Salut,
Comme toi, j'ai dû écouter les cinq ou six premiers.
Ces dialogues étaient fort bien menés. Je n'apprécie pourtant pas tellement Dominique Rousset d'ordinaire, dont je trouve les questions, dans ses émissions politiques, très convenues, et très popolitiques. Elle m'avait définitivement fâché en se moquant d'un invité (J.-L. Bianco je crois), qui avait, chose étonnante, confié l'inspiration qu'avait suscité chez lui le Tractatus de Wittgenstein : à la mention du nom de l'ouvrage (donc le
Tractatus logico-philosophicus), elle avait cru bon de le brocarder de la sorte : "Ah, bon, eh bien... j'espère que n'est pas écrit en latin, ce livre!". Mouais, ça tranchait d'avec Jeanneney qui passait juste avant. Le politique avait dû se croire sur France Culture, pour balancer une référence philosophique... Ah mais il y était, mince!
Mais trêve d'acidité, elle a ici eu le goût de laisser Régis Debray déployer son art langagier sur la longueur, préparé des entretiens avec des complices, qui ont permis des échanges inspirés. Le même Régis Debray, que je trouve d'ordinaire un peu facile et superficiel, qui cultive l'homophonie et le jeu de bons mots, l'esthétique de l'idée plus que sa profondeur, eh bien tout en fond plus qu'en forme dans ces émissions. Un temps atteint de la "gödelite", comme nombre d'autres intellectuels issus du monde littéraire (j'en reparlerai sûrement dans le fil de la "French Theory"), il avait dû essuyer la mise en boîte de Sokal et Bricmont, puis celle, peut-être excessive, de Bouveresse, qui s'était un peu acharné sur la légèreté dudit Debray dans "Prodige et Vertige de l'analogie", ou
ici.
Quoi qu'il en soit, on trouve de l'originalité autant que de la superficialité chez Debray, et s'il aime un peu trop à mon goût les effets de manche, il les pratique bien mieux que beaucoup d'autres.
La critique qu'il délivre, dans ces entretiens, de la préséance du fast-food, fast-think et fast-forgotten de nos médias, est très bien dite, et vise juste où cela fait mal, FC n'était sûrement pas à absoudre de ces critiques. Est-ce que, Cam', Debray a pu te toucher plus et mieux que nous ne l'avons fait jusqu'ici ?
Que veux-tu savoir au sujet de Debray, sinon ? Je ne suis pas un connaisseur de son oeuvre, ni de la médiologie.
De ses bouquins, j'ai lu et apprécié (et donc te conseilles) "Dieu, un itinéraire" : une histoire de Dieu (le dieu monothéiste), des juifs jusqu'aux évangélistes américains, la focale ajustée sur la technique de diffusion de l'esprit saint.
Un tout petit bouquin de géopolitique, "L'édit de Caracalla", sous forme d'une lettre écrite par un certain "Xavier de C.", défendant l'idée d'une aggrégation puis intégration de l'europe à l'empire américain. Debray y joue l'avocat du diable, avec une argumentation plutôt bien développée.
Enfin, un livre d'entretien avec Jean Bricmont, "A l'ombre des lumières", où il essaye (sans y parvenir) de débrouiller ses désaccords et ses différences de conceptions d'avec l'un des deux auteurs des sulfureuses "Impostures intellectuelles" (l'autre étant Sokal), où Régis Debray était mentionné. La tentative du dialogue est une bonne idée, et les deux y font au moins preuve d'honnêteté, ce qui évite d'en arriver à un mou consensus, mais permet de mettre en lumière les points d'achoppement de deux styles de pensées. Styles dont je ne cacherait pas que je préfère celui de Bricmont, mais Debray est loin d'être ridicule dans cette confrontation.