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Du cinéma à la radio (Plan Large, d'Antoine Guillot)    Page 1 sur 1

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Du cinéma à la radio (Plan Large, d'Antoine Guillot) - le Ven 21 Oct 2016, 21:10

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PRÉAMBULE :
Ce fil est dédié au traitement du cinéma sur France Culture, mais d'autres fils de ce forum ont été/sont l'objet de critiques consacrées au 7e art :

Feu Projection privée par Michel Ciment // Le coin des cinéphiles // « Pas d'erreur, c'est mauvais genres ! » Francçois Angelier // Les nouveaux chemins de la connaissance // Arnaud Laporte : La dispute // Feu Hors-champs par Laure Adler // À voix nue.

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Plan large, d'Antoine Guillot a succédé en cette rentrée 2016/2017 à Projection privée de Michel Ciment, relégué au rang de chroniqueur occasionnel dans l'émission du premier.

Premières impressions sur la nouvelle émission le nouveau magazine, en revenant d'abord sur son principal défaut : Antoine Guillot, vrai métronome, scolaire (les yeux collés à son conducteur), à l'aise dans la lecture de ses papiers, mais triste interviewer. Michel Ciment jouissait lui d'une aura inégalée auprès de tous ses invités, qui ne méconnaissaient sans doute pas ses entretiens exclusifs avec Stanley Kubrick. Ce qui change pas mal de choses dans l'approche de la discussion - disons un respect préalable, qu'Antoine Guillot n'est pour l'instant pas capable de garantir, même s'il multiplie depuis l'année dernière des entretiens avec les réalisateurs lors de projections spéciales au cinéma : Le louxor à Paris. De quoi préparer un terrain pour des entretiens plus stimulants à venir...

Dans le Plan large du 08 octobre 2016, Antoine Guillot recevait Frederick Wiseman et Bertrand Tavernier. Exemple d'une introduction parfaitement interchangeable : Bienvenue dans « Plan large », le nouveau magazine du cinéma sur France Culture, qui comme toute la chaîne ce week-end, s'associe au Théâtre de la ville [de Paris, cela va sans dire] et à sa programmation Paris-New-York. New-York, ville de tous les clichés, la ville qui ne dort jamais, mais aussi la ville de tous les films et pourtant, personne ne l'a filmée comme Frederick Wiseman (...).

Puis : lecture de papier avec : 1/ la sortie des films des invités de la semaine passée ; 2/ le survol des dossiers des revues de cinéma Positif (Michel Ciment cité deux fois) et des Cahiers du cinéma ; 3/ L'appel à un ami passé à Nicholas Elliott, correspondant américain des Cahiers du cinéma :

Bonjour Nicholas Elliott, vous êtes au téléphone ? _ Oui, je suis là, bonjour. _ Comment se porte la cinéphilie ces jours-ci à New-York Nicholas Elliott ? (Imaginez Jean de Loisy : « Bonjour untel, est-ce que la fréquentation des expositions est bonne à New-York ? » Ou Joëlle Gayot : « Bonjour machin, le public est-il au rendez-vous à Broadway ? » On voit la vacuité d'une question aussi ouverte).

Suivent 5 minutes de vent de Nicholas Elliott où : les salles sont souvent pleines, donc c'est une bonne nouvelle ; les cinéphiles new-yorkais ont beaucoup, beaucoup de choix, et ils sont à la hauteur [sic] ; je fonctionne au feeling, aux gens autour de moi dans les salles, aux visages, aux films qui sont proposés ; (...) dans la décoration du cinéma, même dans les bonbons et les pop-corn qu'ils vendent qui sont bio avec des épices particulières, et cetera, ils misent sur un public un peu branché-bohème (...). Passionnant. Mais une réaction est quand même demandée aux deux invités.

10 minutes ont passé. Et toujours rien. Des broutilles (bande-annonce de film) et l'entretien de Frederick Wiseman commence à la 14ème minute. Il dure jusqu'à 30'30'' avec trois extraits de films à l'intérieur, autant dire un quart d'heure de pas grand chose.

Exemple de répartie d'Antoine Guillot : [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10198-08.10.2016-ITEMA_21098711-0.mp3" debut="11:25" fin="12:08"]

De la trentième à la cinquantième : celui de Bertrand Tavernier, pour son film de plus de trois heures, brassant un nombre considérable d'extraits cinématographiques. 20 minutes qui ne font que répéter le film sans valeur ajoutées, car rien ne peut être approfondi. De 50' à la fin, la chronique de Charlotte Garson (pas de bol comme dirait l'autre).

