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Terre à terre de Ruth Stegassy    Page 7 sur 10

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Terre à terre de Ruth Stegassy - le Mer 07 Oct 2009, 09:32

Rappel du premier message :

Le 19 septembre, entretien de Ruth Stegassy avec Jean-Pierre Berlan,
ingénieur agronome et économiste.
En voici la transcription presque fidèle:


La sélection animale est à mettre en parallèle avec la sélection sociale.
Sélection des animaux, sélection sociale, la dynamique est (était ?) la même. Les plantes et les animaux se reproduisent gratuitement, c’est antagonique avec le système marchand. Dans le système marchand, les entrepreneurs veulent avoir le monopole de la reproduction. Le contrôle de l’hérédité est plus rapide pour les animaux que pour les plantes, parce qu’il est plus facile de contrôler les saillies des animaux.

Ce sont les aristocrates anglais qui au début du XVIIIe siècle ont introduit la sélection des animaux, celle-ci provient de la manie des courses de chevaux. Il y avait un enjeu économique. L’aristocratie anglaise s’ennuie dans ses îles, les courses de chevaux sont un dérivatif à l’ennui. On va introduire des étalons arabes, croisés avec des juments anglaises et on a créé la fameuse race du « pur sang » .On va fermer le « livre des origines » pour avoir un monopole. Il faut accroître la rentabilité, il y a aussi des raisons de prestige. Toute une industrie des courses se met en place. On va faire courir des animaux de plus en plus légers, de plus en plus jeunes. On introduit le système de pedigree, c’est une vision très aristocratique. Seuls les animaux qui appartiennent à la lignée peuvent être inscrits.

C’est le même système que celui de la transmission de la richesse chez les aristocrates.
Dans le domaine des animaux de ferme il y a de grands éleveurs anglais, les Beckwell, les Collins, ce sont les fondateurs des races modernes. Très bon livre de Russel sur la question. En fait, c’est vraiment du vent. Il est facile de manipuler les conditions d’environnement. Ces éleveurs savaient très bien nourrir leurs animaux, ils étaient de très bons maquignons et s’y connaissaient dans la mise en scène. C’était des gens qui avaient une très bonne connaissance des marottes de leur temps, ils savaient se plier aux désires de la gentry.
Ils les présentaient les animaux aux acheteurs émerveillés avec une mise en scène extraordinaire, les peintres animaliers concouraient à cette foire aux illusions.

Il est très difficile de connaître la valeur d’un animal dont on vous vante les qualités
Si vous n’êtes pas content de votre animal, on aura beau jeu de vous dire que vous n’avez pas fait tout ce qu’il fallait pour en tirer le meilleur. Personne ne pourra démontrer que le magnifique travail de sélection a foiré. Il y a une terrible asymétrie d’information. Les méthodes statistiques qui permettront d’y voir clair vont venir au premier quart du XXe siècle, avant cela, aucun moyen de savoir.


Il y a eu un discours sur la génétique qui était une rétro-projection ( ?) des pratiques des éleveurs. Eux aussi vont instaurer des monopole sur les races ; ils vont fermer les pedigrees. Derrière tout ça, il y a des conceptions platoniciennes, l’idée que derrière la variabilité se cache une essence. C’est Darwin qui va renverser tout ça. Donc cette petite coterie mafieuse de sélectionneurs joue sur l’essence de la race, fait valoir la coloration, le pelage, ce qui n’a rien à voir avec les performances des animaux. Les chevaux de course ne courent pas plus vite que du temps de x ( ?). Tout ça ne marchait pas.

Le vent nouveau est venu du Danemark, les Danois ont introduit une sélection sur la descendance ; la valeur d’un reproducteur est estimée sur sa descendance. C’est une application de « l’utilitarisme bourgeois » qui remet en cause la conception des aristocrates anglais.
Jean-Pierre Berlan passe aux animaux domestiques, ceux-ci sont dégénérés. Les cockers jadis admirables chiens de chasse sont devenus mordeurs, caractériels. Le plus facile, c’est la « beauté », des critères qui ne servent à rien. Toutes les deux sélections ascendante et descendante se sont fourvoyées.

Il y a eu une sélection qui s’est faite au cours des siècle, la vraie, la bonne, c’est la sélection paysanne qui a abouti à des races magnifiques : les blondes d’Aquitaine, les salers, les charolaises, les tarines, la gascogne, qui sait échapper aux ours. Des générations et des générations de paysans y ont concouru. Idem dans le monde végétal, blé, riz, plantes potagères.
Les gangsters des multinationales agro-toxiques veulent s’approprier ce travail. Ils opèrent la transformation en marchandise de l’hérédité. Question qu’ils se posent : comment vais-je pouvoir me débarrasser de l’agriculteur ?

Les rendements du blé ont énormément progressé, de quelques quintaux sous l’ancien régime à une douzaine dans les années vingt, et dans les années cinquante, courbe qui se redresse verticalement multiplication par cinq. La volonté de moderniser l’agriculture a abouti à son industrialisation : tracteurs , engrais dérivés des explosifs, pesticides issus de la chimie des gaz de combats, on est dans une agriculture de guerre .

