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La méthode scientifique.    Page 1 sur 2

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La méthode scientifique. - le Mar 13 Sep 2016, 15:29

Pour faire suite à ce post de Masterkey, voici donc un fil dédié à La méthode scientifique, quotidienne de Nicolas Martin.

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NOTA BENE : le forum contient également les fils de discussion suivants traitant des sciences : La Marche des sciences (2009 - 2013) ; Continent sciences (2009 - 2016) ;  De la science dure en BD (2009) ; Futurologie et sciences (2012) ; Science publique (2011 - 2016) et La Conversation scientifique (2016) - Un billet scientifique a été publié dans un fil créé spécialement Journée à la mémoire de Bernard d'Espagnat et un fil nommé Mathématiques, réalité et droit (2011). Une rubrique "Ornithologie" rassemble toutes les contributions sur Les oiseaux.

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De la vacuité. - le Mar 13 Sep 2016, 15:42

France Culture a donc viré ses différents créneaux scientifiques au profit d'une quotidienne généraliste. Comme à France Inter qui a sa Tête au carré depuis des années.

Programmes comparés de ce mardi 13 septembre :
- La grande odyssée du vide pour Mathieu Vidard qui reçoit Trinh Xuan Thuan.
- L'univers est-il vide ? pour Nicolas Martin qui reçoit Trinh Xuan Thuan (une heure plus tard donc).

La nature aurait horreur du vide, mais pas la programmation de France Culture.

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Re: La méthode scientifique. - le Mar 13 Sep 2016, 19:40

Anselme(http://www.regardfc.com/t789-la-methode-scientifique#26861) a écrit:La nature aurait horreur du vide, mais pas la programmation de France Culture.

Le modèle de la Tête au carré est celui que je redoutais, une émission très généraliste, faisant le pari d'un auditoire très peu au fait de l'univers scientifique, mais ce n'est pas ce que j'ai entendu dans les quelques numéros essayés (les premiers).

Est-ce que vous avez pu entendre un peu de ces deux émissions ? Pas de différence entre les traitements par Inter et Culture sur ce sujet ? J'essaierai l'écoute comparée pour voir ce qu'il en est, si la différence est faible, il y aura vraiment matière à râler !

A signaler pour les nostalgiques d'Antoine Spire et de l'irritation que son écoute pouvait causer : on peut le retrouver dans l'entretien filmé de Cinap's TV avec Françoise Combes du CNRS, diffusé sur la page du numéro de La méthode scientifique que vous signalez.

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Re: La méthode scientifique. - le Jeu 15 Sep 2016, 10:25

Comparaison faite, et je ne vous remercie pas, Anselme, de m'avoir suscité l'envie de m'infliger cette double purge. Oh ce n'est pas la qualité des émissions ni celle de ses producteurs qui ont défailli, mais bien l'invité !

Que Trinh Xuan Thuan soit en tournée en France pour vendre sa camelote métaphysico-new age, et que les deux quotidiennes scientifiques de Radio France en profitent pour l'inviter, c'est peu étonnant, en particulier pour la Méthode scientifique qui a pour programme de dédier son mardi à l'astrophysique. D'autant que TXT est membre de l'Institut d'Astrophysique de Paris où je pense que Nicolas Martin a ses entrées, ou au moins qu'il pioche une partie de ses sujets.

Mais que Trinh Xuan Thuan ait double temps d'antenne pour vendre de l'amalgame de Taoïsme et de physique, des considérations hautement stupides sur l'histoire des sciences en Occident (si les grecs n'ont jamais découvert le 0, c'est  en raison de leur effroi métaphysique à l'idée du vide, ou encore les considérations d'Aristote [sur les quatre éléments ou sur l'horreur du vide qu'éprouve la Nature , on ne sait plus vraiment] n'ont rien moins que stoppé le développement des sciences pendant 2000 ans en Occident, etc.), des inconséquences à la pelle, et du principe Anthropique version Bogdanov, ça c'était sûrement excessif.