Tout est survolé. Quand Michel Ciment recevait un cinéaste, le plaisir de l'auditeur se trouvait bien souvent dans les questions techniques de cinéma : nombre de prises, place de la caméra, préparation du sujet avec le scénariste, collaboration avec le chef-opérateur, vie du plateau, jeu de l'acteur, répétitions des scènes, casting, citations d'oeuvres, place de la théorie, influence de la critique, aides financières accordées, etc. Une connaissance pratique et technique du cinéma s'exposait, loin du bla-bla d'Antoine Guillot, empreint d'une certaine fadeur et voué au remplissage par peur de se confronter à un véritable entretien d'une heure en tête à tête.

Souvenons-nous par exemple de ce que Michel Ciment disait au début de l'émission : Pierre-William Glenn, l'oeil derrière la caméra (04 juin 2016) :
Moi, ça me parait très frappant de la France, puisqu'il y a un prix du scénario [à Cannes] puisque nous sommes un pays littéraire avant tout. Mais il n'y a pas un prix de l'image, parce que l'image est toujours sacrifiée. D'ailleurs Thierry Frémaux a sûrement raison puisque si on lit les critiques en général, on ne parle jamais de la photo. C'est-à-dire qu'on raconte le film comme si c'était un roman de chez Gallimard, mais on ne dit pas si c'était très bien éclairé, si c'était sous-exposé, sur-exposé, si la caméra est de guingois, si elle est frontale. C'est-à-dire qu'on ne sait pas si c'est une expérience visuelle, et donc ça me fait plaisir de vous inviter à cette émission, où d'ailleurs vous avez été précédé par des gens comme Henri Alekan, comme PIerre Lhomme, Ricardo  Aronovitchtch, Darius Khondji, et récemment Caroline Champetier. [tous directeurs de la photographie].

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Suite au précédent post - le Sam 22 Oct 2016, 01:01

Si Charlotte Garson (chroniqueuse) et Antoine Guillot (producteur) sont aux manettes de Plan large, ils empochent également leur cachet hebdomadaire à l'émission cinéma de La dispute (ça promet pour le débat d'idées). Le 11 octobre 2016, en compagnie de Murielle Joudet, ils sont invités à débattre notamment de Voyage à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier, lequel a été reçu trois jours plus tôt (du moins en terme de diffusion) dans Plan large.

L'auditeur est en droit de se demander s'il n'y a pas comme un doublon entre ces deux émissions. Mais non, Antoine Guillot excelle dans la critique du film en travaillant d'autres arguments que ceux énoncés dans sa discussion avec Bertrand Tavernier. Et Charlotte Garson, restée muette devant le réalisateur (tandis qu'elle s'était adressée au premier invité Frederick Wiseman) s'est contentée d'employer ses 10 minutes allouées en fin d'émission pour une chronique histoire du cinéma. On comprend mieux pourquoi à l'écoute de La dispute.

Mesurons tout le courage de cette chroniqueuse, qui a fui l'occasion de mettre Tavernier face à ses contradictions.

38'30'' : Il sait très bien qu'on n'a pas vu les films d'Edmond T. Greville. Il le sait d'autant plus qu'il est très au fait de ce qui est disponible ou pas pour les copies puisqu'il est président de l'Institut Lumière. Donc, il y a aussi ça, il y a : montrer un extrait, mais si on a envie d'aller voir, on ne peut pas toujours aller voir (...). Sur le fait qu'il y ait autant de raretés, comme par hasard, y compris les critiques que nous sommes, on ne peut pas juger sur les raretés, c'est commode ! Du coup, je pense qu'il y a quand même un problème d'intimidation aussi qui n'arrive pas dans une présentation en live, où on peut interagir avec les spectateurs (...) On est un petit peu écrasé sous le côté autoritaire de : « ça, c'est bon. Ça, c'est pas bon », puisqu'on ne peut pas à la minute aller vérifier et se pose effectivement la question de la hiérarchisation des films, des extraits, leur organisation (...) Moi, je pense que l'histoire du cinéma, telle qu'elle existe, a effectivement évacué certains auteurs et parfois, on comprend pourquoi. Et je trouve qu'en voyant certains des extraits qui sont montrés dans le film, on comprend pourquoi. Pourquoi aller déterrer des morts qui sont morts, qui ont eu leur heure de gloire, et puis qui sont morts parce qu'ils ne sont pas restés à la postérité. (...) Quelle belle langue.

Moralité : Tavernier a des goûts de chiotte, selon Garson.