Il faut séparer la production de la reproduction (répété plusieurs fois au cours de l’exposé) pour permettre à un certain nombre de gens de faire de profits. Cette agriculture moderne est une culture de guerre. Le système agro-industriel fait la guerre aux insectes, c’est une guerre à la vie. La contraire de ce que devrait être une véritable productivité. Les vaches dans ce système sont des usines à lait. Selon un sélectionneur américain, le seul moyen de mouiller légalement le lait, c’est la vache Holstein, machines à pisser le lait. On continue à parler de lait, ce n’est pas du lait. On dit tomates ; 80% des tomates vendues en France poussent sur un substrat articiciel, je cherche un mot, ce sont des pétro-tomates ; on est dans une pétro-agriculture.

C’est depuis la deuxième guerre mondiale que le processus s’est emballé. Le paysan produisait de blé, maintenant on transforme les pesticides en pain Jacquet. On est dans un système agro-industriel. Derrière tout ça, il y a l’application des principes industriels au monde vivant, c’est tout à fait mortifère. Ça fait longtemps qu’on ne cultive plus de variétés de plantes ; du fait qu’elle est hétérogène et instable, la variété ne peut pas être l’objet d’un droit de propriété. Ce qu’on peut en revanche marchandiser, ce sont les copies d’un modèle de plante qui a fait l’objet d’un dépôt dans un organise officiel, ce sont des clones. On retrouve la logique des fameux purs sang arabes. Un clone qui est un mort vivant peut faire l’objet d’un droit de propriété.

C’est ainsi que se développe une pression continue pour arracher le contrôle de l’hérédité ; d’un bien collectif, faire un bien privé. Les marchands agro-toxiques, marchands de produits en « cide ». Par l’intermédiaire du droit de brevet on leur confie l’avenir du biologique. Le mouvement d’expropriation de la vie est sur le point d’être achevé, grâce à l’union européenne. La confiscation de la vie, c’est la confiscation du travail de générations et de générations centaines de générations de paysan. C’est l’application au monde vivant du système industriel. Cette application du modèle industriel au monde vivant introduit uniformité et homogénéité. Deux entreprises dans le monde contrôlent la génétique des volailles. Les conséquences sont désastreuses. Cela accroît les risques de pandémie, grippes aviaires, grippes porcines. On assiste à une collision entre une logique industrielle et une logique de la vie, logique de la diversité.

Rutl Stegassy : mais le travail de la sélection paysanne n’est pas mort. Peut-on imaginer un retournement de la situation ?
Jean-Pierre Berlan :
Mais la logique d’appropriation est toujours à l’œuvre. Elle est inhérente au système du capitalisme industriel. L’idée qu’on pourrait aménager des espaces de liberté dans ce système ne tient pas. La logique interne, elle est là. Elle ne cessera qu’avec la fin du capitalisme industriel.
Je pose la question à des auditoires à des étudiants : qu’est-ce que produit Peugeot ? Des voitures ? Mais non, Peugeot produit des profits ; les voitures, c’est un prétexte. Le but dominant de la société, qui la structure en profondeur c’est la production de profits. La production des profits est antagonique avec la production de vie.

Ruth Stegassy : sélection ascendante, sélection descendante, mais on est passé à autre chose, les multinationales. Comment caractériser ce processus ?

Jean-Pierre Berlan : il y a une volonté d’objectiver, de donner une logique interne aux choses. La sélection est faite par les sélectionneurs, c’est un milieu social qui a s’est constitué autour des livres des origines. On voit bien que l’utilitarisme bourgeois s’est heurté aux scientifiques. Les scientifiques n’aboutissaient à rien en matière de productivité, il y a un milieu social derrière, les scientifiques sont obligés de composer avec ce milieu.
Au Salon de l’agriculture, on continue à pratiquer les vieilles méthodes de sélection ascendante « aristocratique », médiatisées par les « concours de beauté », toujours l’idée d’une certaine essence, rien à voir avec des critères de productivité.
Il y a donc confrontation entre des gens qui prétendre avoir des attitudes scientifiques et le terreau social dans lequel ils essayent d’imposer des choses nouvelles. Comment ça se résoud, ça dépend des luttes de pouvoir.

Une idée baroque, c’est que les décisions devraient être prises sur des sur des bases scientifiques. La science, ce n’est pas grand-chose dans la domaine de la biologie. On ne sait rien de la façon dont on passe de l’œuf à l’organisme, on ne sait pas non plus
comment les protéines se plient dans l’espace pour donner les tissus. On n’en sait rien.
Vous avez des crétins qui jouent avec ce genre de choses alors qu’ils n’y connaissent rien.
On parle sans arrêt des progrès de la biologie moléculaire, c’est un effet de propagande.

On pourrait faire autrement. On peut obtenir le même résultat avec des méthodes naturelles
L’agro-écologie produit des choses prodigieuses. On parle très peu des agro-éco systèmes extrêmement performants, on n’en parle pas. Des choses admirables ont été faites. Passer à une agriculture biologique c’est possible. Pour ça, il faudrait de vrais agriculteurs, pas des bourrins.

Question de Ruth Stegassy le langage n’est-il pas important ?

Jean-Pierre Berlan : c’est fondamental. Nous sommes dans une société de corruption du langage. Il ne faut pas dire OGM. Si vous dites OGM vous êtes coincés vous allez voir arriver la propagande qui vous dira que l’humanité a toujours modifié les plantes.
Il faut dire Clones Pesticides Brevetés .
On dit variété alors qu’il s’agit des clones. Dans ce cas, qu’est ce que vous voulez penser ? Vous êtes perdus.
Quand on entend privilège des agriculteurs de semer ce qu’ils ont récolté, c’est les gens qui veulent séparer le production de la reproduction qui disent ça.

