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Terre à terre de Ruth Stegassy    Page 8 sur 10

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Terre à terre de Ruth Stegassy - le Mer 07 Oct 2009, 09:32

Rappel du premier message :

Le 19 septembre, entretien de Ruth Stegassy avec Jean-Pierre Berlan,
ingénieur agronome et économiste.
En voici la transcription presque fidèle:


La sélection animale est à mettre en parallèle avec la sélection sociale.
Sélection des animaux, sélection sociale, la dynamique est (était ?) la même. Les plantes et les animaux se reproduisent gratuitement, c’est antagonique avec le système marchand. Dans le système marchand, les entrepreneurs veulent avoir le monopole de la reproduction. Le contrôle de l’hérédité est plus rapide pour les animaux que pour les plantes, parce qu’il est plus facile de contrôler les saillies des animaux.

Ce sont les aristocrates anglais qui au début du XVIIIe siècle ont introduit la sélection des animaux, celle-ci provient de la manie des courses de chevaux. Il y avait un enjeu économique. L’aristocratie anglaise s’ennuie dans ses îles, les courses de chevaux sont un dérivatif à l’ennui. On va introduire des étalons arabes, croisés avec des juments anglaises et on a créé la fameuse race du « pur sang » .On va fermer le « livre des origines » pour avoir un monopole. Il faut accroître la rentabilité, il y a aussi des raisons de prestige. Toute une industrie des courses se met en place. On va faire courir des animaux de plus en plus légers, de plus en plus jeunes. On introduit le système de pedigree, c’est une vision très aristocratique. Seuls les animaux qui appartiennent à la lignée peuvent être inscrits.

C’est le même système que celui de la transmission de la richesse chez les aristocrates.
Dans le domaine des animaux de ferme il y a de grands éleveurs anglais, les Beckwell, les Collins, ce sont les fondateurs des races modernes. Très bon livre de Russel sur la question. En fait, c’est vraiment du vent. Il est facile de manipuler les conditions d’environnement. Ces éleveurs savaient très bien nourrir leurs animaux, ils étaient de très bons maquignons et s’y connaissaient dans la mise en scène. C’était des gens qui avaient une très bonne connaissance des marottes de leur temps, ils savaient se plier aux désires de la gentry.
Ils les présentaient les animaux aux acheteurs émerveillés avec une mise en scène extraordinaire, les peintres animaliers concouraient à cette foire aux illusions.

Il est très difficile de connaître la valeur d’un animal dont on vous vante les qualités
Si vous n’êtes pas content de votre animal, on aura beau jeu de vous dire que vous n’avez pas fait tout ce qu’il fallait pour en tirer le meilleur. Personne ne pourra démontrer que le magnifique travail de sélection a foiré. Il y a une terrible asymétrie d’information. Les méthodes statistiques qui permettront d’y voir clair vont venir au premier quart du XXe siècle, avant cela, aucun moyen de savoir.


Il y a eu un discours sur la génétique qui était une rétro-projection ( ?) des pratiques des éleveurs. Eux aussi vont instaurer des monopole sur les races ; ils vont fermer les pedigrees. Derrière tout ça, il y a des conceptions platoniciennes, l’idée que derrière la variabilité se cache une essence. C’est Darwin qui va renverser tout ça. Donc cette petite coterie mafieuse de sélectionneurs joue sur l’essence de la race, fait valoir la coloration, le pelage, ce qui n’a rien à voir avec les performances des animaux. Les chevaux de course ne courent pas plus vite que du temps de x ( ?). Tout ça ne marchait pas.

Le vent nouveau est venu du Danemark, les Danois ont introduit une sélection sur la descendance ; la valeur d’un reproducteur est estimée sur sa descendance. C’est une application de « l’utilitarisme bourgeois » qui remet en cause la conception des aristocrates anglais.
Jean-Pierre Berlan passe aux animaux domestiques, ceux-ci sont dégénérés. Les cockers jadis admirables chiens de chasse sont devenus mordeurs, caractériels. Le plus facile, c’est la « beauté », des critères qui ne servent à rien. Toutes les deux sélections ascendante et descendante se sont fourvoyées.

Il y a eu une sélection qui s’est faite au cours des siècle, la vraie, la bonne, c’est la sélection paysanne qui a abouti à des races magnifiques : les blondes d’Aquitaine, les salers, les charolaises, les tarines, la gascogne, qui sait échapper aux ours. Des générations et des générations de paysans y ont concouru. Idem dans le monde végétal, blé, riz, plantes potagères.
Les gangsters des multinationales agro-toxiques veulent s’approprier ce travail. Ils opèrent la transformation en marchandise de l’hérédité. Question qu’ils se posent : comment vais-je pouvoir me débarrasser de l’agriculteur ?

