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Regards sur France Culture » LES FORUMS » France Culture » La tribune : pour une écoute comparative

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La tribune : pour une écoute comparative    Page 1 sur 2

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La tribune : pour une écoute comparative - le Mer 02 Nov 2016, 21:29

Les commentaires de ce forum sont régulièrement émaillés de comparaisons pertinentes : les émissions de France Culture, la qualité de ses producteurs, le choix et les traitements des sujets sont confrontés à ce que peuvent offrir d'autres stations à vocation culturelle, qu'elles soient ou non francophones.

Pourquoi ne pas formaliser, dans un fil dédié, cette inclination naturelle - devenue nécessaire - de l'auditeur exigeant ? Pourquoi ne pas appliquer aux productions radiophoniques le principe de la tribune comparative et critique, telle qu'elle se pratique pour les disques et les interprétations musicales ?

Deux règles simples:
1/ Confronter deux ou trois émissions d'horizons radiophoniques variés, portant sur le traitement d'un même objet. J'entends par ce terme aussi bien un thème commun, qu'un même invité, un même livre, un fait historique précis...

2/ Proposer une émission de France Culture dans le corpus retenu.

(première tribune à suivre...)



Dernière édition par fred de rouen le Mer 02 Nov 2016, 23:10, édité 1 fois

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2
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Jean-Claude Schmitt: Les Rythmes au Moyen Âge - le Mer 02 Nov 2016, 22:20

C'est l'historien médiéviste Jean-Claude Schmitt qui vient s'asseoir à cette première table d'écoute radiophonique. La parution, en mai dernier, de son ouvrage « Les rythmes au Moyen Âge » lui a valu de nombreuses invitations, pas seulement sur France Culture. Le choix de cet historien, et surtout du thème abordé, a pour avantage de neutraliser les velléités catéchisantes qui saturent les propos entendus sur FC. Pliez, tordez, dépliez, essorez cela en tous sens : les rythmes du Moyen Âge nous prémunissent contre toute glose partisane, contre toute torsion obsessionnelle. Tout se jouera donc sur la qualité des entretiens et de la production.

Vous apprécierez le fair-play de ce choix : on ne savonne pas la planche...  

Trois versions au programme, trois émissions d'horizons divers, trois angles différents.
Les auditeurs affûtés identifieront dans l'instant les producteurs / productrices. Ce n'est pas là grand mystère...

1/ L'introït

Version A :
Après quelques propos généraux fournissant à J.-C. Schmitt l'occasion d'exposer la genèse et la mise en œuvre de son projet, on rentre dans le vif, par le biais d'une carte sonore qui fait réagir l'historien des rythmes :

[son mp3="http://rtsww-a-d.rts.ch.edgesuite.net/la-1ere/programmes/sous-les-paves/2016/sous-les-paves_20160925_full_sous-les-paves_32c521d6-c921-45b7-ab36-54b689d90bb0-128k.mp3" debut="05:31" fin="06:52"]

Version B :
La diffusion d'un extrait du Remède de Fortune de Guillaume de Machaut ( Dame, mon cuer en vous remaint, dans une interprétation de Marc Mauillon), sert d'introduction au lancement de l'entretien :

[son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10076-06.06.2016-ITEMA_21002761-1.mp3" debut="09:53" fin="10:03"]
(On notera l'expression métadiscursive appuyant la volonté didactique « pour introduire à l'ouvrage dont nous allons parler tout de suite... »)

Version C :
Le Poème symphonique pour 100 métronomes de G. Ligeti prélude à une élégante transition de la productrice :

[son mp3="http://www.francemusique.fr/sites/default/files/asset/aod/2016/39/WL-ITE_00083053_RSCE-10.mp3" debut="00:36" fin="01:35"]

2/ Les rythmes de l'entretien

Version A :
Répartition de la parole productrice / invité : 30/70
Des questions courtes, assez généralistes, permettant, par de nettes relances, l'exposé lumineux de l'historien :

[son mp3="http://rtsww-a-d.rts.ch.edgesuite.net/la-1ere/programmes/sous-les-paves/2016/sous-les-paves_20160925_full_sous-les-paves_32c521d6-c921-45b7-ab36-54b689d90bb0-128k.mp3" debut="12:44" fin="12:54"]

