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Terre à terre de Ruth Stegassy    Page 3 sur 10

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Terre à terre de Ruth Stegassy - le Mer 07 Oct 2009, 09:32

Rappel du premier message :

Le 19 septembre, entretien de Ruth Stegassy avec Jean-Pierre Berlan,
ingénieur agronome et économiste.
En voici la transcription presque fidèle:


La sélection animale est à mettre en parallèle avec la sélection sociale.
Sélection des animaux, sélection sociale, la dynamique est (était ?) la même. Les plantes et les animaux se reproduisent gratuitement, c’est antagonique avec le système marchand. Dans le système marchand, les entrepreneurs veulent avoir le monopole de la reproduction. Le contrôle de l’hérédité est plus rapide pour les animaux que pour les plantes, parce qu’il est plus facile de contrôler les saillies des animaux.

Ce sont les aristocrates anglais qui au début du XVIIIe siècle ont introduit la sélection des animaux, celle-ci provient de la manie des courses de chevaux. Il y avait un enjeu économique. L’aristocratie anglaise s’ennuie dans ses îles, les courses de chevaux sont un dérivatif à l’ennui. On va introduire des étalons arabes, croisés avec des juments anglaises et on a créé la fameuse race du « pur sang » .On va fermer le « livre des origines » pour avoir un monopole. Il faut accroître la rentabilité, il y a aussi des raisons de prestige. Toute une industrie des courses se met en place. On va faire courir des animaux de plus en plus légers, de plus en plus jeunes. On introduit le système de pedigree, c’est une vision très aristocratique. Seuls les animaux qui appartiennent à la lignée peuvent être inscrits.

C’est le même système que celui de la transmission de la richesse chez les aristocrates.
Dans le domaine des animaux de ferme il y a de grands éleveurs anglais, les Beckwell, les Collins, ce sont les fondateurs des races modernes. Très bon livre de Russel sur la question. En fait, c’est vraiment du vent. Il est facile de manipuler les conditions d’environnement. Ces éleveurs savaient très bien nourrir leurs animaux, ils étaient de très bons maquignons et s’y connaissaient dans la mise en scène. C’était des gens qui avaient une très bonne connaissance des marottes de leur temps, ils savaient se plier aux désires de la gentry.
Ils les présentaient les animaux aux acheteurs émerveillés avec une mise en scène extraordinaire, les peintres animaliers concouraient à cette foire aux illusions.

Il est très difficile de connaître la valeur d’un animal dont on vous vante les qualités
Si vous n’êtes pas content de votre animal, on aura beau jeu de vous dire que vous n’avez pas fait tout ce qu’il fallait pour en tirer le meilleur. Personne ne pourra démontrer que le magnifique travail de sélection a foiré. Il y a une terrible asymétrie d’information. Les méthodes statistiques qui permettront d’y voir clair vont venir au premier quart du XXe siècle, avant cela, aucun moyen de savoir.


Il y a eu un discours sur la génétique qui était une rétro-projection ( ?) des pratiques des éleveurs. Eux aussi vont instaurer des monopole sur les races ; ils vont fermer les pedigrees. Derrière tout ça, il y a des conceptions platoniciennes, l’idée que derrière la variabilité se cache une essence. C’est Darwin qui va renverser tout ça. Donc cette petite coterie mafieuse de sélectionneurs joue sur l’essence de la race, fait valoir la coloration, le pelage, ce qui n’a rien à voir avec les performances des animaux. Les chevaux de course ne courent pas plus vite que du temps de x ( ?). Tout ça ne marchait pas.

Le vent nouveau est venu du Danemark, les Danois ont introduit une sélection sur la descendance ; la valeur d’un reproducteur est estimée sur sa descendance. C’est une application de « l’utilitarisme bourgeois » qui remet en cause la conception des aristocrates anglais.
Jean-Pierre Berlan passe aux animaux domestiques, ceux-ci sont dégénérés. Les cockers jadis admirables chiens de chasse sont devenus mordeurs, caractériels. Le plus facile, c’est la « beauté », des critères qui ne servent à rien. Toutes les deux sélections ascendante et descendante se sont fourvoyées.