Donc la prochaine fois, vous irez arracher non pas des OGM mais des clones pesticides brevetés.

Henry
* * *

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Sam 31 Mai 2014, 12:58

@Antoine Arnoux a écrit:
@Philaunet a écrit:
@antonia a écrit:A écouter absolument le Terre à Terre de ce matin 31 mai dont je n'ai pas encore le titre.Des paysans qui n'ont jamais demandé de prêts au Crédit agricole,qui n'ont jamais bénéficié d'aides, qui n'ont jamais dissimulé leurs revenus, ont payé toutes leurs cotisations retraite à la Mutualité sociale agricole(et ne toucheront que 720€).
Joyeux, ne se plaignent pas mais dénoncent les incohérences de l'agriculture d'aujourd'hui:ainsi, ils recevaient autrefois ces colos ou des jeunes en camping. C'est devenu impossible en raison de l'imbécillité de la législation sur les aliments des enfants en colo.On peut n'en écouter que des petits bouts , de cette  émission, mais c'est réjouissant. Des passionnés, heureux....

Merci pour votre conseil avisé, Antonia : Eleveurs dans le Morvan. Sur les 15 premières minutes pour l'instant :  une émission passionnante, riche d'humanité. Quelles belles voix, aussi, pour dire l'essentiel.
[son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2014/05/s22/RF_8FD9FDD5-E2AF-4530-A48D-A7651F885D3C_GENE_0.MP3" debut="28:40" fin="30:52"]
A la différence d'autres invités de Mme Stégassy, les trois paysans ne tiennent pas de propos inconsidérés. M. Philippe Perrot se distingue, me semble-t-il ; il parle posément et de façon très claire (sa voix, grave et douce, me paraît fort agréable).  
La présentation, superlativement laconique, m'échappe un peu : quels sens respectifs assigne-t-on à paysan  et à agriculteur ?  
http://www.franceculture.fr/emission-terre-a-terre-eleveurs-dans-le-morvan-2014-05-31

Aïe, je déchante. C'est que l'on n'était pas entré dans le vif du sujet avant les 20 premières minutes.

Ruth Stégassy, ce ne serait pas un alliage de Mélenchon et de Bové, sans le verve du premier et sans l'expérience agricole du second (qui a quitté son exploitation pour un poste à 16 000 euros mensuels au Parlement européen, salauds de technocrates, n'est-ce pas, la Confédération Paysanne ?) ?

Faut pleurer et s'indigner, tel est le sous-texte de tout le propos de Stégassy. Et quand elle réussit à aiguiller la personne sur ce qu'elle a envie d'entendre et de faire entendre, ses vis-à-vis ne se privent pas, faut bien nourrir France Culture en préjugés et désinformation : [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2014/05/s22/RF_8FD9FDD5-E2AF-4530-A48D-A7651F885D3C_GENE_0.MP3" debut="34:23" fin="36:40"]

Les deux tiers de l'émission se résument à ceci : y a trop de normes, y a trop de lois. Stégassy, elle, dit de manière voilée que travailler hors-norme, ce n'est pas grave.

Bon, concernant les normes sanitaires, quelles critiques étayées y a -t-il ? Aucune. Des normes, il y en a partout, et heureusement, sinon on serait à la merci de tous les gougnafiers cherchant à truander le consommateur. Je pourrais vous en raconter des histoires de tromperie sur la marchandise et la mise en danger de la santé d'autrui, mais Stégassy vit dans un monde angélique où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, sauf les gros capitalisses, les technocrates de Bruxelles et l'administration française (forcément "tatillonne").

Sur les colos qui ne peuvent pas manger les produits de la ferme : qui est responsable ? Vous, si vous avez des enfants. Car c'est le parent qui va attaquer la colo si son enfant a une diarrhée, le parent ne va pas se contenter de dire "ça peut arriver", non, il va falloir trouver des responsables et leur faire payer des dédommagements. Du coup, toutes les organisations ou les municipalités se blindent pour ne pas être attaquées. Par qui ?  Par le citoyen qui, à tort ou à raison, n'a pas envie de payer des frais médicaux non remboursés par son assurance complémentaire et qui préfère que ce soit la collectivité qui banque.

Strasbourg, fait divers dramatique : une jeune fille s'égare un soir dans un parc urbain, monte  sur un bâtiment recouvert de verdure, s'endort, se réveille la nuit, et, voulant descendre, se brise la colonne vertébrale. Après plusieurs années de procédure, la Ville est reconnue coupable et doit payer (le contribuable doit payer) des compensations faute d'avoir clôturé hermétiquement ce lieu. J'y allais autrefois, superbe. C'est fini, faut se promener dans les clous. Il ne faut pas sauter d'un petit pont dans l'Ill, panneaux et policiers vous le rappelleront et vous mettront à l'amende. Vous vous rendez compte si un jeune se noyait ! La Ville casquerait un maximum pour ne pas avoir mis des panneaux disgracieux tout au long de l'eau et ne pas avoir surveillé le lieu, voilà ce qu'invoquerait l'avocat de la famille, qui ne s'interrogera pas sur le mode d'éducation de son enfant ou sur la fatalité.