Version B :
Répartition de la parole producteur / invité : 50/50
Des questions qui n'en sont pas. Une paraphrase – longue, laborieuse – d'un producteur cherchant son bon-point (j'ai bien lu votre livre, n'est-ce pas?) et laissant, in extremis, la parole au spécialiste. Un exemple parmi une dizaine :

[son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10076-06.06.2016-ITEMA_21002761-1.mp3" debut="14:07" fin="14:59"]

« Alors euh, euh, c'est ça qui est extraordinaire c'est que vous allez donc euh nous montrer dans ces rythmes du MoyenÂge comment euh la.. la vie de l'homme et de la femme est une sorte de microcosme comme on l'imagine d'ailleurs au Moyen Âge de ce macrocosme qu'est euh l'univers créé par Dieu et que ces rythmes euh de l'homme et de la femme sont des rythmes qui sont en en relation euh pensés comme tels en tous les cas par des gens comme Hildegarde de Bingen ou comme d'autres personnes, pensés comme tels et qu'il faut donc les les agencer en fonction de ce que l'on sait des astres de leur circulation de la façon dont ils euh dont ils euuuhhh tournent euh donc euh dans euh la le ciel et et comment soleil et lune sont là justement pour pouvoir nous dire ou dire à ces hommes et ces femmes du Moyen Âge ce qu'est le rythme de la vie d'une certaine façon et du monde. »

Version C :
Répartition de la parole productrice / invité : 30/70
Des questions pointues, permettant un cheminement dans les marges du thème, et qui requièrent, de la part de l'historien, une attention et une réactivité de tous les instants :

[son mp3="http://www.francemusique.fr/sites/default/files/asset/aod/2016/39/WL-ITE_00083053_RSCE-10.mp3" debut="14:06" fin="14:19"]

Conclusion :

Version A :
Un numéro de Sous les pavés, sur Espace 2 (nouvelle mouture du Grand entretien), produit et présenté par Laurence Difélix, journaliste culturelle. Le choix d'un angle généraliste, un entretien agréable qui ne se prend pas pour autre chose que ce qu'il est, de la vulgarisation de grande qualité.

Version B :
Vous avez reconnu Emmanuel Laurentin et sa fabrique de questions improbables. Un art de l'entretien-brosse à reluire, surchargé d'hyperboles de fayot (« maître livre », « entreprise absolument folle », « absolument gigantesque, titanesque », « extraordinaire »), une fiche de lecture pour révision. Les propos lumineux de J.-C. Schmitt révèlent par contraste les maladresses de l'intervieweur. Pourtant, je n'avais pas savonné la planche...

Version C :
L 'angle choisi par Karine Le Bail, pour son numéro d'Un air d'histoire est celui de la musicologue. Les questions précises et intelligentes, que ne viennent parasiter ni la fanfaronnade, ni la maladroite recherche de reconnaissance, rythment un entretien de haute tenue et parfaitement mené. La productrice sait de quoi elle parle et tire le meilleur parti de l'historien dans le domaine qui lui est propre : la musicologie. Ce qui fait de cette version (ma préférée) la plus enrichissante, la plus pointue.

Remarques :
- Comme on peut s'y attendre, seule la version C de Karine Le Bail propose de nombreux extraits musicaux.
- Les trois versions se complètent parfaitement : J.-C. Schmitt, sollicité dans des domaines variés, se répète rarement (hormis les exposés sur le mot « rythme », quasi-identiques en A et C). L'auditeur fait son miel des trois émissions à travers des sujets également passionnants : le rythme et les images, les calendriers, les danses macabres, le rôle des cloches (version A), la danse, le rythme dans les bâtiments médiévaux, les horloges et la représentation du temps, l'écriture du scribe et l'invention de la minuscule caroline (version B), l'évolution de l'accentuation de la langue latine, la Ballade des pendus de Villon, la notation musicale, le Roman de Fauvel, les citations d'Élias Canetti, la peinture de P. Klee, le charivari (version C)
- On retrouve, chez les trois producteurs, la surcharge habituelle de la fonction phatique - premier prix quand même à Laurentin. Jean-Claude Schmitt sait désormais qu'il se nomme Jean-Claude Schmitt... (À tel point que Karine Le Bail conclut par un "merci Jean-Michel Schmitt")

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De la préparation des producteurs et du délayage - le Ven 18 Nov 2016, 08:31

Il suffit d'écouter le début de ce numéro des Discussions du soir où Antoine Garapon s'entretient avec Pascale Robert-Diard, journaliste au Monde, chroniqueuse judiciaire "Dans la tête d'un juré" (pour la promotion d'un film). Je, je, je le, le, le, d'un, d'un, euh, euh, etc... [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/16274-17.11.2016-ITEMA_21138740-0.mp3" debut="00:46" fin="02:03"]
et ensuite d'écouter Terrorism, Extremism and the Law* pour comprendre toute la différence entre les conceptions française et anglaise d'une émission de radio. Ce numéro de Law in action est impeccablement mené par Joshua Rozenberg dans une optique d'explication éclairée du droit, entre exemples et propos de spécialistes, au service de l'auditeur.

