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François 

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Continent sciences - le Mar 13 Oct 2009, 12:41

Rappel du premier message :

Stéphane Deligeorges recevait hier Jacques Buslé pour une exploration des moeurs ichtyologiques. Une somme invraisemblable d'informations, découvertes et bizarreries a été abordée. Parfois trop rapidement, mais comment faire autrement avec pareil foisonnement ? Le baryton SD qui parfois n'hésite pas à cabotiner, s'en est donné à coeur joie avec tout ce fourbis de nageoires anales, chibre fourchu et autres poisson-couille des abysses. On sentait que ça déconnait joyeusement dans le studio, et ça aurait pu être désagréable, mais ça ne l'était pas. Idem pour le cabinet de curiosités des sujets trop brièvement effleurés mais qui donne fichtrement envie de se plonger dans la vulgarisation de Jacques Buslé (grand pêcheur à la mouche, soit dit en passant). Stéphane Deligeorges : théorie et pratique d'un gai savoir ?
* * *

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Re: Continent sciences - le Ven 25 Nov 2011, 09:30

Bonjour Alain,

Bien d'accord avec vous. Autant la Marche de l'histoire est idéalement placée à l'heure des Pieds sur terre, autant ces deux émissions, quoique je préfère nettement la première, gagneraient à n'être pas placées en face.

Il faut vous dire qu'ici sur ce forum, nous n'avons aucun rapport avec France Culture ni Radio France en général, autre que celui d'auditeurs. Nous n'avons donc d'influence sur les programmes que celle de notre satyre ou de nos encouragements.

Si vous souhaitez emprunter une voie d'expression officielle, ce sont les sites de Radio France ou de France Culture qui vous y donneront accès.

Et je me permet de rediriger le tout vers le sujet "Continent Sciences".

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Pascal Engel - le Mar 24 Jan 2012, 07:34

Aujourd'hui ou plutôt hier puisque j'écoute en diagonale cette journée de lundi, voici un entretien avec Pascal Engel.

Côté radio, je suis un peu déçu par l'évolution de Deligeorges qui est peut-être lassé de cet emploi où il s'est installé depuis une vingtaine d'années. Mais côté programme, cet entretien tombe assez bien : comme une mesure prophylactique contre les excès du relativisme, qu'il soit vulgaire et commode ou évolué et un peu pervers. Pour les tenants de ce scepticisme faussement niais parfois maquillé en constructivisme, les faits sont des fictions, les modèles ne sont que des modèles, les points de vue sont partout et le raisonnement inductif serait la faille dans la connaissance. La belle affaire ! Il faut vraiment mépriser l'efficacité (par ailleurs une des plus sûres valeurs de l'action humaine, comme le montre Marx) pour dénigrer l'intuition positiviste et l'objectivisme naïf, au point de nier le réalisme, et la constance des observations, des expérimentations, et des prédictions.

L'invité Pascal Engel présente son livre de dialogues imaginaires sur la science et la connaissance. Dialogues d'une marquise et d'un chevalier pour réhabiliter une certaine conception de la vérité scientifique, qui n'a rien donc d'absolu mais qui est tout de même bien solide et n'est certainement pas la faille que disent les semeurs du doute malsain, ou les ratiocineurs qui passent à côté de l'essentiel : Pascal Engel parlera de querelles de chiffonniers qui se battent pour un bout de chiffon. Aussi dans cet entretien on trouvera réfutés lourdement ou légèrement, Derrida, le programme fort de Bloor, et il y aura pour les lecteurs de Bruno Latour un petit escalier soft qui leur permettrait de redescendre sur terre.