Voilà, les gens qui réglementent le font pour de très bonnes raisons, pas parce qu'ils s'ennuient et veulent "casser" les pauvres paysans bio, mais pour répondre aux demandes de gens ou d'associations (Que Choisir s'alarme en ce moment de la réduction du nombre de contrôleurs sanitaires publics, salauds de défenseurs des consommateurs ?).

Concernant la retraite de 720 euros, là j'ai failli pleurer. Tous les les travailleurs indépendants cotisent et la différence avec les salariés n'est pas si grande. Je m'étrangle quand j'entends que M. Pierrot est à la retraite, mais qu'il parle de son travail actuel dans l'exploitation. Quelle est exactement sa situation professionnelle et financière, puisqu'il est question très concrètement d'argent ? Combien vaut son exploitation ? Quel est son capital ? Que reçoit-il comme aides sociales autres ? Enfin, je ne veux pas suggérer que M. Pierrot le ferait, mais on sait que beaucoup de petits entrepreneurs vivent sur des ressources "discrètes". Je ne condamne rien, mais il ne faut pas faire croire à l'auditeur que les petits exploitants sont des prolétaires laminés par le système.

Terre à terre est une émission militante qui, à travers la voix douce de Ruth Stégassy, peint un monde censé faire s'indigner l'auditeur. Je suis indigné, non par la vie des éleveurs, qui disent par ailleurs être heureux de leur condition, mais par la manière unilatérale, tronquée et sans nuance de présenter les choses.

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Sam 31 Mai 2014, 14:42

@ Philaunet :

L'extrait que vous présentez dans votre post me semble au contraire empreint de bon sens : a-t-on pensé à la liberté ?
Ca ne fait pas de doute que Ruth Stegassy est une militante, qui fait chaque samedi pour la quinzième année son rendez-vous militant du samedi matin. Mais militante de quoi, au fait ? Quand on voit qu'elle défend par ailleurs tout un tas de règlements bureaucratiques dont la finalité est de préserver une nature plus ou moins imaginaire, une planète même (!), on se dit qu'il est contradictoire de la voir ici tendre le micro à des agriculteurs qui se plaignent du trop d'Etat. Maintenant, vous semblez sous-entendre qu'elle manipule l'interviewé. Qu'en savons-nous ? Moi j'ai plutôt l'impression qu'à force de rencontrer les petits producteurs qui vivent comme des libertaires quoique n'ayant jamais lu Bakounine, quelque chose s'est retourné chez Ruth Stegassy : elle mise à l'occasion sur la liberté et la responsabilité, sur la solidarité locale plutôt que sur l'organisation jacobine. Là est peut-être la contradiction de cette femme : à force d'écouter la plainte, son système de valeurs personnel a évolué et je trouve que c'est une très bonne chose, une évolution dans le bon sens.

Je ne comprend pas comment on peut, dans l'analyse, faire le saut depuis les normes qui fleurissent autant qu'il pleut des taxes (ça va ensemble) en étouffant au passage l'activité économique, à la nécessité ou non d'un système de normes, cela en général et dans l'absolu. Ca m'étonnerait bigrement que l'agriculteur interviewé soit un ennemi de la norme en général. Il pense à son intérêt, et s'il a le sentiment lui de faire du bon travail, il se rebelle contre une organisation qui le brime au nom d'un combat qui n'est pas le sien. Et la question n'est pas de savoir s'il faut des normes ou si on doit les abolir. La question posée, c'est celle de l'équilibre entre un système de normes qui protège effectivement les gens, et un système de contrôle qui bloque la production. En bloquant la production, on ne protège peut-être pas tellement mieux les consommateurs, par contre on persécute une classe de producteurs au détriment d'une autre (c'est clairement dit à la 27e minute et ça me semble très juste), on crée à la fois de la pénurie de produits et de la pénurie d'emploi. Il vient un moment où c'est toute la société qui en pâtit, dont le consommateur lui-même. Les personnes qu'on entend dans cet extrait ne sont certainement pas adversaires des normes, mais contre l'excès de normes, et contre l'excès de bureaucratie qui favorise une société industrielle.

La France a toujours été une grande bureaucratie, un pays parmi les plus efficaces dans la mise au point de normes techniques ce qui est évidemment un progrès de civilisation. Mais si elle se fait dépasser sur ce terrain par l'Europe à laquelle elle se soumet, alors je me souviens qu'à la fin des années 80, mon professeur d'Organisation, Bruno Lussato, exprimait une inquiétude : que la France contamine l'Union Européenne avec son propre virus bureaucratique.

On peut très bien avaliser ce que dit cet homme et accepter la vie des producteurs locaux, sans revenir sur les normes de bases de l'hygiène comme celles que nous avions déjà avant que le virus bureaucratique vienne tuer l'activité il y a encore 30 ans. A quoi bon accroître la pression du système ? Ensuite, que chacun produise comme il peut, comme il veut, et que le mode de production (soumis à contrôle) soit clairement exprimé sur le produit. S'il n'y a rien d'indiqué, on sait à quoi s'en tenir. Un produit non normé non contrôlé n'aura d'avenir que sur un marché local, qui repose sur la confiance entre les personnes, et où on n'a aucun besoin d'accroitre la pression du système de contrôle. Si un gérant de collectivité veut prendre un risque en achetant des produits eux-mêmes porteurs de risque, eh bien que tout le monde prenne ses responsabilités, et que le système se régule a posteriori et non a priori : s'il y a un accident sanitaire, l'exploitation sera condamnée après la faute et non avant, la collectivité devra payer et si elle est fermée elle sera remplacée par une autre qui de facto sera avertie de ce qui l'attend. Il faut aussi un bon système d'information je veux dire la presse locale, qui saura informer la population de ce qui se passe dans le secteur.