Le profil de l'invité permet au moins de constater que ces émissions visent bien des publics différents : Mathieu Vidard produit un magazine très honnête, et je conçois bien qu'on y trouve une porte bien pratique sur les sciences, très accessible, qui s'écoute aussi facilement  qu'on feuillette un exemplaire de Marianne chez le dentiste. Mais niveau oblige, l'animateur de la tête au carré ne se pose qu'en faire-valoir de l'invité, sans écoute critique aucune. On le sent relativement vite largué en entendant certaines bourdes dans les questions qu'il improvise  ("L'antimatière, ce ne serait pas, en fait, une expression du vide ? – (Trinh Xuan Thuan) Euh..., non,  je ne vois pas vraiment ce que vous voulez dire").

Nicolas Martin vise un cran plus haut, et loin d'être largué, il se permet de souligner quelques incohérences et de corriger une partie des sottises de l'invité. En particulier, et pour résumer quelques questions-remarques dans lesquelles pointaient des piques bien vues : "Vous êtes critiques des tentatives concordistes qui ont eu pour objet de rapprocher croyances chrétiennes et théories scientifiques, mais enfin vous êtes en plein dedans avec le taoisme / le bouddhisme, non?", ou du type "Vous dites qu'une théorie réfutée doit être mise à la poubelle [NDLR :  TXT ne pratique pas la nuance à outrance], vous louez Einstein pour avoir renoncé à l'idée d'éther [luminifère]; ce qui définit la science c'est pour vous son caractère expérimental [...] mais l'énergie sombre, qu'on ne peut pas détecter, qu'on suppose seulement pour ne pas toucher aux théories existantes, ça ne vous gène pas ? Ca ne serait pas un nouvel éther ?". Trinh Xuan Thuan est clairement gêné par ces questions, botte en touche ou se perd en considérations tout aussi incohérentes. Quand TXT lance une outrance comme "La science a commencé avec Galilée", NM rectifie justement : "La science moderne, plutôt !". Enfin, on sent presque le producteur s'amuser à faire parler son invité du principe Anthropique en version forte qu'il défend, et qui tient, grosso-modo, que l'univers n'a pas pu être à la fois si finement réglé et si harmonieusement bâti si ce n'était en vue qu'une conscience (humaine, mais TXT concède qu'elle n'a pas besoin d'être humaine) y apparaisse pour contempler cette harmonie.

On peut se plaindre avec raison des errements et des sophismes d'un Michel Cassé, mais sur le sujet du vide, pour lequel il fut invité chez Deligeorges naguère et chez Finkielkraut jadis, il offrait nettement plus de consistance, moins d'inconséquences et une culture plus profonde à tous égards que ce que propose TXT, qui est sans doute aucun une sommité dans son domaine (celui de l'astrophysique extra-galactique) mais dont on gagnera à se dispenser de l'écoute hors de ce sujet, ce qui sera le cas au moins jusqu'à sa prochaine production grand public pour ces deux émissions.

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http://www.academie-sciences.fr/images/membre/ChoquetY.jpg|masterkey|Yvonne Choquet-Bruhat - le Sam 24 Sep 2016, 03:57

Ce jeudi, Nicolas Martin signait à mon oreille sa plus mauvaise prestation depuis le démarrage, avec pourtant au micro sa plus intéressante invitée : Yvonne Choquet-Bruhat, mathématicienne âgée de 92 ans, femme à la voix feutrée par l'âge mais à l'esprit contondant, ayant travaillé de façon soutenue avec Albert Einstein, creusé mathématiquement les solutions des équations de la Relativité générale, et rapportant au micro de France Culture ses souvenirs professionnels avec une vive acuité.

C'est l'honneur de la Méthode Scientifique que d'inviter un tel personnage, très peu médiatique mais à la parole précieuse, et cela jette un jour lumineux sur les ambitions de l'émission, qui dépassent bien celle du simple magazine d'actualité scientifique.