Ne pas s'étonner non plus que les avocats et les juges anglais sont considérés par beaucoup comme les meilleurs professionnels de leur domaine dans le monde.

* Do the laws designed to counter terrorism and extremism strike the right balance between stopping violent attacks and protecting our civil liberties?

Weighing up this question has been one of the main tasks of David Anderson QC - the Independent Reviewer of Terrorism Legislation. Mr Anderson is due to step down after six years in the post, and he speaks to Joshua Rozbenberg about the changes he has seen in counter-terrorism law, and whether the net has now been cast too wide in the fight against extremism.

One critic of the current law is Salman Butt who is bringing a judicial review case against the Home Office, which he says unfairly labelled him as an extremist speaker.  (...)

Law in Action has also discovered that one of the key architects of Prevent also believes it has lost its way. In this programme, Joshua Rozenberg speaks to former GCHQ director Sir David Omand about how the strategy was devised and how it differs to his original vision.



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Re: La tribune : pour une écoute comparative - le Ven 18 Nov 2016, 22:37

fred de rouen(http://www.regardfc.com/t798-la-tribune-pour-une-ecoute-comparative#27403) a écrit:C'est l'historien médiéviste Jean-Claude Schmitt qui vient s'asseoir à cette première table d'écoute radiophonique. La parution, en mai dernier, de son ouvrage « Les rythmes au Moyen Âge » lui a valu de nombreuses invitations, pas seulement sur France Culture. (...)

Conclusion :

Version A :
Un numéro de Sous les pavés, sur Espace 2 (nouvelle mouture du Grand entretien), produit et présenté par Laurence Difélix, journaliste culturelle. Le choix d'un angle généraliste, un entretien agréable qui ne se prend pas pour autre chose que ce qu'il est, de la vulgarisation de grande qualité.

Version B :
Vous avez reconnu Emmanuel Laurentin et sa fabrique de questions improbables. Un art de l'entretien-brosse à reluire, surchargé d'hyperboles de fayot (« maître livre », « entreprise absolument folle », « absolument gigantesque, titanesque », « extraordinaire »), une fiche de lecture pour révision. Les propos lumineux de J.-C. Schmitt révèlent par contraste les maladresses de l'intervieweur. Pourtant, je n'avais pas savonné la planche...

Version C :
L 'angle choisi par Karine Le Bail, pour son numéro d'Un air d'histoire est celui de la musicologue. Les questions précises et intelligentes, que ne viennent parasiter ni la fanfaronnade, ni la maladroite recherche de reconnaissance, rythment un entretien de haute tenue et parfaitement mené. La productrice sait de quoi elle parle et tire le meilleur parti de l'historien dans le domaine qui lui est propre : la musicologie. Ce qui fait de cette version (ma préférée) la plus enrichissante, la plus pointue.

Remarques :
- Comme on peut s'y attendre, seule la version C de Karine Le Bail propose de nombreux extraits musicaux.
- Les trois versions se complètent parfaitement : J.-C. Schmitt, sollicité dans des domaines variés, se répète rarement (hormis les exposés sur le mot « rythme », quasi-identiques en A et C). L'auditeur fait son miel des trois émissions à travers des sujets également passionnants : le rythme et les images, les calendriers, les danses macabres, le rôle des cloches (version A), la danse, le rythme dans les bâtiments médiévaux, les horloges et la représentation du temps, l'écriture du scribe et l'invention de la minuscule caroline (version B), l'évolution de l'accentuation de la langue latine, la Ballade des pendus de Villon, la notation musicale, le Roman de Fauvel, les citations d'Élias Canetti, la peinture de P. Klee, le charivari (version C)
- On retrouve, chez les trois producteurs, la surcharge habituelle de la fonction phatique - premier prix quand même à Laurentin. Jean-Claude Schmitt sait désormais qu'il se nomme Jean-Claude Schmitt... (À tel point que Karine Le Bail conclut par un "merci Jean-Michel Schmitt")
Merci encore une fois pour ce beau travail de critique radiophonique portant sur un sujet culturel (et non sociopolitique qui excite tant d'auditeurs de France Culture).