Le clou (en parfaite conformité avec l'esprit maison) :

Et on se demande si ce n'est pas un positionnement de la distinction. Et aujourd'hui, l'heure est assez grave, parce que quand vous allez présenter : La règle du jeu, dans une salle, il y a 150 personnes qui ne l'ont pas vu, donc est-ce qu'il est l'heure aujourd'hui de distinguer et de dire : peut-être que Becker [Jacques], il est quand même meilleur que Renoir. C'est un problème d'adresse et d'actualité de la culture cinématographique aujourd'hui.

Moralité : Moins vous en savez, moins vous en saurez (me rappelle l'homme-masse d'Ortega Y Gasset).
Lâche et médiocre en plus, n'en jetez plus.

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Daney et Simsolo sur Clint Eastwood en 1990 - le Lun 07 Nov 2016, 20:57

Dans le fil des Commentaires, en lien avec le film "Impitoyable" de Clint Eastwood,
fred de rouen(http://www.regardfc.com/t732p120-commentaires-de-commentaires#27454) a écrit: (...)  Et pour le 3e débat de la primaire de la droite, sortez de vos archives le numéro de Microfilms consacré à Clint Eastwood, avec Noël Simsolo, rediffusé dans La nuit spéciale: week end en Amérique, le 15 septembre 2014...
Je n'ai pas attendu et j'ai écouté l'émission de 1990 intégralement. Dépaysement garanti ! La densité de connaissance dans ce dialogue est impressionnante et Serge Daney et Noël Simsolo sont des connaisseurs passionnés. Pour l'auditeur qui partage cette passion du cinéma, le dialogue, plutôt constitué de deux monologues consécutifs, peut être stimulant. Pour les autres, j'ai des doutes.

En entendant quelques passages, je me suis remémoré le texte dont la lecture a été recommandée tout récemment dans un beau post sur Jean-Michel Damian ici. Extrait : Autre aspect « folklorique » de la radio : la convention du vouvoiement, à l'antenne, entre deux personnes dont on sait parfaitement qu'elles se connaissent fort bien et se tutoient hors micro. Jean-Michel Damian était très contre le « vous ». « Sur France Musique, au début des années 80, le ton était encore très compassé, et les interviews souvent déjà écrites ! Un superbe exemple : Poulenc par Rostand, vingt ans avant... Mais en fait, tutoyer exclut l'auditeur. On introduit alors une intimité, et l'auditeur est relégué derrière. Le vous est synonyme de distance, et constitue un point commun avec l'auditeur. Bref, on se vouvoie parce qu'il y a un micro... Comme maintenant, entre nous ! Et on se trompe rarement... Je me souviens que lors de la célèbre émission La Tribune des critiques de disques, Antoine Goléa et Jean Roy se tutoyaient souvent dans le feu de l'action ». La semaine du son à Radio France 15 janvier 2004

Voilà un type d'interpellation que l'on n'imagine plus entendre de nos jours : [son mp3="http://s3-eu-west-1.amazonaws.com/cruiser-production/static/culture/sons/2014/09/s36/NET_FC_614236bd-663b-4acd-b3b5-271d1a7731cc.mp3" debut="30:45" fin="32:10"]

Et une manière de présenter/promouvoir le livre d'un ami non plus (c'est fait avec plus de faux-semblants de nos jours) [son mp3="http://s3-eu-west-1.amazonaws.com/cruiser-production/static/culture/sons/2014/09/s36/NET_FC_614236bd-663b-4acd-b3b5-271d1a7731cc.mp3" debut="36:01" fin="37:05"]

En tous les cas, après écoute des analyses de Daney et de Simsolo, les critiques de la Dispute de 2016 font pâle figure.

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Cent ans de connerie - le Mer 14 Déc 2016, 03:52

enpassant(http://www.regardfc.com/t609p390-l-anerie-du-jour#27843) a écrit:Ping Pong, l'émission où les âneries font office de balle

Après vous être assuré de la présence d’une boîte neuve de Lexomil à portée de votre main, ainsi que d’une bouteille d’alcool de votre choix, pour autant que ce contenant de liquide soit aussi neuf que la boîte, et surtout, après vous être assuré sur le site du Trésor Public d’être à jour de votre dernier tiers, afin de perdre vos dernières illusions, je vous engage à écouter l’émission du vendredi 9 décembre.
Extrait "monumental" :
[son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/14485-09.12.2016-ITEMA_21160661-0.mp3" debut="20:38" fin="21:20"]

Ping Pong, dont on ne sait si Sandrine Treiner en a jamais écouté un seul numéro, auquel cas sa présente version n'aurait jamais dépassé le premier trimestre d'antenne, est une émission qui ne suscite pas foule de commentaires dans les pages de ce forum. Et pour cause, le peu qu'elle reçut est parfaitement synthétisé par le post ci-dessus. Alors pourquoi s'attarder ?

enpassant - c'est son nom, et l'on aimerait qu'il s'arrête plus souvent - pique néanmoins notre curiosité en renvoyant à l'émission du vendredi 9 décembre 2016 intitulée : Pierre Rissient et Serge Toubiana - de chair et de cinéma, avec deux invités considérés comme des pointures incontestées de la cinéphilie.

