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Une vie une oeuvre / Mardi des auteurs    Page 10 sur 10

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Une vie une oeuvre / Mardi des auteurs - le Mar 29 Sep 2009, 15:30

Rappel du premier message :

Bizarrerie des titres à France Culture :
- parfois on dissout une émission mais on persiste à proposer un truc différent sous le même titre, et en continuité encore (c’est le cas -dramatique- des Chemins de la connaissance)
- parfois on recrée sous le même titre un truc qui n’a que loin à voir avec la formule (exemple : Tire ta langue)
- et il y a un 3ème type : changer le titre sans changer l’émission (sauf la réduire d’un tiers). Un cas : Le Mardi des auteurs.

Cette dernière, sujet de ce fil, est l’émission fameuse et emblématique de FC : Une vie une oeuvre, qui en cette rentrée de 2009 est reconduite (ouf) mais sous ce nouveau titre de "Mardi des auteurs". Mystères de la grille, donc. Mais puisque, vu comme ça de loin, j’ai bien l’impression que le programme Patino renforcerait plutôt le secteur culturel, et puisque la forme de ces documentaires est respectée sous le format certes réduit de 90 à 57 minutes, alors autant créer un fil pour dire ce qu’on entend de bien dans cette émission, quand elle est fidèle en son contenu au projet culturel. Et aussi pour la sabrer lors des numéros de petite historiette qu’il eut été plus juste d’intituler "Une vie telle que j’ai envie de la raconter et pour l’oeuvre vous irez voir ailleurs". On me dira que comme titre c’est bien long. Mais c’est moins long à endurer qu’un numéro salopé dans une série qui fut si brillante ...

En ce moment même c’est tout le contraire :
ce Victor Segalen est des plus fidèles
à la forme usuelle du documentaire
de qualité, où domine le souci culturel.
Celui-là les amateurs pourront le garder
Production : Catherine Pont-Humbert
Réalisation : Anne-Pascale Desvignes
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/mardi-des-auteurs/fiche.php?diffusion_id=76301
* * *

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Emily Brontë - le Sam 29 Aoû 2015, 19:29

@L'aimable a écrit: (...) Que Les Nuits soient disponibles comme vous le signalez est une belle chance, pour laquelle FC peut d'ailleurs être remerciée, et un remède efficace contre le saucissonnage et la soupe qui vont se généralisant.

Vous êtes bien aimable. Vous renvoyiez à ce dernier post Les archives de Nuits : une révolution où j'émettais une remarque qui venait après une année de mise en ligne et d'offre au téléchargement des archives diffusées la nuit. Je ne suis évidemment pas le seul à m'en réjouir et l'on peut imaginer que c'est enfin venu pour des raisons auxquelles ce Forum n'est pas étranger.

Pour en revenir à ce fil qui fédère les contributions d'auditeurs attachés à la qualité des émissions de France Culture, au tout début des (laborieuses) mises en ligne des Nuits, lors de la La Nuit du 5 au 6 octobre 2014, Philippe Garbit et son équipe avaient proposé un numéro consacré à Emily Brontë datant du 18 mars 1993, une de ces années fastes comme on n'en connaît plus (mais après les vaches grasses, viennent toujours les vaches maigres...).  J'en découvre ,sur le site de l'Ina, la description vraiment exceptionnelle par le détail minutieux qui en est donné : INA boutique.

Pour retrouver l'écoute en ligne, si elle existe encore, le lien suivant est inutile à moins que l'on ait envie de cliquer pendant deux heures sur des numéros de page... Les Nuits de France Culture | 14-15

Par comparaison voir le système de la BBC pour la recherche par dates : Episodes   By date. C'est une idée pour France Culture...