C'est ainsi que fonctionne une société régulée non par la peur et par la bureaucratie centrale logée à des milliers de kilomètres, mais par l'efficacité et par les décisions locales. C'est seulement quand les décisions locales peuvent sembler biaisées, corrompues, qu'on devrait faire appel à l'expertise du niveau politique situé un cran plus haut. Maintenant, on ne me fera pas croire que l'économie locale est mise en redressement quand un môme a la chiasse à cause du poisson de la cantine. Il en faut plus pour que la justice se bouge.

(à suivre, plus tard dans l'après-midi...)

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Sam 31 Mai 2014, 14:50

(Entre temps, tandis que je cherchais désespérément mon brouillon,est arrivée la réponse de Nessie)

Bon, Philaunet, je me suis peut-être trop enthousiasmée, et Ruth Stegassy est, sans doute, toujours très portée sur l'extrême-gauche, et donc souvent naîve.C'est une militante,  c'est facile de s'en apercevoir et ses émissions sont tout de même souvent bien instructives: où trouver, sur quel média, trouver de telles informations? tronquées, certes.,mais cela vaut beaucoup mieux que rien.(Croyez -vous qu'il y ait quelque média pour parler de la loi d'avenir de l'agriculture, très innovante, qui attend toujours sa deuxième lecture à l'Assemblée nationale, après avoir été votée au Sénat?)
Mais, concernant la retraite, il y a un abîme entre les paysans(je devrais dire les "agriculteurs) d'Ile de France et proches des grandes villes et les paysans de régions pauvres comme le Morvan, le Massif Central, etcEn effet, les premiers vendent un certain nombre de terrains à bâtir(très variable), ce qui leur assure une retraite confortable et souvent beaucoup plus que confortable. Tandis que les terres des seconds ne valent pas grand chose(0,5 à 0,75 le m2). Il est certain que la faiblesse du montant de la retraite tient tout de même compte de ce capital, mais qui se révèle souvent très faible.
A propos des colos, effectivement, ce sont les parents et les associations qui sont à l'origine des législations si contraignantes. Le principe de départ était bon, il y avait sans doute trop de laisser-aller.Mais, on est allé trop dans l'autre sens, on écoute trop les parents trouillards pour leurs enfants-rois. Résultats, seuls les enfants de parents aisés(ou ayant des comités d'entreprise riches) peuvent aller en colos avec des activités très élaborées, qui coûtent très cher. De plus, une colo durait autrefois au moins 3 semaines. maintenant, c'est une ou deux semaines. On ne quitte plus papa-maman.Vous avez déjà mangé dans une cantine d'école, récemment? je suppose que non: je l'ai fait pendant 6 mois en remplaçant une personne de la cantine. C'est mangeable, il n'y a rien d'autre à dire....sauf que je trouve cela dégueulasse; Nourriture de caserne.Et pourtant, le tiers est jeté, cela ne plait pas aux enfants: alors, qu'est-il préférable? que le gosse attrape une diarrhée(une fois par an) ou qu'il ne mange pas grand chose?

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Sam 31 Mai 2014, 16:21

@Philaunet a écrit: Strasbourg, fait divers dramatique [...]
Voilà, les gens qui réglementent le font pour de très bonnes raisons, pas parce qu'ils s'ennuient et veulent "casser" les pauvres paysans bio, mais pour répondre aux demandes de gens ou d'associations (Que Choisir s'alarme en ce moment de la réduction du nombre de contrôleurs sanitaires publics, salauds de défenseurs des consommateurs ?).
Bonnes raisons ? A vous lire on a plutôt l'impression que vous déplorez une dérive. Je ne vois aucune bonne raison dans cette affaire de Strasbourg. Il n'y a que du dysfonctionnement de la justice qui fait payer à la collectivité les conséquences d'une sottise individuelle. L'avocat peut bien raconter ce qu'il veut, c'est au juge de ne pas céder au chantage. Il est vrai que s'il cède, c'est avec l'argent des autres. Ensuite viennent les effets néfastes, en chaîne : il y a une demande de sécurité irréaliste, depuis la demande d'installations dans l'espace public jusqu'à l'insécurité des contribuables qui, ne faisant plus confiance à la justice, actionnent un principe de prévention avec pour conséquence une dégradation de l'espace public. Le clou de l'affaire c'est que cette dégradation sera mise en avant par la municipalité comme un progrès "Ici nous améliorons votre sécurité". Là on voit comment la folie collective se met en oeuvre.

Derrière de telles décisions de justice, il y a soit une stupidité colossale, soit une idéologie : celle de la solidarité et de la mutualisation des risques. Et c'est probablement assumé : on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, et pour protéger les irresponsables il faut faire payer les gens responsables. Ca n'est certainement pas en réduisant les responsabilités qu'on donnera à un peuple le désir de solidarité. Ou alors il ne faut pas s'étonner du déséquilibre des dépenses de santé. J'ai vécu pendant 20 au plus près de fonctionnaires, dont certains que j'ai très bien connus qui ne se sont jamais gênés pour bénéficier de l'arrêt maladie quand ils souffraient d'une simple sinusite, qu'ils soignaient en se bourrant d'antibiotiques, tous soins de santé payés par la collectivité. Cette solidarité-là moi je n'en veux pas.