Une telle bouteille à la mer est suffisamment rare pour ne pas être pour une fois repêchée et motiver l'écoute d'une émission entière, quoique les 42 secondes données en exemple eussent pu largement suffire à notre curiosité. L'on est donc plus que fébrile à l'abord de cette heure sous la direction de Serrell et Quenehen. L'on n'a pas été déçu.

Ci-dessous, vous trouverez la transcription de quelques exemples prélevés attestant de la connerie abyssale des deux producteurs, qui cumulent les erreurs factuelles, une prononciation fautive, un manque fatal de préparation et une faculté exemplaire de brasser de l'air grâce à des formules toutes faites.

08'09'' : Quenehen à Rissient : Blumenfeld parle des pistes que vous lui avez ouvert. Ce qui m'est venu, c'est que vous êtes un éclaireur - il y a les frères Lumière qui sont dans le coup - à propos de cinéma. Ça vous va un éclaireur, comme les indiens dans les westerns ?

Envoyez les rires.

09'57'' : Rissient : Ce que je dis, c'est que le jump cut n'était pas conçu avant tournage. C'est après le tournage, pendant le montage, que le jump cut est arrivé (...). Serrell : Donc le jump cut, c'est fait au montage et pas au tournage, c'est ça qu'on apprend dans ce livre.

Le jump cut est par définition une technique de montage, qui consiste comme son nom l'indique à monter par à-coups, dans une même scène, des plans temporellement rapprochés les uns des autres, selon un même cadrage. Cela ne peut pas exister au tournage, ou à la rigueur, comme le dit Rissient, en pensée, conçu par anticipation. Serrell ne comprend pas de quoi elle parle et répète bêtement ce qu'elle a survolé dans le livre.

16'40'' : Quenehen à Toubiana : Ce qui a fasciné Aragon dans Pierrot le fou, c'est notamment le sphinx Belmondo qui s'adresse à un producteur de cinéma américain et qui lui dit : Qu'est-ce que le cinéma ? _ C'est Samuel Fuller. _ Oui, c'est à Fuller, dans une soirée mondaine, entre deux publicités. _ Fuller ne faisait pas de publicités. _ Non, non, dans... _ J'ai très bien connu Sam, et à cette époque-là, et autant que je me souvienne, il n'a jamais fait de publicités. _ C'est bien le seul avec qui on peut parler d'autre chose que de publicités dans cette soirée dans Pierrot le fou.

L'extrait (visible ici) dont parle Quenehen est tellement mal introduit dans la conversation que Toubiana confond qui était Samuel Fuller et le cameo qu'il « joue » dans la scène du film de Godard. Résultat : un dialogue de sourds incompréhensible pour l'auditeur qui peut ne pas se souvenir de la séquence en question ou qui n'a pas vu le film.

17'38'' : Serrell à Rissient : On découvre, voilà, que vous êtes formé par la littérature de Büchner (qu'elle prononce : Beucheneur) (coupée) _ Par la littérature de ? _ De Beucheneur ? _ De Büchner, je prononcerai Büchner. _ Je prononce mal le ü allemand, j'ai vraiment du mal. Alors Buquenère. Désormais, ça sera Buquenère, grâce à vous.

21'54'' : Serrell : Elle se demande si elle a rêvé, vous êtes dans Les contes de la lune vague après la nuit [Kenji Mizoguchi]. Rissient (enchaînant) : _ Après la pluie.

Sûrement trop de mots dans le titre pour réussir à le prononcer correctement.

28'22'' : Toubiana : Je ne me sens pas un adulte comme un autre. Rissient : _ Je ne me sens pas du tout adulte, personnellement. Serrell : _ Mais d'ailleurs, c'est la vertu que vous reconnaissez à un cinéaste de ne pas se perdre justement dans une sorte de gravité. Et malheureusement, il y en a qui passent trop vite à l'âge adulte.

Qui ? Quels cinéastes passent trop vite à l'âge adulte ? On veut des patronymes pour remplir un peu le vide de cette phrase coulant à pic.

