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Du silence à la radio    Page 3 sur 3

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Du silence à la radio - le Mar 09 Aoû 2016, 05:01

Rappel du premier message :

Dans ce fil, le silence sous plusieurs formes à la radio à partir des contributions des membres du forum. Avec :

* Le silence étudié : consacré en grande partie depuis la mi 2016 aux interventions d'Alain Corbin invité de nombreuses émissions à l'occasion de la parution de son livre : Histoire du silence, de la Renaissance à nos jours. * Le silence révélé / chassé : pris au sens propre du terme, dans sa matière palpable, inattendu ou liquidé. * Le silence composé : objet d'une interprétation artistique, considéré pour ses qualités. * Le silence commenté : fruit d'un témoignage livré par un invité, un producteur, un contributeur. * Les stratégies du silence : dont les conditions d'émergence sont assurées par une mise en scène. * Vivier de citations : grappillées ça et là.

Retrouvez ci-dessous les contributions par ordre chronologique et entre parenthèses, les liens vers les émissions commentées.

Le silence étudié :

09 septembre 2009 : Les racines du ciel, par Cancoillotte, dans le fil éponyme. (Sur : « Le silence avec Ysé Masquelier », Les racines du ciel par Frédéric Lenoir, 08 septembre 2009)

06 juin 2016 : Alain Corbin, invité de Tewfik Hakem, par Cancoillotte, dans le fil : Un autre jour est possible. (Sur : « Écouter le silence », Un autre jour est possible par Tewfik Hakem, 06 juin 2016)

07 juin 2016 : Silence, par Philaunet, dans le fil : Un autre jour est possible. (Sur : « Écouter le silence », Un autre jour est possible par Tewfik Hakem, 06 juin 2016)

04 août 2016 : Silence et bruit, par Jean-Luuc, dans le fil : Concordance des temps. (Sur : « Chut ! Une histoire du silence », Concordance des temps par Jean-Noël Jeanneney, 16 avril 2016) (Sur : « Lettres à sa voisine », Fictions / Samedi noir, 05 octobre 2013)

09 août 2016 : Écouter les sons « pour ce qu'ils sont », par Philaunet, dans le fil : Grille et émissions de l'été 2016. (Sur : « Écouter la rumeur du monde », Trois minutes à méditer, le 03 août 2016 + « Petite étude de caractère acoustique d'une portière », Surpris par la nuit, 03 février 2006)

11 août 2016 : Le silence est volubile sur RFI, par Philaunet dans le fil : RFI Radio France International (Sur : Alain Corbin : « Histoire du silence, de la Renaissance à nos jours », Idées, 22 mai 2016)

12 août 2016 : Michelangelo Antonioni (29 septembre 2012 - 30 juillet 2007), par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Michelangelo Antonioni », Les mardis du cinéma par Jean Daive, 15 février 1994 (1ère diffusion))

20 août 2016 : Pas la fine fleur, par Philaunet, dans le fil : La poésie à France Culture. (Sur : « Poésie et silence », Poésie et ainsi de suite par Manou Farine, 04 décembre 2015)
+
07 novembre 2016 : « Me voici et il n'y a rien à dire » (John Cage), par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Poésie et silence », Poésie et ainsi de suite par Manou Farine, 04 décembre 2015)

22 août 2016 : Le silence fait recette, par Philaunet, dans le fil : Le Monde, Le figaro, et autre titres. (Sur : « L'homme qui cherchait le silence », Site Internet du Monde, 18 août 2016)

25 septembre 2016 : Répliques et Hors-champs, par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Le prix du silence », Répliques par Alain Finkielkraut, 17 septembre 2016, et « Alain Corbin », Hors-champs par Laure Adler, 26 août 2016)

27 septembre 2016 : Pascale Tison au domicile d'Alain Corbin, par Philaunet, dans le fil : Radio belge francophone (RTBF). (Sur : les deux émissions Par Ouï-dire par Pascale Tison, 7 et 14 septembre 2016 - liens inactifs)

22 octobre 2016 : Les silences de David Le Breton, par Nessie, dans ce fil. (Sur : L'invité de 8h20 (France Inter) par Laëtitia Gayet 12 août 2016)