Vous parlez de demande sociale, mais la demande sociale réelle je crains qu'elle ne soit pas perceptible, par nature elle est à la fois multiple, contradictoire, labile. Et dans ce cas précis, je ne pense pas qu'elle soit correctement analysée, par quiconque. Sinon, on ne se limiterait pas à la demande de quelques uns : en contrepoids de la demande sécuritaire, on entendrait (à condition de l'interroger correctement), une autre demande sociale : la demande de liberté, la demande de qualité de vie. La demande des gens qui veulent qu'on ne traite pas l'ensemble de la population comme des mômes irresponsables, simplement parce que quelques uns d'entre eux en sont encore à ce niveau.

./...

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Sam 31 Mai 2014, 16:43

./...

Pour en revenir à l'émission, ça ne fait pas de doute qu'il y a ici de la militance, notamment en faveur du monde alternatif. Small is beautiful. Il y a une lutte entre deux mondes et Ruth Stegassy est très logiquement placée dans le camps des petits. On n'est pas certains qu'elle réfléchisse beaucoup avant de faire ses commentaires "ah oui on vous oblige à passer par l'échange marchand" dit-elle. Mais les fermiers qui cherchent à vendre leurs produits, c'est pas vraiment l'échange marchand qui est leur phobie hein ils ne sont pas producteurs à l'année à France Culture. Ce qu'ils voudraient c'est qu'on leur laisse faire le business comme ils veulent quand ils veulent, plutôt que de leur imposer u marché organisé par l'administration. Car ce qu'on voit dans cette émission, c'est que les petites exploitations elles ont la vie dure, comme le montrent ces deux extraits pris vers la fin de la première demi-heure et qui témoignent de la pression :
    - à la 27e minute, la pression des normes est croissante, sans qu'on
    en sache les raisons, sinon l'existence d'une  mécanique devenue folle : [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2014/05/s22/RF_8FD9FDD5-E2AF-4530-A48D-A7651F885D3C_GENE_0.MP3" debut="26:10" fin="26:55"]
    - 2 minutes après, comment l'activité commerciale et même la vie
    courante se trouvent étouffées alors qu'il y a une demande et qu'il s'agit
    d'activités traditionnelles : [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2014/05/s22/RF_8FD9FDD5-E2AF-4530-A48D-A7651F885D3C_GENE_0.MP3" debut="28:39" fin="30:23"]

Enfin c'est la vie des exploitations qui est dure, mais non la vie des gens. Car s'il y a de la récrimination, on n'y entend pas d'indignation ni de tiré-de-mouchoir : les deux exploitations qu'on nous présente sont celles de gens heureux. Ca s'entend dans leur façon de parler de leur métier, d'abord dans les 20 premières minutes et dans la suite chaque fois que le réquisitoire contre la bureaucratie cède le pas au reportage par exemple quand ils détaillent leurs produits. Ca s'entend même quand ils se plaignent par exemple du montant de leur retraite. Cette retraite n'a aucun sens puisque l'exploitation continue à tourner et à produire, dans certaines limites autorisées "on aime bien notre vie",  "on fait un métier qui nous plait".

Le plus comique, c'est quand la productrice ne comprend pas qu'ils se détournent des prébendes recommandées, les aides et les primes : avec tous les efforts que vous faites, ça serait normal que vous touchiez des primes, non ? Evidemment, elle qui est nourrie d'argent public, elle a beau tirer son chapeau devant la détermination de ces gens, elle ne comprend pas qu'ils n'aillent pas à la pêche. Ils lui expliquent ce qu'est l'engrenage bureaucratique : la perte de l'indépendance, l'interminable boulot absurde des dossiers à remplir.

De fait, il ne manque pas d'absurdités dans la bureaucratie, surtout quand elle fonctionne comme une mécanique. Ainsi quand elle inspecte les installations mais non les pratiques. A la 24e minute, Perrot parle très brièvement de l'hygiène pratique :
[son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2014/05/s22/RF_8FD9FDD5-E2AF-4530-A48D-A7651F885D3C_GENE_0.MP3" debut="23:42" fin="24:37"]
Eh bien pour ce que j'ai vu de la propreté il y a encore 15 ans dans certains logis de ferme au coeur de la France profonde, je dois dire que je le comprends fort bien.

Les gens qu'on entend dans cette émission ne sont pas des gens déformés par l'idéologie. Ce sont des urbains qui sont partis à la ferme non sous l'influence de Libé mais sous l'effet d'un désir concret, d'une passion. Ils ne s'insurgent pas contre les normes dans leur existence ou dans leur principe, mais contre une pression croissante de ces normes ; ils s'insurgent contre un excès dont ils ne voient pas d'autre sens que celui d'un appareil construit à leur détriment. Ils savent que là où les paysans ne se défendent pas, le destin qui les attend c'est de retourner en ville pour végéter dans des taudis. Ce sont des gens intelligents, dotés de sens pratique, qui ne veulent pas qu'une bureaucratie lointaine et ignorante vienne démolir ce qu'ils ont construit ou les empêcher de le faire vivre à leur guise, au nom de principes qui ne sont pas pertinents. A la condition d'imaginer certains garde-fous pour remplacer cette bureaucratie par des mécanismes moins écrasants, je ne vois pas comment on peut leur donner tort.

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Dim 01 Juin 2014, 20:16

@Nessie a écrit:./...