J'ajouterai les deux références suivantes : l'interview de Jean-Claude Schmitt  par Pierre-Edouard Deldique le dimanche 19 juin 2016 sur RFI Jean-Claude Schmitt : « Les rythmes au Moyen âge » durant laquelle l'historien avance avec quelque assurance que "c'est une histoire qui n'a jamais été traitée". Peu de temps après j'entendais le regretté médiéviste Jacques Le Goff évoquer la journée rythmée par le temps des églises et des corporations. C'était dans une émission du début des années 1970.

Le 9 mai 2016, c'est Jean Lebrun qui recevait le directeur d'études à l'EHESS sur France Inter dans un numéro de La marche de l'histoire : Le Moyen Age et ses rythmes.

Je ne sais pas si le réseau France bleu ou France Info ont été sollicités par Gallimard.

J'espère que ce fil ambitieux recevra l'attention qu'il mérite et que d'autres contributeurs auront envie de le nourrir.

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André Tubeuf chez Jeanne-Martine Vacher FCult 2010 et chez Lionel Esparza FMus 2016 - le Dim 27 Nov 2016, 13:25

Jeanne-Martine Vacher avait dirigé un À voix nue avec André Tubeuf en 2010 sur France Culture, mentionné à l'époque par Nessie et signalé ici en 2016. Six ans plus tard,  André Tubeuf est au micro de Lionel Esparza sur France Musique pour huit heures d'entretien (sans interruption par des étiquettes sonores, ouf !), c'est un sommet.

Les deux producteurs laissent parler le très disert André Tubeuf et c'est un régal. France Culture ne diffuse bien sûr pas d'extraits musicaux en 2h30, tandis que France Musique durant ces huit heures offre la mémoire musicale du musicologue, strasbourgeois d'adoption.

Jeanne-Martine Vacher reste fidèle à son style, questions intelligentes et attentives mais polluées par un bégaiement artificiel assez irritant. Lionel Esparza, lui, ne fait pas le mariole comme dans ses magazines, il est avec un ami, il ne va pas jouer au clown pour animer...  On l'entend très peu et toujours fort à propos, vu sa très large culture de l'histoire du monde musical.

Cet "André Tubeuf : Mémoire" de France Musique restera l'un des grands moments radiophoniques de 2016 et l'un des plus instructifs (sur la forme comme sur le fond) que la radio culturelle puisse offrir.

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France Culture et SWR 2 - le Sam 14 Jan 2017, 13:45

fred de rouen(http://www.regardfc.com/t798-la-tribune-pour-une-ecoute-comparative#27402) a écrit:Les commentaires de ce forum sont régulièrement émaillés de comparaisons pertinentes : les émissions de France Culture, la qualité de ses producteurs, le choix et les traitements des sujets sont confrontés à ce que peuvent offrir d'autres stations à vocation culturelle, qu'elles soient ou non francophones.

Pourquoi ne pas formaliser, dans un fil dédié, cette inclination naturelle - devenue nécessaire - de l'auditeur exigeant ? Pourquoi ne pas appliquer aux productions radiophoniques le principe de la tribune comparative et critique, telle qu'elle se pratique pour les disques et les interprétations musicales ? (...)
Petite entorse aux règles que vous énonciez dans la suite de votre message ou peut-être élargissement de ces règles pour des comparaisons générales.

En écoutant "Erste Hilfe für die Seele" Die Arbeit der Telefonseelsorge ["Premiers secours pour l'âme" Le travail de S.O.S Amitié] (SWR 2 Glauben 18 12 2016), on ne peut que constater les différences d'approche d'une radio allemande considérée comme la fine fleur des radios culturelles et la radio nationale France Culture.

Quand l'antenne française cultive conjointement narcissisme et utopie socio-politique, la radio allemande présente, dans nombre d'émissions, des thématiques psychosociales où s'illustrent concrètement des initiatives altruistes, des projets à vocation humaniste.

Le vocabulaire de France Culture (lamentation, désolation, indignation, imprécation, catastrophisme, mise en valeur de l'insubordination, de l'insurrection, appel  à la révolution, etc.) est quasiment absent des émissions régulières de SWR qui, dans ses émissions hors transmission de savoir, constate des lacunes et illustre les efforts pour les combler.