04 mars 2017 : Silence et répression, par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Corps sonores (2/4) : De la torture au maintien de l’ordre, la répression acoustique », CulturesMonde par Florian Delorme, 14 février 2017)

15 mars 2017 : Les chemins de la philosophie : semaine « Silence ! », par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : Silence ! x 4 émissions, Les chemins de la philosophie par Adèle Van Reeth, 27 février-2 mars 2017)

***

Le silence révélé :

16 décembre 2012 : Le micro d'Alain Veinstein, par Philaunet, dans le fil : L'art de l'entretien radiophonique (Sur : « Jeanne Cordelier », Du jour au lendemain par Alain Veinstein, 14 décembre 2012)

11 janvier 2013 : À manger du foin !, par Philaunet, dans le fil : Nouvelles vagues/Pas la peine de crier (Marie Richeux) (Sur : « Il n'y a pas de hasard ! », Pas la peine de crier par Marie Richeux, 11 janvier 2013)

12 mai 2014 : De la parole et du silence, par L'aimable, dans le fil : L'art de l'entretien radiophonique (Sur : « Une leçon de Talmud : se construire en cheminant dans les textes », Talmudiques, 27 avril 2014)

27 juin 2014 : Marc Voinchet à Claude Viallat, par Nessie, dans le fil : Les matins - Commentaires d'auditeurs de 2009 à 2014 (Sur : « Viallat, une rétrospective », Les Matins par Marc Voinchet, 27 juin 2014)

12 février 2016 : Serge Merlin, invité de Laure Adler, par Jean-Luuc, dans le fil : Hors-champs, par Laure Adler. (Sur : « Serge Merlin : " je suis mal-aimé " », Hors-champs par Laure Adler, 05 février 2016)

31 août 2016 : Aline Schulman et Florence Delay évoquent l'oeuvre de Cervantès, par Philaunet, dans le fil : La compagnie des auteurs, par Matthieu Garrigou-Lagrange. (Sur : « Miguel de Cervantès (2/4) », La compagnie des auteurs par Mathieu Garigou-Lagrange, 22 mars 2016)

02 novembre 2016 : Du silence à la radio, par Philaunet, dans ce fil. (Sur « Un choix cornélien » À voix nue : La musica de Fanny Ardant (2/5), par Philippe Bresson, 25 octobre 2016)

08 novembre 2016 : Radioscopie d'Olivier de Kersauson par ZZZZZZZZ, dans le fil : L'INA (Institut National de l'Audiovisuel) (Sur : « Radioscopie : Olivier de Kersauson », par Jacques Chancel (France Inter), 17 décembre 1976)

***

Le silence chassé :

05 février 2016 : Anna Karina, invitée d'Aurélie Charon, par Jean-Luuc, dans le fil : Des producteurs de France Culture. (Sur : « Numéro 23. Dans les yeux d'Anna Karina », Backstage par Aurélie Charon, 01 février 2016)

13 septembre 2016 : Fond sonore sur citations, par Philaunet, dans le fil : « Les regardeurs » par Jean de Loisy. (Sur : « Fond sonore, les regardeurs », Le site du médiateur, 12 septembre 2016)

***

Le silence composé :

04 août 2016 : ACR : Zone de silence, par Jean-Luuc, dans Atelier de création radiophonique. (Sur : « ACR - Z O N E D E S I L E N C E », L'atelier de la création par Amandine Casadamont et Angélique Tibau, 02 août 2015)
+
07 octobre 2016 : ACR ''Zone de silence'', par Philaunet, dans Atelier de création radiophonique. (Sur : « ACR - Z O N E D E S I L E N C E », L'atelier de la création par Amandine Casadamont et Angélique Tibau, 02 août 2015)

27 septembre 2016 : ''Le silence, tout un art'', par Philaunet, dans le fil : Le Monde, Le Figaro, et autres titres. (Sur : un article de Rosita Boisseau : Le silence, tout un art (accès payant) et : les journées silence(s) du Théâtre National de la danse Chaillot (Paris) (2016-2017).