Les rendements du blé ont énormément progressé, de quelques quintaux sous l’ancien régime à une douzaine dans les années vingt, et dans les années cinquante, courbe qui se redresse verticalement multiplication par cinq. La volonté de moderniser l’agriculture a abouti à son industrialisation : tracteurs , engrais dérivés des explosifs, pesticides issus de la chimie des gaz de combats, on est dans une agriculture de guerre .

Il faut séparer la production de la reproduction (répété plusieurs fois au cours de l’exposé) pour permettre à un certain nombre de gens de faire de profits. Cette agriculture moderne est une culture de guerre. Le système agro-industriel fait la guerre aux insectes, c’est une guerre à la vie. La contraire de ce que devrait être une véritable productivité. Les vaches dans ce système sont des usines à lait. Selon un sélectionneur américain, le seul moyen de mouiller légalement le lait, c’est la vache Holstein, machines à pisser le lait. On continue à parler de lait, ce n’est pas du lait. On dit tomates ; 80% des tomates vendues en France poussent sur un substrat articiciel, je cherche un mot, ce sont des pétro-tomates ; on est dans une pétro-agriculture.

C’est depuis la deuxième guerre mondiale que le processus s’est emballé. Le paysan produisait de blé, maintenant on transforme les pesticides en pain Jacquet. On est dans un système agro-industriel. Derrière tout ça, il y a l’application des principes industriels au monde vivant, c’est tout à fait mortifère. Ça fait longtemps qu’on ne cultive plus de variétés de plantes ; du fait qu’elle est hétérogène et instable, la variété ne peut pas être l’objet d’un droit de propriété. Ce qu’on peut en revanche marchandiser, ce sont les copies d’un modèle de plante qui a fait l’objet d’un dépôt dans un organise officiel, ce sont des clones. On retrouve la logique des fameux purs sang arabes. Un clone qui est un mort vivant peut faire l’objet d’un droit de propriété.

C’est ainsi que se développe une pression continue pour arracher le contrôle de l’hérédité ; d’un bien collectif, faire un bien privé. Les marchands agro-toxiques, marchands de produits en « cide ». Par l’intermédiaire du droit de brevet on leur confie l’avenir du biologique. Le mouvement d’expropriation de la vie est sur le point d’être achevé, grâce à l’union européenne. La confiscation de la vie, c’est la confiscation du travail de générations et de générations centaines de générations de paysan. C’est l’application au monde vivant du système industriel. Cette application du modèle industriel au monde vivant introduit uniformité et homogénéité. Deux entreprises dans le monde contrôlent la génétique des volailles. Les conséquences sont désastreuses. Cela accroît les risques de pandémie, grippes aviaires, grippes porcines. On assiste à une collision entre une logique industrielle et une logique de la vie, logique de la diversité.

Rutl Stegassy : mais le travail de la sélection paysanne n’est pas mort. Peut-on imaginer un retournement de la situation ?
Jean-Pierre Berlan :
Mais la logique d’appropriation est toujours à l’œuvre. Elle est inhérente au système du capitalisme industriel. L’idée qu’on pourrait aménager des espaces de liberté dans ce système ne tient pas. La logique interne, elle est là. Elle ne cessera qu’avec la fin du capitalisme industriel.
Je pose la question à des auditoires à des étudiants : qu’est-ce que produit Peugeot ? Des voitures ? Mais non, Peugeot produit des profits ; les voitures, c’est un prétexte. Le but dominant de la société, qui la structure en profondeur c’est la production de profits. La production des profits est antagonique avec la production de vie.

Ruth Stegassy : sélection ascendante, sélection descendante, mais on est passé à autre chose, les multinationales. Comment caractériser ce processus ?

Jean-Pierre Berlan : il y a une volonté d’objectiver, de donner une logique interne aux choses. La sélection est faite par les sélectionneurs, c’est un milieu social qui a s’est constitué autour des livres des origines. On voit bien que l’utilitarisme bourgeois s’est heurté aux scientifiques. Les scientifiques n’aboutissaient à rien en matière de productivité, il y a un milieu social derrière, les scientifiques sont obligés de composer avec ce milieu.
Au Salon de l’agriculture, on continue à pratiquer les vieilles méthodes de sélection ascendante « aristocratique », médiatisées par les « concours de beauté », toujours l’idée d’une certaine essence, rien à voir avec des critères de productivité.
Il y a donc confrontation entre des gens qui prétendre avoir des attitudes scientifiques et le terreau social dans lequel ils essayent d’imposer des choses nouvelles. Comment ça se résoud, ça dépend des luttes de pouvoir.