39' : Quenehen à Toubiana : À propos de la beauté, à propos de sortir de l'enfance, en tout cas de s'affronter à la question du désir, Mathilde avait choisi des extraits de Baisers volés. Vous avez été sensible à ce personnage d'Antoine Doinel, est-ce que vous pourriez nous dire : Serge Toubiana, Serge Toubiana ? Vous avez du le faire devant votre miroir, non ?

La honte étreint encore un peu plus l'auditeur à cet instant.

Conclusion de ce supplice (avec le mignon et la rombière) (à 4'24''):

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Mignon et rombière, 55 mn de connerie - le Mer 14 Déc 2016, 18:04

Merci Jean-Luuc pour votre message et en particulier pour votre éclairage sur le passage touchant à Samuel Fuller, Pierrot le Fou et la publicité dont le sens, malgré mes nombreuses tentatives pour distinguer une combinaison intelligible des éléments lâchés en pâture dans le poste, m’était demeuré obstinément caché dans une obscurité aussi poisseuse qu’une purée de pois.

Cette émission se définit par des tentatives renouvelées à chaque seconde, avec un entêtement que je n’avais observé jusqu’à présent que chez certains bovins particulièrement obtus, au point d’être eux-mêmes ostracisés par les congénères condamnés à les côtoyer au quotidien, de nous apporter une démonstration irréfutable de l’impréparation de l’émission par ses deux instigateurs, avec le sentiment tenace de ce que cet effort semble emprunter au registre de la revendication par nos deux mignons, et la fierté qu’ils semblent tirer de cette même absence de travail en amont, tout pétris semblent-ils de la conviction que ce qu’ils arborent comme une personnalité originale, la  « coolitude attitude », se substitue avec avantage à tout « effort » préparatoire, sans percevoir que le spectacle qui en résulte ne saurait être confondu avec autre chose qu’un abyssal néant.

Voilà, peut-être, des raisons pour que cette émission ne suscite pas plus de commentaires, si ce n’est que son écoute se rapproche d’une forme de torture et que masochiste certes, mais même ceux-là ont leurs limites.

A l’instar du génial Gabin, comme il nous est rappelé par cette scène extraordinaire, j’adresse à ces producteurs-animateurs-« affreux, je vous ignore, je vous chasse de ma mémoire, je vous balaie… » (cette dernière phrase tombant de la lippe avec l’intonation de Frédérick Lemaître/Pierre Brasseur).

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Plan large sur 'Plan large' - 1 - le Lun 17 Avr 2017, 19:56

8 mois d'existence, une trentaine de numéros. Pour qui accepte de se laisser tenter, il y a de quoi tester. Autant l'admettre d'emblée : le test est concluant mais il n'est pas très bon. J'ai pris les émissions dans leur ordre chronologique. Parvenu non sans peine au milieu du mois de janvier, je m'interroge sur l'intérêt qu'il y aurait à poursuivre l'inventaire. Je vais le faire pourtant, car la moisson n'est pas nulle.

La seule rubrique qui soit dotée de quelque intérêt, je dirais environ une fois sur deux, est la chronique du patrimoine, titre étrangement ministériel pour cette fin d'émission qui existait dans 'Projection privée' sous le titre du "Conseil de la semaine". On y retrouve Michel Ciment, qui devrait normalement se trouver renvoyé dans ses foyers pour de bon tant y est perceptible la différence de niveau avec Antoine Guillot. Je ne regrette pas la disparition de Projection Privée. J'avai écrit sur ce forum il y a environ un an que Michel Ciment avait fait son temps. Jugeant par ailleurs qu'un critique de cinéma même doté de la carte FEC (pour "France ex-Culture, où être titulaire exige d'avoir soit piston soit forte sympathie à la maison Solférino) devrait avoir la pudeur de ne pas nous infliger ses choix idéologiques quand il commente Bergman ou Frankenheimer ou Ray, que ce soit Nicholas ou Satyajit à votre guise. Notons que Michel Ciment aggrave son cas par moments, notamment ce 21 janvier où au beau milieu d'une magistrale présentation de la carrière de Claude Miller, Antoine Guillot qui vient de détourner la conversation pour placer une incidente superflue ne peut éviter, l'espace d'un temps mort d'ailleurs bref, de reconnaître qui est le maître : [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10198-21.01.2017-ITEMA_21204371-0.mp3" debut="55:06" fin="55:48"]
N'est-ce pas délicieux ? Ce samedi-là entre autres, Michel Ciment producteur occasionnellement pénible, sut se faire regretter en se montrant excellent dans le rôle du chroniqueur ; j'y reviendrai.

