus belle, parlant de langage plutôt que de langue des signes, ou de : La langue des signes : on traduit, j'imagine, plutôt un sens que des mots, si j'ai bien compris ? À quoi il est lui logiquement répondu : Comme dans toutes les langues.

[son mp3="http://s3-eu-west-1.amazonaws.com/cruiser-production/static/culture/sons/2015/12/s49/WL-ITE_00077612_RSCE-10.mp3" debut="42:00" fin="43:11"]

Farine encore (51'07'') : La langue des signes, elle n'est pas universelle, elle n'est pas internationale. Donc ça complique encore un petit peu plus. Reprise immédiatement par Aurore Corominas : _ Non, ça enrichit. Farine : Oui, bien sûr.

Que fait Manou Farine à la tête de cette émission ?

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Pas la peine de crier : silence(s) x 5 (avril 2013) - le Jeu 10 Nov 2016, 12:21

Jean-Luuc(http://www.regardfc.com/t781-du-silence-a-la-radio#27472) a écrit: (...)

Mais revenons sur l'objet de ce post : l'absence totale du sujet abordé avec les invités : poésie et silence. Avec Ryoko Sekiguchi, il est question de la sensation procurée par la voix, son grain, sa diffusion. Avec les autres invités, c'est la question de la traduction qui est interrogée entre la langue des signes (poèmes-signes) et son écriture en français. Nullement de silence (par exemple quid de la perception du silence chez les poètes sourds ? Question bête peut-être). (...)

Le hasard m'a donné l'occasion d'obtenir une réponse posée à cette question dans le message précédent. Le 22 avril 2013, Marie Richeux dans son émission Pas la peine de crier commençait une semaine consacrée au silence, intitulée « Silence(s) ». Le deuxième numéro recevait la comédienne sourde Emmanuelle Laborit : Un cri sourd (23 avril 2013) : un entretien de bonne facture, qui passe comme un éclair, comme le rappelle justement la productrice en fin d'émission.

Extrait lu du livre Le cri de la mouette (1994), d'Emmanuelle Laborit : « Votre silence, il est comment ? Il est plus silencieux que le silence d'une cave ? Ou que le silence aquatique ? » Une cave ? Ce n'est pas silencieux pour moi une cave. C'est plein d'odeurs, d'humidité. C'est bruyant de sensations une cave. Sous l'eau, je suis chez moi sous l'eau. Je suis une mouette sous-marine qui adore plonger. Je suis une mouette de surface qui adore le soleil et la mer. Je suis comme vous sous l'eau. Mon silence n'est pas votre silence. Mon silence, ce serait plutôt d'avoir les yeux fermés, les mains paralysées, le corps insensible, la peau inerte : un silence du corps.

Interprétées par Corinne Gache, les paroles d'Emmanuelle Laborit fusent et expriment avec intensité toute une palette de sentiments. L'impression produite est forte (on dirait la lecture d'une partition) et l'expérience radiophonique rare : l'auditeur passe son temps à imaginer les signes et mouvements faciaux de l'invitée qui aboutissent aux intonations entendues. La part d'invisible intrinsèque au poste est redoublée.

39'15'' : Le monde entier est gouverné par le son. C'est toujours le son qui dirige tout. Et très souvent, on me regarde en me disant : « Pauvre sourde, vous ratez plein de choses. Vous ne pouvez pas entendre la musique, vous ratez tout. » Et moi, je dis : « Ah bon ? Ah oui ? Vous vous êtes déjà mis à ma place ? Est-ce que vous l'avez déjà fait ? » Moi, j'ai une relation avec la musique. Voilà, tout ça, c'est du fantasme. Du fantasme de la part des entendants où il faut que le son soit là. Je crois que c'est le symbole de la liberté chez les entendants, c'est quelque chose de très fort. Ce doit être la vie qui est représenté par le son, j'en sais rien. C'est sacré en tout cas, il y a quelque chose. Et nous, que nous n'entendions pas, ce n'est pas possible. Non, il faut qu'on fasse partie du monde des entendants. (...)

Le monde entier est gouverné par le son : pensons à ces spectres qui vont et viennent, oreilles bouchées par des écouteurs ou des casques et qui snobent toute possibilité de contact. Ce que j'ai à écouter est plus important que ce que tu as à me dire. Un symbole de la liberté chez les entendants croit Emmanuelle Laborit. Une aliénation plus probablement.

30 minutes d'entretien isolées ici : [son mp3="http://s3-eu-west-1.amazonaws.com/cruiser-production/static/culture/sons/2013/04/s17/NET_FC_58da032d-9dda-454f-bd96-f709f17c1060.mp3" debut="21:57" fin=53:32"]

Les autres numéros de la série s'écoutent avec curiosité et dans la mesure où les entretiens ne sont pas longs, ils s'enchaînent facilement : Le premier avec David Le Breton (22 avril 2013), sans surprise (l'anthropologue est plus vindicatif dans l'extrait France Inter relevé par Nessie) ; le troisième avec Clotilde Champeyrache (25 avril 2013), instructif sur la signification des silences dans la mafia sicilienne ou napolitaine ; le dernier avec Gilles Baudry (26 avril 2013), dépaysant où l'on sent Marie Richeux passablement agacée par la parole du moine interrompue en permanence, avant que celui-ci ne balance tranquillement un petit scud en fin d'émission qui stupéfia la productrice :

Baudry : Je vais toujours écrire quelque chose, mais ce sera toujours une approximation. Comme maintenant, dans notre émission. Il me semble que notre émission gagne au niveau spontané, au niveau naturel, puisque c'est un échange entre nous. Alors la limite, je la vois : sur le plan sémantique, c'est plus pauvre, forcément.

Richeux : (tressaillant) C'est plus pauvre que quoi ?

Baudry : C'est moins exact. Disons, l'exactitude est moins grande, c'est normal.

Richeux : (implosant) Que ?

Baudry : (gêné) : sur le plan sémantique. Que lorsque j'écris un texte, je le soigne.

Richeux : (rassurée) D'accord.

L'honneur est sauf.

[son mp3="http://s3-eu-west-1.amazonaws.com/cruiser-production/static/culture/sons/2013/04/s17/NET_FC_d5cc5b97-390a-4b61-a836-466bf4fb55b4.mp3" debut="46:58" fin="47:40"]

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Invitation à l'attention d'Olivia Gesbert - le Ven 18 Nov 2016, 19:16

Le 14 novembre 2016, Carole Lefrançois a publié une interview d'Olivia Gesbert, productrice de La grande table (quand changera-t-on le nom de cette émission ?) : du cirage de pompes en bonne et due forme (Sa voix profonde et enveloppante capte les invités, et ses interviews ne restent jamais en surface, sans pour autant rendre la culture monotone ou hermétique (...)) et des réponses insipides comme on les aime.

Mais à cette dernière question, Olivia Gesbert trouverait peut-être de quoi calmer sa frustration en parcourant le premier message de ce fil :

Un moment de radio que vous aimeriez réentendre ?

Un silence d’Olivier Py, de Fabrice Luchini ou de Daniel Cohn-Bendit ? Mais je ne suis pas sûre que ça ait déjà existé... Ce sont des bêtes de micro, des bavards impérissables qui laissent peu de place au silence à l'antenne.

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