05 décembre 2016 : Les interstices silencieux de Dominique Petitgand, par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Dominique Petitgand, et le tout dont il fait partie + Philippe Langlois et Les Cloches d’Atlantis », L'Atelier du son par Thomas Baumgartner, 15 juin 2012)

20 mai 2017 : Le cri du Patchwork (France Musique) 1/2, et Le cri du Patchwork 2/2 (France Musique) (clap de fin) par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : Silence x 4 émissions, Le cri du Patchwork par Clément Lebrun, du 04 au 25 octobre 2014)

***

Le silence commenté :

09 octobre 2016 : Répliques : la crise de l'école, par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « La crise de l'école », Répliques par Alain Finkielkraut, 08 octobre 2016)

06 novembre 2016 : Jean-Michel Damian, sur le silence, par fred de rouen, dans ce fil.

18 novembre 2016 : Invitation à l'attention d'Olivia Gesbert, par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Olivia Gesbert : “Je rêve éveillée quand je suis devant un micro” », interview dans Télérama par Carole Lefrançois, 14 novembre 2016)

11 décembre 2016 : Le silence n'est pas le calme, certes, par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur « Raphaël Enthoven: ses adresses à Paris XIVe », interview dans le Figaroscope par Nicolas d'Estienne d'Orves, 06 décembre 2016)

27 mars 2017 : (Sekiguchi suite), par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : Actualité philosophique : Philippe Artières, Les chemins de la philosophie par Adèle van Reeth, 21 novembre 2014 + Le cinéma dessiné, Plan large par Antoine Guillot, 25 mars 2017 + Histoire du son 4/4 : Les sons de l'antiquité, La fabrique de l'histoire par Emmanuel Laurentin, 03 septembre 2015)

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Les stratégies du silence :

Le 31 décembre 2016 : Les stratégies du silence (intimidation et mise en scène ridicule), par Jean-Luuc, dans ce fil. (Sur : « Spectacles vivants : "Don Giovanni", "Dark Circus" et "Espaece" », La dispute par Arnaud Laporte, 12 décembre 2016 + « Poésie et grand écran », Poésie et ainsi de suite par Manou Farine, 30 décembre 2016)

***

Vivier de citations :

Jean Wahl : (...) Mais si nous disons cela, c'est donc qu'au-delà de l'univers il y a quelque chose et c'est ici que la philosophie se tait. Et que la poésie se tait presque.  Car c'est un trait particulier de la poésie que, aussi importante que les paroles qu'elle prononce, est important le silence duquel elle émerge et dans lequel elle plonge. Et ce silence est peut-être signe de quelque chose. Et ce « peut-être », nous ne devons pas le transformer en une affirmation. Il reste un « peut-être. » (16') (source : Archive INA imprécise du 16 août 1958 diffusée dans : Hors-champs par Laure Adler, émission Jacques Rancière, 13 juin 2011)

Bill Viola : Laure Adler : « Le désert est très important à l'intérieur de votre parcours artistique. Vous avez fait plusieurs oeuvres dans le désert, à partir du désert. Et on a l'impression que les espaces vides vous concernent directement. Pourquoi et comment ? _ J'ai l'impression que les êtres humains ont besoin de vide. C'est peut-être une idée assez bouddhiste finalement. Et je trouve qu'aujourd'hui, en ce moment, dans cette histoire des hommes, on a besoin désespérément d'endroits où on puisse être seul, tranquille. Silence. Oui, du silence. Aujourd'hui, les choses vont tellement vite. Nous allons tellement vite dans la façon dont nous menons nos vies. Et c'est vraiment bouleversant, choquant parfois. Et c'est la chose la plus importante, c'est de ralentir. Voilà pourquoi, toujours, j'utilise mes images, et je les ralentis. Les images que je propose ne vont pas dans le temps réel. On regarde quelque chose qui va plus lentement. On peut mieux le voir, on peut mieux le comprendre parce que ces images fonctionnent à la vitesse intérieure de chacun. » (9') (source : Hors-champs par Laure Adler, Bill Viola et Kira Perov, 08 avril 2014)

