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Des déficits abyssinaux et autres barbarismes amusants    Page 4 sur 9

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Des déficits abyssinaux et autres barbarismes amusants - le Lun 05 Oct 2009, 14:03

Rappel du premier message :

Je ne résiste pas à la tentation d'ouvrir un fil où on pourra relever les fautes de langage les plus cocasses, pas pour accabler leurs auteurs, seulement parce que les occasions de rire sont trop peu nombreuses.
C'est Angélique Kourounis de la rédaction qui a l'honneur d'ouvrir le ban avec  une perle de choix:   les déficits abyssinaux.
C'est vrai que du temps des négus, les finances publiques, ça ne devait pas être terrible.
Henry
* * *

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De moins en moins pire sur la fréquence ? - le Ven 17 Juin 2011, 09:36

ce matin dans sa chronique Philippe Meyer arbitre malicieusement un conflit latent entre des hordes d'auditeur qui, le 2 juin dernier, ont grimacé en avalant le "moins pire" de Huertas, et qui ont du bien se lâcher depuis en le dénonçant traitreusement à Jérôme Bouvier, non sans envoyer au fautif twitt sur twitt (avec copie à Danièle Sallenave). Donc dans sa quotidienne, Meyer dit quelque chose comme << de ces deux fléaux, lequel parait "le moins pire", pour parler comme les québecois >>. Oui. Notons le recul ironique de Meyer, qui lui n'emploierait certainement pas cette expression "au naturel". Quand il y a du relâchement chez Philippe Meyer, c'est plutôt dans son art complaisant de la vacherie-savonette glissée sous les pieds du commenté : cet homme n'est pas toujours charitable avec les pauvres gens qu'il commente (par exemple Henri Emmanuelli il y a quelques jours).

Un imbécile, bien connu chez nous pour son habitude de déformer la vérité en n'en racontant que la moitié qui l'arrange tout en masquant l'autre moitié, bien connu aussi pour son ton tranquillement méprisant, ce bienveillant masqué à la parole puante m'avait quasi traité de demeuré parce que j'ignorais que l'expression "moins pire" est dans le Robert, depuis 10 ans parait-il. Il n'a pas eu la franchise de venir l'écrire ici, et c'est dommage. Aneffet je l'ignorais (contrairement à cet imbécile je reconnais mes erreurs). Mais qu'une expression soit devenue courante ou du moins admise en d'autres pays francophones, ça ne veut pas dire qu'elle le sera chez nous, ni que ce soit une bonne chose, ni que nous devrions l'adopter.

Le plus intéressant serait peut-être de s'interroger sur les raisons d'une faute, qui font qu'elle n'en est pas une. Dans le livre de Danièle Leeman-Bouix, que j'ai déjà cité ici et qu'on peut conseiller aux emmerdeurs des deux bords -entendez les puristes et les chiffonniers de la langue- nombre de fautes n'en sont pas vraiment, parce qu'elles correspondent à l'esprit général de la langue. Mais pourquoi "moins pire" est-il courant au Québec ? Est-ce une influence de l'anglais chez ces bilingues ? Est-ce une survivance de l'état ancien du Français parlé, avant une codification historique et autoritaire ("fachyste" ?). Je ne sais pas, et j'aimerais bien avoir une réponse. Du coup je cherche dans le livre, qui n'est pas un traité mais plutôt un essai, donc il présente une petite quantité d'exemples qui sont moins des cas de fautes que des propositions de raisonnement pour expliquer et même justifier certaines fautes (par exemple : "en vélo" et "malgré que" s'en trouvent réhabilités). Mais je n'y trouve pas "moins pire", ni dans le sens de l'explication/justification, ni dans le sens de la qualification fautive. Car des fautes pour Danielle Leeman-Bouix il y en a tout de même, oui. D'ailleurs le livre est préfacé par André Goosse, responsable du Grevisse, homme qui semble équilibrer le souci de compréhension avec le soin de la correction.