Yvonne Choquet-Bruhat, tout en finesse, égrène son parcours de mathématicienne frottée de physique classique, dans un phrasé à l'ancienne, tout fait d'élégance et de retenue, parlant comme on tient une plume. Elle campe très bien, en quelques phrases, le décor, le décès précoce de son père François Bruhat, directeur de l'ENS de la rue d'Ulm, pour causes d'incommodités faites au régime vichyssois ; ses tuteurs en science,  Jean Leray, André Lichnerowicz ; ses centres d'intérêt et le coeur de son travail, celui de l'élucidation de solutions mathématiques à diverses équations de la physique classique (entre autres celles de la Relativité générale donc) ; la nature de ses entretiens avec Einstein, qu'elle dépeint plus sujet aux doutes que ce qu'en laisse penser le portrait qu'on dresse de lui classiquement ; l'écart qu'elle a toujours gardé avec la physique quantique, pour laquelle les mathématiques sont toujours selon elle immatures (en aparté : c'est aussi l'avis d'Alain Connes qui a entrepris avec sa géométrie non-commutative d'en mieux saisir le coeur mathématique)...

En face d'elle, Nicolas Martin a eu l'air d'être un journaliste débutant. Une personnalité telle que son invitée, maîtrisant sa parole de façon cristalline, sachant tacitement manier le silence autant que les mots, a eu l'effet d'un révélateur sur les défauts du producteur qui grèvent cette quotidienne scientifique. Multipliant les tics journalistiques à l'envi : citation du nom de l'interlocuteur 5 fois par phrase - c'est atroce à écouter, merci Philaunet d'avoir créé la rubrique nom, nom et nom! pour s'en plaindre spécifiquement -, incapable de redescendre la voix sur la tonale, rire con post-adolescent hors de propos au rebond de la parole de l'invitée, colmatage lourdingue du moindre silence qu'on aurait pu laisser naître pour donner de l'épaisseur à l'émission, et c'aurait été facile avec la matière donnée par YCB, interludes musicaux à côté de la plaque (il n'y avait rien de mieux à caler qu'un trip hop branchouille ?), etc.

Dans cet exercice, Nicolas Martin m'a furieusement rappelé Aurélie Luneau. C'est loin d'être une insulte, AL ne déméritait pas, mais enfin on les croirait sortis du même moule, mêmes relances, mêmes entretiens sans grand savoir-faire, sans grande saveur, même travail laborieux de la voix...

Par ailleurs, et ce fut un défaut notoire dans cette émission, Nicolas Martin avait pour clair programme de faire dire à son invitée toute la difficulté qu'elle a probablement eue à être une femme dans ce monde très masculin de la science dure (d'alors), et combien machistes avaient dû être ses professeurs et ses pairs. Grand mal lui en a pris, Yvonne Choquet-Bruhat a pris un malin plaisir à le démentir en tout point et continûment. NM a pourtant été lourd à souhait sur le sujet, revenant à la charge à plusieurs reprises, suggérant devant la difficulté que le machisme avait peut-être été surtout lové dans l'inconscient des collègues d'YCB, que ces archaïsmes dont elle avait forcément souffert, elle n'en était peut-être elle-même pas consciente... Non il n'y a pas été de main morte sur le sujet, mais on a senti toute la réticence de l'invitée à entrer dans ce jeu et à satisfaire cet impératif indignatoire.

Bref, ce fut ainsi durant ce numéro, qu'on gagnera pourtant à écouter pour l'invitée, mais ce n'est pas forcément irrémédiable, car lorsqu'il est plus à son aise (a-t-il été saisi d'humilité devant son interlocutrice ?),  Nicolas Martin s'y prend mieux, distille ses questions avec plus de finesse, fait montre d'une culture scientifique peut-être de surface, mais large néanmoins, et surtout de ses qualités de synthèse. Ainsi ce mercredi à propos de l'apprentissage profond en intelligence artificielle, et ce vendredi pour une table ronde "fiction", NM a produit du meilleur jus. Sa qualité principale tient dans ses bons jours à sa capacité de reprendre le propos de l'invité en y apportant de la concision et de la clarté sans en sacrifier le sens.