Il y a eu une sélection qui s’est faite au cours des siècle, la vraie, la bonne, c’est la sélection paysanne qui a abouti à des races magnifiques : les blondes d’Aquitaine, les salers, les charolaises, les tarines, la gascogne, qui sait échapper aux ours. Des générations et des générations de paysans y ont concouru. Idem dans le monde végétal, blé, riz, plantes potagères.
Les gangsters des multinationales agro-toxiques veulent s’approprier ce travail. Ils opèrent la transformation en marchandise de l’hérédité. Question qu’ils se posent : comment vais-je pouvoir me débarrasser de l’agriculteur ?

Les rendements du blé ont énormément progressé, de quelques quintaux sous l’ancien régime à une douzaine dans les années vingt, et dans les années cinquante, courbe qui se redresse verticalement multiplication par cinq. La volonté de moderniser l’agriculture a abouti à son industrialisation : tracteurs , engrais dérivés des explosifs, pesticides issus de la chimie des gaz de combats, on est dans une agriculture de guerre .

Il faut séparer la production de la reproduction (répété plusieurs fois au cours de l’exposé) pour permettre à un certain nombre de gens de faire de profits. Cette agriculture moderne est une culture de guerre. Le système agro-industriel fait la guerre aux insectes, c’est une guerre à la vie. La contraire de ce que devrait être une véritable productivité. Les vaches dans ce système sont des usines à lait. Selon un sélectionneur américain, le seul moyen de mouiller légalement le lait, c’est la vache Holstein, machines à pisser le lait. On continue à parler de lait, ce n’est pas du lait. On dit tomates ; 80% des tomates vendues en France poussent sur un substrat articiciel, je cherche un mot, ce sont des pétro-tomates ; on est dans une pétro-agriculture.

C’est depuis la deuxième guerre mondiale que le processus s’est emballé. Le paysan produisait de blé, maintenant on transforme les pesticides en pain Jacquet. On est dans un système agro-industriel. Derrière tout ça, il y a l’application des principes industriels au monde vivant, c’est tout à fait mortifère. Ça fait longtemps qu’on ne cultive plus de variétés de plantes ; du fait qu’elle est hétérogène et instable, la variété ne peut pas être l’objet d’un droit de propriété. Ce qu’on peut en revanche marchandiser, ce sont les copies d’un modèle de plante qui a fait l’objet d’un dépôt dans un organise officiel, ce sont des clones. On retrouve la logique des fameux purs sang arabes. Un clone qui est un mort vivant peut faire l’objet d’un droit de propriété.

C’est ainsi que se développe une pression continue pour arracher le contrôle de l’hérédité ; d’un bien collectif, faire un bien privé. Les marchands agro-toxiques, marchands de produits en « cide ». Par l’intermédiaire du droit de brevet on leur confie l’avenir du biologique. Le mouvement d’expropriation de la vie est sur le point d’être achevé, grâce à l’union européenne. La confiscation de la vie, c’est la confiscation du travail de générations et de générations centaines de générations de paysan. C’est l’application au monde vivant du système industriel. Cette application du modèle industriel au monde vivant introduit uniformité et homogénéité. Deux entreprises dans le monde contrôlent la génétique des volailles. Les conséquences sont désastreuses. Cela accroît les risques de pandémie, grippes aviaires, grippes porcines. On assiste à une collision entre une logique industrielle et une logique de la vie, logique de la diversité.

Rutl Stegassy : mais le travail de la sélection paysanne n’est pas mort. Peut-on imaginer un retournement de la situation ?
Jean-Pierre Berlan :
Mais la logique d’appropriation est toujours à l’œuvre. Elle est inhérente au système du capitalisme industriel. L’idée qu’on pourrait aménager des espaces de liberté dans ce système ne tient pas. La logique interne, elle est là. Elle ne cessera qu’avec la fin du capitalisme industriel.
Je pose la question à des auditoires à des étudiants : qu’est-ce que produit Peugeot ? Des voitures ? Mais non, Peugeot produit des profits ; les voitures, c’est un prétexte. Le but dominant de la société, qui la structure en profondeur c’est la production de profits. La production des profits est antagonique avec la production de vie.