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Re: Des déficits abyssinaux et autres barbarismes amusants - le Dim 04 Mar 2012, 16:02

Pas vraiment amusants ni d'ailleurs consternants, mais quand même ils font réfléchir ou ils révèlent quelque chose, ces écarts. Comme Julie Clarini qui dit "contrEverse", j'entends Caroline Broué qui dit "sOUbriquet" pour sobriquet.

Il y aurait même un poil de logique là-dedans : un surnom c'est plutôt un sous-nom. Du coup le préfixe "sous" se réintroduit en loucedé. Mais c'est la logique mise au service du barbarisme.

Caroline Broué n'est pas une nouille inculte. Comme Clarini elle a suivi un cursus respectable, et où l'écrit tient une place importante. Comment expliquer chez l'une ou chez l'autre des erreurs, d'ailleurs encore plus nombreuses chez Clarini ? Cela dit, mon diagnostic est inverse chez l'une et l'autre : Clarini me semble douée pour la radio et pas trop pour les matières littéraires, ni pour les autres d'ailleurs. Alors que Broué, si je n'apprécie pas son style d'animation je veux bien croire que par sa jugeotte personnelle et ses compétences elle vaut largement mieux (un peu comme Vincent Lemerre). Je penche pour une hypothèse en bras-de-chemise : un apprentissage du vocabulaire par l'audition plutôt que par la lecture. Si j'entends encore plusieurs erreurs de ce type chez Broué je retiendrai l'hypothèse sérieusement.

C'est pas spécialement agressif, ce que je viens d'écrire. Une de mes camarades, à la fois fort douée et assez peu cultivée, m'écrivait un jour (par exemple) : "je te souhaite comme même de passer de bonnes vacances". 'Comme même' pour "quand même'. Rien de scandaleux, car en soi la locution "quand même" ne répond à aucune logique directement discernable. Et peut-être à aucune autre logique que celle d'une règle de grammaire normative, édictée a posteriori d'un usage mystérieux. C'est donc une faute, mais pas une énormité.

Ce que j'en tire, c'est que pour faire de telles fautes, il faut soit avoir fort peu lu, soit avoir une mémoire visuelle faible, soit avoir une sensibilité linguistique qui passe davantage par l'oreille que par la lecture.

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On ne se tient pas les côtes - le Lun 05 Mar 2012, 08:52

Comme vous le dites, Nessie, ces écarts révèlent quelque chose : qu'est-ce qui passe à l'as dans "controverse" et "sobriquet"  prononcés par ces journalistes de France Culture ? Le "o" voyelle postérieure, prononcé bouche ouverte (voir en toute fin de post, une autre illustration exemplaire de cette disparition). Pourquoi ce phénomène ?

Vous aurez remarqué que, sous différentes influences, les voyelles tendues remplacent les voyelles non tendues (é au lieu de è) dans les paroles des jeunes générations (on dira de 20 à 40 ans) depuis une vingtaine d'années, il suffit d'écouter, par exemple, "Sur les Docks" pour s'en rendre compte.

Vous aurez aussi remarqué que pour se faire entendre ou remarquer, une grande partie des journalistes met maintenant l'accent tonique sur la première syllabe d'un mot alors que l'accent, en français, est normalement toujours sur la dernière syllabe d'un mot ou d'un groupe de mots.

Dans le cas qui, à raison, vous occupe, on voit que les "o" ouverts ont été remplacés spontanément par des voyelles labiales (arrondies) : un "o" presque prononcé "eux" pour faire "contrEverse" et un "o" prononcé "ou" pour faire "sOUbriquet". Pourquoi ? Parce qu'elles résonnent davantage, pardi, et donc  permettent de se faire entendre dans un monde bruyant ! Car à l'oral apparaît un phénomène semblable à celui de la regrettable (mais jugée nécessaire) compression de la dynamique mise en oeuvre à la radio (sauf à France Musique, semble-t-il) où les sons faibles sont amplifiés (ici modifiés) pour que ceux-ci soient intégralement entendus dans un environnement bruyant (voiture, métro, foule, etc) et.