En somme, c'est une tête bien faite au propos articulé mais au savoir-faire radiophonique très lacunaire et à la production trop fade qu'on nous propose d'entendre à 16h.

Il vaut mieux cela que l'inverse. Si Nicolas Martin plongeait la tête et les oreilles dans les archives que proposent les nuits de France Culture, et s'il s'armait cet art de l'entretien qui nombreux nous a fait, un jour ou une nuit, nous arrêter pour longtemps sur cette fréquence, alors l'émission pourrait figurer parmi celles qui nous tiennent encore accrochés à l'écoute de cette chaîne.

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Ce dont la Méthode Scientifique est le symptôme - le Ven 14 Oct 2016, 23:28

La Méthode Scientifique a remplacé en 2016 les anciennes émissions thématiques de l'après-midi sur France Culture, notamment celle de Stéphane Deligeorges que j'écoutais avec grand intérêt et toujours de manière assidue. Stéphane, vous nous manquez beaucoup. Au delà de ce cri du coeur forcément partial, je voudrais expliquer de manière argumentée quelle logique est à l'oeuvre dans la nouvelle émission et pourquoi je la considère comme une régression par rapport à ce que nous connaissions.  

La Méthode Scientifique est un talk show animé par un journaliste entouré de chroniqueurs, un dispositif que l'on retrouve dans plusieurs productions récentes de la chaîne, à tel point qu'on a parfois l'impression d'écouter la même émission en continu à différentes heures de la journée. Une uniformisation qui, c'est plus gênant, se double d'un conformisme intellectuel pesant. Prenons par exemple l'émission du 10 octobre intitulée "Vaccination : comment lutter contre la défiance". Après nous avoir rappelé l'opposition catégorique de la ministre de la santé à toute suspension de l'obligation de vacciner, l'émission s'est fait le devoir pédagogique d'expliquer pourquoi il faut se vacciner, les deux invités appuyant fortement le propos.

Afin d'éviter toute suspicion d'activisme ou de parti pris, je tiens à préciser que je suis favorable à la vaccination, toute ma famille respecte les calendriers vaccinaux. Je me suis même fait vacciner contre le H1N1, et je l'ai regretté. Mais puisqu'il y a au minimum débat, puisqu'on parle de défiance, pourquoi ne pas en exposer les enjeux? Est-ce que France Culture a vocation à sous-traiter la communication du ministère de la santé? Il aurait été intéressant et sain d'exposer les motifs de la défiance en invitant par exemple des scientifiques opposés à la vaccination ou au moins réservés sur sa pratique. C'est ce que les auditeurs de France Culture attendent. Nous ne venons pas sur cette chaîne pour nous entendre dire ce qu'il est bon de penser ou pas. Ce que nous voulons c'est qu'on nous explique les termes du débat, qu'on mette à notre portée des disciplines hautement spécialisées au point d'être hermétiques aux gens ordinaires que nous sommes, fussions-nous éduqués. En aucun cas nous ne souhaitons qu'on pense à notre place ou qu'on nous force à croire que la pensée se résume à être pour ou contre quelque chose. C'est ce qu'on entend à longueur de journées dans de trop nombreux médias et c'est l'inverse que nous recherchons sur France Culture : un espace de liberté où l'on peut comprendre et s'éduquer plutôt que juger.

Contrairement à l'émission sur la vaccination, l'émission du 26 septembre sur l'industrie pharmaceutique avait quant à elle le mérite d'avoir un contradicteur en la personne de Philippe Even, auteur d'un livre dénonçant les dangers de certains médicaments. L'autre invité, Philippe Martin, directeur de l'agence de sécurité du médicament, s'est montré plutôt ouvert et parfois même en accord avec Philippe Even. La contradiction venait essentiellement de l'animateur, Nicolas Martin, qui ayant quitté la neutralité journalistique au profit d'une attitude ouvertement critique mettait en cause Philippe Even. Comment comprendre une attitude sceptique, pour ne pas dire hostile, et non pas d'écoute envers un invité ? Je ne discuterais même pas l'hypothèse selon laquelle les animateurs seraient de connivence avec les labos, elle est complètement absurde.