Une idée baroque, c’est que les décisions devraient être prises sur des sur des bases scientifiques. La science, ce n’est pas grand-chose dans la domaine de la biologie. On ne sait rien de la façon dont on passe de l’œuf à l’organisme, on ne sait pas non plus
comment les protéines se plient dans l’espace pour donner les tissus. On n’en sait rien.
Vous avez des crétins qui jouent avec ce genre de choses alors qu’ils n’y connaissent rien.
On parle sans arrêt des progrès de la biologie moléculaire, c’est un effet de propagande.

On pourrait faire autrement. On peut obtenir le même résultat avec des méthodes naturelles
L’agro-écologie produit des choses prodigieuses. On parle très peu des agro-éco systèmes extrêmement performants, on n’en parle pas. Des choses admirables ont été faites. Passer à une agriculture biologique c’est possible. Pour ça, il faudrait de vrais agriculteurs, pas des bourrins.

Question de Ruth Stegassy le langage n’est-il pas important ?

Jean-Pierre Berlan : c’est fondamental. Nous sommes dans une société de corruption du langage. Il ne faut pas dire OGM. Si vous dites OGM vous êtes coincés vous allez voir arriver la propagande qui vous dira que l’humanité a toujours modifié les plantes.
Il faut dire Clones Pesticides Brevetés .
On dit variété alors qu’il s’agit des clones. Dans ce cas, qu’est ce que vous voulez penser ? Vous êtes perdus.
Quand on entend privilège des agriculteurs de semer ce qu’ils ont récolté, c’est les gens qui veulent séparer le production de la reproduction qui disent ça.

Donc la prochaine fois, vous irez arracher non pas des OGM mais des clones pesticides brevetés.

Henry
* * *

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Concaténation - le Lun 02 Juin 2014, 09:38

@Nessie a écrit: (...)
Ceux qui pensent me mettre en contradiction en amalgamant les deux sens du mot, eux se trompent. La militance mise en oeuvre dans ce forum n'est pas de l'ordre du combat politique. Nous demandons que France Culture abandonne la mission qui y a été installée en septembre 1999 : dispenser du prêche idéologique au service du parti qui a les faveurs des classes cultivées. Et qu'elle retrouve sa mission qui était la sienne jusqu'alors : mettre la culture à la portée de l'auditeur, quelle que soit son appartenance idéologique.
Vous exposez très bien le motif principal du mécontentement que nous inspire (la direction de) F. C. Afin de dissiper un malentendu lexical qu'entretient F. C., je me permets d'ajouter ceci. A force de nier toute forme de distinction, F. C. confond tous les ordres (le savoir avec la morale, la morale avec la politique, la politique avec le « social »). Cette chaîne contribue notamment à jeter le discrédit sur la culture générale (par elle tenue pour « élitiste et discriminatoire ») ; à cet effet, elle relègue la culture au rang des pratiques sociales (la chaîne est colonisée par la sociologie d'Etat).

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Lun 02 Juin 2014, 14:16

Pour ajouter mon dernier grain de sel, je ne comprends pas, Philaunet, en quoi la militance de Ruth Stegassy est à proscrire.C'est une passionnée, sincère, qui laboure patiemment son champ depuis , je crois, au moins vingt ans. Elle a mis beaucoup d'eau dans son vin(je poursuis les métaphores agricoles...) de croyante en l'avènement d'un monde merveilleux de retour à la terre cultivée en bio.Ses émissions sont bien faites, sérieuses. Bien sûr, on regrette qu'il n'y ait pas en face de ses invités des producteurs de l'agriculture industrielle: mais croyez-vous qu'ils viendraient?Non, on  aimerait entendre davantage d'ingénieurs agro, de chercheurs en agronomie capables de discuter(ils ne sont pas la majorité parmi les générations de plus de 35 ans).
Donc, finalement, elle donne de l'espoir à beaucoup d'éleveurs, de maraichers et bien d'autres.Oubliés, tous ces gens -là qui nous nourrissent.Oubliées, les souffrances des animaux en élevage industriel.