Soit dit en passant, Yann Paranthoën a toujours refusé que ses documentaires soient compressés à France Culture. La perte de la dynamique était pour lui un changement de nature du paysage acoustique. Mais cette évidence importe peu aux stations de radio qui cherchent à être plus audibles que leur concurrentes.

Toujours en passant, il faut savoir que la masterisation des 33 tours en CD est souvent faite en affaiblissant la dynamique au profit de la puissance. Du coup on a un sentiment d'aplatissement. Moins de nuances, donc plus de décibels possibles. Moins de complexité, plus d'uniformité. Tendance ? À la hausse. Non qu'il y ait moins de complexité en soi, mais au lieu d'être exprimée, elle est ratiboisée, comme on le voit dans d'autres domaines. La nuance demande du temps et de l'attention, ressources en baisse...

Terminons, pour illustrer votre propos, Nessie, avec un exemple pour le coup consternant. Au cours des Nouveaux Chemins de la Connaissance dirigés par Raphaël Enthoven (qui a beaucoup fait à mon sens pour France Culture et pour bien des auditeurs, c'est un autre sujet), ce dernier, se croyant spirituel et ne réussissant qu'à être idiot, a dans plusieurs émissions posé cette question à ses interlocuteurs venant de prononcer soit "jeu", soit "je" : "Comment l'écrivez-vous ?" L'un, piégé, avait répondu "Euh, j-e" ; l'autre, une femme, avait superbement rétorqué :  "Comment voulez-vous que je l'écrive ?". Pour elle, évidemment, dire "jeu" (tel était le mot) n'était pas ambigu. Tandis que pour Raphaël Enthoven, il n'y avait aucune différence de prononciation entre "je" et "jeu", la prononciation de ce dernier mot étant appliquée au premier. Consternant et révélateur (sans parler de la tentative répétée de faire un jeu de mots pseudo-psychanalytique).

Voilà qui illustre le phénomène que vous avez remarqué, Nessie : le changement de phonétique des mots, non par manque de culture, mais par mimétisme avec un environnement verbal où les voyelles labiales prédominent (eux, eau, ou) au détriment d'une prononciation nuancée du français, langue qui, n'ayant pas d'accent tonique variable au contraire d'autres langues européennes, joue sur les voyelles tendues et relâchées ainsi que sur les consonnes sonores et les sourdes pour créer du relief dans l'expression.

Maintenant, on fera remarquer que la parole étant l'unique moyen de faire passer son message à la radio, on pourrait imaginer qu'une attention scrupuleuse soit apportée à la prononciation sur une chaîne portant le nom composé de France Culture... (quelle utopie, pardonnez-moi !)

Dernière minute :  après fin de rédaction ci-dessus, écouté dans la douleur le passage suivant qui illustre ce qui est dit plus haut, et qui montre l'ignorance sûre de soi insistant dans sa bêtise. "Sur les Docks" du 07. 11. 2011 " "Guérir de quoi, mourir de quoi ?" http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-guerir-de-quoi-mourir-de-quoi-2011-11-07

À 35'32" :
L'intervenante (la trentaine ?), supposée spécialisée dans l'activité intellectuelle des personnes en maison de repos, fait ainsi passer à son public de personnes âgées un test d'orthographe et annonce d'une voix forte : "Côte de mailles !"
Une voix féminine âgée, immédiatement : "On ne dit pas côte, on dit cotte".
L'intervenante (considérant que les deux formes de la prononciation sont valables répète pour que quelqu'un lui épelle le mot) : "Cotte ou côte de mailles..."
Une voix masculine : "On dit cotte, donc c'est deux t"
L'intervenante (insistant, refusant de reconnaître l'évidence) : "Comment on écrit ce fameux " cotte ou côte ?"
Une voix féminine claire : "c-o- deux t"
L'intervenante, voix sûre d'elle-même : "c-o-deux t-e ["e" prononcé "eux" !]. CÔTE de mailles, madame Boulanger"
Fin du passage à 35'46".  Soupir de désolation...

Des personnes âgées, sachant la langue, infantilisées par une jeune personne tentant de leur inculquer son ignorance...