La raison de la défiance envers les discours critiques issus ou non du milieu scientifique lui-même tient en premier lieu au fait que certains producteurs considèrent qu'ils doivent donner aux auditeurs la possibilité de distinguer le bon grain de l'ivraie, de choisir entre le bien et le mal, comme je l'ai indiqué précédemment. Mais surtout ils redoutent de prêter le flanc à une critique d'irresponsabilité qui les accuserait de faire de la publicité à des gens peu sérieux, voire à des charlatans. C'est un risque réel notamment pour des non-spécialistes qui doivent évaluer la crédibilité de leurs invités afin de préserver la leur.

D'autant plus que nous vivons une période marquée par une remise en cause tous azimuts des élites, de l'establishment, bref des autorités dans leur ensemble, fussent-elles universitaires, médicales ou politiques.  Et ces attaques sont parfois le fait de personnes qui propagent des idées complotistes, superstitieuses, obscurantistes, entre autres. En conséquence, la tentation est grande d'agir par précaution, en réfutant ceux qui ne sont pas dans la ligne du parti. C'est une aberration parce que si les dingos complotistes existent bel et bien, ils ne représentent pas, loin s'en faut, l'essentiel du discours critique contemporain. On trouve principalement des universitaires, des médecins, des spécialistes, bref des gens tout à fait sérieux. Et nous avons besoin d'entendre leurs voix discordantes sur les sujets contemporains les plus complexes, que ce soit le nucléaire, la vaccination, la nutrition, ou les OGM, pour s'en tenir à ces seuls exemples.

Ce n'est malheureusement pas toujours le cas. Les invités qui pensent hors du moule sont jugés, ils ne bénéficient pas d'une écoute bienveillante. Et c'est là à mon avis la grande différence avec des animateurs comme Stéphane Deligeorges qui a lui-même parfois reçu des invités en opposition avec la pensée dominante, mais qui a toujours su leur laisser l'espace nécessaire pour développer leur pensée, quitte à les pousser dans leur retranchement. Je ne voudrais pas personnaliser le débat, ni laisser croire que les anciennes émissions étaient forcément meilleures, je ne regrette pas "la marche des sciences" par exemple. Mais ce que je constate aujourd'hui c'est qu'on a passé le braquet supérieur dans la course au penser-juste, cette volonté d'édifier les auditeurs, de les conformer à la pensée officielle, celles des ministères et des administrations centrales.

Le dernier grief que je formulerais à l'encontre de la Méthode Scientifique tient au choix des thèmes traités. J'ai écouté attentivement  l'émission du 7 octobre 2016 consacrée aux 50 ans de Star Trek et je constate un hors sujet complet, car à mon avis on ne parlait pas de science. Je n'ai rien contre la science-fiction ni contre les séries télé. Mais Star Trek n'a qu'un rapport très ténu avec la science, comme nombre d’œuvres de science-fiction d'ailleurs. Il suffit simplement de penser à la manière irréaliste dont sont représentés les déplacements dans l'espace. La plupart des vaisseaux de la science-fiction n'évoluent pas dans l'espace réel mais dans un océan sublimé. Tel le vaisseau du film Alien qui semble glisser sur une mer d'huile et qui, ce n'est pas un hasard, se nomme Nostromo, le nom du navire dans le livre éponyme de Joseph Conrad. Comme tant d'autres œuvres, Star Trek emprunte ses codes à l'aventure maritime. Le nom du vaisseau de Star Trek est l'enterprise, c'est-à-dire le nom d'un fameux porte-avion de la seconde guerre mondiale. Le chef des machines, le capitaine et le second (Spock) rappellent le trio du roman Typhon de Joseph Conrad. La scène de destruction de l'étoile de la mort dans Star Wars a été inspirée par l'attaque du cuirassé Yamato pendant la guerre du Pacifique. Même Pierre Boule dans La planète des singes parle de voiles et de chaloupes dans le premier chapitre.