Au sujet de la militance, ce qui est insupportable , ce sont ces militants aux slogans politiques ou moraux, qui parlent dans le vague, et dont la chaîne est friande le matin. Mais une militante comme Caroline Fourest, dont je ne partage pas beaucoup de ses positions, ne me dérange pas car elle sérieuse; elle enquête très sérieusement, il faut lui reconnaître beaucoup de courage.Antoine Mercier aussi est un militant mais son travail est sérieux, que veut-on de plus?

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Lun 02 Juin 2014, 18:42

En fait, il est vrai que cette émission "Terre à terre" est tronquée; Non pas cette dernière émission, mais l'ensemble et c'est anormal. R. Stegassy se place au niveau de la vie des gens(d'où le nom de l'émission) et cela me semble intéressant. Mais elle laisse de côté des tas de catégories de gens, autant des producteurs que des consommateurs.Si elle était plus objective, elle ferait venir des paysans, des agriculteurs , des consommateurs de toutes classes sociales qui parleraient de leurs conditions de travail et de leurs difficultés à vouloir mieux faire.
On est en face d'une situation difficile , complexe, et ce n'est pas avec des idéologies qu'on peut s'en tirer.Tout le monde doit apporter sa pierre pour de nouvelles pratiques plus satisfaisantes.

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Re: Terre à terre de Ruth Stegassy - le Mer 04 Juin 2014, 00:18

@antonia a écrit:En fait, il est vrai que cette émission "Terre à terre" est tronquée; Non pas cette dernière émission, mais l'ensemble et c'est anormal. R. Stegassy se place au niveau de la vie des gens(d'où le nom de l'émission) et cela me semble intéressant. Mais elle laisse de côté des tas de catégories de gens, autant des producteurs que des consommateurs.Si elle était plus objective, elle ferait venir des paysans, des agriculteurs , des consommateurs de toutes classes sociales qui parleraient de leurs conditions de travail et de leurs difficultés à vouloir mieux faire.
On est en face d'une situation difficile , complexe, et ce n'est pas avec des idéologies qu'on peut s'en tirer.Tout le monde doit apporter sa pierre pour de nouvelles pratiques plus satisfaisantes.

Chère Antonia, merci d'avoir attiré notre attention sur cette émission qui, comme on l'a dit, a des mérites. Personnellement, je partage les préoccupations mises au jour dans cette émission hebdomadaire. Ce qui avait suscité un certain chagrin, pour ne pas dire plus, c'est le manque de contrôle du réel des propos rapportés et l'absence de toute contradiction de la part de Ruth Stegassy. Car enfin, le rôle d'un présentateur d'une émission n'est-il pas de faire la part des choses et d'interroger son vis-à-vis pour éclairer l'auditeur ? Je n'ai pas apprécié le fait que la présentatrice provoque sciemment un discours de plainte, qu'elle encourage des propos scandaleux sans en interroger la pertinence. Parler d'État et de système mafieux en France, c'est vraiment ne pas connaître le sens des mots. Pour l'apprendre, ce sens, je conseille à M. Pierrot d'aller s'installer par exemple en Azerbaïdjan ou en Ouzbekistan (beaucoup de moutons là-bas) ou peut-être moins loin, en Bulgarie, ou moins loin encore, en Italie ?

Le parti pris n'est pas un mal en soi, s'il est tempéré par une conscience professionnelle et une place faite au doute. Par exemple Alain Finkielkraut, que d'aucuns croient bornés, sait remettre en question certaines de ses convictions. Il sait aussi interroger contradictoirement des gens avec qui il est d'accord. C'est ce qui manque à Ruth Stegassy. Le rôle d'un/e journaliste, et elle l'est, c'est de s'assurer que ce qui est avancé par un témoin a un rapport avec la réalité. Sans cela, l'auditeur ne peut que croire sur parole ce qui est dit avec la bénédiction de la journaliste et l'aura de l'institution qui embauche cete dernière, à savoir le groupe de radio publique Radio France. J'ai en effet mal digéré l'insistance sur la retraite à 720 euros de M. Pierrot qui dit avoir travaillé et cotisé toute sa vie et que Ruth Stegassy a présenté comme si on en était encore à Germinal. Ce ne sont pas les seuls revenus de l'éleveur, semble-t-il. Il ne vit pas seul, il possède une exploitation où il travaille encore (à quel âge ?) et n'a pas de dette, ce dont il est fier, à raison. Touche-t-il des prestations sociales complémentaires ? On n’en sait rien.