Il faut dire qu'Antoine Guillot est, lui, parfaitement dans la note du France Culture renouvelé : une voix molle, un débit faussement chantant, et pour masquer une juvénile connaissance de son sujet une capacité à enchaîner considérable quantité de mots puis de phrases pour ne pas dire grand chose mais au moins ça permet de repousser toujours un peu plus loin ce que l'auditeur attend c'est-à-dire la fin de sa question et donc le début de la réponse de son invité, ou bien la fin de son baratin et donc le début de l'extrait promis, ou bien la fin de son interminable conclusion et l'annonce de la prochaine émission. Cette difficulté à accoucher, manie épuisante pour les nerfs de l'auditeur pressé qui fait ses comptes en fin d'émission sur le mode "qu'ai-je appris ? / Réponse : rien" , caractérise déjà Emmanuel Laurentin, Martin Quénéhen, Florian Delorme et Arnaud Laporte. Antoine Guillot est en bonne compagnie.  

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A l'intention de ceux qui prennent mon pseudonyme pour un bouclier : mon identité n'est ni affichée ni dissimulée.
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Plan serré sur la fin d'émission - 2 - le Lun 17 Avr 2017, 21:21

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La chronique qui cloture Plan large est répartie entre quelques intervenants dont certains sont déjà connus : dans l'exercice de la brève, Michel Ciment fait jeu égal avec le brio -par exemple- d'un François Angelier quasi la seule bonne raison d'écouter la matinale pour sa chronique quotidienne de 6h25. Hormis ces deux-là, je ne sais pas qui sur France Culture est capable d'envelopper un sujet en 3 ou 4 minutes tout en ouvrant autant de portes à la curiosité de l'auditeur.  En tous cas, c'est ce que fait Michel Ciment quand il s'essaye à cerner la carrière d'un Wajda, à promouvoir un OCNI comme Stuart Adersson ou présenter un inédit de Kazan. Ciment n'est pas le seul qu'on prendra plaisir à retrouver sur le créneau : les anciens auditeurs de Projection privée y apprécieront N.T.Binh égal à lui même, érudit et clair. On fait la connaissance de Charlotte Garson dont la lâcheté inexplicable face à Bertrand Tavernier devra bien s'expliquer un jour surtout quand on comptabilise les âneries dont le cinéaste s'était rendu coupable pendant ces 20 minutes de pub gratuite, franchement il y avait bien des choses à répondre ; reste que malgré son ton juvénile et un parler quelque peu erratique, elle présente de façon assez dense et juste assez informante son produit de fin d'émission, contrastant agréablement avec Guillot qui la sert toujours d'une interminable présentation dont il a le secret et qui ne nous apprend rien, enfin tout ça pour dire que sur la toute petite dizaine d'extraits que j'ai conservé sur ces 14 émissions, il y a 2 "chroniques patrimoine" de Charlotte Garson. Cela dit, j'aurais aussi pu conserver dans mon dossier des horreurs radiophoniques les interventions de la 4e chroniqueuse Emilie Aubry pour servir un jour à la critique fondamentale de la chaîne, tant son style oral qui semble directement calqué sur celui de Martin Quénéhen, abuse des effets de voix, des clichés-choc (ou plutôt qui se voudraient tels : fable complètement sensible et poétique / acteur-fétiche / film culte / musique cultissime),  au service du n'importe quoi. A titre d'exemple, je vous invite à écouter la fin de celle-ci où elle réussit l'exploit de présenter une réédition d'un vieux Kurosawa en parlant de tout sauf de Kurosawa : [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10198-28.01.2017-ITEMA_21211667-0.mp3" debut="54:55" fin="58:40"]
Bon, d'accord, il s'agit de Yojimbo, dont les supporters de Sergio Leone savent que ce dernier en avait repris la trame pour scénariser son premier western. Emilie réussit donc à mélanger le tout pour en sortir une assimilation de Sergio Leone à un cow-boy sans foi ni loi, plus un procès rétrospectif en plagiat, enfin la condamnation morale de Clint Eastwood forcément détestable puisque soutien de Donald Trump dont le film préféré serait 'Le bon la brute et le truand' vous voyez tout se tient, c'est aveuglant, "mais bon bref je m'égare, voila qui nous éloigne beaucoup trop de Kurosawa".

Oui, Emilie s'égare mais c'est l'auditeur qui s'éloigne après un tel enfilage d'âneries qui le laisse les bras ballants. Finalement elle n'a quasi rien dit de Yojimbo sinon que le film a été plagié par la partie la plus détestable du monde occidental. On comprend qu'Emilie Aubry est un produit de la sphère culturelle de son époque, où l'on ajoute la vanité à la vacuité. On s'attend à la retrouver l'an prochain en productrice titulaire.