Le numéro cité plus haut traite d'un sujet recouvrant typiquement les domaines d'intérêt de la radio culturelle : aider les personnes en souffrance psychique pour diverses raisons (maladie, séparation, agression, conflits professionnels, familiaux, sentiment d'échec, solitude, etc). Comment le personnel de SOS Amitié (en allemand "Le souci/le soin de l'âme") travaille, comment il est recruté, comment il est formé régulièrement à l'art de la communication, comment les bénévoles ('Ehrenamtlich' = + ou - "fonction pour l'honneur") font face aux défis et se protègent, ce que cela apporte à toutes les personnes impliquées, etc.  Aucune accusation de "la société", aucune hypothèse développée de long en large avec force citations de Bourdieu et de Piketty sur les causes sociales et économiques de "ce qui ne va pas dans la société".

Une confrontation plus développée des deux esprits nationaux permettrait de rendre justice à chacun et de pointer aussi les obsessions qui existent outre-Rhin. Reste que l'impression que j'ai depuis de nombreuses années en comparant FC et SWR 2, c'est que la première cultive le maniement de concepts, le jeu intellectuel stérile qui cherche à éblouir et à rendre le public admiratif de l'orateur, tandis que la seconde cherche à illustrer les actions concrètes pour résoudre des problèmes et à mobiliser des bonnes volontés dans un esprit constructif et non d'opposition. Dans la recherche de coupables à désigner à la vindicte de tous les auto-proclamés hérauts du Bien, France Culture remporte la palme.

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Bourvil : le match France Culture-France Musique - le Mer 23 Aoû 2017, 11:20

Le post initial de Fred de Rouen définissait les règles du jeu de La tribune : pour une écoute comparative :
fred de rouen(http://www.regardfc.com/t798-la-tribune-pour-une-ecoute-comparative#27402) a écrit:Les commentaires de ce forum sont régulièrement émaillés de comparaisons pertinentes : les émissions de France Culture, la qualité de ses producteurs, le choix et les traitements des sujets sont confrontés à ce que peuvent offrir d'autres stations à vocation culturelle, qu'elles soient ou non francophones.

Pourquoi ne pas formaliser, dans un fil dédié, cette inclination naturelle - devenue nécessaire - de l'auditeur exigeant ? Pourquoi ne pas appliquer aux productions radiophoniques le principe de la tribune comparative et critique, telle qu'elle se pratique pour les disques et les interprétations musicales ?

Deux règles simples:
1/ Confronter deux ou trois émissions d'horizons radiophoniques variés, portant sur le traitement d'un même objet. J'entends par ce terme aussi bien un thème commun, qu'un même invité, un même livre, un fait historique précis...

2/ Proposer une émission de France Culture dans le corpus retenu.

(...)
Essayons de nous y conformer avec André Raimbourg, dit Bourvil sur lequel un papier étoffé a été publié sur francemusique.fr le  mercredi 26 juillet 2017 :   Bourvil et la musique, cette grande histoire d’amour.

Par le plus grand des hasards (qui n'existe pas comme le dit Étienne Klein), je tombe sur une rediffusion de 2015 dans les Nuits de Philippe Garbit :  La parole est à la nuit - Bourvil (1ère diffusion : 02/01/1958 Chaîne Parisienne)*.

Une bonne émission (1h05). Pourquoi ? L'homme de radio et poète Luc Bérimont en est le présentateur et est l'intervieweur narquois de Bourvil. Il a déjà été question de Luc Bérimont, notamment pour cette Nuit spéciale mentionnée ici et dans le post suivant.  

Cinquante-neuf ans plus tard, c'est Martin Pénet, l'historien de la chanson qui s'y colle sur France Musique pour trois émissions d'une heure, ici la première du samedi 12 août 2017 : Bourvil : Un musicien de terroir (1/3).

Une remarque préliminaire : les intéressés auront avantage à commencer par l'émission de 1958 pour le dialogue humoristique qui y est entendu et pour les chansons les plus connues (et le sketch impayable "L'eau ferrugineuse"  autour de la 47e minute).