Ce n’est sans doute pas par modestie ou philosophie que M. Pierrot dit que sa situation n’est pas mauvaise et qu’il est heureux. C’est probablement  parce qu’il est éloigné de ce seuil de pauvreté qu'évoque chez l’auditeur le montant de sa retraite minimale. J'aurais aimé que Ruth Stegassy ne soit pas aussi manichéenne et qu’elle aborde les aspects positifs de la condition d'éleveur et pourquoi, malgré les obstacles présumés, ce couple s'est obstiné à faire un travail qui ne venait pas d'une tradition familiale.

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Du danger de s'engager pour la nature - le Mar 04 Nov 2014, 22:18

Dans le fil Edwy Plenel en ses oeuvres très utilement abondé par munstead, et sous le titre In extremis ce 4 novembre 2014
F. a écrit: (...)  peut-être faut-il aussi taxer d’extremiss et de marginaux les citoyens américains qui s’enchainent aux arbres pour réclamer une loi contre les coupes à blanc, prétention juridique extrêmement extremiss, pourtant déjà votée par la Suisse. Vous savez, ce petit pays que le Voinche, notre célèbre décrypteur de comptoir, n’hésite pas à qualifier d’extremiss à la première votation qui déborde du cadre de son catéchisme. On pourrait aussi s’étendre sur la très extremiss gestion environnementale scandinave. Vous savez, cette partie de l’Europe bien meilleure que nous sur bien des points, mais pas sur la rodomontade, je vous l’accorde. Les pays nordiques, c’est pain maudit pour FC, point de printemps là-bas - sauf en Islande, sur laquelle on peut heureusement coller quelques clichés politiques -, car c’est tout le temps l’hiver pacifié et efficace (j’arrondis à la louche, ce sera la truelle contre la taloche), malédiction, alors à défaut on vous envoie les chromos de Villes-mondes.
Pour revenir à notre petit jeu du point godwin de l’extremiss, que penser alors de certains marginaux-militants-casseurs et des délinquances écologiques de la fnsea, cette vieille clientèle dont la girouette politique indiquera toujours le sens de la subvention ? (...)

Ruth Stégassy dans son émission  du 01.11.2014 Territoires sans ménagement (2) - Sauvegarde de la zone humide du Testet ouvrait son micro durant une petite heure au porte-parole du Collectif du Testet, Ben Lefetey.

Je trouve quelque peu à redire sur la forme de l'émission, l'interview. Ce sera l'occasion d'un autre post. Sur le fond, l'émission est très informative et l'on voit combien le porte-parole connaît son dossier sur le bout des doigts et le développe sans animosité, sans prise de position extrémiste (c'est le moins qu'on puisse dire). À ce propos, quel est le mouvement, quelle est l'association qui ne se voit pas rejoindre par des éléments indésirables, mais qu'on ne peut chasser ? Tout mouvement de revendication est constitué de personnes autour desquelles s'agrègent des opportunistes qui peuvent disqualifier le mouvement s'ils sont assez visibles pour attirer l'attention de médias orientés au service de ceux qui sont critiqués (prenons l'exemple, parmi cent autres, du mouvement de la place de Maidan à Kiev noyauté par des extrémistes violents qui ont servi de prétexte à la Russie pour qualifier la révolte de fasciste).

J'avais repensé, en apprenant le décès d'une personne lors de cette manifestation, à plusieurs cas de décès d'écologistes engagés pour la préservation de forêts. Si l'accident du Testet ne peut faire l'objet d'aucune comparaison avec les événements rapportés ci-dessous, force est de constater que s'engager pour une cause environnementale n'est pas sans danger (voir aussi Allain Bougrain-Dubourg, de la LPO, molesté et sa voiture détruite par des chasseurs violant ouvertement la loi en tuant des espèces protégées).

En 2013, très triste histoire : Décès du journaliste et écologiste Mikhaïl Beketov et en 2011 : En Amazonie, meurtres d’écologistes en série

Des lecteurs se souviendront sans doute du sort de Dian Fossey et de celui d'écologistes en Indonésie.

À propos de FNSEA/FDSEA : des manifestations sont prévues dans toute la France demain. La dernière à Strasbourg a laissé des traces : bitume fondu, panaches de fumée visible à des kilomètres à la ronde, lisier sur une avenue, blocage du centre ville interdisant l'activité économique et le déplacement (300 000 euros de dégâts estimés pour la collectivité). Tout cela sous le regard patient des CRS et gendarmes. Que voulez-vous, les tracteurs, quand ce ne sont pas les bonnets rouges et leurs casseurs, ça impressionne la maréchaussée (plutôt les décideurs politiques qui lui donnent des ordres)...