Ruth Stegassy : sélection ascendante, sélection descendante, mais on est passé à autre chose, les multinationales. Comment caractériser ce processus ?

Jean-Pierre Berlan : il y a une volonté d’objectiver, de donner une logique interne aux choses. La sélection est faite par les sélectionneurs, c’est un milieu social qui a s’est constitué autour des livres des origines. On voit bien que l’utilitarisme bourgeois s’est heurté aux scientifiques. Les scientifiques n’aboutissaient à rien en matière de productivité, il y a un milieu social derrière, les scientifiques sont obligés de composer avec ce milieu.
Au Salon de l’agriculture, on continue à pratiquer les vieilles méthodes de sélection ascendante « aristocratique », médiatisées par les « concours de beauté », toujours l’idée d’une certaine essence, rien à voir avec des critères de productivité.
Il y a donc confrontation entre des gens qui prétendre avoir des attitudes scientifiques et le terreau social dans lequel ils essayent d’imposer des choses nouvelles. Comment ça se résoud, ça dépend des luttes de pouvoir.

Une idée baroque, c’est que les décisions devraient être prises sur des sur des bases scientifiques. La science, ce n’est pas grand-chose dans la domaine de la biologie. On ne sait rien de la façon dont on passe de l’œuf à l’organisme, on ne sait pas non plus
comment les protéines se plient dans l’espace pour donner les tissus. On n’en sait rien.
Vous avez des crétins qui jouent avec ce genre de choses alors qu’ils n’y connaissent rien.
On parle sans arrêt des progrès de la biologie moléculaire, c’est un effet de propagande.

On pourrait faire autrement. On peut obtenir le même résultat avec des méthodes naturelles
L’agro-écologie produit des choses prodigieuses. On parle très peu des agro-éco systèmes extrêmement performants, on n’en parle pas. Des choses admirables ont été faites. Passer à une agriculture biologique c’est possible. Pour ça, il faudrait de vrais agriculteurs, pas des bourrins.

Question de Ruth Stegassy le langage n’est-il pas important ?

Jean-Pierre Berlan : c’est fondamental. Nous sommes dans une société de corruption du langage. Il ne faut pas dire OGM. Si vous dites OGM vous êtes coincés vous allez voir arriver la propagande qui vous dira que l’humanité a toujours modifié les plantes.
Il faut dire Clones Pesticides Brevetés .
On dit variété alors qu’il s’agit des clones. Dans ce cas, qu’est ce que vous voulez penser ? Vous êtes perdus.
Quand on entend privilège des agriculteurs de semer ce qu’ils ont récolté, c’est les gens qui veulent séparer le production de la reproduction qui disent ça.

Donc la prochaine fois, vous irez arracher non pas des OGM mais des clones pesticides brevetés.

Henry
* * *

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Je ne suis pas très obéissant - le Ven 12 Nov 2010, 17:52

"C'est votre droit le plus strict. Mais une émission de radio n'est pas un sermon, et rien ne vous oblige à acquiescer à tout ce qui se dit à l'antenne."

Justement, quand de plus en plus d'émissions de radio sur FC deviennent des sermons, a-t-on le droit de s'en inquiéter, de le signaler, de déplorer la perte de diversité, où doit on se taire et avaler sans rien dire? J'avoue, cher 411, que je ne suis pas très obéissant, contrairement à vous.

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Ven 12 Nov 2010, 18:20

"de plus en plus de ....": classique procédé un peu malhonnête, qui consiste à dramatiser un phénomène pour justifier ses positions, en le plaçant sur une échelle temporelle. Il n'y a pas plus de sermons sur FC qu'autrefois.
(de même qu'il n'y a pas plus -quoiqu'on en dise- de voleurs, de délinquants, de riches .... qu'autrefois).