J'accepte bien volontiers la contradiction sur cette analyse de la science-fiction. Mais je maintiens que l'émission du 7 octobre n'avait rien à voir avec la science. Il ne suffit pas de citer l'ipad ou d'autres innovations technologiques, de mentionner le nom de Schrödinger quand on parler de téléportation. A plusieurs reprises on a entendu que les ingénieurs de la Nasa étaient des fans de Star Trek mais on pourrait tout autant dire qu'ils étaient également des fans des Beach Boys et des westerns. En fait, cette émission a eu lieu parce que les séries télé sont un thème à la mode et que tous les prétextes sont bons pour nous y ramener.  Il s'agit d'un sujet rebattu qui bénéficie déjà de longues heures d'antenne dans de nombreux médias. Faut-il vraiment utiliser le créneau réservé aux émissions scientifiques pour parler encore des séries ? Les deux invités de l'émission sur Star Trek n'étaient d'ailleurs pas des scientifiques ou des amateurs de science, c'étaient deux journalistes passionnés de série et un auteur. Où est le dialogue avec la science?

Il s'agit d'une seule émission me direz-vous, d'une simple incongruité choisie fort à propos pour justifier mon argumentaire, le reste des émissions restant dans une ligne éditoriale scientifique. Bien au contraire, la ligne éditoriale est axée uniquement sur les rapports entre science et société, voire entre imaginaire scientifique et culture. Ce qu'on nous sert c'est une version de "Du grain à moudre" réduite aux problématiques scientifiques. L'interaction science-société est une thématique essentielle et je suis le premier à penser qu'il faut lui réserver une place à l'antenne, avec toutefois les réserves évoquées plus haut concernant le pluralisme. Mais je crois également qu'il existe un public intéressé par la science elle-même, par son histoire, par ses hommes, par sa méthode, par sa pensée. Et c'est précisément ce qui a disparu de l'antenne en 2016.

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Re: La méthode scientifique. - le Lun 17 Oct 2016, 18:01

Merci à Philaunet de m'avoir fait lire cette contribution par l'intermédiaire du fil de rattrapage "Commentaires de Commentaires".

RandomWalks, si je ne suis pas d'accord en tout point avec votre description, je trouve fort juste votre dernier paragraphe. C'est exactement ce que je pense à la lecture des sujets toujours plus "sociétogyres" qui s'amoncellent depuis le début de l'émission. Les premières semaines laissaient quelque espoir sur la teneur future de l'émission, mais mon optimisme initial se fait doucher continuellement depuis.

La façon de titrer ces  émissions elle-même ne laisse que peu de doute sur cette pente, reprenant en la matière les tics des magazines dont le "Grain à moudre" est un grand habitué.

A voir ce que donne l'émission du jour, dont la préoccupation paraît plus sincèrement scientifique, quoique touchée par le même virus du titre sous forme de question-assertion choc : Evolution : pourquoi les mammifères ont-ils gagné ?

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Re: La méthode scientifique. - le Lun 17 Oct 2016, 20:00

Je n'ai pas encore écouté l'émission que vous évoquez, en général j'écoute des podcasts en fin de semaine. Mais le titre fait très graindamuldesque, c'en devient caricatural et drôle à la fois.

Je me souviens qu'à l'époque de "sciences publiques" de Michel Alberganti je pestais déjà contre les partenariats avec Sciences & Vie. C'était les balbutiements du sensationnalisme,  il fallait tout traiter sur un mode de pensée binaire selon lequel chaque chose est soit mauvaise, soit bonne,  soit une catastrophe imminente soit une révolution majeure, etc. Chez les journalistes c'est un réflexe de survie professionnelle parce que c'est ce qui leur permet de garder leur boulot mois après mois. Comment pourraient-ils vendre des magazines dont la moitié de la pagination est de la pub sans un peu de la gouaille du camelot ?