Les auditeurs de France Culture ne subissent-ils pas parfois le même traitement de la part de journalistes n'ayant aucune conscience de la langue qu'ils emploient au micro ?

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Re: Des déficits abyssinaux et autres barbarismes amusants - le Lun 05 Mar 2012, 10:06

Bonjour Philaunet, quelques questions et réactions (en plusieurs messages) :

@Philaunet a écrit:Voilà qui illustre le phénomène que vous avez remarqué, Nessie : le changement de phonétique des mots, non par manque de culture, mais par mimétisme avec un environnement verbal où les voyelles labiales prédominent (eux, eau ou) au détriment d'une prononciation nuancée du français [...]

Ne peut-on pas carrément parler de sélection naturelle des phonèmes les plus résistant, face à une pression naturelle croissante et changeante - conditions d'écoute, bruit ambiant, mais aussi relâchement articulatoire, concurrence des autres langues ... - ? Et dans la même veine darwinienne, mutation spontanée des phonèmes, et conservation des traits mieux ou suffisamment adaptés ?

Si l'analogie fonctionne, c'est que la langue a sans doute certains traits importants du vivant, et son évolution ne devrait pas nous inquiéter outre mesure : le besoin de distinction, de signification et de transmission ne devrait pas baisser à l'avenir, et il impose constamment à la langue et notamment à sa prononciation, de rechercher de nouvelles formes de distinction des mots.

(la suite plus tard ...)

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Darwinisme linguistique - le Lun 05 Mar 2012, 14:51

Pardon de vous interrompre, Masterkey. Je suis tout à fait d'accord avec vos deux paragraphes clairs et avisés. Votre réflexion est en phase avec la réalité de l'évolution naturelle des langues. Quand on ne la corsète pas, une langue change. Faut-il s'en émouvoir ? Non. Le français académique actuel est un patois du latin et le français d'après-demain, qui à l'avenir sera considéré comme la langue juste, sera le patois de notre français académique.

Que l'on prononce, sur France Culture, "une contrEUverse" et "un sOUbriquet" (encore merci à Nessie pour cette observation) n'est pas un mal pour ce qui est du sens véhiculé par la langue, car aucune ambiguïté ne peut survenir, quoique... avec la langue on ne sait jamais : "un sOUbriquet" prononcé à la moderne pourrait être confondu avec "un sou briqué", mais le risque est faible (ce n'est pas une raison pour l'ignorer, remarquez), car cette association ne peut survenir que dans les cortex oulipiens...

Deux ou trois choses néanmoins :
1/ Dans le post précédent, je voulais indiquer qu'une tendance phonétique pouvait amener à des confusions (jeu/je ou côte/cotte ou mal/mâle ou encore entendu plus d'une fois "Fauré" pour "forêt"... Tiens, à vous : "j'ai foré [un "i" ne manque pas] dans la forêt en écoutant Fauré", tout pareil ? Ok, no comment...)
2/ La perte d'un élément du langage, s'il n'est pas compensé par un avantage patent (pour qui, cet avantage, cependant ?) est une perte de "phonodiversité". Dans une logique utilitariste, ce n'est peut-être pas très grave (la voyelle nasale de "brun" qui se prononce désormais presque partout comme "brin" n'a pas changé la face... du monde francophone) mais dans une perspective esthétique ça l'est (perte de relief, de nuances, etc.).
3/ Si mes voisins font du bruit, j'ai plusieurs possibilités. Prenons celle de l'adaptation : j'apprends à aimer le tintamarre (John Cage : "si vous être dérangé par un bruit, apprenez à l'aimer") ou je me mets des bouchons d'oreille ou je superpose un bruit blanc masquant, type ventilateur. C'est "The survival of the fittest", version bruits de voisinage. La nuisance n'est pas combattue, on vit avec elle, plus ou moins bien. On "s'habitue" (cette lâcheté ordinaire).

On entend mieux "côte" que "cotte" dans un monde bruyant et inattentif ? Pourquoi réduire le bruit et enseigner l'attention ? Changeons la langue !