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Ven 12 Nov 2010, 18:23

De plus, sous-entendre que son contradicteur est un mouton de Panurges, pour mieux glorifier sa "noble et digne désobéissance" est assez maladroit.

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Ven 12 Nov 2010, 18:50

écoutez 411, je n'avais pas assez de sens critique autrefois pour me plaindre de sermons sur FC et je n'écoutais pas suffisamment d'émissions pour en juger.Par contre, j'écoutais Culture matins avec Jean Lebrun et celui-là était quand même plus finaud.
Mais , actuellement, il y a quand même pas mal de sermons, on ne peut le nier: voir le fil sur les infos.Par exemple, sur la pauvreté. Autant ce problème de la pauvreté m'a toujours obsédée(pourquoi n'arrive t-on pas à la diminuer davantage?), autant c'est exaspérant d'entendre des gens qui n'ont sans doute jamais connu un RMIste (je parle des RMIstes issus de milieux pauvres), qui ignorent tout de leur vie , en parler sans cesse , attirer la compassion sur eux. Les pauvres n'ont pas besoin de compassion, ils ont besoin que l'on comprenne pourquoi ils n'arrivent pas à avoir des vrais métiers, une vraie formation, et y remédier.
Pour en revenir à Ruth Stegassy, les problèmes écologiques sont très complexes. Je remarque que ça ne sert à rien culpabiliser, et pourtant je trouve qu'on s'est foutu du monde avec cette agriculture ne se souciant plus du vivant, depuis 1970. C'est surtout inintelligent.

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Ven 12 Nov 2010, 19:28

411 a écrit: PS: je n'écoute pas Le Mouv', ce n'est pas ma tasse de thé; cela me donne une occasion de moins d'être grincheux :-)
Je n'écoutais pas non plus mais Bonnaud après trois ans de purgatoire sur Europe 1 revient à RF, (après plusieurs années sur Inter) et son émission est dynamique et instructive, et bcp de producteurs de Fc pourraient s'en inspirer. Quant à grincheux c'est votre fixation, j'ai écrit hier deux post sur JMV qui relataient mon bonheur à lire et écouter livre et émission, et il n'y avait je crois rien de terre à terre.

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Sam 13 Nov 2010, 08:48

411 a écrit:Pardon à nouveau mais, pour qu'une critique porte, il faut qu'elle soit bien renseignée. Qui vous dit que l'entreprise dont vous parlez n'a jamais été conviée ? Qui vous dit que la productrice ne s'intéresse pas aussi à l'agriculture extensive?
Soyons sérieux. Qui parle de commettre des fautes ? Faut-il toujours qu'il y ait "débat" ? Cette vision est très simpliste, je maintiens.

Je précise : jusqu'à ce que j'arrête de l'écouter (mars 09) je ne crois pas que l'entreprise Monsanto ait été invitée. Je ne crois vraiment pas que la productrice s'intéresse à l'agriculture extensive. Si nous reprenions grâce aux archives les thèmes de ces émissions en trouverions-nous une ?
Antonia a parfaitement brossé l'évolution de RS. "Partie de rien" elle a maintenant les acquis pour dépasser la "béatitude" initiale, et je suis certain qu'elle bosse beaucoup ses sujets. Il n'empêche comme c'est le cas ici sur ce forum, ses sujets (et tant mieux) prêtent à débats de société, d'éthique, de civisme, d'humanité et d'enjeux économiques. L'émission titille nos convictions, nous interroge et nous donne envie de débattre. C'EST LE SUJET MÊME DE L'ÉMISSION QUI Y INCITE.

En quoi donc cette vision de débat est-elle simpliste ? J'espère avoir démontré (de façon trop synthétique) que l'enjeu même du sujet impose, oblige, nécessite le débat et ce pas forcément à chaque émission, mais régulièrement. Sinon l'absence de contradiction pipe le sujet, ne DONNE A ENTENDRE QU'UNE SEULE LIGNE DE PENSÉE ET DE FAIT ENFERME LA RÉFLEXION.