Ce qui est regrettable c'est que ce moule journalistique se soit imposé dans la grille de FC : raccourcis, moralisme, sensationnalisme, annonces fracassantes, présentation d'informations mineures comme des révolutions majeures, etc. L'avantage de sciences publiques par rapport à la nouvelle émission c'est que le partenariat n'y était pas permanent. Et on percevait bien la différence de traitement et d'approche entre les deux versions. Maintenant on a "du grain à moudre", "ping pong", "la dispute", et "la méthode scientifique", bref le talk-show façon Canal+ ancienne formule, un mélange de divertissement et d'informations, avec le souci que dis-je l'angoisse de ne pas faire peur aux auditeurs, de ne pas les heurter avec des sujets qui seraient un peu exigeants, voire potentiellement ennuyeux. C'est notre monde il faut l'accepter. C'est quand même grâce à ce type de changements que j'écoute des livres audio le matin en allant au travail. Avant j'écoutais la matinale de France Culture et quand j'en ai été chassé par Nicolas Demorand j'ai découvert cette merveille qu'est la lecture par voix d'artiste interposé.

Pour revenir aux talk shows, ce qui me gêne le plus chez les journalistes-animateurs c'est leur volonté de formater les questions, de pré-mâcher les réponses, de les livrer avec le mode d'emploi du manuel d'utilisation pour que les auditeurs ne prennent pas le risque de se tromper en pensant par eux-mêmes. C'est un peu le reproche que je faisais à "L'économie en question" du temps où Olivier Pastré y faisait la pluie et le beau temps. Pourtant il n'était pas journaliste. Heureusement il est parti vers d'autres horizons et depuis l'émission s'est nettement améliorée, elle est un peu sortie de ce jeu de rôle façon Comedia dell'arte ou chaque intervenant est censé représenter jusqu'à la caricature un courant de pensée.

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Culture de variété ou culture avariée ? - le Jeu 20 Oct 2016, 14:57

Le modèle de la Tête au carré est celui que je redoutais, une émission très généraliste, faisant le pari d’un auditoire très peu au fait de l’univers scientifique, mais ce n’est pas ce que j’ai entendu dans les quelques numéros essayés (les premiers).

. Au delà de ce cri du cœur forcément partial, je voudrais expliquer de manière argumentée quelle logique est à l'oeuvre dans la nouvelle émission et pourquoi je la considère comme une régression par rapport à ce que nous connaissions.  

ces deux phases masterkeyrandomwalking pose le problème majeur de france déculture.

"quelle logique est à l'oeuvre" ? : prendre les auditeurs de l'Inculture radio pour des ânes bâtés et  la présenter en bas résilles  est tout le problème et si une logique est vraiment mise en œuvre on peut craindre dans les temps à venir quelques musiques de variété (ce qui est déjà le cas pour certaines émissions de la chaîne) pour rouler la science  dans la non poétique Farine.

Un avertissement pour les producteurs : RADIO SANS CONSCIENCE N'EST QUE RUINE DE LA CULTURE  - la dispute, ping-pong, richemarie  et toutes le émissions sauce à l'ail -

à suivre... le dernier çondage indique de 3,14 % des français s'intéressent à la culture franche.

et pour conclure : ne jamais niveler par le bas bât sinon nous l'avons dans le ...

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Re: La méthode scientifique. - le Jeu 20 Oct 2016, 18:15

Nimbus, RandomWalks, sur le constat et le regret de cette tendance générale par laquelle France Culture se laisse porter, et même choir, selon un principe de moindre action intellectuelle, je ne peux que vous suivre. Mais il nous faut nous-mêmes résister aux facilités qu'offre un cadre critique global. Je me méfie de l'univocité en la matière.