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L'absence de contradictoire, défaut majeur - le Jeu 13 Nov 2014, 18:47

@Philaunet a écrit: (...) Ruth Stégassy dans son émission  du 01.11.2014 Territoires sans ménagement (2) - Sauvegarde de la zone humide du Testet ouvrait son micro durant une petite heure au porte-parole du Collectif du Testet, Ben Lefetey.

Je trouve quelque peu à redire sur la forme de l'émission, l'interview. Ce sera l'occasion d'un autre post.

J'y reviens donc, et entre-temps, avant que je précise certaines choses,  le Mer 05 Nov 2014 dans le fil des matins de France Culture sur le même sujet,
@Nessie a écrit:Il y avait un défaut dans l'organisation même de cette matinale : l'absence d'un acteur essentiel dans cette crise, celui que pointent les doigts accusateurs : c'est le rapport qui a emporté la décision de 43 sur 46 des décideurs (sur les 3 autres, un contre et deux abstentions). (...)

Pourtant Voinchet avait tenté le coup du débat contradictoire. Oh mollement : en mettant face aux militants non pas un partisan du barrage, mais au moins un bon connaisseur des rouages de l'Institution. Le contradictoire en radio, d'autres savent le faire et bien mieux : en tant que principe d'organisation du débat, il est la règle évidemment dans "Répliques", quoi qu'on puisse en dire par ailleurs. Et tout autant dans l'Economie en questions ainsi que dans l'Esprit public. Il est la règle encore dans "Science publique".  (...)

Mais ce matin c'est loupé : on nous dit que ce rapport est une manipulation. Et il n'y a personne pour en parler ? Personne pour le présenter ou le défendre ? (...)

Il faut dire que l'erreur n'est pas exclusive de Voinchet : aussi bien Garapon que Marie-Hélène Fraïssé et à l'occasion Laure Adler invitent des invités pour un face-à-face en fait un exercice de parole sans contradicteur. Là ils peuvent déblatérer tant qu'ils veulent sur un absent, qu'ils peuvent dénigrer et diffamer. Ils ont antenne libre pour diffuser une thèse à sens unique et sans l'ombre d'une nuance, sans la moindre opposition. C'était une habitude régulière des émissions militantes de Philippe Petit, et quand on entend chez Adèle van Reeth des propos polémiques, c'est toujours à sens unique, sans aucune possibilité laissée à l'auditeur de se faire un avis informé, plural.  Un des exemples les plus choquants en a été donné dans Continent Sciences du lundi 27 octobre. (...)

Pour éviter l'écueil pertinemment relevé ci-dessus et présent dans la première émission de Ruth Stégassy, deux moyens :
[1] Inviter des intervenants aux positions divergentes (s'ils veulent bien se rencontrer, sinon choisir [2]). En ce cas, il faut un présentateur très aguerri au courant du sujet, une préparation rigoureuse pour les prises de parole et un engagement de courtoisie et d'écoute de chacun des invités.

Problèmes : 1/ avons-nous assez de présentateurs expérimentés, faisant preuve de neutralité et  capables d'organiser et de maîtriser un débat contradictoire ?  2/ les débatteurs français ont-ils une culture de l'écoute de l'autre, de l'échange sans interruption et sans violence verbale ?

[2] Monter une émission avec un producteur présentant les enjeux du sujet, diffusant des extraits d'interviews des différents protagonistes, de témoins et des points de vue de spécialistes. L'émission est alors dépassionnée, équilibrée et informative, cela s'appelle un documentaire.

C'est ce deuxième type d'émission qui manque cruellement à France Culture devenue une sorte d'arène permanente  où l'on débat de manière généralement improvisée dans chaque émission. Dialogue à sens unique assez répétitif ou table ronde cafouilleuse, c'est la plupart du temps ce sur quoi l'on tombe en écoutant France Culture.

Et pourquoi ? Paresse ? Manque d'imagination ? De temps ? De moyens ? Idée que le dialogue improvisé capte davantage l'attention ? Qu'il est plus dynamique, plus accrocheur de l'auditeur, plus proche de sa parole naturelle à lui ?