* Une vie, une oeuvre - Emily Brontë
Par Florence Marguier
Avec Annie Lebrun
Réalisation Isabelle Yhuel
1ère diffusion : 18/03/1993

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Nicolas Gogol - le Dim 04 Oct 2015, 13:24

La crainte exprimée dans le post Les âmes mortes de Nicolas Gogol par Henri Troyat à propos du numéro du numéro du 26 09 2015 d'Une vie une Oeuvre s'est concrétisée à l'écoute de Nicolas Gogol, le rire au bord de l’abîme (1809-1852).

Six intervenants dont les paroles tronquées de chacun sont parfois mises bout à bout pour faire une phrase complète (un jeu technique en vogue à UVUO) ; des transitions sonores fréquentes (dites musicales) qui débordent sur les paroles enregistrées ; des extraits d'entretiens ; des lectures : comment faire tenir tout cela en 55 minutes ? Rien de plus facile techniquement de nos jours, mais est-ce que cela satisfait ou correspond à (je tente l'expression) la respiration psychique naturelle de l'auditeur ? Ce dernier peut-il s'imprégner d'un sujet quand son écoute est sans arrêt distraite par de brusques changement de voix, d'ambiances, de logiques de discours ?

Le monde a changé, nous répète-t-on à France Culture, il faut le suivre. Simultanéité de l'exécution de tâches (le fameux multitasking), brièveté des informations, multiplicité des stimuli, voilà le monde moderne. Et selon France Culture il faudrait appliquer cette grille de fonctionnement (imposée par qui ?) aux émissions de la station, non seulement celles animées désormais par une ex de Radio Nova ou des journalistes branchés, mais aussi aux émissions dites de fond comme Une vie une oeuvre.

Qui ne voit pas le contre-sens complet de cette démarche ? Si l'on peut faire de la distraction avec l'actualité comme France Culture le fait désormais, il n'est pas possible d'appliquer la recette à une matière qui nécessite un minimum de concentration, notamment si l'auditeur ne sait rien du sujet.

Bref, construction inadaptée et mauvaise direction.

On écoutera cependant avec intérêt les passages où s'exprime Caroline Bérenger, maître de conférence de littérature russe à l’Université de Caen.

Et puis l'on (ré)écoutera Henri Troyat avant de (re)lire Les âmes mortes, si possible avec la belle introduction d'Albert Cossery (1949) *


* 8e numéro dans le menu déroulant de cette librairie en ligne, illustration de la couverture identique à celle du premier volet de l'émission de Jean-François Zygel, Musiques juives (1), sur France Inter le 19 septembre dernier :



Marc Chagall, Le père

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Où va « Une vie une oeuvre » ? - le Dim 11 Oct 2015, 15:57

On ne sait pas trop où va Une vie une oeuvre en ce début d'année (enfin, disons depuis quelques années...). En septembre Dalida a succédé à James Bond, et voici Moïse, au-delà du mystère. On se souvient qu'ont été traités Jésus (décembre 2012) et Mahomet (mai 2015).

France Culture est une radio de plus en plus religieuse. On y flatte plus ou moins toutes les confessions dans des émissions à caractère général. L'air du temps, le sacro-saint respect des croyances dont on n'interroge pas le fond (à la lumière des Lumières ?) mais dont on décrit le fonctionnement. Ainsi de ce numéro où une visite dans une synagogue de Paris est l'occasion d'apprendre, pour ceux qui ne le savent pas, diverses choses sur le judaïsme.

L'émission est donc la présentation d'une religion par ceux qui la pratiquent. Très bien, mais la case Une vie une oeuvre est-elle adaptée à ce contenu ?

J'ai découvert Patrick Baudoin, qui est le réalisateur de cette émission, dans un numéro de La Conversation scientifique où il parle brillamment de Thomas Edison et du spiritisme.