Pour en revenir à l'émission, ça ne fait pas de doute qu'il y a ici de la militance, .

Nessie, et puisqu'il semblerait qu'être militant soit une sorte d'insulte pour vous, ne pensez-vous pas qu'un internaute naïf puisse vous considérer vous-même comme un militant, auquel on puisse reprocher les mêmes travers?

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Neutralité - le Dim 01 Juin 2014, 21:15

@cellom a écrit:
@Nessie a écrit:./...

Pour en revenir à l'émission, ça ne fait pas de doute qu'il y a ici de la militance, .

Nessie, et puisqu'il semblerait qu'être militant soit une sorte d'insulte pour vous, ne pensez-vous pas qu'un internaute naïf puisse vous considérer vous-même comme un militant, auquel on puisse reprocher les mêmes travers?

Hier le 31 mai dans  iune contribution sur un numéro de Terre à Terre destiné largement à faire s'indigner les auditeurs
@Philaunet a écrit:(...) Terre à terre est une émission militante qui, à travers la voix douce de Ruth Stégassy, peint un monde censé faire s'indigner l'auditeur. Je suis indigné, non par la vie des éleveurs, qui disent par ailleurs être heureux de leur condition, mais par la manière unilatérale, tronquée et sans nuance de présenter les choses.

Regards n'est pas un organisme public financé par l'État via le ministère de la Culture, comme l'est Radio France et donc France Culture.

Si Ruth Stégassy veut militer, c'est son droit et je l'approuve dans cette cause, ce n'est pas sur les ondes de la radio culturelle qu'il faut le faire, mais dans des associations. France Culture a un devoir de neutralité politique (et religieuse), devoir auquel un citoyen s'exprimant sur un Forum privé n'est  pas astreint.

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Dim 01 Juin 2014, 21:46

Votre message répond-il à ma remarque? Je n'en suis pas certain.

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Avant de vous répondre brièvement, je tente une réponse longue - le Dim 01 Juin 2014, 23:03

Cellom, je vais vous faire une réponse courte et une réponse longue. Voici la réponse longue :

Je crois au contraire que Philaunet vous répond mais peut-être le fait-il de façon trop allusive ? A moins qu'il ne commette l'erreur d'entrer dans votre jeu quand il répond à un reproche que vous ne faites pas mais qu'il peut trouver sous-entendu dans votre post. A moins encore que Philaunet ne commette là aucune erreur, mais porte le débat exactement où il doit être posé.

Concernant les militants, je ne sais pas très bien où j'en suis. Peut-être y a-t-il dans les luttes (car il y a lutte ici, ça c'est certain) une malédiction qui nous conduit à ressembler à ce qu'on combat ? Mais ça serait trop simple.

Reprenons : je reconnais user du terme "militant" presque toujours en un sens dépréciatif. Ca déforme le fond j'ose pas dire de ma pensée et c'est pas non plus le fond de ma culotte pour ça France-Cul s'en charge, non ça déforme le fond de mon jugement. Mais si vous lisez bien vous constaterez que des militants, certains me sont sympathiques, et même sur cette chaîne notamment ceux qui se battent pour les libertés et parfois même Ruth Stegassy. Alors pour que j'en sois venu à employer le qualificatif dans un sens aussi rarement positif et aussi fréquemment négatif, il faut qu'il y ait eu quelque abus. Mais lequel ?

Ce que veut dire Philaunet et je partage son point de vue, c'est que la radio de service public trahit sa mission quand elle se fait le relais des combats militants. Et elle la trahit doublement quand s'affranchissant de tout devoir d'équilibre en la matière, elle relaie quasi-exclusivement les engagements d'un des deux grands camps de l'idéologie. En l'occurrence la gauche mais elle choisirait l'autre que ce serait tout aussi inacceptable. Le mieux serait que cette radio ne se mèle pas de politique mais que le programme soit centré sur ce qui fait sa raison d'être : la culture. Eh bien de la culture sur France Culture nous trouvons qu'il y en a trop peu et si nous militons c'est à ce titre. Donc pour vous répondre : militant peut-être, mais certainement pas au sens (même dénué de jugement) où on l'emploie pour qualifier les imbéciles de la rédaction de FC ou les producteurs qui confondent la culture avec le prêche idéologique.

Pour le dire clairement : je préfèrerais une radio qui enrichisse notre capital de connaissance plutôt que notre goût de la révolte ; je voudrais une radio qui nous pousse à la réflexion et à l'analyse plutôt qu'à l'engagement manichéen. Car ces militants-maison, précisément, ce qu'on peut leur reprocher c'est bien leur manichéisme. En fin de compte, c'est certainement ça qui me gène et qui à terme m'a conduit à user du mot pour désigner une certaine forme de la bétise et de l'esprit borné.

Notons encore ceci : si cette radio s'échinait à répartir équitablement les leçons idéologiques entre les deux camps, ça serait moins critiquable mais encore tout aussi mal venu car toujours en contradiction avec sa mission qui est de mettre la culture à la portée du public : la culture, et non la controverse politique. Mais la controverse à France Culture on s'en tamponne presque autant de la culture, puisque l'engagement militant est déséquilibré.