Par contre il fallait sans doute que RS acquière l'assurance nécessaire et les acquis qui vont avec pour pouvoir tenir le débat, en mettant de côté ses convictions, en jouant un rôle de débatteur "impartial". Plus difficile quand on est marqué par ses choix personnels ("idéologies" ?).

Au risque que ma mémoire me joue des tours (je n'ai pas retrouvé sur le site de RS ni sur le site de FC les références exactes, il s'agit d'un TàT de 2008 ou 2009) je me souviens d'une merveilleuse émission de RS avec PEM (Paul-Emile Victor) où elle ne lui aura posé qu'une seule question à laquelle il aura répondu pendant 55 mn ! Du très grand art d'orateur et beaucoup de respect de la part de RS pour avoir su l'écouter ! (Doit pas y avoir beaucoup d'exemples de ce type en radio ?)

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Sam 13 Nov 2010, 09:27

411 qui à ce moment là ne signait pas encore "Martin" a écrit:"de plus en plus de ....": classique procédé un peu malhonnête, qui consiste à dramatiser un phénomène pour justifier ses positions, en le plaçant sur une échelle temporelle. Il n'y a pas plus de sermons sur FC qu'autrefois (de même qu'il n'y a pas plus -quoiqu'on en dise- de voleurs, de délinquants, de riches .... qu'autrefois).
Salut à tous,

Je ne suis pas certain que le procédé rhétorique de Fanch soit aussi malhonnête que vous le dites. Au pire il y aurait une maladresse due à l'exaspération. Jusque là, sur les réponses que vous lui avez faites j'étais assez d'accord avec vous, tout en persistant à lui faire confiance pour clarifier son point de vue, ce qu'il vient de faire.

Mais quand Fanch compare les époques, même s'il pour cela il ne peut s'appuyer que sur ses souvenirs, en quoi cela serait-ce déshonnête ? Au pire il se tromperait. Et quant à notre diagnostic (déplorant) d'une radio davantage sermonnante que dans sa période précédente, en quoi serait-ce moins (ou plus) honnête que votre réponse qui aligne la déploration sur une autre déploration notoire et elle aussi contestée, celle de l'accroissement d'insécurité ? Je ne dis pas qu'il n'y a pas de rapport entre deux déplorations : oui, elles peuvent être fausses toutes les deux, et toutes les deux naître d'une illusion d'optique. Mais c'est bien tout, et tant que votre rapprochement n'est pas argumenté il reste un peu court. D'ailleurs le propos de ce forum ne se réduit pas à un refrain "c'était mieux avant" (cette critique un peu courte qui nous a été faite a déjà reçu sa réponse). Là où vous avez raison, me semble-t-il, c'est que Fanch (et avec lui nombre d'habitués de ce forum, dont moi) déplore ici quelque chose qu'aucun d'entre nous n'a objectivement mesuré, mais que nous croyons subjectivement constater : l'injection de moraline dans le programme. Il se trouve que terre à terre en fait partie parce que, entremêlé à l'information économique et presque scientifique qu'on y entend, le ton dominant y est clairement de type militant.

Quand vous dites :
<< Il n'y a pas plus de sermons sur FC qu'autrefois >>
Objectivement nous n'en savons rien, ni dans un sens ni dans l'autre, et l'honnêteté oblige à le reconnaitre. Notons que vous n'en savez guère plus. Est-ce que ça veut dire que nous sommes coincés et que la discussion doit s'arrêter ? Peut-être pas. Si nous sommes victimes d'une illusion, autant en chercher les causes, n'est-ce pas ?

Je préfère poser la question autrement : pourquoi (ou comment) des auditeurs ont le sentiment d'entendre maintenant davantage de sermons que dans une époque antérieure ?