Je me demande ce qui a présidé dans son esprit au choix de faire lire le texte de présentation de Lydia Ben Ytzhak par Benoît Allemane : [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/10/s41/NET_FC_afe7fd15-305e-4a00-98d8-e974246d2bca.mp3" debut="08:07" fin="10:00"] et  en même temps, par exemple, La Chronique, Histoire des prophètes et des rois de Tabarî  [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/10/s41/NET_FC_afe7fd15-305e-4a00-98d8-e974246d2bca.mp3" debut="21:55" fin="25:06"] ? Benoît Allemane surjoue sa voix grave bien connue  (« la voix de « Dieu » ?).  Pourquoi lui donner à lire un texte de présentation dans une complète discordance de logique ?

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Charles Darwin ou la lutte pour une théorie (1809-1882) - le Lun 21 Mar 2016, 10:40

Une voix féminine comme on aime vraiment en entendre, celle de Lydia Ben Ytzhak, productrice dont Nessie a plusieurs fois vanté les qualités et qui avait par exemple mené une belle série d'entretiens avec Claudie Haigneré en décembre 2013.

Le numéro d'Une vie une oeuvre consacré à Charles Darwin est vraiment de bonne facture Charles Darwin ou la lutte pour une théorie (1809-1882), je la mettrais volontiers dans ma liste des dix meilleures émissions de France Culture au premier trimestre 2016.

La réalisation n'a pas peur de laisser entendre un intervenant parler anglais durant une bonne minute. Quant aux deux voix françaises consécutives ou superposées aux paroles originales, elle sont professionnelles et l'assemblage est techniquement parfait : [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10471-13.02.2016-ITEMA_20912542-0.mp3" debut="08:21" fin="09:24"]

Et pour le plaisir, la voix de la poétesse Ruth Padel, souvent présente à BBC Radio 3 pour des émissions littéraires de qualité : [son mp3="http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10471-13.02.2016-ITEMA_20912542-0.mp3" debut="09:40" fin="12:23"]

Une émission qui a trouvé le juste équilibre entre l'oeuvre et la vie de son sujet.  

À noter que l'émission est inspirée par la tenue d'une exposition à la Cité des Sciences de Paris : Darwin, l'original du 15 décembre 2015 au 31 juillet 2016.

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Clara Schumann - le Lun 30 Mai 2016, 10:37

Comment transformer des informations bien rédigées, prises dans les multiples biographies de Clara Schumann, en mauvaise composition de français de niveau collège (ou lycée). C'est ce qu'a réussi la rédactrice du descriptif de l'émission Clara Schumann (1819-1896), compositrice et amoureuse. Peut-être la responsable de la série Perrive Kervran, elle-même ? Ou l'une des personnes de l'équipe "Elise Andrieu. Réalisation : Doria Zenine. Attachée de production : Claire Poinsignon. Avec la collaboration d'Annelise Signoret."

Déjà le chapeau lance le concours de confusion : "Clara Schumann est l'auteur d'une œuvre inspirée, vivante, bouillonnante, mais née à une époque où les femmes ne pouvaient prétendre composer, et même si elle demeure l’une des plus grandes pianistes du XIXe siècle, c’est son mari, Robert Schumann, qui fut considéré comme le génie."

Ensuite "L’histoire de Clara Schumann est celle d’un amour fou, qui n’empêcha ni Robert Schumann, son mari, de sombrer dans la folie, ni Clara de sacrifier son art pour lui." Un amour fou qui n'empêcha pas Clara Schumann de sacrifier son art pour lui [Robert, faut-il supposer], cela ne paraît pas contradictoire...

Elle se produit depuis l'âge de 10 ans tout en en ayant 8 : "Quand Clara Wieck rencontre Robert Schumann à Leipzig, en Allemagne, elle a huit ans. Lui en a dix-sept. Il vient prendre des cours de piano chez son père, Friedrich Wieck, célèbre professeur qui a fait de sa fille Clara une musicienne virtuose, se produisant en public dès l’âge de dix ans."

On remarque le pathos créé par l'interligne avant "Mais" :
"En plus d’épauler son mari dans les exigences de la composition, Clara devient mère de huit enfants, donne moins de concerts et ne compose plus guère.