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quelque part en thèse - le Lun 05 Mar 2012, 16:39

Encore une parenthèse, moi aussi anattendant la suite du MasterKey, et tout en remettant à plutarque la suite sur l'essentiel.
@Philaunet a écrit: Vous aurez aussi remarqué que pour se faire entendre ou remarquer, une grande partie des journalistes met maintenant l'accent tonique sur la première syllabe d'un mot alors que l'accent, en français, est normalement toujours sur la dernière syllabe d'un mot ou d'un groupe de mots.

Ce déplacement de l'accent tonique sur la première syllabe, qui correspond à une accentuation d'émotivité, il me semble qu'on le retrouve à France Culture de 2 façons différentes :

1) motivé par une intention d'expressivité, donc délibéré. Ainsi quand on veut faire passer un propos sinon en force, du moins en l'accompagnant d'un coup d'émotion. J'en donne 2 exemples parmi d'autres, parce que ce sont les plus fréquents et les plus saillants à mon oreille : la dramatisation chez Finkielkraut (il en abuse), et l'hystérie chez Laure Adler (elle abuse, tout court). Tous deux abusent de l'accent d'attaque. A défaut d'être très conscient au plan du procédé, au moins est-ce cohérent avec leur intention. Ils sont tous deux de l'ancienne école. On peut contester leur message et on ne s'en prive pas. Mais tout en tenant compte des abus et de la lassitude qu'ils peuvent entrainer chez l'auditeur, au plan de la forme je n'y vois guère à redire. Nous sommes dans le monde des idées. Je dirais que c'est de bonne guerre, juste un peu lourd.

2) celle que vous avez remarquée, donc non plus chez ces producteurs qui jouent un rôle dans le monde des idées ou pour certains le voudraient, mais cette fois de la part des journalistes qui s'alignent sur un truc de métier. Truc 'de métier' , pour ne pas dire truc de camelot : forcer la première syllabe pour suggérer la dramatisation. En ce cas, le déplacement de l'accent est mis au service non d'une émotion plus moins sincère, mais d'une construction journalistique : celle du ton sensationnel. Le ton qui accompagne le choix des mots. C'est le sensationnel au micro de FC, et un indice du glissement vers l'info à l'estomac, dans la presse et les médias en général, et si visible (audible) à FC en particulier dans ses journaux. Et encore plus inconscient que dans le cas précédent, car contrairement à Finkie ou Laure Adler qui ont intériorisé des règles d'expressivité, je parierais que les jeunôts de la rédac' même en se réécoutant (on peut rêver) ne se rendront même pas compte qu'ils en font des tonnes quand ils se lâchent, juste pour racoler de l'attention. Ils ne le font pas au service des idées mais au détriment de l'info. Ici c'est pas du tout de bonne guerre et c'est hyper-lourd.

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Re: Des déficits abyssinaux et autres barbarismes amusants - le Lun 05 Mar 2012, 16:48

Au sujet des relâchements et confusions de type contr[o/e]verse ou côte/cotte, je crois ceci : le maintien de toute distinction a un certain coût pour le locuteur, non pour l'auditeur : au contraire. C'est justement sur la balance entre ces deux intérêts opposés que s'équilibre le langage parlé.

Pour celui qui parle, il y a plusieurs types d'efforts, les musculaires - qui conduisent à produire des consonnes sonores plutôt que sourdes entre deux voyelles (prononcer les X "gz", les S "z"...) -, et ceux qui tiennent à la mémoire de la phonation (non consciente), qui pointe vers l'O fermé ou ouvert suivant le contexte.

Les voyelles sont certainement les sons les plus labiles du parler. Les langues où l'écrit n'indique même pas la voyelle sont fréquentes, tel le rameau sémitique (entier ? Je n'en suis pas sûr)

La contrepartie pour l'auditeur, quand une distinction est maintenue, c'est bien sûr l'intérêt d'un moindre effort de recomposition du sens, car plus nombreux sont les indices du mot à reconnaître, plus simple est la tâche.