Mais dans l'état actuel de la discussion, ce sentiment, ne vous en déplaise, n'est pas encore une idée fausse. C'est plutôt une hypothèse, et c'est déjà pas mal. Car une réponse directe à la question ci-dessus, c'est que les auditeurs ont raison, et que leur sentiment est juste. Oui c'est une réponse directe, et pas encore très étayée. Essayons de voir où elle mène : pour savoir en quoi ce sentiment est juste, et en quoi l'hypothèse est justifiée, une piste assez solide serait à chercher dans les parts respective de l'idéologie et de la culture dans le programme : plus le programme contiendra d'émissions consacrées aux questions politiques économiques et sociales, plus on y entendra des points de vue orientés par l'idéologie, et plus l'intolérance des auditeurs se trouverait alors activée. De mon point de vue, un tel basculement du programme n'est pas du tout une hypothèse mais un fait, qui correspond aux différentes doctrines de programme qui ont été appliquées depuis septembre 1999.

En clair : je ne crois pas que des illusions d'auditeurs expliquent leur réaction d'intolérance à la moraline. Mais peut-être cette réaction n'est pas encore rationnellement justifiée ? Et dans l'attente, nos cris d'orfraie, il faut le reconnaitre, ont de quoi agacer aussi bien les sourds et les sceptiques, que des gens peut-être mieux renseignés que nous. S'ils ont des données objectives à opposer à nos impressions, alors qu'ils les sortent. Ca éclairera tout le monde et ça en calmera quelques uns. Mais s'ils n'ont à proposer que leur doute, c'est déjà pas mal et ça mérite d'être pris en compte. Mais est-ce que ça nous fait vraiment avancer ?

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Martin 411 était son nom ... - le Sam 13 Nov 2010, 09:54

-



post effacé dimanche 14 dans la soirée par son auteur

_________________
Martin
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Réponse à Martin (post de 9h54) - le Sam 13 Nov 2010, 10:11

dans un post que depuis il a préféré effacer selon un procédé sportif déjà utilisé ici par un troll colérique, Martin a écrit:Je persiste néanmoins à réfuter cette croyance-que vous appelez hypothèse, et qui pour moi ne constitue qu'une sorte de tic de pensée intemporel, repris et exploité par certains idéologues-selon laquelle, le constat d'une situation contemporaine, serait nécessairement le résultat de la dégradation d'un idéal passé ou de je-ne-sais quelle évolution fatale lié à je-ne-sais quel poison qui minerait particulièrement l'actuel.
J'écoutais sur FC, à ce sujet il y quelques temps, les paroles justes de Luc Ferry qui raillait à juste titre les adorateurs de l'école de Jules son homonyme.
Culpabiliser le présent ne sert à rien.
Taxer de croyance les idées qu'on ne partage pas, tout en faisant fi de l'expérience réelle même intuitive des personnes qui défendent ces idées, c'est là ce que vous faites et pardonnez moi de vous dire que c'est un procédé rhétorique des moins élégants.

Si vous refusez d'appeler "hypothèse" un énoncé incertain et loyalement proposé à la discussion, alors vous refusez tout simplement la dynamique du débat, que vous limitez à la disqualification du point de vue qui vous déplait. On pourrait en prendre acte et briser là. Mais il y a mieux à faire : notamment vous dire que contrairement à ce que vous avancez, vous n'avez rien réfuté. Tout au plus vous avez exprimé votre doute, selon un procédé rhétorique guère plus reluisant que celui que vous vous croyez autorisé à dépister chez l'autre. Vous en donnez un nouvel exemple dans votre avant-dernier paragraphe (Ferry), qui est votre second amalgame, tout au plus intuitif et toujours pas spécialement justifié. En clair : vous mettez dans le même sac des critiques qui ont fort peu de rapport entre elles. Le malheur pour vous, c'est qu'identifier un biais cognitif courant ne suffit pas. Il faut encore montrer en quoi le biais est en oeuvre dans le propos que vous voulez disqualifier. Et là votre tâche reste entière.