Où est l'art radiophonique dans tout cela ? La mise en forme d'un sujet, la pédagogie, l'efficacité ? Car qui ne voit pas, Yann Sancatorze l'a relevé dans un exercice d'analyse radiophonique comparée dans ce post-ci (BBC 4), que les débats français souffrent d'une dilution extrême, que rien de bien substantiel ne ressort après 30, 45 ou 60 minutes ?

Mais si, comme j'ai tendance à le penser, France Culture n'était devenue qu'une forme de ronron pour accompagner toutes sortes d'activités ? Et que la dilution et la répétition étaient inhérentes à ce genre de diffusion où manquer (par inattention ou obligation) une phrase, un échange ou 5 minutes n'était pas grave puisque la même rengaine est sûre de revenir ?

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Erreur ou tromperie ? - le Mar 12 Mai 2015, 22:49

Ruth Stégassy, que signifie ce titre, Une ZAD contre l'éolien industriel en Aveyron ?

De zads (bientôt dans le Robert ? se met au pluriel ?) il a été question, de zadistes aussi, de ce qu'ils sont et aussi de ce qu'ils pensent (pour le moins inintéressant en l'occurrence, selon moi, mais bon...) avec Victor et Victoria, mais d'éolien industriel en Aveyron ? Rien ou quasiment rien.

Il faut donc rebaptiser ce numéro de Terre à Terre : "Modes de vie, préoccupations et sentiments de zadistes en Averyon" et enlever toute référence à l'éolien industriel.

On assiste avec ce numéro au sabordage d'une émission qui devrait traiter avec rigueur de l'aménagement du territoire, de la protection du patrimoine et du paysage en conciliant développement et arrêt de l'exode rural. Au lieu de cela, on trouve des auto-portraits complaisants de militants qu'une très paresseuse présentation de Ruth Stégassy achève de transformer en ennui mortel. C'est vraiment décrédibiliser les causes qui valent la peine de se mobiliser et donner des munitions à ceux qui se fichent comme d'une guigne des questions environnementales essentielles. Très décevant Terre à Terre.

Anartiste 

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si les zadistes avaient été plus nombreux l'ave ne serait pas rond - le Ven 15 Mai 2015, 17:45

Il est de très décevants" terre à terre"
mais je conseille l'écoute de celui du  9 mai 2015 sur l'art-activisme.

De la mélasse dans la Tate Galerie (Tate Modern) pour emmerder BP le pollueur (qui donne du fric à la Tate)
c'est aussi fort que de pisser non pas dans un violon mais dans le graal de l'art  (le pissoir à duduche)

L'art vous soulage la prostate, Duchamp était un prostate  du grec prostatês, « qui se tient en avant » et Soulages  à Rodez dans l'Aveyron,un Zadartiste ?
study   <---- c'est pas dans le dico.

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Son ciselé et voix douce - le Jeu 11 Juin 2015, 08:39

@ antonia : c'est en vous lisant que j'ai pensé signaler l'émission ci-dessous
@antonia a écrit:En fait, il est vrai que cette émission "Terre à terre" est tronquée; Non pas cette dernière émission, mais l'ensemble et c'est anormal. R. Stegassy se place au niveau de la vie des gens(d'où le nom de l'émission) et cela me semble intéressant. Mais elle laisse de côté des tas de catégories de gens, autant des producteurs que des consommateurs.Si elle était plus objective, elle ferait venir des paysans, des agriculteurs , des consommateurs de toutes classes sociales qui parleraient de leurs conditions de travail et de leurs difficultés à vouloir mieux faire.
On est en face d'une situation difficile , complexe, et ce n'est pas avec des idéologies qu'on peut s'en tirer.Tout le monde doit apporter sa pierre pour de nouvelles pratiques plus satisfaisantes.

Le contributeur ZX8 nous avait signalé l'existence de l'émission belge Par Ouï-dire de Pascale TISON à propos d'Oliver Germain-Thomas

Voici un numéro dont le descriptif était plutôt évasif*  (le côté faible de la RTBF) mais dont on découvre à l'écoute qu'il traite d'un sujet déjà abordé à Terre à terre :  Semences traditionnelles ou issues de l'ingénierie contemporaine ?  Un monde vécu, deuxième partie

Ne cherchez pas des trésors de savoir et d'argumentation dans ce documentaire qui s'apparente à un voyage sonore volontairement lent. Le genre relève plutôt de la création d'une atmosphère par le soin apporté à  la prise de son.

Le credo de l'émission est d'ailleurs formulé ainsi :

Des histoires ciselées par le son, des récits, des entretiens, des lieux qui parlent pour nous : Par Ouï-Dire se met au service de vos oreilles pour vous emmener au bout et au bord de la confidence.