Eric Rohmer : Les linguistes ont parfois distingué la parole et le langage. Et le dictionnaire dit : la parole peut s’exprimer, soit par la phonation, soit par l’écriture. Ça veut dire qu’il n’a pas fallu attendre le cinéma parlant pour que la parole entre au cinéma. Il y a beaucoup de paroles (c’est-à-dire il y a beaucoup de texte) dans les films muets. En particulier, dès le début, avec D.W. Griffith. De sorte qu’on peut dire que le cinéma de Griffith est un cinéma parlant, et en même temps, j’ai toujours soutenu - contre les gens qui disaient que certains de mes films étaient des pièces radiophoniques, ce qui m’avait indigné -, j’ai répondu : non, je suis un cinéaste muet. Alors, là, il faut bien préciser ces choses-là. La parole, ce n’est pas forcément le son. Et je pense que le but profond du cinéma, ce n’est pas tellement d’apporter un langage, c’est-à-dire de dire par les images ce qu’on pourrait très bien dire par la parole - s‘il y a des choses  à dire que la parole peut exprimer, pourquoi pas -, c’est d’exprimer une chose que la parole ne pourra de toute façon jamais exprimer et qui n’est pas de l’ordre du langage, et qui en fin de compte serait plutôt d’ailleurs de l’ordre de l’ordre du spectacle. (36'23'') (Source : Archive Cinémathèque Française du 05 mai 2007 diffusée dans Une vie d'artiste, par Aurélie Charon : numéro 42 : L'Eden de Mia Hansen-Love, 12 juin 2017)
* * *

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Le cri du Patchwork (France Musique) 1/2 - le Sam 20 Mai 2017, 00:10

Faire silence c’est être à l’écoute des autres et de soi. Et le silence en musique, c’est le moment de réactivation de notre écoute. Un coup de fouet muet pour nos oreilles. Et plus le silence est long, plus il devient bruyant. Plus il devient son. Il révèle, il réveille ces sons que l’on ne prend plus le temps d’écouter (…). (1’50'').

Ainsi commence la série de quatre émissions consacrée au silence dans l’émission de Clément Lebrun sur France Musique : Le cri du patchwork (octobre 2014). Une véritable démonstration qui brille par la densité des thèmes proposés, la pertinence des artistes invités, les morceaux donnés à écouter. Vous trouverez ci-dessous les résumés du contenu de chaque émission (un coup d’œil aux descriptifs richement dotés en vidéos et liste des œuvres jouées est vivement recommandé).  

Silence 1/4 : À la limite du son (04 octobre 2014).

Le récit de l’expérience en chambre anéchoïque de John Cage ouvre ce premier numéro : Le silence n’existe pas. Le silence s’impose comme un vacarme dans lequel nous y insérons des sons. Nous y organisons des sons en musique dit Clément Lebrun. La nature du silence est double : les conditions d’apparition de son avènement sont également celles de sa disparition. À peine le croit-on réalisé qu’il se volatilise. La pièce 4’33’’ (1952) constitue la synthèse de cette présence-absence simultanée. Cette évidence posée (le silence n’est pas véritablement du silence ou plutôt : le silence n'est véritablement pas du silence), le producteur offre d’écouter les bocaux de silence d’Alvin Lucier (1931-)*, puis ouvre une séquence axée sur le « shh » ou « chut », onomatopée inventée pour demander le silence, objet d’interprétations poétique et musicale depuis DADA (Jaap Blonk, Catherine Jauniaux, Maja Ratkje, Helmut Lachenmann, Heinz Holliger, Alin Gherman).

Suit une interview d’Igor Ballereau qui explique comment le silence est apparu progressivement dans ses compositions, par touffes, comme une promesse ou quelque chose qui se tait, en liaison avec la mort, l’ensevelissement. De ses oeuvres délicates aux voix effleurant le micro, il livre la réflexion suivante : Pour moi, le silence matérialise l’impossibilité de se rassasier des objets du monde. Dans le silence, il y a un désir de choses inexistantes.