Mais elle aime passionnément Robert Schumann qui l’adore tout autant.
"  

Robert s'effondre dans la maladie : "Lorsqu’au bout de treize années de vie conjugale, Robert Schumann s’effondre dans la maladie,"

Pour terminer, du sirupeux : "Dans ce documentaire, on découvre à quel point les deux voix musicales des amants étaient enlacées… Un idéal cher à l’époque romantique."

Six intervenants pour cette émission de moins d'une heure, un homme, cinq femmes, dont Michelle Perrot, historienne du féminisme/féministe. On a déjà dit (à propos de l'UVUO Sihanouk, par exemple) combien la multiplication des intervenants était contre-productive. Ici l'on a sept personnes (6 + la productrice) qui parlent, outre les deux acteurs.  L'émission est le fruit du travail de cinq femmes (à distinguer des cinq intervenantes). L'un des héritages de Poivre d'Arvor.

Pour plus de sobriété et de professionnalisme, voir Axelle Thiry qui, le dimanche 14 avril 2013, sur la  RTBF-Musiq3, dans l'émission Voyages intitulée "Clara Schumann en tournée", présentait l'émission ainsi :

Clara Schumann est l’une des plus grandes pianistes de son temps.  Franz Liszt écrivait : " Il y a chez elle une supériorité réelle, un sentiment profond et vrai, une élévation constante. " Elle est aussi la femme d’un compositeur de génie. Elle forme avec Robert Schumann un couple mythique. A travers la musique, ils se rejoignent dans le même langage, celui de l’indicible. Il lui écrit : " Chacune de tes pensées provient de mon âme, de même que je te dois toute ma musique. "

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Pourquoi mentir à l'auditeur ? - le Mar 29 Aoû 2017, 14:38

Ce n'est pas beau de mentir...

Une vie, une oeuvre Maria Callas (1923-1977) : par-delà la légende  59m
Par François Caunac. Réalisation : Olivier Guérin. Lectures : Elisabeth Macocco et Anne Alvaro. Rediffusion de l'émission du 18/06/2000. Avec la collaboration d'Annelise Signoret.


Jusqu'en 2006 au moins, les numéros d'Une Vie Une oeuvre duraient 1h25. J'ai un UVUO de cette durée sur Hans Memling de cette année-là et tous les numéros antérieurs duraient 85 ou 90 minutes.

Dans ce fil, comme dans d'autres, on a déjà signalé l'amputation d'anciens documentaires radiophoniques d'un tiers de leur durée pour les faire entrer dans la case actuelle de 59 minutes .

Couper un tiers de la durée, c'est dénaturer la création originale faite selon une logique se développant dans une durée.

France Culture n'a pas l'honnêteté d'écrire "Diffusion d'une partie de l'émission du 18/06/2000".

Par ailleurs, France Culture n'a aucune idée de l'existence d'une station appelée France Musique. Parmi toutes les références sur la page actualisée au mois d'août 2017, aucune mention de la série de 8h de cet été réalisée de main de maître par Stéphane Grant (cf. Maria Callas sans hésitation). Ce n'est pas bien de faire bande à part. Peur de la comparaison, sans doute. En tous les cas, le "Tous ensemble" prôné par la chaîne est une nouvelle fois superbement ignoré dans la pratique.

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''Une vie, une œuvre : Virgile (70-19 av. J.-C.)'' - le Ven 29 Sep 2017, 12:21