Cela dit, les militants en général on n'est pas fondé à les vitupérer en bloc, surtout par un emploi implicitement dévalorisant du mot. Car on peut aussi militer intelligemment et quand bien même nous ici n'y parviendrions pas, nous serions toujours en droit de demander à ceux qui nous assourdissent de leur leçons à longueur d'antenne, de le faire avec d'avantage d'intelligence, de finesse, avec ouverture d'esprit. Mais le militant à l'esprit ouvert, ça existe ? Eh bien si l'on prend le mot au sens strict du terme, peut-être que ça sera bien difficile à trouver un militant à l'esprit ouvert, car tant qu'il est inféodé à un camp politique il se trouve le plus souvent réduit à l'état de robot idéologique, ressassant des mots d'ordres et des clichés, appliquant des principes pour lesquels il partage un engagement, mais qui ont fort peu à voir avec son propre travail intellectuel ou idéologique. Si dans ce forum certains sont des militants, on ne pourra pas leur reprocher d'être de cette sorte-là de militants, car si combat il y a, il n'est pas au service d'un camp politique mais au service d'une conception de la radio publique : si France Culture était fidèle à sa mission au lieu de choisir comme ligne de programmes de coller à l'actu, et de le faire comme un porte-parole d'un camp idéologique, alors notre forum serait un forum d'amateurs enthousiastes et non un forum de râleurs.

Pour autant, il me semble que ce choix s'explique : France Culture relaie tout simplement l'idéologie qui est la norme dans les classes cultivées , quand bien même on y est largement inculte sur tout ce qui aide à l'analyse de l'actualité : on s'affiche éconophobe, justicier saucial, prédicateur du bien et du mal, un peu comme les adolescents qui pressentent vaguement qu'il y a quelque chose de pourri au royaume du pognon et beaucoup de choses injustes dans la société des hommes, mais n'ont pas les moyens intellectuels ou méthodologiques (et surtout, n'ont pas la maturité) d'analyser et de comprendre les dysfonctionnements qu'ils remarquent. Alors au bistrot ça passe encore, mais sur une radio de service public c'est affligeant. Et pourquoi donc ? Mais parce que si à 15 ans c'est très bien d'ouvrir les yeux, d'en être encore au même point à 40 ans c'est dramatique. La déroute actuelle de la gauche de gouvernement en est d'ailleurs l'application directe : on fait de l'économie mais on n'y comprend rien ; on donne des leçons de morale mais on se conduit comme des fumiers ; on vante les libertés mais on les réduit, la fraternité mais on l'ignore, et l'égalité alors qu'on est repu de privilèges.

Voici venue la fin de ma réponse longue. Si vous n'êtes encore endormi ou si vous avez eu la sagesse de passer directement au dernier paragraphe, je vous annonce  ici la parution imminente, au post suivant, de ma réponse courte promise plus haut...

./...

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Après ma réponse longue ou mieux : à la place de la réponse longue, vous pouvez lire cette réponse courte - le Dim 01 Juin 2014, 23:09

@cellom a écrit:Nessie, et puisqu'il semblerait qu'être militant soit une sorte d'insulte pour vous, ne pensez-vous pas qu'un internaute naïf puisse vous considérer vous-même comme un militant, auquel on puisse reprocher les mêmes travers?

Ceux qui à me lire, me prendraient pour un militant au sens usuel du terme c'est à dire combattant d'un camp politique où il est de bon usage d'avoir l'esprit fermé, de relayer les mots d'ordres venus des chefs, et de se mettre au service des idées d'autrui pour satisfaire une soif d'appartenance , eh bien ceux là se tromperaient.

Ceux qui pensent qu'un militant est quelqu'un qui lutte sur le terrain des idées, ils peuvent me prendre pour un militant. Ils n'auront pas tort. Ils comprendront aussi que cette sorte de militance-là n'est pas celle contre laquelle je m'insurge ici à longueur de pages.

Ceux qui pensent me mettre en contradiction en amalgamant les deux sens du mot, eux se trompent. La militance mise en oeuvre dans ce forum n'est pas de l'ordre du combat politique. Nous demandons que France Culture abandonne la mission qui y a été installée en septembre 1999 : dispenser du prêche idéologique au service du parti qui a les faveurs des classes cultivées. Et qu'elle retrouve sa mission qui était la sienne jusqu'alors : mettre la culture à la portée de l'auditeur, quelle que soit son appartenance idéologique.

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Concaténation - le Lun 02 Juin 2014, 09:38

@Nessie a écrit: (...)
Ceux qui pensent me mettre en contradiction en amalgamant les deux sens du mot, eux se trompent. La militance mise en oeuvre dans ce forum n'est pas de l'ordre du combat politique. Nous demandons que France Culture abandonne la mission qui y a été installée en septembre 1999 : dispenser du prêche idéologique au service du parti qui a les faveurs des classes cultivées. Et qu'elle retrouve sa mission qui était la sienne jusqu'alors : mettre la culture à la portée de l'auditeur, quelle que soit son appartenance idéologique.
Vous exposez très bien le motif principal du mécontentement que nous inspire (la direction de) F. C. Afin de dissiper un malentendu lexical qu'entretient F. C., je me permets d'ajouter ceci. A force de nier toute forme de distinction, F. C. confond tous les ordres (le savoir avec la morale, la morale avec la politique, la politique avec le « social »). Cette chaîne contribue notamment à jeter le discrédit sur la culture générale (par elle tenue pour « élitiste et discriminatoire ») ; à cet effet, elle relègue la culture au rang des pratiques sociales (la chaîne est colonisée par la sociologie d'Etat).

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