Les dix dernières minutes de l’émission font retour sur l’œuvre ‘(t)air(e)’ de l’hautboïste Heinz Holliger.

* Ne manquez pas son interview par Thomas Baumgartner dans L'atelier du son (1er mai 2015)

Silence 2/4 : La haine de la musique (11 octobre 2014)

Le silence, c'est aussi pour écouter l'autre. L'autre qui est en dehors de nous et l'autre qui est en nous. Luigi Nono (56'31'')

La deuxième émission est placée sous le signe du cri, et prend à revers la thématique désignée. Plusieurs sortes de cris sont passées en revue : le cri premier, du nouveau-né ; le cri maîtrisé, inspiré au lieu d’être expiré (Roger Waters dans Careful with that axe, Eugene, album Ummagumma) ; le cri libératoire (Abbey Lincoln dans Triptych : Prayer/Protest/Peace, album We insist, ou Yoko Ono, album Two Virgins) ; le cri lancé à la rencontre de l’instrument (Yamataka Eye avec John Zorn) ; le cri expressif et technique, des chanteurs black metal (The Dillinger Escape Plan, dans Jim Fear, album Calculating Infinity) ; le cri performance (Maja Ratkje) ; le cri dernier (la scène où Don Giovanni est avalé par les Enfers).

Suit une interview de Benjamin Dupé pour son spectacle : Il se trouve que les oreilles n’ont pas de paupières, inspiré du livre de Pascal Quignard : La haine de la musique (1995). De longs extraits nous permettent d’écouter l'adaptation de l'histoire lue par le comédien Pierre Baux d’un chef d’orchestre polonais interné dans le camp d’extermination d’Auschwitz. La discussion roule sur les rapports du silence avec l’invisible, les souvenirs sonores surgissant dans notre tête sans qu’on en devine leur provenance, la collaboration texte/alto, ou l’incapacité de grouper des sons identiques par plus de deux, trois ou cinq à la fois (exemple de l’horloge mécanique citée par Quignard).

La dernière partie de l’émission est réservée à l’analyse de l’œuvre de Luigi Nono (1924-1990) : Fragmente-Stille, an Diotima (1980), traversée par des fragments de poésie de Friedrich Hölderlin. Dans un entretien donné à Michèle Reverdy, il dit : Le silence n'est pas le vide. Pour moi, le silence est plein de voix, de mémoires, d'échos, de questions avec soi-même, de questions avec les autres. Le silence des yeux. Le silence de toucher aussi physiquement. Le silence de regarder, d'écouter, de penser, de réfléchir, de la méditation. Il y a beaucoup de difficultés dans le silence. C'est un moment décisionnel dans la vie, et pas seulement dans la vie.

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Le cri du Patchwork 2/2 (France Musique) (clap de fin) - le Sam 20 Mai 2017, 23:36

Silence 3/4 : Dépasser le silence (18 octobre 2014)

La troisième émission fait la part belle aux claquements de mains, marqueur rythmique et expression d’une satisfaction ou d’un encouragement. Généralement divisés entre motif musical côté scène et applaudissements côté public, il peut arriver aux claquements de mains de la salle de rejoindre la composition musicale comme dans Momente, de Karlheinz Stockhausen. En 1972, le compositeur invitait le public à applaudir pendant l’entracte faisant de cette interaction une partie intégrante de l’œuvre.

D’une manière similaire, il est courant de voir les spectateurs, à l'initiative de l'artiste ou sans son assentiment, accompagner la musique de claquements de mains synchronisés (percussion). À l’unisson, les mêmes savent aussi s’entendre entre eux au moment d’un rappel, et accorder leurs applaudissements épars (le déphasage) en une demande collective (le phasage). Cette union concertée est aujourd’hui appelée clapping dans les enceintes sportives. Guidés par un maître du « clap », les supporters jouent un spectacle codifié destiné à soutenir bruyamment son équipe de coeur, sans originalité cependant (les clappings sont tous identiques dans leur forme et interchangeables d'une tribune à l'autre) ni spontanéité. Rien à voir avec le Clapping Music (1972) de Steve Reich, conçu pour deux interprètes.