Martin Pénet en historien encyclopédiste prend un ton assez sérieux pour un sujet qui l'est peu (on se lasse vite des ritournelles aux textes très "légers", enfilées les unes après les autres). Outre le ton, l'enregistrement de sa voix en studio donne un rendu "étouffé" (préparer la touche "aigus" si vous écoutez sur un poste). Enfin, la conviction semble manquer au présentateur que l'on a connu plus vif. On sent qu'il lit un texte (sur un sujet obligé ?).

Néanmoins pour les aficionados, l'ensemble de l’œuvre musicale de Bourvil est là en trois heures entrecoupées d'archives des années 1950.

Pour un digest amusant et sensible, plutôt France Culture en 1958 (enfin son ancêtre la Chaîne parisienne) que France Musique 2017. On accorde à Martin Pénet qu'il lui manquait l'artiste (né en 1917, tout s'explique) pour donner du peps à ses émissions qui ont le mérite de faire un point complet sur l'auteur des Crayons.

*Nuit spéciale - Luc Bérimont avec M-H. Fraïssé et J-Y. Debreuille Par P. Garbit (vendredi 18 au samedi 19 décembre 2015)

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Le corbeau vu par trois stations culturelles - le Lun 18 Sep 2017, 12:32

Merci encore Fred de Rouen pour la création de ce fil. Il incarne à lui-même l'esprit de culture qui est celui de l'émancipation de l'esprit par l'ouverture à d'autres horizons, d'autres manières de penser et de faire les choses.

Pour reprendre les règles énoncées dans votre premier post La tribune : pour une écoute comparative du 02 11 2016 :

Soit un même sujet "Le corbeau", traité par trois radios différentes, dont l'une est France Culture.



France Culture  (1h) : Malin comme un corbeau 11 09 2017 déjà discuté ici

BBC 4
(45') : Raven* 08 11 2016

SWR 2 (7') : Raben planen in die Zukunft ** 17 07 2017

Brièvement.

France Culture : discussion improvisée avec deux personnes dont une en duplex depuis Strasbourg (jamais faciles les échanges avec une personne en duplex). Après 20 minutes d'échange introduit par, je vous le donne en mille, la version française, insupportable sans l'image, des Oiseaux de Hitchcock, on n'a quasiment rien appris sauf que les corbeaux sont intelligents car ils anticipent.  La tenue du "débat" est morne, Nicolas Martin essaie de le rendre plus péchu en interrompant ses interlocutrices, mauvaise idée, ça leur fait perdre le fil et nous la concentration. Ce n'est pas vivant, c'est laborieux. Qui a envie de s'intéresser aux corbeaux après cela ?

BBC 4 : après 1'40'' on en sait quasiment plus qu'en 20' sur FC. Il faut le faire ! Le faire, c'est-à-dire monter une émission intelligente, vivante, stimulante pour l'esprit, créative, pour tout dire. On est sur le terrain, on sourit, on rit, on nous rend témoins d'expériences, de faits, le savoir est distribué avec pédagogie. Voir l'introduction, puis le descriptif associé aux intervenants. On est dans une autre dimension de la radio culturelle.

SWR 2 : une émission en direct et en duplex avec un chercheur. Qualité de la ligne téléphonique :  4/10. Même objectif que France Culture qui mobilise deux intervenantes principales et une heure. Markus Boeckle se fait le passeur de nouvelles connaissances récemment acquises par des chercheurs suédois. Le propos est clair et succinct. Le jeune intervieweur généraliste ne convainc guère, mais l'essentiel est dit.

Une question en guise de conclusion : pourquoi France Culture s'obstine-t-elle à faire des débats plus ou moins improvisés en direct sur des sujets pointus au lieu de réaliser des émissions aux angles variés et aux formes stimulantes au service de l'auditeur (variété des intervenants, lieux, sons, poésie, littérature, mythologie, art, etc) ?

Voir aussi la rubrique de Regards les oiseaux et dans la liste, voir à "Corbeaux".


* ''Our relationship with ravens can be traced back many thousands of years. According to Norse mythology the god Odin had two ravens named Huginn (meaning 'thought') and Munnin (meaning 'memory'). He would send them out each day to fly around the world and then return to perch on his shoulders and tell him of what they had seen and heard. With its black colouration, croaking calls and diet of carrion, the raven has long been considered a bird of ill omen , but this over-simplifies our relationship with these highly successful birds as Brett Westwood discovers when he eavesdrops on their conversations at night, meets a man who has reared a raven and talks to a scientist who has long been fascinated by their powers of intelligence. Ravens are more like us than you might like to think. Producer Sarah Blunt.''