Car vous ne fournissez rien de solide à l'appui de l'idée selon laquelle nous aurions tort. Si vous êtes honnête avec vous même vous devriez admettre que vous ne proposez qu'une croyance contre une autre. Soucieux de m'exprimer avec moins de mépris que vous ne le faites, je dirais plutôt que vous proposez l'hypothèse contraire.

Malgré le tour déplaisant que vous semblez vouloir donner au débat, je tenterai de rebondir sur votre dernier tour : vous nous faites un procès d'intention qui ne tient guère debout. Nous ne culpabilisons pas le présent : nous critiquons un certain type de programme. Libre à vous de lire ce que nous écrivons avec vos propres biais de lecture, mais ne soyez pas trop surpris si on les dépiste aisément. Donc, un dernier conseil : rengainez vos amalgames et vos procès d'intention, qui ne sont guère convaincants.

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additif - le Sam 13 Nov 2010, 10:17

Dans un message que depuis il a sportivement effacé (il a du sentir que ça ne valait pas lourd) Martin a écrit:Je persiste néanmoins à réfuter cette croyance-que vous appelez hypothèse, et qui pour moi ne constitue qu'une sorte de tic de pensée intemporel, repris et exploité par certains idéologues-selon laquelle, le constat d'une situation contemporaine, serait nécessairement le résultat de la dégradation d'un idéal passé ou de je-ne-sais quelle évolution fatale lié à je-ne-sais quel poison qui minerait particulièrement l'actuel.
Auriez vous l'amabilité de dire en quoi nos critiques du programme de FC illustrent votre tableau d'une tendance des fantasmes contemporains ? Si vous appliquez ce tableau à ce qui se lit sur ce forum, alors votre remarque ci-dessus, qui constitue la plus longue partie de votre post, me semble elle-même en grande partie fantasmatique.

Votre description est floue, tandis que nombre des critiques de ce forum sont au contraire très précises.

Votre description porte sur des intentions imaginées (à travers vos biais de lecture), tandis que les critiques de ce forum portent pour une large part sur ce que tout un chacun peut entendre à l'antenne.

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Sam 13 Nov 2010, 10:36

@Martin a écrit:Culpabiliser le présent ne sert à rien.
Le présent avant :
- j'ai quitté le tunnel d'infos d'inter en 90 (5h/9h) pour Culture matin et AU PRÉSENT, s'il y avait eu un forum, j'aurais écrit toute ma satisfaction,(sans presque aucune réserve)
- j'ai quitté Assouline (remplaçant de Lebrun) car il faisait de la ronflette et j'avais besoin de me réveiller,
- j'ai écouté Demorrand presque tous les jours en coupant tous les jours AA (Alexandre Adler), et AGS (Alain Gérard Slama) presque un jour sur deux,
- je n'ai pas bien écouté longtemps badi-badou le coq de basse-cour pédant, imbu de sa personne et exclusivement au service de sa personne (Badou le Marc-Olivier Fogiel de la culture)

Mais au présent j'écoute Musique-Matin et je trouve alors "coupable" Marc Voinchet de s'être mis dans les chaussons de Badou (qui lui-même…) alors qu'il avait, pour moi, le potentiel d'inventer des matins surprenants (comme il avait su le faire avec sa création de Tout Arrive).

Votre formule ressemble à un slogan publicitaire car vous devez savoir que nombre de présents (dans tous les domaines) sont coupables. Je ne crois pas qu'ici nous culpabilisions le présent, nous voulons juste sans doute (c'est au moins mon objectif) que la modernité à tout prix ne fasse pas "table rase du passé" (1). Ce mot "passé" ne me convient pas pour ce que nous évoquons. Les Décraqués c'était juste "hier". Et cet "hier" là et d'autres peuvent encore exister au présent.
(1) ce que Martel fait à longueur d'émissions pensant entre autre qu'il faille tweeter plutôt que d'aller sur la "Toile" expression honnie par lui

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