La Méthode scientifique est un drôle d'animal s'il faut la classer, et partage avec les monotrèmes - dont il fut question dans l'émission que j'avais relevée deux messages plus haut - l'association de traits qu'on croirait propres à divers ordres : Son producteur est touché par les travers endémiques d'une génération bien peu mature et qui pourtant monte en ce moment, celle que Poivre d'Arvor cadet en son temps avait appelé à "prendre le pouvoir" à France Culture, ce qu'elle a fait.  La titraille, on vient d'en parler, est conçue sur le pire modèle disponible, celui qui consiste à faire passer le sujet de l'émission dans une moulinette dont le format de sortie est invariablement "Le thème : une question bien lourde ?" (un petit florilège tiré des tout derniers jours ? "Evolution : pourquoi les mammifères ont-ils gagné ?", "Fête de la science : Comment rapprocher la science et les citoyens ?", "Le nucléaire est-il encore une énergie d’avenir ?", "Quelle place pour la France dans la course à l’espace ?" (tiens il manque le thème), "Vaccination : comment lutter contre la défiance ?" ...) Enfin l'émission s'intéresse pour une bien trop grosse moitié à l'actualité et au soci(ét)al (pollutioncancercybermaladienucléaire), c’est-à-dire au bruit du contemporain, et pour un bon tiers à l'actualité, la fiction et la prospective.

Ne reste qu'une portion congrue pour la transmission réelle d'un savoir solide. Mais enfin elle existe, et au risque de vous choquer, dans des proportions sans doute supérieures à celles de la période précédente, celle des émissions dites tardivement "Culture Science". De ces émissions, je ne retenais et n'aimais écouter réellement que Continent Sciences. Et ces dernières années, j'éprouvais surtout pour celle-ci une forme de tendresse mêlée de nostalgie par anticipation. Deligeorges s'embourbait de plus en plus dans une confusion dérangeante, ne rendait en rien plus claire la parole de ses invités qui devaient parfois lutter pour avoir une place au micro. Son travail de vulgarisation était devenu bien moins bon avec les années. Cela étant, l'émission a duré longtemps, plus de quinze ans, et a compté beaucoup de très bons numéros, de la transmission enthousiaste d'un savoir solide, l'exacte mission de France Culture à mon sens, de cela j'en suis reconnaissant à son producteur. Les deux émissions médicales qui se sont succédé depuis 2005 avaient aussi leur intérêt, mais leur producteurs ne brillaient ni par leur savoir-faire radiophonique, ni par des capacités de synthèse ou de clarté remarquable. J'exclus de cette liste le Salon Noir (que Franswa m'a fait tardivement découvrir), qui tel le mammifère conté au micro de Nicolas Martin par Emmanuel Gheerbrant, paléomammologue et Maxime Debuysschere, docteur en paléontologie, a survécu à l'extinction de masse.

Revenons à la Méthode Scientifique : quand elle produit un numéro comme celui sur l'évolution des mammifères, je n'ai rien à lui reprocher (hormis ce titre idiot). Le niveau est bon, nettement au-dessus de celui de la Tête au Carré, le déroulé de l'émission bien structuré, l'animateur, quand on oublie ses rigolades avec coup de coude et clin d'œil lourdingue, fait un meilleur travail d'accompagnement de la parole de l'invité que ses prédécesseurs directs. On y apprend et surtout on en retient facilement, quand on est peu au fait du sujet de l'émission, c'est mon cas, l'histoire de cette mâchoire inférieure particulière des mammaliaformes et d'abord de leurs ancêtres du Trias les cynodontes, les radiations adaptatives dont ils furent capables et les raisons de leur survie pour un tiers à l'extinction de la fin du Crétacé, le rôle de l'apparition des plantes angiospermes, les caractères auxquels avaient accès jusqu'à un passé récent les paléontologues s'intéressant au Jurassique ou au Trias  - les seuls squelettes -, et ceux mis à jour plus récemment - certains tissus mous -, la conséquence sur les classements que ces connaissances permettent (en particulier axées sur le régime alimentaire dans le cas du squelette), ... Un numéro à retenir, malheureusement trop isolé dans ce que propose la Méthode Scientifique pour le moment.

Par ailleurs, pour de l'émission de science de plus haute volée, la Conversation Scientifique d'Etienne Klein proposait samedi un bien bon numéro avec Elie During sur la Relativité d'Einstein, et en particulier sur deux conférences de Langevin prononcées en 1911. Une conversation sur laquelle il faudra faire un petit CR, et qu'on mettra certainement en proposition d'écoute. Je vais le faire de ce pas, tiens...

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