**''Kognitionsforscher Markus Boeckle im Gespräch
Bislang ging man davon aus, dass nur Menschenaffen und der Mensch vorausschauend planen können. Doch Experimente schwedischer Forscher mit Raben legen nun nahe: Auch Rabenvögel sind dazu fähig. Schwedische Forscher haben herausgefunden, dass Raben planen können, wie sie in der Zukunft an ihr Futter gelangen können
.''

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Naboth d’Izréel vs Akhab - le Jeu 18 Oct 2018, 21:40

Tirons ce fil par les cheveux ! Le regretté Fred N. dit "de Rouen" ne nous en aurait pas voulu.

En écoutant (pour pratiquer "l'ouverture") le numéro de Service protestant du 23 09 2018, L’héritage, qui donne une interprétation de "1 Rois, 21, 1-16" de l'Ancien Testament, je ne me suis pas demandé si Sandrine Treiner allait tonner contre Brice Deymié Pasteur de l’Eglise protestante unie de France, Aumônier national des prisons de la Fédération protestante de France, comme elle l'a fait pour l'homélie d'un prêtre lors d'une messe, mais au contraire si elle n'allait pas lui offrir une place de choix dans la grille.

Brice Deymié  dit "extrapoler" le texte et "aller encore plus loin" que l'extrapolation en suggérant un message de la Bible pour notre époque en matière de propriété foncière et de propriété tout court. Je vois plutôt une tentative d'appliquer un point de vue politique préconçu (fort répandu à France Culture, ici est la comparaison programme laïque/programme religieux...) à un texte d'il y a deux mille ans*.

Brice Deymié : "(...) je voudrai [sic] vous lire un texte qui évoque deux visions du monde : l’une, d’un roi  qui  croit  que  tout  est  possible  à  celui  qui  peut  et  qui  veut  et,  l’autre,  d’un  petit propriétaire terrien qui invoque l’héritage de ses pères pour justifier sa place et sa destinée sur terre"

Pour en savoir plus, il est possible de prendre connaissance de la méditation lue à l'antenne via le pdf de 5 pages disponible sur la page de l'émission.

L'aumônier n'a pas développé le rôle de l'épouse du roi Akhab, lequel s'était résigné à la réponse négative de Naboth, le propriétaire de la vigne convoitée, et avait renoncé à employer la contrainte face au refus de vendre. Jesabel, l'épouse, par un stratagème, fait assassiner Naboth d’Izréel pour que son époux sorte de sa mélancolie. Un épisode qui pourrait, je pense, faire l'objet d'une méditation à l'aune des préoccupations contemporaines.


* Brice Deymié : Le roi, en suivant Jézabel, fait entrer Israël dans un monde où la terre peut s’acheter et se vendre impunément au nom de l’efficacité, de la productivité et de la prospérité. C’est un monde de la concurrence, de l’individualisme, de la performance, où les relations sont soumises à la seule logique de l’intérêt et à la loi du plus fort. Remarquez que ce monde n’est  pas  très éloigné  du  nôtre  aujourd’hui  où  la  terre  est  exsangue  parce  que  nous l’exploitons à outrance et vivons à crédit sur son dos tout en laissant une partie de la population mondiale en dessous du seuil de pauvreté.

Je peux me tromper, mais j'ai l'impression qu'au moins un contributeur va aller lire ce texte et finalement trouver quelque grâce à la diffusion d'émissions à caractère religieux...

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Un regard sur l'éthique et la responsabilité via des expériences concrètes - le Dim 25 Nov 2018, 11:07

fred de rouen(http://www.regardfc.com/t798-la-tribune-pour-une-ecoute-comparative#27402) a écrit:Les commentaires de ce forum sont régulièrement émaillés de comparaisons pertinentes : les émissions de France Culture, la qualité de ses producteurs, le choix et les traitements des sujets sont confrontés à ce que peuvent offrir d'autres stations à vocation culturelle, qu'elles soient ou non francophones.

Pourquoi ne pas formaliser, dans un fil dédié, cette inclination naturelle - devenue nécessaire - de l'auditeur exigeant ? Pourquoi ne pas appliquer aux productions radiophoniques le principe de la tribune comparative et critique, telle qu'elle se pratique pour les disques et les interprétations musicales ?

Deux règles simples:
1/ Confronter deux ou trois émissions d'horizons radiophoniques variés, portant sur le traitement d'un même objet. J'entends par ce terme aussi bien un thème commun, qu'un même invité, un même livre, un fait historique précis...