* "Un monde vécu" est un long voyage fait de rencontres, auprès de ceux et celles qui ne veulent pas se laisser déposséder par la logique de l'agriculture industrielle.
Un documentaire sur la reconquête d'un monde de savoir-faire et d'expérience, d'"un monde vécu" comme l'écrivait André Gorz.
Une réflexion sur la nécessaire reconquête de notre liberté.
Vous n'y trouverez ni experts ni non experts, mais simplement des personnes qui se mettent en mouvement, se questionnent, tentent de trouver un chemin où l'engagement laisse une place au plaisir.
Un documentaire réalisé par Yves Robic et Claire Gatineau
Une production de l'acsr et de Sonoscaphe, soutenue par le Fonds d'aide à la Création radiophonique de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
[/i]

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Roulotte - le Sam 05 Sep 2015, 09:38

@ Anselme : grâce à votre conclusion qui m'a amené vers l'émission du jour de Ruth Stégassy Devenir autonome, j'ai découvert ce qu'était une "tiny house" (une roulotte en bois).  Descriptif de l'émission : "Autour de l'édition de fiches pratiques pour apprendre à faire son pain, construire son four solaire ou sa tiny house et devenir autonome".  

« Autonome », « autonomie », une émission  de France Culture pourrait peut-être se saisir du concept et proposer une émission de réflexion sur le sujet.  De même sur l'histoire et les formes du nomadisme, par exemple dans Les Chemins de la Connaissance. Ah, pardon, ils n'existent plus. Dommage.

En attendant, DIY : [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/09/s36/WL-ITE_00075806_RSCE-10.mp3" debut="00:00" fin="02:28"]
Dans Meuh -
@Anselme a écrit: (...) Si vous placez Ruth Stegassy et Caroline Broué devant mille vaches confinées dans une étable, la première s’écriera « Mon Dieu, quel enfer concentrationnaire ! », la seconde « Mon Dieu, quelle biodiversité ! ».

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Le blues saisonnier (ou permanent ?) - le Mer 14 Oct 2015, 15:58

Il faut sauver Ruth Stégassy. Vitamines ?  Magnésium (bio) ? Anti-dépresseurs ? Séjour prolongé en ferme bio-dynamique ? Sa présentation de « Blues des experts : les OGM » va finir par nous donner des idées suicidaires ! [son mp3="http://franceculture.fr/sites/default/files/sons/2015/10/s41/RF_A41802B8-91F6-4C66-AB3A-ECBD48DC0099_GENE.MP3" debut="00:43" fin="02:25"]

Encore une émission à sens unique, sans contradictoire... Dommage, car Christophe Noisette, rédacteur en chef du site Inf'OGM, est un invité qui a des choses importantes à dire. L'émission n'est pas inintéressante, mais il lui faudrait un invité supplémentaire ou à tout le moins un producteur neutre et non totalement engagé aux côtés de l'interlocuteur dans sa lutte (ré-sis-tance,  ré-sis-tance ! / Indignez-vous !). Mais à France Culture, il semble que le non-engagement du producteur soit chose impossible.

« Des espèces de techniques complètement démentes » dit Stégassy. Hasard des programmations, cela ne semble pas être du tout le constat d'une émission sur le même sujet diffusée le 12 octobre sur SWR 2 : Grüne Gentechnik gegen den Welthunger* (« Le génie génétique écologiquement responsable contre la faim** dans le monde »).

La page de l'émission allemande est, comme vous le voyez, d'une richesse inégalable. Le sujet est traité en profondeur avec des interviews de protagonistes aux visions opposées. Cela dure 25 minutes. C'est informatif et équilibré (tout le contraire du discours militant, évidemment). L'émission Terre à Terre, quant à elle, dure 55 minutes.


* Sous titre  :  « Beaucoup de gens refusent  par principe le génie génétique. Ceci freine cependant le progrès, par exemple l'introduction de cultures résistantes aux parasites en Asie du sud. »  Viele Menschen lehnen die Gentechnik grundsätzlich ab. Das bremst jedoch auch manchen Fortschritt, etwa die Einführung von schädlingsresistenten Feldfrüchten in Südasien.

** remerciements à bergil pour sa vigilance (cf. post suivant), le mot « fin » ayant été initialement écrit à la place de « faim »...

Terre à terre de Ruth Stegassy     Page 8 sur 10

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