Donc une émission à la fois utile, détendue, pas trop compliquée (quand c'est compliqué et subtil j'ai du mal à suivre), avec juste assez de références qui ne sont jamais du name-dropping. Notamment quand Engel renvoie à l'organisation sociale des sciences telle que Merton l'avait décrite, au passage il se qualifie lui-même de néo-Mertonien, alors on se rappelle que Merton entendait développer des "théories de portée moyenne". Lire : modestes. Rien n'est moins modeste que l'absolu ; et cela, qu'il s'agisse de la vérité ou du doute. Bref cet entretien offre de quoi recadrer quelques excès et tarte-à-la-crème de la (hum) philosophie des sciences qui, depuis une trentaine d'année, ont surtout réussi à brouiller les choses. Le doute est sain mais il y a des façons de douter qui ne mènent pas très loin.

Je termine malgré tout sur un reproche, purement radiophonique : j'aurais préféré un entretien d'une heure. La chronique animalière qui introduit chaque semaine l'émission est une des raisons qui m'en ont fait m'éloigner. Je ne sais pas si cette chronique en intro est une fausse bonne idée ou bien une idée usée. Ou encore si c'est à force de parler d'araignées et de serpents ou des saloperies de la pornographie animale, que Deligeorges a réussi à faire fuir le puritain qui sommeille en moi, mais franchement avec cette chronique il est loin de la belle connaissance animalière qui permet aux séquestrées de vivre joyeusement leur enfermement, comme le dit si élégamment Laure Adler (je vous ai mis le lien mais ne clickez pas, pas tout de suite).
Et j'en dirais de même du dernier quart de l'émission, cet 'espace critique' qui sert le plus souvent à relayer les idées du paradigme idéologique de France Culture, avec une bonne part donnée à l'écologisme alarmiste. Sauf quand on nous y inflige un morceau de vulgarisatIon pour les enfants : là on comprend que les intervenants (je ne donne pas les noms, ça ne servirait à rien) ne comprennent absolument rien à ce qu'ils lisent. Et nous expliquent laborieusement soit de terribles simplifications, soit des énormités. Bref c'est souvent déplorable. Et même j'ai été fréquemment déçu dans cette 3eme partie de Continent Science, par des gens de la station dont j'avais fortement apprécié le travail dans d'autres émissions ; là on peut donner les noms car ceux-là on/je ne s'est/me suis pas privé de leur envoyer des fleurs ailleurs dans ce forum : Florian Delorme, Lydia ben Ytzhack, décevants. A mon avis, leur talent radiophonique est certain mais il n'est pas dans cette rubrique. La seule véritable étoile dans cette petite constellation de l'espace critique, c'est Hazar Khalatbari

Je me rends compte que je mentionne tous ces gens (y compris ceux que je ne nomme pas) sans savoir s'ils interviennent encore dans l'émission, que j'ai tout de même pas mal désertée depuis 2 ans.

Enfin j'aurais préféré passer les 57 minutes avec Pascal Engel. L'entretien ne dure que 40 minutes. Oui je sais, c'est toujours ça de gagné.

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Re: Continent sciences - le Mar 31 Jan 2012, 13:22

Tiens c'est justement l'un des rares numéros que j'aie ratés ces derniers temps, que je filerai écouter sous peu.

Je suis sur une tendance d'écoute inverse de Continent Sciences, ce qui me donne l'impression peut-être fausse que Deligeorges, je ne sais pas s'il est lassé, mais y parle de plus en plus souvent philosophie et épistémologie, spéculation, métaphysique, histoire des idées et cie. C'est loin d'être pour me déplaire, et c'est peut-être le mien de contentement, qui me masque l'évolution du producteur.

Je zappe aussi assez fréquemment la chronique animalière, d'une meilleure eau que celle que proposait naguère Marc Kravetz, mais les histoires (enfin les anecdotes) naturelles "à méditer" ne sont pas mon fort non plus.

Par contre, je veux défendre un peu les fameux semeurs de doutes que sont les relativistes et les antiréalistes de tout poil : je ne les suis pas, mais le doute qu'ils sèment n'est pas malsain. De mon côté, je dois une réponse à Basil là-dessus, pour laquelle j'ai surtout la flemme de mettre de l'ordre dans les raisonnements et les arguments qui m'engagent contre ses positions, mais quand on est moins flemmard, ça force à solidifier ses propres opinions, à réviser ses approximations, à les émonder de ce qui est friable.