2/ Proposer une émission de France Culture dans le corpus retenu. (...)
Sur France Culture, la tranche 7h-11h du dimanche est réservée par le cahier des charges aux émissions à vocations confessionnelles ou anti-confessionnelles : d'une part,  Questions d'islam ; Orthodoxie ; Chrétiens d'Orient ;  Service protestant  ; Talmudiques  ; La Messe (1h) ; d'autre part le fourre-tout de "Divers aspects de la pensée contemporaine" ("Cette émission est confiée en alternance aux différentes obédiences maçonniques et de libre pensée.") : La Grande Loge de France ; Le Grand Orient de France ; La Fédération française du droit humain (franc-maçonnerie) ; La Grande Loge féminine de France ; La Libre Pensée ; L'Union rationaliste.

Certaines de ces émissions ont reçu des commentaires dans les rubriques idoines portant le nom des émissions ou dans le fil La religion et les émissions religieuses à France Culture.

La laïcité est une des grandes causes de France Culture, et Sandrine Treiner cherche, en s'appuyant sur des protestations moutonnières, comme celle de L. dans ce forum, à redonner la matinée du dimanche aux émissions "normales" (= débats d'actualité socio-politique engagés).

La radio publique allemande n'est pas engagée par l'obligation laïque. Si elle suit le calendrier chrétien en modifiant ses programmes les jours fériés chrétiens, Noêl, Pâques, la Toussaint, etc, (musique en général, rien de spécialement religieux) et en donnant un créneau à certaines fêtes juives (mais pas musulmanes),  durant l'année il n'y a qu'une demi-heure d'émission hebdomadaire le dimanche faisant référence aux religions : "Glauben" (Foi/Croyance). Cette "Foi" est à prendre au sens très large. En effet, son champ d'intérêt porte sur les grandes questions de l'existence et sur des phénomènes contemporains intéressant la morale et la responsabilité.

Exemples avec deux numéros récents fort instructifs et inspirants dont les équivalents sont impossibles à trouver sur France Culture pour des raisons évidentes de fermeture.

Le numéro du 4 novembre intitulé Der Zweck heiligt die Mittel ("La fin justifie les moyens", littéralement en allemand "Le but sanctifie les moyens" ce qui est ici évidement approprié). "Die moralische Flexibilität der US-Evangelikalen in der Ära Donald Trump " (je ne traduis pas, c’est de l'allemand facile...). Le descriptif est modeste pour un documentaire du meilleur niveau faisant entendre aussi bien des évangéliques, des pasteurs, le président américain, que des spécialistes de l'éthique protestante et de l'histoire du protestantisme qui contextualisent le phénomène. C'est vivant, solide et donne à réfléchir sans volonté d'endoctriner. 30 minutes d'émission qui sont sans doute le résultat de plusieurs jours de composition en studio, sans parler des entretiens sur place. À France Culture, on aurait 45 minutes de table ronde plus ou moins improvisée chez Gardette ou une série documentaire infantile bien lourde en condamnations.

Le 18 novembre dernier, le numéro de Glauben était intitulé "Ich helfe, also bin ich", sous-titré "Der tiefere Sinn der Wohltätigkeit" [Le sens profond de la charité, ''Wohltätigkeit'' littéralement "l'action/l'activité pour le bon, le bien"]. Il était tout d'abord question d'une école privée protestante à Heidelberg où les élèves sont formés à la résolution des conflits par la non-violence et à la culture de bonnes relations avec des personnes d'autres horizons émigrées en Allemagne. Ensuite, Tübingen au sein d'un organisme qui organise des actions en Allemagne ou des séjours à l'étranger pour des jeunes ayant le désir d'aider des populations et de favoriser la paix.

Ces deux émissions, comme d'autres à SWR 2, se distinguent (au contraire de ce que l'on voit sur FC)) par une alternance de tranches de réel et d'analyses/réflexions des démarches et actions. Ce ne sont pas d'explicites entreprises de moralisation ou des explications à grands coups de termes sociologisants flous, mais des exemples concrets d'engagement au service d'autrui (thèmes : solitude des personnes âgées, accompagnement de fin de vie, aide aux plus pauvres, aux victimes de violences, etc.).

On ressort de ces écoutes avec une énergie nouvelle, une admiration de la générosité de ces personnes positives et une stimulation intellectuelle sans pareille.

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