Le bilan de la séquence "patrimoine" est donc très inégal. Le dommage est que c'est pourtant le meilleur moment de l'émission. Il suffit de bien regarder sur le programme qui est le chroniqueur invité pour savoir si ça vaut la peine d'écouter. D'écouter la fin ? Eh non : d'écouter le tout. Car usuellement le contenu lui-même de l'émission étant encore plus mauvais, si l'on n'écoute pas la fin il vaut mieux ne rien écouter du tout. J'y reviendrai d'ici peu, quand j'aurai achevé ma revue du premier semestre de 'Plan large'.

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Re: Du cinéma à la radio (Plan Large, d'Antoine Guillot) - le Dim 30 Avr 2017, 05:28

Rien à garder de ce Spécial Jean Eustache (29 avril 2017). Une heure d'émission découpée en 10 minutes d'actualités cinématographiques, 40 minutes d'entretien à quatre interlocuteurs auxquelles près de 9 minutes d'extraits filmiques ou d'archive radiophonique sont à retrancher, et 10 minutes de chronique assurée par Michel Ciment. Le sujet principal compte donc pour la moitié du temps de l'émission. « Spécial » nous dit-on...

La cinématographie d'Eustache est découpée en trois pans, chaque film étant survolé par un bref résumé et un récit éculé des méthodes particulières du metteur en scène. Aux invités légitimes et qualifiés Luc Béraud, assistant du réalisateur et Françoise Lebrun, Antoine Guillot a convié la chroniqueuse Charlotte Garson (qui voulait sa part du gâteau) et l'historien du cinéma Antoine de Baecque, lequel est régulièrement l'hôte des studios de France Culture pour peu qu'on parle des cinéastes de la Nouvelle vague. Ce dernier donne pourtant l'impression de débarquer. La parole du professeur de l’École normale supérieure est incapable d'articulations logiques, sans cesse interrompue par quelque débuts d'idées finalement évacuées par manque de constructions syntaxiques. À côté de lui, Françoise Lebrun livre une pensée claire, suivie, faite tout bonnement de... phrases.

Deux saillies d'Antoine de Baecque :
À 12'34'' : (...) Il y a quelque chose de très très troublant. Euh dans cette sorte de cordée, ou de, qui est parfois désacordée aussi, hein, euh, l’un et l’autre [Jean Eustache et Maurice Pialat] n’étaient pas des gars faciles, des gars commodes, ils pouvaient aussi euh… Mais je pense qu’il y avait une profonde, une profonde reconnaissance de l’un et de l’autre, euh, c’était… et d’ailleurs, euh, Pialat ne joue… un rôle très très proche dans La maison des bois [série en 7 épisodes réalisée par Pialat en 1971], hein il joue l’instituteur, et c’est quelque chose qui est très, très proche du rôle du, du, du, personnage dans, de dans Mes petites amoureuses. Y’a des rimes très, extrêmement troublantes entre les deux.

La deuxième à 24’22, un désastre :
Antoine Guillot : On parlait du réel, Antoine de Baecque, vous écrivez que finalement Jean Eustache, c’est l’ethnologue de son propre réel.
_ Oui, je pense que c’est, ça rejoint ce que vient de dire Charlotte, y’a chez Eustache, euh, ce désir de, ce désir de réalité, qui est très, très, qui est intrinsèque chez lui, qui à la fois, euh je pense euh, renvoie à ce… c’est rare d’avoir des cinéastes qui soient authentiquement populaires comme ça, euh, au sens presque prolétaire hein, c'est, et donc, y’a chez Eustache ce rapport qui est vital, comme ça, avec ce qui… avec tout ce qu’il a formé, et ça passe par euh quelque chose qu’il ne peut pas tricher avec ça, et ne pas tricher avec ça, c’est le, c’est effectivement le filmer comme à l’époque, on filmait, on pouvait filmer ce qui, sans tricher, c’est-à-dire, toutes les, tout le dispositif du cinéma direct, c’est quelque chose qui a été essentiel pour Eustache. Mais en même temps, ce qui est fou chez Eustache, c’est que euh, il n’y a pas non plus cinéaste plus stylé quoi, qui, qui, qui peut être aussi dans une invention pure, jusqu’à presque un artifice, mais un artifice revendiqué. Eustache était aussi fasciné par le théâtre par exemple. Donc, euh, voilà, il est, il est, un des grands cinéastes à pouvoir tenir ensemble quelque chose qui est absolument, euh, je dirais presque plus de documents que de documentaires, il y a cet aspect-là, voilà. Le cochon dont on parlait tout à l’heure, c’est un film ethnographique, vraiment, et en même temps, dans le montage, dans la façon dont Eustache parvient à écrire aussi cette langue, il y a quelque chose qui est, qui est totalement euh, à la fois, à la fois le produit de son autodidactisme, c'est quelque chose qui est très, très, essentiel chez lui, et même temps, voilà, c’est quelqu’un qui connaissait par cœur Beckett, Flaubert, voilà, et tout ça, il le met dans ses films.