A mon avis, il y a plein de naïveté également dans la position de Basil, mais elle appelle des réponses d'autant mieux étayées, qui doivent permettre d'exhumer dans ses propres façons de penser les raisonnements à la fois les plus clairs et les moins attaquables, à sélectionner ceux qui peuvent être transmis au contradicteur le plus étranger et le plus dubitatif.

Bon, ça c'est l'idéal, et on a tôt fait de s'emporter avant, en général. Mais dire que c'est malsain, non, c'est le ferment d'une opposition qui évite l'amollissement.

Et le bon sens n'est pas d'une grande aide à mon avis, car c'est contre lui que la science se construit, depuis bien longtemps.

Par ailleurs, il arrive que les positivistes soient les pires adversaires du réalisme : ainsi les pères de l'école de Copenhague au sujet de la physique quantique, Bohr, Born, Heisenberg, en ont-ils bâtie une conception purement instrumentaliste, qui est un positivisme extrême. Dans celle-là, la science n'a aucun contenu ontologique. Les théories ne sont que des instruments prédictifs. La réalité n'y est qu'un ensemble de phénomènes, ceux que mettent en corrélation les théories scientifiques, et qui sont une une expérience préparée convenablement, et la prise de conscience des résultats des mesures faites dessus.

Une conception positiviste car la science y dit le seul vrai qui compte, et que toute métaphysique y est jetée par la fenêtre. Une position en même temps contre le réalisme, car elle rejette tout ce qui dépasse le cadre de la préparation et des mesures, tout ce qui serait extérieur à l'esprit humain. Elle est une pure phénoménologie. Elle dit : si on fait tels actes avec tels objets de notre conscience, puis qu'on y applique tel formalisme mathématique - qui ne contient rien que des formules, des jeux de langage, dont les "objets" (électrons, quarks, champs...) et les propriétés (masse, charge, saveur...) ne sont que des instruments commodes, alors on aura telles probabilités de faire telles lectures de nos aiguilles, sur nos instruments de mesure, qui ne sont eux que des objets de la conscience. Rien d'extérieur à l'esprit humain dans tout ça. Contre de telles conceptions, il n'est pas si facile d'argumenter.

Mais elles sont néanmoins compatibles avec une forme d'objectivisme light, celui qui définit l'objectivité comme l'accord intersubjectif, ce que j'essayais d'expliquer à Basil.

Mais je ne sais pas si lui(Basil, si vous lisez ça ici, n'hésitez pas à répondre, tant pis pour le croisement des fils, on fera le ménage plus tard) distingue bien trois velléités distinctes de l'entreprise scientifique que sont (de la plus forte à la plus faible, côté prétention) l'explication, la description, et la prédiction.

Pour faire de la prédiction, on n'a besoin d'aucun arsenal ontologique, seulement de faire des préparations, appliquer un modèle pour proposer une prédiction, faire des mesures, et de vérifier l'écart avec les valeurs prédites.

La science a constamment amélioré ses capacités prédictives, c'est un fait souvent ignoré de ses détracteurs, et c'est pourtant là une forme de connaissance non du réel, mais de ses manifestations. Comme le disait Nessie, cette diminution des prétentions ne nuit nullement à son efficacité pratique.

Que la description soit un programme plus vaste et moins bien accompli, c'est certain, mais pourquoi vouloir jeter le bébé avec l'eau du bain ? Quant aux prétention à fournir des explications sur le monde, elles demandent bien sûr de creuser dans un terreau forcément plus métaphysique et de faire quelques paris invérifiables sur le monde, mais c'est une autre histoire.



Edit : Sur ce sujet, une référence détaillée ici en forum "Média & diffusion" : le site du Collège du physique et de philosophie

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