Dans le fil Répliques, suite à un échange ouvert par un compte-rendu de SamVa sur un numéro consacré à Virgile,
fred de rouen(http://www.regardfc.com/t165p580-repliques-alain-finkielkraut#28962) a écrit: (...) Je ne m'attendais pas à trouver dans ce numéro de Répliques un débat de fond sur « la valeur poétique de l'oeuvre de Virgile ». Pour cela, je renvoie (...) à l'excellente émission, Une Vie, une œuvre consacrée en 1991 à Virgile et produite par Francesca Isidori. Ceux et celles qui n'ont pas chez eux ce mémorable numéro peuvent l'écouter ici. (...) Parmi les invités de la productrice, nous pouvions déjà entendre Philippe Heuzé, responsable, comme le précise SamVa, de l'édition de la Pléiade des œuvres complètes de Virgile et spécialiste incontesté du poète latin.
Ce numéro d'Une vie, une oeuvre du 13 juin 1991 est un monument, merci à Fred de Rouen de l'avoir signalé et d'en avoir transcrit des passages éclairants (cf. ci-dessous). L'écoute du passage transcrit (autour de la 17e minute) prend de ce fait un plus grand relief.

Je voudrais souligner quelques aspects de la forme : Francesca Isidori, la productrice se fait discrète ; le montage est très soigné ; l'ambiance musicale (musique contemporaine) est adaptée au sujet ; les interventions se développent dans la durée, ce ne sont pas des fragments collés les uns aux autres comme c'est le cas depuis plusieurs années.

Un des intervenants, Jean-Louis Schefer, parle à mi-voix, créant ainsi une véritable atmosphère de radio culturelle qu s'écoute dans le silence et l'esprit concentré. Tout le contraire d'aujourd'hui où les producteurs et invités braillent (cf. la question posée par Nessie dans cet échange Des voix et des ondes - le Jeu 30 Avr 2015 :
Est-ce que France Culture, qui était une radio de gens calmes et réfléchis, est devenue une radio de gueulards speedés ?
Pour l'écoute d'un exemple de "radio de gens calmes et réfléchis", je suggère deux passages du fichier youtube : la première intervention de Jean-Louis Schefer à partir de 22'21'' (jusqu'à 24'35'') et la dernière à partir de 1h20'29'' (jusqu'à 1h24'10'').

Et un défi : trouver aujourd'hui à France Culture un semblable ton de voix.
@fred de rouen a écrit:Tout semble avoir été dit sur le texte particulièrement riche de cette églogue [la dernière de la première Bucolique]  et de son final. C'est encore vers Philippe Heuzé que l'on peut se tourner pour en goûter l'intelligence et toute la finesse. Je me contente de reproduire les propos qu'il tenait, en 1991, au micro de F. Isidori, au sujet de ces quelques vers. Le spécialiste replace d'abord cette première bucolique dans le cadre du « malheur des temps », les guerres civiles et leurs conséquences : l'expropriation des propriétaires terriens pour que les vétérans de l'armée des généraux puissent trouver la récompense de leurs services.

« La première bucolique montre que quelqu'un qui s'appelle Tityre, un personnage, a pu garder sa terre, alors que Mélibée est obligé de partir et c'est le dialogue entre celui qui reste et celui qui part. Dialogue d'une complexité extraordinaire, c'est un des poèmes les plus difficiles qui soient à étudier dans le détail. Et celui qui reste, Tityre, pour terminer le poème, lui dit ces mots :

Hic tamen hanc mecum poteras requiescere noctem
Fronde super viridi. Sunt nobis mitia poma,
Castanae molles et pressi copia lactis ;
Et jam summa procul villarum culmina fumant,
Majoresque cadunt altis de montibus umbrae.


[Ici pourtant tu pourrais reposer avec moi cette nuit,
   sur le feuillage vert. J’ai pour nous des fruits mûrs,
   des châtaignes fondantes, du lait caillé en abondance.
   Dans le lointain déjà fument les toits des fermes
   et du sommet des monts tombent en grandissant les ombres.
] trad. P. Heuzé, La Pléiade