Enfin, Antoine Guillot, tel un prestidigitateur, fait apparaître à la 42e minute un extrait de La maman et la putain, lui qui annonçait que l'oeuvre d'Eustache était encore difficile à voir, (faute d'éditions DVD), a fortiori pour ce dernier film (seulement diffusé 4 fois à la télévision depuis 1972, et très rare en salles). Sauf qu'il est accessible sur Youtube depuis un an et demi avec l'accord des ayants droits (d'après la page Wikipedia du film) et que les résultats de n'importe quel moteur de recherche le propose dans la première page. Comment le producteur l'aurait-il sinon donné à entendre ?

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Re: Du cinéma à la radio (Plan Large, d'Antoine Guillot) - le Dim 30 Avr 2017, 10:53

Un terrible constat ! Ce serait un exercice intéressant (et cinglant) pour France Culture Papiers de proposer en retranscription directe de ces drôles d'interventions.

J'ai donné sa chance plusieurs fois à l'émission d'Antoine Guillot mais il est impossible de rester concentré plus de dix minutes.  On pense à la phrase de Satie : "L'artiste n'a pas le droit de disposer inutilement du temps de son auditeur." Celui-ci confie avec bienveillance son temps de concentration au producteur, c'est un bien précieux. Que vaut une émission quand on a envie de retirer ses billes avant la fin du premier quart d'heure ?

Ce sont les interventions d'Antoine de Baecque que vous relevez, une autorité reconnue sur le sujet, dont les livres se lisent avec grand intérêt, mais ce n'est pas la première fois qu'on le retrouve paralysé à l'antenne, peinant à articuler une pensée audible et cohérente. Il est loin d'être le seul dans ce cas, et on ne compte plus les intervenants d'émissions peu sûrs d'eux (surtout dans les émissions para-culturelles) (il n'y a plus d'émissions vraiment culturelles dans le programme de jour), sur lesquels semble peser une immense pression,  qui bafouillent et tentent de faire bonne impression. Il y a là un gouffre qui sépare ces nouvelles émissions des programmes d'archives, où les intervenants sont sûrs d'eux, à l'aise à l'oral, leur timing est impeccable. Aucune pression ne semble peser sur eux : ils viennent parler de leur spécialité dans un exercice qui leur semble très facile. La différence doit se situer là : nos nouveaux intervenants ne s'adressent pas à nous, n'imaginent pas s'adresser à une foule d'auditeurs peu ou pas connaisseurs d'un sujet, avec la simplicité d'orateurs habitués à un public. Ils semblent passer une audition ou un oral, jugés par leurs pairs, par la direction, par le producteur. Les propos d'Antoine de Baecque que vous citez  ne prennent pas le temps d'expliquer de quoi ils parlent, d'établir du contexte, de documenter l'argument, c'est du lancement de remarques, espérant qu'elles sont pertinentes et originales. C'est un match et on espère gagner des points. C'est de la très mauvaise radio. Le fait de bourrer son émission avec des intervenants et chroniqueurs trahit aussi un manque de temps de préparation : on multiplie les cases que l'on fait remplir par d'autres personnes. Mais il semblerait qu'Antoine Guillot soit insuffisamment préparé, même pour son propre temps d'antenne.

Ces mécanismes de compétition interne, d'affichage d'attitude (je suis expert, j'utilise le vocabulaire vague et flou du spécialiste) et d'appartenance à un milieu nous montrent que cette radio ne nous appartient plus. On ne parle plus aux auditeurs, on tente maladroitement de se positionner comme l'expert incontournable sur tel ou tel sujet pour être réinvité : l'émission d'histoire du cinéma a été remplacée par une plateforme de promotion du cinéma actuel et des commentateurs à la mode du 7e art. C'est pour cela qu'à ce stade, il semblerait qu'une dissolution et refondation complètes de France Culture soit la solution. A neuf, il serait possible de créer un véritable projet culturel avec une vision ambitieuse, de détruire tous ces rapports hiérarchiques, ces petites cours internes, ces écoles de "pensée" qui pourrissent notre antenne, et qui font que notre service public culturel n'est aujourd'hui plus un bien commun. C'est un bien privé que nous subventionnons.

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Re: Du cinéma à la radio (Plan Large, d'Antoine Guillot) -

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