Suit la deuxième partie de l’entretien avec Benjamin Dupé, commencé la semaine précédente, pour son spectacle : Il se trouve que les oreilles n’ont pas de paupières, inspiré du livre de Pascal Quignard : La haine de la musique (1995). Le metteur en scène explique en quoi le bruit blanc (celui du sable qui s’écoule ou de la vague qui se retire par exemple) peut prendre part à la signification du silence. Tel un temps qui passe sans aspérité, le bruit blanc lui apparaît comme un son qui efface ou qui lave les oreilles. Antoine Maisonhaute, membre du quatuor Tana, évoque de son côté le signal d’alerte présent dans le silence qui précède les catastrophes naturelles : un moment-suspens (quelque chose s’est interrompu pendant un instant) comme un moment-suspense (quelque chose d’angoissant se prépare).

Extrait du spectacle : Dans un article publié en 1903, McDougall appela intervalles morts le silence très particulier qui sépare à l’oreille humaine deux groupes rythmiques successifs. Le silence qui sépare ces groupes est d’une durée paradoxale qui naît à partir du fini et qui s’interrompt à partir du commençant. Ce silence que l’humanité entend n’existe pas. McDougall l’appela mort.

La fin de l’émission prend le temps de mesurer toute la profondeur de Stille und Umkehr (Silence et Retour) de Bernd Alois Zimmermann (1970), lequel demande au chef d’orchestre de tenir compte d’un silence extrême de la part des instruments pendant l’exécution. En l’espace de dix minutes, Stille und Umkehr nous dit tout en très peu de choses. Une note, Ré, traverse tous les pupitres de l’orchestre, de bout en bout, comme un acouphène obsédant, tandis que se déploient de courtes phrases mélodiques et rythmiques, revenant rapidement au statisme de ce Ré. En créant un espace sonore à la fois fixe et mouvant, Zimmermann donne une sensation d’intemporalité, de non-direction, un temps statique qui ne vit qu’au présent.  

Silence 4/4 : L'espace du silence (25 octobre 2014)

Si un son vous dérange, écoutez-le. John Cage (13’45’’)

La quatrième et dernière émission repose sur une simple feuille de papier. À l’instar du claquement de mains, l’étude du son produit par la feuille de papier est multiple. Le mouvement Fluxus en est l’un de ses plus fervents promoteurs (Alison Knowles, Larry Miller, Ben Patterson).

Marc Baron s’entretient ensuite avec Clément Lebrun, ex-saxophoniste reconverti en bidouilleur de machines analogique et électronique, à qui il dit : Ce que je peux dire, c’est que ce travail particulier est né d’une espèce d’intuition : est-ce que lorsqu’on est dans un espace pollué, on ne peut pas essayer de penser des sons qui pourraient jouer le rôle du silence ? C’est-à-dire : quels sons pourraient nous permettre de produire un état de silence dans un bruit de fond ? Si j’ai rencontré le silence, c’est peut-être plus par le son que par ce qui est dit « silence » lui-même.

Comme la note tenue de Zimmermann (Stille und Umkehr), ou le bruit blanc régénérateur de Benjamin Dupé, Marc Baron entend le silence comme un plan continu qui se distingue de son environnement par son égalité hors-nature, presque a-normale. Dans ses Hidden-tapes, il « creuse » le silence dans le but de faire naître une tension destinée à surprendre l’auditeur, le maintenir en veille. Il en va de même pour sa pièce Un salon au fond d'un lac (2016) où au milieu de sons atomisés surgissent des gouffres de vide, renvoyant l’auditeur à l’authenticité de son écoute. Une véritable plongée dans les strates du son.

***

Sur ce dernier post, ami lecteur, je vous tire ma révérence.


Photogramme extrait de Zelig, de Woody Allen (1983).

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Re: Du silence à la radio - le Dim 04 Juin 2017, 19:20

@Jean-Luuc a écrit:Les dix dernières minutes de l’émission font retour sur l’œuvre ‘(t)air(e)’ de l’hautboïste Heinz Holliger.
« du hautboïste », pas « de l'hautboïste » !!

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Re: Du silence à la radio -

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