Ces cinq vers nous présentent deux choses, d'une part une nature morte et d'autre part un paysage. La nature morte est une nature morte, si j'ose dire, végétarienne ; elle célèbre l'essentiel de la nourriture humaine. Parce qu'il faut bien voir que dans le contexte, ce que propose Tityre, c'est l'image du paradis, celui que Mélibée est obligé de quitter, violemment, avec souffrance. Ce qui reste, ce qu'il y avait, ce qui était la condition du bonheur, c'était ces humbles fruits, ces châtaignes, ces pommes, ce fromage. Ce n'est pas si fréquent dans l'art antique. Le deuxième prix de ces vers qui est esquissé in fine, c'est un paysage. Alors celui-là est tout à fait extraordinaire parce que c'est, je crois, dans la littérature, une des premières fois où l'on voit suggérée la beauté du soir, la beauté du soir qui descend sur une humble vallée. Nous connaissons depuis Homère la splendeur de l'aurore aux doigts de rose, mais la découverte qu'il y a une beauté merveilleuse dans l'ombre qui envahit le paysage, ce qui est superbement rendu par le comparatif majoresque cadunt (et les ombres tombent plus grandes, ne cessent de s'allonger sur le village tandis que les paysans rentrés ont allumé leur cheminée et qu'on voit la fumée qui sort) il y a là une nouveauté dans la représentation du monde et dans les beautés qu'on peut y voir. Une des qualités de cette poésie, c'est qu'elle nous aide réellement à voir les choses. Je crois que le lecteur de Virgile regarde le monde d'une façon différente de celui qui ne l'a pas lu. On ne peut plus voir un essaim d'abeilles quand on a lu le quatrième livre des Géorgiques comme on le faisait avant ou comme on le ferait si on ne l'avait jamais lu. Et un des mots qui revient souvent dans la poésie de Virgile, c'est le mot  regarde : regarde l'antre, regarde l'arbre. Une invitation à la découverte de la richesse et de la beauté du monde, même dans ses témoignages les plus humbles. Alors le final de la première bucolique, c'est un final en mineur, totalement réduit, restreint à un espace intime, avec, sur cette table, des fruits sans prix, mais, par la grâce aussi de la pensée qui soutient tout cela, on découvre que ces choses-là nous sont données comme l'essentiel de l'expérience humaine. »

Je m'appuierai sur les propos mêmes de P. Heuzé pour proposer, en contrepoint de sa traduction, celle de Paul Valéry, que je lui préfère, rédigée entre 1942 et 1944, à la demande du Dr A. Roudinesco. Le poète fait le choix, comme Philippe Heuzé, du vers, et plus précisément encore, de l'alexandrin. Il s'en explique dans les pages lumineuses de Variations sur les Bucoliques :

« […] j'ai pris le parti de faire vers pour vers, et d'écrire un alexandrin en regard de chaque hexamètre. Toutefois, je n'ai même pas songé à faire rimer ces alexandrins, ce qui m'eût assurément contraint à en prendre trop à mon aise avec le texte, tandis que je ne me suis guère permis que des omissions de détail. D'autre part, l'usage du vers m'a rendu ça et là plus facile, et comme plus naturelle, la recherche d'une certaine harmonie sans laquelle, s'agissant de poésie, la fidélité restreinte au sens est une manière de trahison. Que d'ouvrages de poésie réduits en prose, c'est-à-dire à leur substance significative, n'existent littéralement plus ! Ce sont des oiseaux morts. Que sais-je ! Parfois l'absurde à l'état libre, pullule sur ces cadavres déplorables, que l'Enseignement multiplie, et dont il prétend nourrir ce qu'on nomme les « Études ». Il met en prose comme on met en bière. »

Paul Valéry, cinquante ans avant les propos de P. Heuzé, introduit dans sa traduction cette prédominance et ce principe fondateur du regard dans  la poésie virgilienne, ce fameux regard dont parle l'universitaire :

Reste encor cette nuit. Dors là tout près de moi ;
Sur ce feuillage frais. Nous aurons de bons fruits,
Fromage en abondance et de tendres châtaignes.
Vois : au lointain déjà les toits des fermes fument
Et les ombres des monts grandissent jusqu'à nous.


Paul Valéry

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Re: Une vie une oeuvre / Mardi des auteurs -

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