Là où se jouent les disparitions - non pas celles que vous illustriez joyeusement avec Nessie avant que Langevin ne se la joue revenente - c'est quand l'intérêt (en terme d'effort) du locuteur l'emporte sur celui de l'auditeur. Soit parce que le contexte rend suffisamment évident les choses pour ce dernier, soit parce qu'une mode orale contamine les habitudes des premiers.

Ca ne manque d'ailleurs pas d'énerver les auditeurs tatillons, qui ne s'y retrouvent pas : leur effort sera à la hausse, eux qui avaient signé pour le précédent contrat locuteurs/auditeurs.

Enfin le but, qui est celui de se faire comprendre, ne va certainement pas aller diminuant. De nouvelles distinctions sonores ne manquent pas d'apparaître pour pallier aux situations ambigües, et si elles ne sont pas sonores, elles deviennent lexicales, grammaticales, ou contextuelles. D'autres habitudes, un temps fautives, se créent. On ne peut pas trop se plaindre dans le même temps de ces écueils (enfin si, il est bon qu'une force un peu réactionnaire contrebalance un progressisme sinon échevelé).

Un ajout tardif : les modes comme celles que pointent Nessie dans son message précédent, s'imposent souvent facilement dans une même cercle d'auditeurs/locuteurs car le parler est extrêmement contaminant. Je ne sais pas si vous le constatez sur vous-même, mais on attrape des habitudes de toutes sortes sans même sans rendre compte. Des tics les plus ridicules aux formules toutes faites viennent à votre insu vous polluer l'expression, elle ont presque leur vie propre en vous indépendamment des idées que vous voulez exprimer avec.

On y est peut-être plus ou moins sensible (ou suis-je le seul?), et c'est très énervant, mais ça explique à mon avis nombre de modes vocales, à la diffusion rampante, sauvage et difficilement contrôlée par les individus.

PS : en lien avec le sujet, le vieux fil du cabinet de curiosites linguistiques, où il avait été pointé la fusion des laquelle, lesquels et lesquelles dans un lequel commun, par Nessie, transformation qui obéit certainement aux mêmes règles que celles qui touchent à la phonétique.

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Re: Des déficits abyssinaux et autres barbarismes amusants - le Lun 05 Mar 2012, 17:40

Un rapprochement intéressant, Philaunet est celui que vous avez fait avec la compression dynamique. Effectivement, il y a non seulement une communauté de buts, mais la compression est tout aussi attachée à l'image d'un procédé vulgaire, peu distingué (à double raison) que le parler peu scrupuleux des conventions attachées aux voyelles.

D'ailleurs, je vous avais lu un peu vite à ce sujet : c'est bien sûr un autre enjeu possible pour celui qui parle de se faire mieux entendre, plutôt que d'économiser ses efforts. Les deux peuvent être à l'oeuvre bien sûr, mais dans tout les cas, il y a fort à parier que des prononciations s'imposent par leur adaptation, soit parce qu'elles sont utiles face à l'environnement (le pouce opposable), soit parce qu'elles sont conduite par lui sur le chemin de l'obsolescence (l'oeil de la taupe).

Mais sur la compression, c'est ce passage qui avait attiré mon attention :

la regrettable (mais jugée nécessaire) compression de la dynamique mise en oeuvre à la radio (sauf à France Musique, semble-t-il) où les sons faibles sont amplifiés (ici modifiés) pour que ceux-ci soient intégralement entendus dans un environnement bruyant

La compression (dynamique) est mise en oeuvre sur toutes les stations, France Musique comprise. A différents niveaux et avec différents paramètres, c'est certain, mais pas seulement la compression : la distorsion (France µ aussi), et l'égalisation sont de la partie.

C'est là encore dans un ancien fil, France Culture à vau-l'eau... qu'on avait évoqué le sujet. J'y avais remonté la discussion suivante trouvée sur le site d'Arte Radio : http://www.arteradio.com/forum/posts/list/125137.page , ou un participant, Labroue, explique l'intérêt des différents procédés, l'ajout d'une petite cloche à l'égalisation autour des 3000 Hz pour renforcer les nasales qui aident à l'intelligibilité, une légère distorsion quasi-obligatoire à ajouter au son brut, etc..

Evidemment, à France Musique, on est encore au royaume du respect du son, et j'imagine que le traitement n'est pas le même entre les moments parlés et la diffusion de musique. C'est d'ailleurs dans les émissions diffusés sur toutes les chaînes simultanément qu'on se rend souvent compte des différences de traitement (il faudra que j'écoute Radio France Politique sur Le Mouv', tiens).

Pierre Charvet, qui animait jusqu'à l'année dernière une petite quotidienne de 5 minutes sur France Musique, en avait consacré un numéro à la compression, un numéro que voici : [son mp3="http://download.od.tv-radio.com/francemusique/secure/token/8bd3d1dcb6df12bf9558fe39a1a81652/4f54f4ef/mot/mot_20110813-128k.mp3" debut="00:00" fin="10:00"] (adresse de l'émission : http://sites.radiofrance.fr/francemusique/_c/php/emission/popupMP3.php?e=70000040&d=425003765). Une comparaison hilarante entre une diffusion d'Ainsi parlait Zarathoustra avec les réglages d'NRJ puis ceux de France Musique aide à illustrer le propos.

(encore quelques mots a venir, mais comme vous pouvez le constater, mes moments disponibles sont pour le moins espacés, ne vous privez pas de me couper!)

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Re: Des déficits abyssinaux et autres barbarismes amusants - le Lun 05 Mar 2012, 18:02

Pour en finir avec ce sujet (la compression), à France Culture, il me semble que ce n'est pas catastrophique (j'ai justement entendu ces derniers jours un extrait RMC Info ou RTL de Dominique de Villepin, diffusé dans le journal de France Culture, on aurait pu penser qu'il criait), mais je me demande si le potentiomètre n'a pas été un peu poussé, question compression, ces derniers temps, et si on n'aurait pas gonflé un peu les graaaves : En écoutant le Continent science de la semaine dernière, j'ai été assez interloqué par le rauque de la voix de Deligeorges (ça n'a pas changé) qui venait gratter assez bruyamment les boomers de mes pourtant sages enceintes.

J'ai tenté une écoute comparée du début avec la plus ancienne émission disponible à l'écoute sur le site, les voici, la récente : [son mp3="http://download.od.tv-radio.com/france_culture_ondemand/sites/default/files/sons/2012/02/s09/Continent_Sciences--27_02--NET_b848fe82-cf73-4a61-b37f-3f8ef328bc3d_DF.mp3" debut="03:58" fin="10:58"] et une de 2010 : [son mp3="http://download.od.tv-radio.com/france_culture_ondemand/sites/default/files/sons/2010/09/s36/Continent_sciences--France_Culture_2--NET_242c6baa-7e2d-43ff-9547-7babeadc29c7_DF.mp3" debut="04:25" fin="11:25"]. Déliré-je en entendant une différence ? J'ai essayé d'éditer les deux fichiers audio dans un logiciel de traitement du son, sans voir de différence notable dans le spectre, donc c'est peut-être moi. Ou peut-être faut-il comparer la chose avec quelque chose d'un peu plus ancien, du 2005 par exemple.

Au fait, Philaunet, vous pouvez donner à entendre dans le corps de votre message directement l'extrait de Sur les docks dont vous parlez : pour ce faire, cliquez sur le bouton "Extrait France Culture", violet (vous ne pouvez pas le rater), au-dessus de la boîte d'édition. Donnez-lui ensuite, quand il vous la réclame, l'adresse de la page de l'émission, dans votre cas : http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-guerir-de-quoi-mourir-de-quoi-2011-11-07 , et cliquer sur OK. Le bouton dispose pour vous un petit code dans le corps du texte, qui sera figuré par un bouton de lecture comme ceux que j'ai placé dans ce message.

Si vous souhaitez en outre que la lecture commence à un moment autre que le début, il vous suffit d'inscrire, par exemple, "35:32" dans le paramètre début, et, mettons, "35:47" dans le paramètre fin.

Démonstration (j'espère que ça va marcher, en général les démonstrations se terminent mal) : [son mp3="http://download.od.tv-radio.com/france_culture_ondemand/sites/default/files/sons/2011/11/s45/Sur_les_docks--07_nov_2011--NET_c39ba55a-3eeb-4c79-9572-243db119522a_FC.mp3" debut="35:32" fin="35:47"]

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Re: Des déficits abyssinaux et autres barbarismes amusants - le Mar 06 Mar 2012, 11:01

Remise aux calendes grecques et ensuite à la saint Glinglin de la lecture de France Culture Papiers pour pouvoir étudier à fond vos posts 36 à 39. Merci pour toutes ces précisions et solides réflexions. À suivre.

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Re: Des déficits abyssinaux et autres barbarismes amusants - le Mer 07 Mar 2012, 02:58

Bon, puisqu'on s'est mis à alimenter ce fil de ronchonneurs, il faut admettre que FC nous fournit continûment de la matière, mais on va avoir besoin de l'alphabet phonétique international. Je sais pas s'il faudra demander au Masterkey un truc pour capter les symboles phonétiques : au moins avec un PC on peut les prendre la-bas d'un coup de copié-collé. Pour ce soir je signale deux prononciations à remarquer, dont une qui ne me surprend pas mais longue à décrire, et l'autre inattendue mais vite racontée alors je commence par celle-là :

- Caroline Broué qui dit : "notre partènariat" (ou "partainariat") à 2 reprises en 4 secondes (ouverture de la Grande Table mardi 6)

- Et puis chez Gardette mais pas seulement lui, on trouve à la tonne des "eu" aussi ouverts que le /œ/ de l'API celui qu'on trouve parfois devant une consonne terminale : dans 'oeuf', 'coeur', 'oeil', "soeur' et même dans 'hub', mais jamais si elle précède un "e" muet. Ce E très ouvert n'est pas tout à fait le schwa mais on y est presque. Je l'ai entendu ce matin chez Gardette dans "vertigineuses" ; voila ce que ça donne en mélangeant les 2 alphabets pour que ça reste lisible : /vertiʒinœz'/ . De même jadis en 2005 quand il rendait compte /dezemœt'/ -lire : "des émeutes"- , dans les deux cas imaginez ce que ça donne avec le /œ/ final aussi ouvert que vous pourriez le faire sans aller jusqu'au /ə/ (le fameux 'schwa').

Dans ce cas la voyelle a été à la fois ouverte et a migré vers l'antérieur qui est l'extérieur de la cavité buccale. C'est donc un peu comme les "A" en voix de canard que nous fait Louise Tourret, et très semblable aux 'o' trop ouverts qui fleurissent partout sur FC. Pour ces voyelles dévoyées je ne crois guère à l'explication par l'économie articulatoire, mais à l'explication écrasamment sauciale :

a) il y faut en premier lieu une faible conscience de ce qu'est une norme phaunétique et chez Gardette on a vu depuis 2003 qu'elle était carrément absente, par exemple quand il nous sort un "cette paulémique auppoz les deu partis". ( ! , ʒəmesklam)

b1) ensuite la mode pré-consciente d'un parler-branché (qui en l'occurrence imite un peu quelque accent du sud - Gardette ne serait ici coupable que d'avoir mal quitté le sien et de faire une salade de voyelles par incapacité à y arriver correctement, de là ses "hot températures" et autres "foces déclarations"). En clair : sauf pour l'incompétence de Gardette, c'est de la pure frime minable.
ou
b2) imprégnations de classe (d'âge / sociale / professionnelle / régionale càd accent) qui elles ne ressortissent pas à de la frime merdique, mais se font de manière très zélées parce que largement inconsciente ; je pense aussi que les accentuations et les lignes mélodiques particulières sont de cet ordre. Notamment dans le parler-média on a identifié depuis longtemps des "musiques de titres". Là ça devient difficile à décrire en forum, remarquez... Mais si on ne parvient pas à proposer des exemples à écouter, je pense qu'on y arrivera quand même (en donnant les notes, à jouer sur un bontempi justement je connais un type qui doit en avoir un à refourguer)

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